‹ Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec en 1880 [microforme]Chapitre 25 sur 212 · RÉPONSE DE MGR LAFLÈCHE, ÉVÊQUE DES TROIS-RIVIÈRES · texte numérisé non relu

RÉPONSE DE MGR LAFLÈCHE, ÉVÊQUE DES TROIS-RIVIÈRES

« Séminaire des Trois-Rivièrés, «18 décembre 1879.

« Monsieur le président,

« Des démonstrations patriotiques comme celle qui a eu lieu à Montréal, en 1874, et celle que vous préparez à Québec pour 1880, me semblent bien propres à réchauffer, au cœur du peuple canadien, le sentiment si puissant de la nationalité, et à fortifier sa confiance dans son avenir comme peuple. Rien de mieux, en effet, que ces réunions pour lui apprendre à se compter et à constater de quelle vitalité la divine Providence l'a doué. Quand on considère que les soixante-quinze mille âmes qui formaient toute sa population, il n’y a guère plus d’un siècle, sont devenus aujourd’hui un peuple de un million six cent mille ! il est difficile de ne pas se dire: «Digitus Dei est hic.» «Il y a là le doigt de Dieu.» Un aussi grand accroissement naturel de population nous autorise certainement à affirmer que Dieu a des vues loutes spéciales sur ce peuple. Je vous dirai, M. le président, que je suis de ceux qui croient fermement à la mission providentielle des nations, et que rien ne saurait arrêter, dans leur marche, celles qui tendent constamment, sans dévier à droite ni à gauche, vers la fin qui leur a été assignée, comme aussi rien ne saurait sauver celles qui ont prévariqué et abandonné finalement les voies que leur avait tracée la Providence. Là-dessus, l’enseignement de l’histoire est FREE avec celui de la religion.

«Or, la mission du peuple canadien a un caractère évidemment religieux ; elle est analogue à celle du peuple illustre dont il descend. L'histoire a enregistré les hauts faits que le Seigneur a accomplis par les Francs : « Gesta Dei per Francos. » Le plus grand de leurs souverains, Charlemagne, s’est constitué avec son peuple le défenseur-né et le protecteur de l'Eglise ! Et l’on sait le rôle que la France a joué dans la civilisation et les affaires de l’Europe, tant qu’elle a été fidèle à sa grande et noble mission !

« La mission du peuple canadien‘ ne saurait être douteuse quand les rois de France l'ont si clairement exprimée, dans leurs lettres royales de comraission, aux hardis et religieux explorateurs qu’ils envoyèrent en ces contrées. «Il est cer- « lain, dit le savant abbé Faillon, que, se glorifiant du titre de « Rois trés-chrétiens et de Fils aînés de l'Eglise, ces princes « eurënt pour motif principa:, dans les dépenses considérables «qu'ils firent, l’espérance de porter au Canada la connaissance « de Dieu, et d'y étendre ler limites de «l'Eglise catholique. » L'on sait avec quel zèle et quel courage nos pères travaillèrent à cette œuvre sublime! L'histoire a aussi enregistré les hauts faits que le Seigneur a accomplis par le petit peuple canadien, C'est sans contredit l’un de ses plus beaux titres à une gloire nalionale, et l’une des plus sûres garanties du glorieux avenir que lui réserve la Providence, s’il marche fidèlement sur les races de ses vaillants et vertueux ancêtres.

«Le fait est que c'est le caractère religieux de sa mission qui a sauvé le peuple canadien. L'œuvre politique que la France a fondée ici par Champlain a péri ; il y a déjà plus d’un siècle que ses suecesseurs ont disparu du Canada. Au contraire, l'œuvre religieuse que la Fille- aînée de l'Eglise y a fondée en même temps, par l'illustre évêque de Laval, a été l'Arche Sainte qui a sauvé nos destinées nationales dans le naufrage de la conquête. Que seraient devenues, en effet, notre langue, nos lois et coutumes, notre foi, ces éléments constitutifs de la nationalité, sans nos collèges, nos couvents et nos autres institutions d'éducation et de charité? Et, sans la généreuse et prévoyante direction des évêques du Canada, sans le zèle de leur clergé, sans l'esprit de foi et le dévouement de nos pères, comment se seraient fondées, soutenues et développées ces salutaires institutions ? Surtout, que serait devenu notre peuple sans la force sociale de notre organisation paroissiale? Si

nous voulons le savoir, nous n'avons qu’à regarder ce que sont devenues les autres colonies françaises de ce continent qui n'ont pas eu les mêmes éléments de la vie nationale.

«C'est donc avec raison que les fondateurs de la Société de Saint-Jean-Baptiste l'ont mise sous les auspices de la religion et la protection du grand saint que nos pères ont toujours honoré d’un culte spécial. Tant que les Canadiens se montreront de fidèles imitateurs de leurs ancêtres, le Seigneur continuera à les protéger et à les bénir comme peuple, et ils pourront regarder leur avenir national avec une pleine et entière confiance ; car un peuple peut dire comme chaque âme fidèle : «Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? »

«Ces démonstrations n'ont pas seulement l'avantage de raviver au cœur de nos compatriotes le sentiment national, en leur rappelant les hautes destinées que leur réserve la divine Providence: elles leur offrent de plus la meilleure occasion de s’organiser à celte fin, et de se concerter sur la marche à suivre pour y arriver plus sûrement. Là se trouvent réunis les représentants et l'élite de la race canadienne-française, répandue sur le continent américain. C’est donc un congrès national où les hommes, les mieux renseignés et les plus compélents à trailer ces graves intérêls, peuvent reconnaître les dangers auxquels nous sommes le plus exposés comme peuple, et discuter les moyens les plus propres à les éloigner. Ils doivent sonder prudemment les plaies qui menacent le plus notre existence nationale, et rechercher avec soin les remèdes qu'il conviendrait de leur appliquer pour les guérir.

« C’est à quoi l’étude de leur saint patron leur servira beaucoup. Saint Jean-Baptiste, vêtu d'habits rudes, faits de poils de chameau, menant une vie austère dans le désert, en se nourrissant de miel sauvage et de sauterelles, enseigne à son peuple la voie du salut. La sobriété et la tempérance, dans l’usage des choses de la vie, sont donc une des premières condilions de la prospérité et de la vigueur d’un peuple. Voilà ce que nos pères ont compris et pratiqué. C’est aussi ce que leurs enfants ne doivent pas oublier.

«ÆEnfin, ces réunions fraternelles doivent contribuer à fortifier l'union de tous les Canadiens en un faisceau compacte, que rien au monde ne devrait rompre. C’est par cette union qu'ils

seront invincibles, qu'ils atteindront sûrement le terme où Dieu les appelle.

«Comme évêque et comme Canadien, je ne puis qu’applaudir à des réunions qui ontun but aussi chrétien et aussi patriotique. J'approuve vos efforts pour en assurer la réussite et je leur souhaile le plus complet succès. Je suis heureux de suivre, dans cette voie, l'exemple de Notre Vénérable Métropolitain.

«Inutile, après cela, de vous dire que j’approuve l’envoi de votre patriotique manifeste au clergé de mon diocèse. : «Avec mes meilleurs souhaits, veuillez agréer, monsieur le président, l'assurance de mon sincère dévouement.

«Ÿ L.-F., Ev. des Trois-Rivières.»

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