RÉPONSE DE MGR MOREAU, ÉVÊQUE DE SAINT-HYACINTHE
« Saint-Hyacinthe, 15 décembre 1879.
« Monsieur le président,
« J'ai reçu et lu avec un véritable plaisir votre lettre et le manifeste qui l’acompagnait, et je m'empresse de vous informer en réponse, qu'avec mon vénérable Métropolitain, j'approuve de tout cœur la grande convention nationale du 24 juin prochain.
« Je bénis votre Association de l’heureuse initiative qu’elle a prise en cette mesure, et je ne doute pas qu’elle ne rencontre partout le concours le plus aetif et le plus empressé, pour faire de cette fête une des plus belles et des plus imposantes qui ait eu lieu dans notre cher pays. Aussi, n’ai-je pas la moindre objection à ce que vous vous adressiez directement à mon clergé, pour l’intéresser à votre si patriotique projet et l'inviter à vous venir en aide de la manière la plus efficace possible.
« Nous avons plus que jamais besoin, monsieur le président, d'unir nos efforts et de resserrer nos liens, pour conserver intactes notre langue, notre nationalité et notre religion : éléments constitulifs et nécessaires de notre vie comme peuple, et choses par dessus tout chères au Canadien-Frangais, em quelque lieu qu'il porte ses pas ou qu’il plante sa tente. Nos ancêtres ont combattu le bon combat pour léguer à leurs enfants ces trois gages de salut et de prospérité. N’est-il pas du devoir de ceux-ci, s’ils veulent être dignes de tels pères, de s’animer des mêmes sentiments et du même courage? Nos
ères ont fait beaucoup, mais ils n’ont pu tout faire, et la utte doit se continuer. Petit peuple au milieu de cette grande Confédération canadienne, et rival des nombreuses nalionalités qui l'entourent et qui l'enveloppent, le Canadien-Français doit s'inspirer d’une indomptable énergie pour s’affirmer comme nalion.
«Espérons qu'il en sera ainsi, surtout si nous nous rallions fidèlement autour de notre drapeau, langue, natiorialité et religion, qui, aujourd’hui comme par le passé, porte dans ses plis un signe manileste de la protection du ciel. La chose n'est-elle pas tangible depuis les commencements de notre pays? Que de fois n’aurions-nous pas dû être submergés, et que nous sommes revenus à flot! Les décrets divins nous ont
voués à des combats incessants, mais ils ont aussi voulu que ces combats fussent toujours couronnés de victoires brillantes et durables. Avec quelle confiance et quel courage ne devonsnous donc pas regarder l'avenir, puisque le passé répond si bien pour nous. /
« Maïs, comme vous le dites si bien dans votre manifeste, il est nécessaire de ne pas perdre de vue le but important que poursuit votre Association nationale de Saint-Jean-Baptiste. Ce n’est pas, en effet, par des processions, des illuminations, des déploiements d’oriflanmes et de drapeaux, des sérénades et des fanfares, que nous serons ce que nous devons être, mais par un attachement inviolable et sacré à nos institutions et à tout ce qui a fait notre force jusqu’à aujourd'hui. La grande Convention du 24 juin prochain aura sans aucun doute pour effet de ranimer et de vivifier ce sentiment.
«Je suis particulièrement heureux que ceite magnifique démonstration de notre union nationale soit sous les auspices de votre belle Association, et qu’elle ait lieu dans notre vieille et vénérable cité de Champlain, où tout Canadien-français se trouve à son berceau et chez lui.
«J'ai l'honneur d'être, monsieur le président, votre bien dévoué serviteur,
«TL. Z., évêque de Saint-Hyacinthe.»