RÉPONSE DE MGR DOMINIQUE RACINE, ÉVÊQUE DE CHICOUTIMI
« Chicoutimi, 21 décembre 1879.
« Monsieur le président,
« Le projet de réunir dans l'antique cité de Champlain une «Convention de toutes les sociétés nationales canadiennes- «françaises répandues non-seulement dans la province de « Québec er dans toute la Puissance du Canada, mais jusque « dans les parties les plus reculées des Etats-Unis,» esl trop patriotique pour que je ne lui donne pas mon entière adhésion.
« Toute famille divisée contre elle-même ne saurait sub- «sister,» nous disent les Saintes Ecritures. Ainsi, prendre les moyens de rendre plus intime et plus étroite l'union entre tous
les membres de la grande famille canadienne-française, c’est donc travailler efficacement à sa conservation el à son agrandissement. Il a été souvent battu par de violents orages et de furieuses tempêtes, ce petit arbre de notre nationalité, planté, il y a trois siècles, sur les bords du Saint-Laurent. Si, jusqu'ici, il a pu résister à tous les coups de la tempête, s'il est aujourd’hui plein de force et de vie, ne devons-nous pas cet heureux résultat à l'union parfaite qui a toujours régné parmi nous, et surtout, à notre attachement inébranlable à la religion catholique, comme le constatent toutes les pages de notre histoire ? Cette vérité, si évidente pour nous, Canadiens, ne nous est-elle pas enseignée par le saint roi David, quand il proclame : « Heureuse la nation qui a choisi le Seigneur pour son maître !»
« Je vous permets volontiers d'adresser votre manifeste à tous les membres du clergé du diocèse de Chicoutimi et je souhaite que vos nobles et généreux efforts soient couronnés d’un plein succès.
« J'ai l'honneur d'être,
« Monsieur le président, « Votre très-humble serviteur,
« T Dom., évêque de Chicoutimi.»
L'adhésion de l’épiscopat nous valut celle de tout le clergé. Le manifeste et les lettres des évêques, expédiés à plus de quinze cents prêtres du Canada et des Etats-Unis, firent connaitre partout les projets de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec. De toutes parts des lettres chaleureuses nous apportèrent des encouragements à poursuivre notre œuvre. Nos prêtres, intimement liés partout à toutes les sociétés fondées et soutenues par les Canadiens-Français, firent valoir auprès d'elles l'impor-
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tance et l'utilité de notre démonstration, et notre appel retentit de clocher en clocher, de presbytère en presbytère, avec des échos si puissants, qu'à un moment donné, un prêtre éminent, dont nous parlerons plus loin, nous écrivait, en décembre 1879: «Il faudra peut-être enrayer le mouvement.»
Notre correspondance avec nos frères émigrés aux Elats- Unis, nous apporta de bien vives consolations dansnos travaux. Notre voix leur rappelait la patrie absente, les parents et les amis laissés au pays natal, et les circonstances pénibles qui avaient forcé la plupart d’entre eux à quitter la terre des aïeux. Quelques-unes de ces lettres nous révélèrent les sacrifices que s’imposaient plusieurs de ces familles exilées, pour prélever sur leur salaire quotidien la somme nécessaire pour faire le voyage de Québec. D'autres nous apprirent le chagrin de ceux que l'éloignement empêcherait de venir. Elles étaient unanimes à souhaiter l’accomplissement du vœu exprimé par le manifeste pour que le 24 juin tous les Canadiens-Français «n’eussent qu'un cœur et qu'une âme devant l’image adorée de «la patrie.» En outre, cette correspondance, avec plus de cent sociétés canadiennes des Etats-Unis, nous a fourni les renseignements coordonnés dans le tableau stalistique qui se trouve à la fin de cet ouvrage.
Parmi ces lettres, il en est une que nous tenons à citer, parce qu'elle nous apportait une importante adhésion, et qu’elle renfermait des remarques très judicieuses dont nous avons tiré profil. Nous voulons parler d'une lettre du Rév. M. Primeau, curé de Worcester, l’un des membres les plus distingués du clergé canadien aux Etats-Unis, et qui a joué un rôle si important dans la démonstration de Montréal, en 1874.
Voici ce que M. Primeau écrivait, en date du 17 décem-
bre 1879, au secrétaire de la Sociét .at-Jean-Baptiste de Québec :
« Worcester, 17 décembre 1879.
«M. À. Pouzior, Québec, « Monsieur le secrétaire,
« Avant de vous féliciter et de vous remercier, je vous prie d'attribuer mon long silence à sa vraie et unique cause : la maladie.
« Votre projet de fête nationale à Québec, et le désir de vous adjoindre quelques co-adjuteurs à l'étranger, méritaient bien un oui empressé.
«J'ignore assez jusqu’à quel point nos compatriotes du Canada répondront réellemeut à l'appel ; laissez-moi, moi-même, vous avouer tout bas que l’on peut grandement appréhender l’apathie, l’abstention de beaucoup de centres, non encore initiés aux manifestations patriotiques.
« À Dieu ne plaiseque comme en 74, il y ait plusde sociétés et de délégations de l'étranger que du pays.
«Aux États-Unis, quand même votre comité se croiserait les bras, la propagande va d'elle-même; pour bien faire il faudra peut-être enrayer un peu le mouvement.
« Comme il convient néanmoins que vous invitiez, autant que possible, tous les représentants de notre nationalité, permettez moi de vous suggérer le plus court moyen de trouver leurs adresses. Ecrivez aux rédacteurs des journaux français, publiés aux États-Unis, avec prière d'insérer un avis demandant à toutes les sociétés ou organisations canadiennes de vouloir bien vous transmettre leur adresse et celle du curé de Ja paroisse, afin que vous puissiez être sûr qu'ils recevront l’invitation officielle et les circulaires ou autres informations qui pourraient être utiles.
« Les considérants et motivés de cet avis le feront, j'en suis certain, prendre en bonne part et vous apporteront plus d'adresses qu'un commis-voyageur.
« Selon moi, le succès de notre fête est assuré, en autaut qu’il ne s’agit que de démonstrations et de monde. Mais votre préoccupation sans doute, la mienne assurément, c’est l’œuvre de la Convention.
« Le feu de joie nous l’aurons ; l'apothéose du passé on peut
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l'attendre; la solennelle et grandiose affirmation que nous sommes et voulons être quelque chose, notre défilé la donnera ; mais, à la Convention de dire avec autorité, avec sagesse, avec espoir d’être entendue de par le monde, ce qu'il faut faire. Monsieur le secrétaire,.si j'avais le droit de donner un conseil à votre comité, je voudrais lui répéter à chaque séance : occupez-vous bien, avant tout, de la Convention.
« Agréez, je vous en prie, mes meilleurs souhaits et amitiés. « Votre, etc.
<J. B. Primrau.»
Un autre prêtre canadien des Etats-Unis, le Rév. M. Bédard, curé de Fall River, Mass., se trouvant à Québec, et invité par le président à assister à une séance du comité général de régie, nous apportait lui aussi le témoignage de l'approbation que nos projets avaient rencontré chez nos compatriotes, dans les Etats-Unis.
Sur ses représentations, le comité de régie, qui s'était d'abord mis en rapport avec messieurs Ferdinand Gagnon et Charles Lalime, de Worcester, et le Dr. Martel, de Lewiston, Maine, augmenta le nombre de collaborateurs dont nous requérions les services aux Etats-Unis, et décida «que le président de chacune des différentes sociétésSaint-Jean-Baptiste, en existence aux Etats-Unis, serait de plein droit membre du comité des Etats-Unis, choisi pour travailler, de concert avec celui de Québec, à l’organisation de notre fêtenationale. »
Ici, comme aux Etats-Unis, notre clergé donna son entière approbation à nos projets déjà bénis par nos évêques. Dans nos villes et dans nos campagnes les églises retentirent des Chaleureux appels faits par le prêtre, ct notre Société put se
réjouir d’avoir trouvé partout en lui un précieux auxiliaire. Dans plusieurs localités ce fut le point de départ de la fonda-
tion de nouvelles sociétés Saint-Jean-Baptiste, floraison magnifique dont nous parlerons plus tard, et qui témoigne mieux que tous les discours de l'efficacité de nos travaux.
De toutes ces allocutions, nous n’en.citerons qu’une seule, d'abord parce qu’elle a été recueillie de suite et en entier, et parce qu’elle emprunte un caractère particulier au fait qu’elle était adressée aux paroissiens de Notre-Dame de Québec, qui réclamaient justement et avec orgueil le privilège de faire dans leur Basilique, à leur tour, et suivant l'ordre établi, la fête religieuse du 24 juin, si cette fête avait pu être célébrée dans un temple construit par la main des hommes. Voici cette allocution :