‹ Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec en 1880 [microforme]Chapitre 42 sur 212 · Nos hôtes · texte numérisé non relu

Nos hôtes

15. Les Sociétés Saint-George, Saint-André, Saint-Patrice. 16. La Presse.

Le premier toast, proposé par monsieur le président, est : « A la Reine. » La fanfare de Beauport donne l'hymne national anglais : «Dieu sauve la Reine. »

Le second est : « À Son Excellerice le gouverneur-général du Canada et à Son Altesse Royale la Princesse Louise.» Après quelques paroles de monsieur le président Son Excellence se lève au milieu d'applaudissements réitérés, et prononce en français le discours suivant, qui a créé dans l’auditoire qui l'écoulai, un enthousiasme indescriptible :

« MESSIEURS ET AMIS CANADIENS-FRANGAIS, TANT DÆ NOS PROVINCES QUE DE L'ÉTRANGER :

«Je vous remercie sincèrement de la cordialité avec laquelle vous avez accueilli le toast porté par M. le Président à la santé de la Princesse et la mienne. La Princesse m'a spécialement chargé de vous exprimer sa vive gratitude, et je regrette que le court séjour du Prince Léopold dans ce pays l'ait empêchée d'assister avec moi à l’imposante fête dont nous avons été aujourd’hui les témoins. C’est aujourd'hui avec chagrin qu’elle s'éloigne de Québec, de cette ville qu'ont également contribué à lui faire aimer, et les hautes qualités de ses habitants, et la magnificence de ses paysages.

« Pour moi, messieurs, répondant à l’aimable invitation qui m'a été faite, je viens au milieu de vous, témoigner combien je respecte nos dignes compatriotes les Canadiens-Français, et combien je sais apprécier la bienfaisante influence exercée par cette noble et vaillante race sur notre jeune nationalité canadienne. Je suis ici pour montrer quelle haute estime je professe pour cette‘ loyauté dont vous n'avez cessé de donner

des preuves, envers Sa Majesté la Reine, dont je suis le représentant.

« Toutefois, messieurs, je ne m'étonne pas du dévouement qui vous anime pour celle qui personnifie d’une manière si auguste le principe du régime constitutionnel. La Reine, en effet, durant tout le cours de son règne, a prouvé, par une conduite qui ne s’est jamais démentie, que chez nous «les actes « du pouvoir sont l'expression de la volonté du peuple.»

« C’est là ce qui, aux yeux de ses sujets, lui donne le premier rang parmi les souverains.

«Mais c’est parmi vous surtout, messieurs, quetout le monde s'attend à lui voir rendre cet hommage. Car, vous le savez, ce furent les Normands qui, dans l’ancienne France, veillèrent avec sollicitude sur le berceau de cette liberté dont jouit maintenant l'Angleterre. Ce furent aussi des Normands et des Bretons, qui plus tard fondèrent cette colonie canadienne, si amie de la liberté. Le parlement britannique a conservé avec une espèce de culle les coutumes que les Normands, nos pères, lui ont léguées. Je ne sache pas que la chose ait jamais été observée au Canada, mais j'ai souvent remarqué que dans le parlement anglais, nous nous servons encore des vieilles formules employées par vos ancêtres, pour exprimer la sanction donnée aux lois par le souverain.

«C’est ainsi que l'on dit: «la Reine le veut,» ou « la Reine «remercie ses bons sujets, accepte leur bénévolence, et ainsi « le veut » — formules que je serais heureux de voir employées à Ollawa, comme marque de notre origine commune, au lieu de ces formules empruntées au français et à l'anglais modernes.

«En célébrant cette fète aujourd'hui, nous pouvons tous nous unir avec orgueil à ceux qui représentent d'une manière si imposante l'élément français ;—car, c’est à votre race, messieurs, que nous devons les droits gagnés à Runnymade, et les usages qui distinguent les libres d':ussions de nos parlements.

«Dans la nombreuse réunion de ce jour, je me réjouis de saluer des représentants de nos alliés, les Français, ainsi qu’un grand nombre de compatriotes qui sont allés—pour un temps seulement, je l'espère—s'établir chez nos amis des Etats-Unis.

« C’est avec bonheur que je vois ces frères revenus au sein de leur pays, ne serait-ce que pour quelqués jours, et je puis

leur assurer que nos vieilles campagnes et nos nouvelles terres de l'Ouest sont assez vastes et assez fertiles pour justifier le désir que nous avons de les retenir ici, et de leur adjoindre tous ceux qui voudraient partager leur sort. Ils ne sauraient en douter, ils trouveront loujours chez nous la parfüile garanlie de leur liberté et de tous leurs droits de citoyens. Ils n’auront pas peut-être à souffrir autant que maintenant de ces fréquents accès de fièvre morale qui s'emparent de ceux qui doivent constamment prendre part aux campagnes électorales et ils n'éprouveront pas peut-être non plus de ces cruels fraissements dont sont menacés ceux qui ont à subir les effets d’un velo gubernatorial ou présidentiel.

« Aujourd'hui, messieurs, nos visiteurs reconnaîtront en vous un peuple heureux et loyal. Ils verront que nous avons notre part dans celle renaissance du commerce qui, je le dis avec joie, marque le commencement d'une périote nouvelle. Ils verront quelle haute estime nous avons pour ces traditions qui nous relient au passé, et vous leur apparaîtrez jouissant avec une entière liberté de vos institutions, de votre langue, et vos lois. Mais ils verront surlout que vous employez la force que vous ont léguée vos ancêtres, non à servir un égoïsme étroit, mais à travailler de concert avec les autres races à l’affermissement et à l'unité de notre grande confédération : cimentant par là un patriotisme non moins heureux de supporter les charges que de partager les gloires d’un pays, qui occupe une si grande place dans le plus puissant empire du monde.»

Le troisième toast est porté « À Son Honneur le lieulenantgouverneur de la province de Québec et Madame Robitaille. » Son Honneur prononce un discours des plus éloquents.

L'honorable Th. Robitaille répondit à la santé du lieutenantgouverneur. En se levant, il fut accueilli par les applaudissements de toute l'assistance.

I fit des remarques très heureuses en parlant du discours du gouverneur-général. Il dit qu'il se trouvait dans une position assez difficile, attendu que, comme Canadien-Français, il ne pouvait que répéter, en parlant de sa nation, ce qu'avait

déjà dit le marquis de Lorne. Les cérémonies qui avaient cu lieu dans l'avant-midi étaient une nouvelle preuve de la loyauté et de l'attachement des Canadiens-Français envers l’Angleterre. Sur le terrain même, où les armées de la France et de l'Angleterre s’élaient livré des combats acharnés, un évêque canadien-français avait élevé la voix en présence de ses compatrioles, venus de toutes les parties du Canada et des Etats- Unis, en faveur: de la religion et du patriotisme, et tous avaient réuni leurs accents dans une seule prière en faveur de notre gracieuse souveraine. Il dit qu'il était fier d’avoir assisté à la procession du jour, non-seulement parce qu’elle s'élendait sur un long parcours, mais surtout parce qu'on y voyait un grand déploiement de nos arts et de nos manufactures. (Applaudissements prolongés.)

Mgr l'archevêque de Québec répond au quatrième toast «NN. SS. les Archevêques et Evêques, le Clergé. »

Mgr l'archevêque s’est exprimé à peu près dans les lermes suivant(s :

«En prenant la parole pour répondre à celte santé, je me trouve dans un certain embarras. Quand je considère tout ce qu'ont fait mes prédécesseurs, je me sens bien petit, et je crains qu’en exposant les bienfaits de l’épiscopat et du clergé canadien, je ne paraisse me vanter moi-même ; mais votre intention porte plutôt sur l'institution que sur ceux qui les représentent, et qui la font fonctionner. L'Eglise est une instilulion d’origine divine et qui mène à bonne fin ce qui peut faire le bonheur d’un peuple.

« Les institutions restent et traversent les siècles, mais les individus passent. Il y a six ans à peine, nous avons célébré le deuxième centenaire de l'érection du diocèse de Québec. On a dit de la France qu’elle avait été formée par ses évêques.

« Je crois que l’on peut dire la même chose de la Nouvelle- France. Veuillez croire que je suis désintéressé dans la question. J'ai le bonheur d'avoir succédé à 15 évêques dont je

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n'ai qu'à suivre les exemples. J'ai pu peut-être ajouter tout au plus quelques gouttes de miel à la ruche. Mais c’est à Mgr Laval que revient tout l'honneur d'avoir érigé cette ruche.

«Le diocèse fondé par Mgr Laval se trouve aujourd'hui divisé en plus de 60 diocèses différents. de puis dire de mes collègues qu'ils ont travaillé et qu'il travaillent encore à continuer et à développer l'œuvre de Mgr Laval. Il y en a un ici qui a fondé un diocèse et un collège; il y en a un autre qui n'a pas fondé de diocèse, mais qui a succédé au fondateur dont il avait été longtemps le bras droit et l'appui. Je puis parler des absents ; ils sont animés du plus pur patriolisme. Je puis vous dire, pour ce qui me concerne, que vous trouverez en moi toujours le désir et la volonté de faire ce qui peut produire le bien de notre nalionalité.

«Nous avons loujours trouvé dans le clergé le dévouement et le zèle que l'on attendait de lui. Quelle est la misère qu'il n'a pas essayé de soulager ? Quel est le malheureux à qui il ait refusé des consolations et des encouragements ?

« Dans toutes ces choses le peuple canadien a eu sa part, et toutes les fois qu’il s’est agi d’une œuvre religieuse, le clergé a trouvé dans le peuple canadien un concours puissant, sans lequel il n’aurait pu rien faire.

«Je ne dois pas oublier de témoigner la reconnaissance que l'épiscopat, le clergé et tous les catholiques, doivent aux autorités impériales, fédérales et provinciales, et je ne suis ici que l'écho d’une voix plus autorisée que la mienne, Pie IX, lors de la fondation de l’Université Laval, disait que des éloges devaient être décernés à la Reine, qu'il priait Dieu de conserver longtemps à l'affection spéciale de ses sujets Canadiens-Français ! »

M. Siméon Lesage, vice-président de la Société Saint-Jean- Baptiste, en portant le toast : « Le jour que nous célébrons, » donne communication d'une lettre de M. Rameau, s’excusant de ne point venir à la fête. Voici quelques passages de cette lettre :

«J'aurais eu cependant,» m'écrit-il « bien du plaisir à revoir

se cher pays où j'aurais trouvé tant de progrès réalisés depuis ans.

« J'avais déjà mon plan tout adopté pour aller visiter nonseulement les paroisses acadiennes, qui se sont si fortement développées depuis lors, mais aussi es paroisses canadiennes de la Nouvelle-Angleterre, où se forment un mouvement et des institutions qui ont peut-être plus d'importance et plus d'avenir qu'il ne paraît au premier abord,

« Mais c'est ainsi que vont nos projets et nos rêves, dominés qu'ils sont par d'impérieuses nécessités contre lesquelles il est inutile de combattre, avec lesquelles il est presque toujours sage de s 'accommoder ss.

«Je ne puis terminer celte lettre, sans vous charger d'une pénible mission, celle d'être mon interprète près de la Société de Saint-Jean-Baptiste pour mes remerciements et mes regrets ; mes remerciements pour l’insigne honneur qu’on a bien voulu me faire, et mes regrels pour en avoir si mal reconnu le prix. Je dois dire cependant que cette démarche, qui m'avait bien profondément louchée, a éC la secousse décisive qui a définitivement ébranlé ma résolution, et qui m'avait déterminé après bien des hésitations à aller revoir le Canada ; il a fallu tout un enchevêtrement ue circonstances subites et fatales pour rompre la décision généreuse que j'avais prise. Mais dites bien à ces messieurs que si mon corps reste absent, mon esprit est et sera toujours avec eux. J'ai toujours présent à mon esprit celle vision que j'ai faite souvent et qui, je le pense, est une vision providentielle : la vision de l'avenir, du grand avenir du peuple canadien. Il y a quelque chose en lui du peuple choisi par Dieu pour une mission particulière dans le développement de la civilisation humaine. Il a commencé par être très petit, comme le sont les chênes à leur éclosion première, el il a assuré comme eux sa croissance ultérieure par un grand travail souterrain, ignoré, modeste, mais puissant : le travail des racines ; elles ont déjà trois ou quatre pieds de long alors que le chène ne paraît encore qu'un petit arbuste haut à peine de quelques pouces ; on ne soupçonne rien avant qu'il ait grandi, et quand il se met à grandir, il est déjà trop fort pour pouvoir être détruit.

« Les racines du Canada ont été le patriotisme, la religion, et toutes les vertus qu’elles produisent: vertus du foyer dumeslique, avec la fécondité qui en dérive, ainsi que l'énergie créatrice dans le travail ; l'union vers un but commun qui domine les petites passions dissonnantes que la vie sociale

fait germer ; la simplicité des mœurs, avec l'économie et la richesse relative qui accompagne toujours la modestie du besoin; enfin, l'ordre et la discipline dans l'action, c’est-à-dire dans le développement national : conséquence naturelle de la communion des esprits dans une foi commune, foi qui, en semant dans les âmes autant de discrétion que de force, détermine plus facilement chez tous l'acceptation intelligente d'une direction générale.

« Telles sont les vraies raisons sur lesquelles se sont appuyés et sur lesquelles grandiront la puissance et l'avenir du Canada. Avenir auquel je songe souvent, et qui assurera aux Canadiens une part prépondérante dans la civilisation de Amérique du Nord. Cet avenir ne leur échappera point, mais à une condition: c’est qu'ils n’oublieront jamais leur point de départ, la racine morale de leur puissance, et les véritables causes de leur grandeur à venir. Il ne faut pas perdre de vue l’histoire du peuple juif, qui lui aus'i avait été un peuple choisi—ni l'hitoire de Samson qui perdit sa force, pour avoir oublié les enseignements de Dieu en accordant une

sotte indulgence à ses passions et à sa salisfaction personnelle, »

Monsieur Rhéaume, président de la Société, répond comme suit au toast : « Le jour que nous célébrons : »

« VoThe EXCELLENCE, VOTRE HONNEUR, « MESSeIGNEURS ET ME$StEURS,

« Obligé par la position que j’occupe en ce moment de répondre à la santé que vous venez de porter, je réclame d'avance votre indulgence et une indulgence plénière ; j'en ai d'autant plus besoin que constamment occupé depui< le commencement de l'organisation de notre fête jusqu'à la dernière heure, je n'ai eu que quelques instants de loisir.

« Aussi, messieurs, n’attendez pas de moi un discours d'apparat, mais seulement quelques paroles que la solennité de ce jour m'inspirera : ce sera le langage du cœur seul que je tiendrai, et j'espère qu’il s’en trouve parmi vous un certain nombre pour qui la plus simple fleur des champs a plus de charme que le plus beau bouquet artificiel,

«D'ailleurs, messieurs, les trente huit années que j'ai pas-

sées au service du drapeau national m'assurent cette indulgence que je réclame de vous, Mes Seigneurs.

« C’est peut-être maintenant l’occasion de faire connaître en quelques mots l’histoire de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec.

« Fondée en juin #842, ceux quieurent la patriotique pensée d'unir entre eux les Canadiens de tous les rangs, de promouvoir leurs intérêts nationaux, scientifiques et industriels, de les faire fraterniser ensemble, {urent bien inspirés : ils savaient que l’on ne détruit pas un peuple quand il veut vivre.

« En effet, messieurs, à cetle époque, notre chère patrie portait encore le deuil des évènements de 1837-38.

« De nobles têtes venaient de rouler sur des échafauds politiques, nous étions menacés de perdre le précieux héritage que nos ancètres nous avaient légué au prix de tant de sacrifices : « Nos institutions, notre langue et nos lois, » lorsqu'une poignée de jeunes patriotes entreprit de relever le drapeau nalional.

« Les habitants de la vieille cité de Champlain répondirent à leur appel, et bientôt ils furent en mesure de faire comprendre à nos adversaires que, lorsque l'amour de la patrie est fortement ancré au cœur d’une nation, c’est en vain que l'on ‘voudrait jurer sa perte.

« Le temps ne me permet pas de faire connaître en détail tous les effets salulaires de notre association nalionale, tout le bien qu’elle a opéré ; qu’il me suffise de dire que nous en avons des preuves dans le fait indéniable que de toutes les villes fondées en Amérique par nos pères, Québec est celle qui a le moins oublié l'usage de la langue française et nos anciennes traditions.

«Je m'arrêle, messieurs, devant cette prodigalité de compliments que je fais à ma ville natale et je m'empresse de tendre une main fraternelle et respectueuse à nos distingués hôtes et de leur dire :

« Soyez le bienvenu, Excellence, au milieu de nous, au milieu d'un peuple dont la loyauté envers Notre Gracieuse Souveraine ne saurait être mise en doute !

« Soyez les bienvenus, compatriotes de la province de Québec, d'Ontario, du Manitoba et des Provinces Maritimes !

« Suyez les bienvenus, nobles Acadiens, précieux tronçon d’un peuple martyr que nous avons trop oublié !

en

nos

DM -

« Soyez les bienvenus, vous que des circonstances malheureuses ont forcés d'aller vivre loin de nous, à l'ombre du drapeau étoilé, et qui avez su, au milieu de races étrangères, conserver votre foi et votre attachement au sol qui vous à vu naître !

« Vous êtes venus par milliers célébrer notre merveilleuse histoire de trois siècles, chanter nos gloires nationales, nos martyrs de la foi et nos héros morts sur tant de champs de batailles. Gloire à vous tous, et je Le répète encore une fois, soyez les bienvenus !

« Mais, messieurs, si les rares survivants de ceux qui ont jeté les bases de la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec ont raison de se réjouir de leur œuvre patriolique, combien doit être grande l'allégresse de tous ceux qui ont contribué à l'éclat de celte grande fête, que l'histoire enregistrera comme une grande époque et une de ses plus brillantes pages depuis la fondation de Québec !

«C'est bien aujourd'hui que s’accomplissent les paroles prophétiques du président fondateur de notre Société, feu le docteur Bardy, qui, dans notre premier banquet, la comparait à un jeune arbrisseau que l’on verrait croître tous les ans et étendre ses rameaux dans toutes les directions de la province, et protéger à l'ombre de son feuillage tous les Canadiens, tous les vrais Jean-Baptiste.

«En effet, messieurs, c’est ce jeune arbrisseau devenu grand, c’est notre société devenu grande qui, dans ce moment, abrite de son drapeau la nalion canadienne-française tout entière, représentée par des milliers de compatriotes et de frères venus de tous les points du Canada et des Etats-Unis.

« Honneur à vous qui êtes venus glorifier le hardi navigateur, Jacques-Cartier, l'intrépite marin, qui, il y a trois siècles passés, arbora l’étendard de la croix sur cette terre alors inconnue et dont l’arrivée fut le glas de la barbarie !

« Honneur à vous, messieurs, qui êtes venus bénir la mémoire de ces vingt-cinq mille colons sortis de la France catholique, et qui ont porté la civilisation de Québec aux Montagnes Rocheuses, du lac Saint-Jean à la Nouvelle-Orléans !

« Merci de nous avoir honorés de votre présence encegrand jour !

« Combien vos cœurs ont dà palpiter de joie en mettant le

pied sur cette terre, dans cette En de Champlain, berceau de

notre nalionalité, pleine de glorieux souvenirs, où l'on ne peut faire un pas sans remuer la poussière d’un héros ou d'un martyr de notre foi catholique !

« Regardons autour de nous, à une faible distance d'ici, à l'endroit même où ce matin nous affirmions, de la manière la plus solennelle, notre attachement à la religion de nos pères ; c’est là que le chevaleresque Mortcalm succombai! dans une lutte inégale par le nombre.

«Et tout près d'ici, nous apercevons le superbe monument élevé à la mémoire des braves de 1760. Puis, de ces plaines d'Abraham, où le dernier combat de la patrie fut livré, nous apercevons au pied d’une colline la modeste demeure des fils de Loyola; c’est de cetle sainte résidence que partaient les Massé, les Jogues, les Brebœuf et les Lallemand, pour aller évangeliser les barbares au milieu desquels ils ont trouvé la couronne du martyre.

« Avouons, messieurs, qu'aucun lieu re pouvait être mieux choisi pour réunir les membres de la grande famille canadienne que Québec.

« Puis, en portant cette santé au jour que nous célébrons, à cette grande fête du 24 juin 1880, vous avez compris que cette fête élait aussi celle de la religion et de la patrie en même temps.

«En effet, il ne pouvait en être autrement ; car, sans ce double titre, notre démonstration n'aurait pas eu un caractère vraiment national ; nous aurions paru ignorer le but de la fondation de la colonie par la France alors très chrétienne.

Nous aurions paru ignorer l’œuvre religieuse fondée par la fille aînée de l'Eglise; on aurait pu avec raison nous accuser d'ignorer que c’est le caractère religieux du peuple canadien qui l’a sauvé, qui l’a préservé du naufrage, lorsqu’abandonné par la France, je me trompe, par un roi indigne de porter la couronne de Clovis, il se vit tombé à la merci du vainqueur.

«C'est donc pour affirmer ce double caractère religieux et national que dès le début de notre organisation nous nous sommes placés sous l'égide de l'Episcopat.

«Aussi, messieurs, quel beau spectacle n’avons-nous pas eu sous les yeux depuis le lever du soleil ! Quelle majestueuse démonstration n'avons-nous pas eue, dans ce jour à jamais mémorable, où notre nationalité s’est couverte, j'ose le dire, d’une gloire impérissable.

« Que je regretie de ne pas avoir au milieu de nous un homme qui a été des plus sympathiques aux Canadiens ; oui, que je regrette de ne pas voir à ce banquet celui qui a publié sur notre pays les appréciations les plus flatteuses. Car si l'éminent M. Rameau, que nous attendions, eût pu contempler dars lous ses délails, l'immense tableau de notre fête ; s’il eût pu comtempler celle masse de Canadiens réunis, dans ce jour à jamais béni, il aurait, je n’en doute pas, proclamé que, dans cette mémorable journée, ce n’était pas la France aux Colonies, mais bien la France à Québec.

« Mais, messieurs, quoique nous soyons privés de la présence de cet ami sincère des Canadiens, nous sommes grandement dédommagés jar la présence des deux hôtes distingués du Cercle Catholique qui nous ont fait l'honneur d'assister à ce banquel national.

« Merci, messieurs, de l'attention bienveillante que vous avez bien voulu m’accorder. »

La sixième santé: « La France, patrie de nos aïeux, » crée un enthousiasme indescriptible, L’honorable P. J. 0. Chauveau et Son Honneur le juge M. A. Plamondon prononcent deux brillants discours ; voici celui du juge Plamondon :

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