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322 FÊTE MATIONALE
diens des Etats-Unis comme ses enfants. Cependant ; prise dans son ensemble, la position de nos nationaux n’est ni enviable, ni satisfaisante. Nous avons pour habitude de dire que notre position est très bonne : cela est vrai en ce sens qu’elle pourrait l'être moins.
QUn grand nombre sont en danger de perdre leur foi, un plus grand nombre sont exposés à abandonner les traditions de leur race, et tous sont menacés d'absorption par les éléments plus nombreux de population qui les entoure. Comme peuple, nous n'avons aucune influence visible sur la société, Les populations d'origines allemande, écossaise, irlandaise et africaine sont reconnues comme des éléments importants dans
le pays et d’éminentes positions officielles ont été données aux
réprésentants de ces races ; mais jusqu'ici la nationalité canadienne n’a pas été reconnue comme jouissant d'une importance appréciable.
« Nous avons certainement des titres auprès du gouvernement, car nos pères ont été les premiers à explorer et à coloniser plus de la moitié du territoire dont se composent aujourd'hui les Etats-Unis. Un grand nombre d’entre eux ont servi dans la guerre de l'indépendance, cet quarante mille d’entre nous ont combattu pour le maintien de l'union dans la guerre de sécession.
« Nous avons dans nos rangs des hommes de talent et d’une babileté éprouvée, et cependant les efforts que nous faisons pour faire reconnaître nos droits demeurent sans effet.
« Les présidents ont nommé des hommes de couleur aux plus hautes fonctions de l'Etat, mais ils ont refusé de nommer un Canadien à aucune position officielle d’une importance même secondaire. |
« Ce n’est donc pas tomber dans l’exagération que de dire que notre importance est considérée comme inférieure à celle de nos concitoyens nègres.
« La position de nos frères de la Louisiane, ai-je besoin de
Je dire, est encore plus décourageante. Les Canadiens des ‘Etats-Unis qui occupent des positions officielles de quelque
importance le doivent aux suffrages de leurs concitoyens qui les ont élus, non pas à titre de canadiens, mais parcequ'ils se sont montrés les citoyens possédant le plus d'énergie et d'esprit public dans leurs localités respectives.
« La principale cause de notre peu d'influence, à part des objections inhérentes à notre origine et à notre religion, se
trouve dans le fait qu’en aucune localité nous ne sommes suffisamment forts en nombre, ni assez unis de sentiments, pour affirmer nos justes prétentions à être reconnus comme un des éléments dirigeants.
« Notre éparpillement nous est très désavantageux, et nous devrions faire un effort pour nous concentrer sur quelque point donné : comme à partir du Détroit, où il y a déjà une population canadienne considérable, jusqu'à la montagne de la Tortue, dans le Dakota. Cette position offrirait à nos nationaux de grands avantages naturels et pourrait devenir d’une suprême importance, à nous, ainsi qu'à nos frères de Manitoba, s’ certains événements venaient à se produire. Je ferais peut-être mieux de dire clairement ce que j'ai dans l’idée à ce sujet. Il y a, dans la manière d’être de la grande République, certaines tendances dont nous nous alarmons comme bons et loyaux ciloyensaméricains. En première ligne, nous avons celte plaie de l’immoralité sociale et politique, répandue parmi nous au point que nous voilà rendus au bord de l’abime.
« La centralisation est le seul agent régénérateur auquel on ail songé pour porter remède aux maux des temps, et comme dans un pays de l’immenseétendue des Etats-Unis, dans lequel les intérêts d’une section sont presqu’entièrement opposés aux intérêts des autres sections, la centralisation est elle-même un élément de dissolution, le fantôme de la ruine se dresse devant nous. Rome est tombée, et si pénible qu’il soit de l’admettre, la République Américaine peut tomber aussi ; même il se rencontre déjà des observateurs qui prévoient que ce continent est destiné à devenir comme le territoire de l'empire romain : le siége de nombreux gouvernements de nationalités diverses. Avenant la dissolution, le démembrement de notre :: publique, il est facile, à quiconque connaît les tendances de la race allemande et la position qu'elle occupe dans les Etats-Unis, de prédire qu’un empire allemand surgirait dans la vallée du Mississipi, dont les Allemands sont aujourd'hui propriétaires réels, et où ils sont en si grande majorité, qu'ils peuvent se suffire à eux-mêmes, qu'ils ne considèrent plus la connaissance de la langue anglaise comme nécessaire, qu'ils ont leurs églises, leurs clubs, leur littérature et leur société à eux, et exercent déjà un plein contrôle dans les affaires privées et publiques.
« La population américaine est absorbée par eux ; déjà les cultivateurs et les hommes de profession leur abandonnent
tout, et, comme les aborigènes d'il y a cinquante ans, s'enfoncent plus loin vers l'Ouest, Dût une telle calamité s'abattre sur la République, je n'ai pas besoin de vous dire, compatriotes de Ja province de Québec, à vous dont la loyauté envers le gouvernement qui vous protège est proverbiale, qu’il se trouvera parmi les Canadiens Américains un nouveau Saint-Ange de Bellerive pour porter le dernier drapeau que déploiera son pays d'adoption, car la loyauté est un des trails caractéristiques des Canadiens-Français, dans n'importe quelle contrée où ils ont jeté leurs destinées ; mais il arrivera parfois que la loyauté la plus franche et même l’héroïsme seront réduits à l'impuissance ; en tout cas, il serait bon pour nous d’être suffisamment concentrés, afin d’être en mesure de nous protéger et même de former dans le nouvel ordre de choses qui pourrait surgir, une France Nouvelle, qui aurait chance de devenir comme l: France d’autrefois, le centre, le foyer de la civilisation moderne.
« La question du nombre de nos compatriotes établis dans les Etats-Unis est d’une solution très difficile, attendu que dans les recensements de l'Union Fédérale, et dans ceux des divers Etats, il n’y a qu'une seule classification pour les Canadiens de toutes lesorigines. En outre, les enfants, nés dans les Etats-Unis de parents Canadiens, sont citoyens américains de naissance, et sont classés comme tels dans le recensement. En conséquence, il est impossible d'arriver à autre chose qu’à des chiffres approximatifs ; et comme nous sommes dispersés dans toutes les parties de cet immense territoire sans un centre d'unité nationale d'aucune espèce, et sans relations suivies, les uns avec les autres, ces chiffres approximatifs n'ont guère plus de valeur qu’une simple opinion.
D'après mes observations personnelles dans les voyages que j'ai faits dans la plupart des groupes canadiens, depuis le Massachusetts jusqu’à l'Orégon, et tenant compte des supputalions des statisliciens que j'ai consultés, des données historiques qui concernent nos compatriotes dans les nombreux volumes que j'ai compulsés, je dirais, si j'avais à hasarder une opinion, que le nombre des Canadiens et descendants de Canadiens qui ont conservé les traditions et l'amour de leur nalionalité est au moins de cinq cent mille.
Quelque soit le chiffre réel de notre population, une chose est certaine, c’est que nous sommes trop nombreux pour notre bien et pour le bien de notre pays natal. Je ne suis pas de
ceux qui croient que nous avors comme Canadiens une mission à remplir dans les Etats-Unis. J]l n’y en a qu'un bien petit nombre parmi nous qui ne soient pas prêts à dire que notre mission est ici en Canada, ici dans les vallées du Lac Saint- Jean et de l'Oltawa, dans les cantons de l'Est et dans les prairies de Manitoba ; mais nous ne voyons pas clairement comment faire pour obéir à cette mission qui nons tente.
« La pauvreté des uns, les opinions politiques des autres et le défaut d'éducation française d’une troisième catégorie, nous empêchent de revenir de notre exil qui, pour être volontaire, n'en est pas moins pénible. Le repatriement pour le plus grand nombre d’entre nous est donc chose impossible, les causes qui nous ont fait quitter la terre natale que nous apprécions plus, depuis que nous en sommeséloignés, nous empêchent d'y revenir, et, chose triste à dire, les mêmes causes vont continuer à grossir le nombre des nôtres sur le sol étranger à moins que les classes dirigeantes en Canada n'adoptent quelques mesures efficaces pour y mettre fin.
« Personnellement je suis en faveur du repatriement et je déplore l'émigration. Oh ! si ma voix pouvait être entendue des habitants de cette vallée du Saint-Laurent, dont j'ai parcouru les riantes campagnes dans mon pèlerinage à cette bonne ville de Champlain, au berçeau de notre nationalité, comme je les supplierais de réfléchir sérieusement avant de prendre la détermination d'abandonner le grand héritage qui leur a été légné par une glorieuse lignée de héros et de martyrs. Je les adjurerais de considérer la terrible responsabilité qu'ils assumeraient en échangeant leurs heureux foyers et les salutaires influences de leur terre natale pour les misères, les humiliations qui sont le partage de l'étranger. Je plaiderais la cause de leurs enfants dont l'avenir serait sérieusement menacé par la transplantation sur un sol inhospitalier. Je décrierais les angoisses de leurs femmes en exil, de leurs femmes déplorant sans cesse l'absence des leurs, regrettant le ciel du pays. Et enfin, je protesterais avec énergie contre celle manie de mécontentement, de découragement aveugle qui cause aujourd'hui plus de tort au nom canadien, en Amérique, que la conquête ne lui en a causé il y a un siècle.
« Quand à nous, qui vivons déjà dans l'exil, tout ce que nous avons droit de vous demander à vous, nos frères du Canada, c’est votre bonne estime et cet amour fraternel que
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Dante a si bien nommé : « la charité de la terre natale». De cela nous avons grand besoin, et c’est ce support moral qu’au nom de tous mes compatriotes, vivant à l'étranger, je vous conjure de ne jamais nous retirer » (1).
Monsieur le Président remercie monsieur Mallet, et annonce que la sixième commission a chargé monsieur T, A. Bernier, de Manitoba, de faire un rapport sur la situation des Canadiens-Français à Manitoba et dans le Nord-Ouest.
Monsieur Bernier lit ce rapport.
Monsieur L, U. Fontaine, l’un des rapporteurs" de la commission acadienne, dépose sur la table son rapport sur les Acadiens de la Province de Québec.
M. le Président annonce que Sa Grandeur Mgr Laflèche, évêque des Trois-Rivières, a bien voulu consentir à parler à la Conventidn.
Mgr Laflèche fait lediscours suivant sur le luxe etle manque d'économie qui appauvrissent la famille canadienne et contribuent pour beaucoup à l'émigration :