RAPPORT DE LA COMMISSION DU COMMERCE ET DE L'INDUSTRIE
En recherchant les causes qui retardent le progrès de notre industrie, comme les moyens propres à activer notre commerce, votre comission s'est fait les réflexions suivantes :
«Notre industrie n’est pas assez prospère, mais notre peu de succès ne provient pas réellement d’un manque d'énergie dans la production même des articles nécessaires à notre consommalion intérieure comme à l'exportation,
« Nos ouvriersont l'esprit inventif développé, sont prompis à saisir les améliorations qui peuvent être faites sur un objet de fabrique. [ls ont cette adresse remarquable que plus d’une fois l'étranger même s’est plu à leur reconnaître. On sait, en effet, que le Canadien peut mettre la main à tout, ilest né bon ouvrier.
«Si nous pouvons produire l’article, le produire bon et avec économie, demandons-nous comment il se fait que, avec des moyens faciles de transport, et n'ayent à rencontrer aucune difficulté sérieuse dans l'obtention du capital ou de la main d'œuvre, nos progrès ne soient pas aussi rapides que nous le voudrions, nous croyons devoir exprimer que, là où l'obstacle se dresse devant nous, là où l'esprit d'énergie, d'entreprise, de persistance nous manque, c'est dans la recherche, dans la créalion du marché. C’est le débouché qui nous manque. Quelque soit l'article qu’il s'agisse de produire, nous pouvons dire sans nous tromper que si on nous assurait des débouchés, nous pourrions suppléer à la demande. C'est là, croyonsnous, la grande difficulté, la pierre d'achoppement pour nous. Les capitaux ne nous manqueront pas du mcment qu’un marché sera trouvé ; nous avons vu dernièrement s'ouvrir un débouché nouveau, celui de la vente des bestiaux en Europe ; nous avons suivi rapidement l'exeiple de la Province d’Onlario, et voilà que dans un gran nombre de comtés, après avoir expédié tout ce qui était disponible, on s’est mis à l’élevage afin de pouvoir produire l’article qui se vend maintenant. Sachons tirer parti de la nouvelle ligne qui s'établit entre le Canada et le Brésil ; vu les diversités du climat, certains articles produits facilement dans un pays devront nécessairement manquer dans l'autre, et l'échange donnera lieu à un commerce considérable. «Où peut-on vendre ou placer avan-
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IL tageusement »? devrait donc être notre devise, si nous voulons mi sut que notre industrie soit active commé notre commerce pros- se |} LL père. me UE «On a suggéré, pour parvenir à ce résultat, de conseiller | [f aux différents corps de manufacturiers d'élire parmi eux un un [l || corps syndical ou conseil chargé tout spécialement de veiller tra fl {l aux intérêts de la brauche de commerce où de manufacture on LUAAE dont il sera la tête. Ces syndics ou conseillers, par leur se- fes ET crétaire ou leur président, et en agissant au nom de leur corps, ai seraient tout spécialement chargés de veiller aux mouvements ire ut | du commerce, de s'enquérir dans les différents pays, d'entrer Vu HILL TI en correspondance avec les différentes maisons des différents | a pays, d’être enfin les précurseurs, pour établir la voie, tracer. co el ti la route commerciale. se (ll Li] «C’est un des résultats de l’association qui produit tant de ex ana merveilles de par le monde. | le | « Laissés à eux-mêmes, individuellement, les commerçants mt (LIT | et manufacluriers peuvent avoir plus d’une bonne pensée, plus ch HUF d’un bon projet qui, faute d’associés, ou faute de se répandre fai | il} quelque peu dans le public, restera sans résultat. mi . OA « Lette idée, cette pensée, qui autrement resterait stérile, no j 1 ji! discutée à l'assemblée de toute la profession, soumise aux in if |] anciens, débattue avec soin, prendra souvent un corps:et une la dia réalité pour jeter une nouvelle vie dans tout un pays. ri | | (l « Les corps de métiers, les manufacturiers, les marchands, d' de 1é avec leur syndicat, ont dès lors une personnalité qui a pour wi Hi (! but de s'occuper activement du bien-être de tous. Les mar- po .. : HET chands ont déjà depuis longtemps, dans notre pays, senti le dé IL: | besoin de se conslituer ainsi et nous en voyons tous les jours pl (| les bons résullats dans les délibérations des chambres de à ! commerce et les avantages obtenus par leur entremise. Il Pa k À devrait en être ainsi pour toutes les branches de notre indus- cl | | trie ; pour les constructeurs de navires, pour les fondeurs, ve |A | pour:.les propriétaires de forges, pour les manufacturiers d’ins- pu (4 (il truments aratoires, pour les fabricants d'éloffes el de toiles, d' pin enfin pour les:manufacturiers de meubles et de bois préparé, ce qi | portes:et fenêtres, elc. le pl « Quand bien même:un corps de métier ou une association ne FUUTTU de manufacturiers encourrait quelques dépenses pour s'as- se Hu surer les services d’une. personne dévouée et constamment ce RE occupée à chercher vers quels endroits on peut diriger le com- su |
merce, quelles sont les améliorations à apporter, ces dépenses seraient bien minimes répandues sur un grand nombre de membres.
« Le corps de métier ou l'association n'y trouverait-il pas
un grand avantage ? D'ailleurs l'exemple est là pour nous ins:
truire. Les avocats, les médecins, les notaires, les marchands ont chacun leur chambre ou conseil qui est à la tête de la profession et veille aux intérêts de tous les membres,
« Que nos manufacturiers s'organisent pareillement, et ils trouveront parmi eux la vérification du vieux proverbe : l'union fait la force.
« Nous nous permeltrons de faire remarquer que notre commerce nous semble s’en tenir un peu trop aux anciens sentiers, et que l'on ne cherche pas assez à s’en éloigner pour explorer de nouveaux territoires. Nous n’imitons pas en cela l'exemple des Américains que l'on peut rencontrer par tout le monde, sur tous les marchés du globe, cherchant les débouchés dont ils ont besoin hour activer le grand commerce qui fait leur grande prospérité. Au lieu de nous contenter des
marchés anglais, pourquoi ne pas imiter les Américains en: nous dirigeant soit vers l’Amérique du Sud, ainsi que nous: invite maintenant à le faire le gouvernement fédéral, soit vers:
la Méditerranée, la France et les autres pays, où nous pourrions trouver à placer nos bois et nos céréales avec plus d'avantages, puisqu'une bonne partie de ces pays s’approvisionnent par le commerce des Anglais qui, eux-mêmes, im-
portent en partie de chez nous. Nous devons applaudir au
développement que semble prendre le commerce de nos phosphates ; c'est là un progrès réel, parceque c’est un nouvel article produit, comme un nouveau marché trouvé, Malheureusement, d'ici à quelque temps, notre agriculture provinciale ne sera pas assez au fait des grands avantages qui peuvent être tirés de l'emploi des phosphales, pour que cetarticle puisse compter dans la consommation d’une manière sensible, d'ici à quelque temps, du moins. Mais cet article est si bien connu et si répandu aux Etats-Unis, en Amérique, en Angle-
terre.et en France, que l’on peut être assuré que le commerce
ne fera que s'accroil'e à mesure que son lieu de production
sera plus connu. Et pour sa manufacture dans le pays, .
comme il faudra produire l'acide sulphurique, on peut compter
sur une industrie nouvelle, nous en avons dans le pays toutes.
les malières premières.
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« Les Compagnies de chemins de fer ont des employés dont l'unique devoir est de rechercher continuellement quels sont
les effets qui peuvent être amenés sur la ligne pour en faire”
un profit. Dans ce but là, ils se rendent dans les lieux de production, et ils font un relèvement de ces effets, puis ils se rendent au lieu de distribution de la ligne et agissent là, pour ainsi dire, comme les agents des marchands qui ont à vendre ces produits dont ils ont la liste.
« C’est une idée que nous émettons ; ne pourrait-il pas avoir un employé nommé pour la Province, parfaitement au courant de ces questions de commerce, dont le devoir serait de trouver continuellement de ces débouchés à notre commerce et d’en informer les différents manufacturiers ?
« Les différentes branches ou associations de nos manufactures ne pourraient-elles pas avoir elles aussi leurs commisvoyageurs an service du conseil où du syndicat dont nous parlions tantôt et qui feraient pour une seule branche de manufactures ce que l'agent général ferait pour toutes. Que l'on s'organise et sur toute la ligne ; que nos manufacturiers aient leurs conseils, comme nos marchands ont leur chambre de commerce, qu’ils aient leurs agents ou commis-voyageurs, et après tout, la dépense sera légère pour tous, tandis qu'au contraire le bénéfice pourra être considérable pour chacun.
«Aux Etats-Unis, les agents consulaires, agissent dans l'intérêt général et d'après des ordres reçus, et sont réellement les agents du commerce, Il est de leur devoir, dans toutes les parties du globe où ils sont stationnés, de rechercher les occasions de favoriser le commerce, de faire des listes des articles qui dans ces endroits se vendent un haut prix et qui peuvent être produits et manufacturés avantageusement aux Etats-Unis, et d'en informer les manufacturiers de leurs pays.
C’est ainsi que le grand commerce américain étend continuellement ses ramifications, ainsi que nous l'avons dit plus haut, dans toutes les parties du globe et qu'il fait une si grande concurrence au commerce anglais. Imitons en petit cet exemple que nous donnent nos voisins ; nous n'avons pas nos représentants dans les différents pays, mettons du moins en œuvre les moyens qui sont à notre portée ; et que l'énergie des corporations qui devront être créées, secondant l'initiative personnelle, nous procure ce que nous ne pouvons nous donner par l'intervention de l'État. C’est ainsi que nous
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pourrons vendre avec plus d'avantages nos bois de construction, nos minéraux, les produits des immenses pêcheries du golfe, nos céréales et les produits de nos manufactures. Qu’on se le répète et qu'on en soit bien convaincu ; ce ne sont ni les capitaux, ni l'esprit d'invention ou d'entreprise qui nous manquent pour la production même, c’est le débouché. Et pour créer ce débouché il ne faut après tout que de la diligence et de la persévérance, plutôt que le capital, ou du moins qu'un capital considérable. Il est à notre portée de nous procurer ces débouchés essentiels et de garantir notre prospérité nationale. Aidons-nous et le ciel nous aidera. Le moyen pour trouver ces débouchés nous est enseigné par l'expérience des autres nations ; sachons les imiter d'aussi près que possible et suivant nos moyens ; faisons sur une petite échelle en proportion de notre population ce qu’ils font sur une grande échelle et en proportion de leurs millions, et nous parviendrons au succès que nous ambitionnons.
« Nous verrons ainsi s'établir de nouvelles industries parmi nous. Les ressources de notre sol et de nos mines seront exploitées ; on trouvera des placements pour ces minéraux dont nous ne tirons pas parti, comme nous trouverons de l'ouvrage rémunératif pour notre population. Nous la fixerions ainsi au sol et nous l’empêcherions de s'éloigner pour aller dans les Etats-Unis trouver cet emploi que nous devrions lui assurer sur la terre natale.
«Dans les remaniements de tarif, dans les circonstances où il y aura un intérêt en jeu pour les différentes branches industrielles, elles se trouveront ainsi tout organisées, elles auront leur chef pour les représenter et faire valoir leurs droits.
Montréal, 29 octobre 1880.
« Ls BEAUBIEN, « Rapporteur, »
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