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« de la tendresse et de la vertu. Elle mérite la confiance de « l'époux qui ne fait jamais d'affaire sans prendre son avis. »
« En 1836, la fête nationale fut chômée à Montréal, Saint- Denis, Saint Ours et Saint-Jacques de l’Achigan. Ce fut encore M. D. B. Viger qui présida au banquet national à Montréal. Les convives étaient nombreux. La salle du festin avait été magnifiquement décorée de fleurs, de feuilles dérable. Déjà la feuille d'érable avait été adoptée comme emblème des Canadiens. En effet, en proposant le toast de la fête nalionale, M. Viger s'exprima ainsi au sujet de l'érable : «Cet «arbre qui croît dans nos vallons, sur nos rochers, d’abord « jeune et battu par la tempête, languit, en arrachant avec peine «sa nourriture du sol qui le produit, mais bientôt il s’élance, et « devenu grand et robuste, brave les orages, et triomphe de l’a- « quilon qui ne saurait plus l’ébranler. L'érable, c’est le roi « de nos forêts, c’est l'emblème du peuple canadien. »
Quelque temps après, le 14 novembre 1836, le Canadien remplaçait sa vignette, qui représentait un laboureur auprès de sa charrue el de ses bœufs, par la feuille d'érable et le castor. «Ce frontispice, disait son illustre rédacteur, M. Etienne « Parent, n'a guère besoin d'explications ; les emblêmes qu'il «renferme sont lous faciles à comprendre. Le principal, la « feuille d'érable, a été, comme on sait, adopté comme l'em- «blême du Bas-Canada, de même que la rose est celui de « l'Angleterre, le chardon celui de l’Ecosse, et le trèfle celui de « l'Irlande. » (1)
«Malgré l'excitation qui régnait dans la province, en 1837,les Canadiens de Montréal et de quelques paroisses environnantes célébrèrent la fête patronale. Une scission, causée par les
(1) Le Canadien du 14 novembre 1836.
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divergences d'opinion en politique, se fit parmi les citoyens de Montréal, et il y eut, en conséquence, deux banquets. Les uns, les plus nombreux, se réunirent sous la présidence de M. D. B. Viger, les autres sous celle de M. Audy.
« La célébration de la Saint-Jean-Baptiste fut alors interrompue. Les Canadiens furent plusieurs années dans le deuil. Les troubles éclatèrent, et cortraignirent plusieurs de nos compatriotes, M. Duvernay entre autres, à prendre le chemin de l'exil. Peu à peu le calme se rétablit. Une nouvelle consti- {ution, faite dans le but inique de noyer l'influence française, devint en force. L'avenir semblait sombre aux Canadiens. L'union entre eux était la seule chance de salut, et elle se consomma, grâce à l'intelligence de nos chefs politiques.
« C'est alors que l’on pensa à réorganiser la Société Saint- Jean-Baptiste, qui devait contribuer pour une bonne part à la conservation de notre nationalité et à la conquête de nos droits politiques. Les citoyens de Québec devancèrent ceux
de Montréal d'une année. Dès 1837, ils avaient pensé à chômer, eux aussi, la fête patronale, sans mettre lerr projet à
exécution. Ils le reprirent en 1842. M. Aubin, dans. le Fantasque du 16 juin, donna le premier l’idée de cette fête, et fit
un appel chaleureux aux Canadiens afin de les engager à la célébrer.
«Trois jours après, une réunion préliminaire avait lieu à cet effet au faubourg Saint-Roch. L'on y résolut de former une associalion pour célébrer la fête nationaie, d'assister au service divin, d’avoir un banquet, et d'adopter la feuille d’érable comme emblème de l'association, Le Dr. P. M. Bardy fut nommé président de la Société, et M. Aubin vice-président, et
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MM. J. P. Rhéaume, président général actuel, et James Iluston, du Répertoire National, furent élus secrétaires.
«Le 24 juin 18%2, les membres de la nouvelle Société, accompagnés d’un grand nombre decitoyens, se rendirent vn procession à la cathédrale, ayant en tête la musique canadienne de Sauvageau, qui joua des airs nalion:ux pendant la marche. Ensuite venait la bannière de la Société Saint-Jran-Baptiste, aux couleurs tricolores sur iaguæile était peint le porirail Ge Saint-Jean-Bapliste et les emblèmes canadiens. Plus loin figurait une autre batère avec l'inscription,
Nes institutions, notre langue et nos lois,
puis plusieurs drapeaux dont on s’élait servi dans les guerres de 1775 et 1812. Tous ceux qui marchaient dans la procession portaient à la boutonnière un ruban tricolore sur lequel élaient la fvuille d'érable et le castor.
« À la cathédrale, une messe solennelle fut célébrée par le Rév. M. Eaillargeon, alors cu:é et depuis archevèque de Québec, Un cloquent sermon sur la tempérance fut prêché par le R'v. M. Chiniguy. Le soir, il y eut à l'hôtel de la Cité, un banquet auquel prirent part deux cents citoyens Le Dr Bardy présidait la réunion, ayant à ses côtés lPhon. M. Caron, maire de Québec, l'hon. M. Neilson et M. Aylwin, les seuls convives invités.
« Pendant le banquet, la musique canadivnne joua des airs palriotiques. De nombreuses santés furent présentées, et plusieurs discours chaleureux prononcés par le président, MM. Caron, Chauveau, Cauchon, Belleau, Etienne Parent, Derome, ctautres. Malgré l'absence des boissons alcooliques, (il n'y avait sur la table que des liqueurs de tempérance,) la plus
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grande gaicté régna parmi les convives, et, comme ie dit le Canadien, «l'on s'est amusé aussi biea, mieux pcut-être, que «si le vi eût ruisselé sur la tab'e.» (*
« On avait eu l’heureuse te de commencer les réjouissances par un acte relig eux et de les terininer d'une manière aussi sobre. C'est, en effet, un beau spectacle que de voir les cérémonies religieuses associées aux démonstrations patriotiques, et la religion et la patrie se prêtant un mutuel secours. Dès le commencement, (1835,) la fête nationale prit ce caractère religieux dans plusieurs localités, et cette belle coutume est maintenant devenue générale. Elle prouve que le peuple canadien aime sa religion et respecte son elergé, et tant qu'il restera attaché aux croyances et aux mœurs de ses ancêtres, il sera religieux, moral et puissant. »
M. J. P. Rhéaume, président actuel de la Société Saint-Jean- Baptiste de Québec, nous apprend que d> {ous ceux qui prirent part à Ja première démonstration de (çu ‘bec, les seuts survivants sont: M, N. Aubin, le véritable organisateur, aujourd'hui à Montréal ; le Dr. Tourangeau, de Saint-Roch ; M. Ths. Et. Roy, sergent d'armes du Conseil législatif de Québec ; M. Sauviat, père, de Québec ; M. Olivier Vallée, de Québec ; M. Joseph Picard, fils de l’ancien chantre de Saint-Roch, et M. Rhéaume l .i-même,
En septembre 1846, les archives ayant été perdues, il fut résolu que Lous lesmembres d'alors seraient considérés comme membres fondateurs. De ce nombre furent, paraît-il, M. Chamberland, M. Soulard, père, et quelques autres. C'était une seconde fondation ou plutôt une réorganisation.
(1) Voir les documents qui se trouv.nt dans la quatrième partie,
« En 1843, la cité de Champlain célébra la fête nan avec une plus grande pompe. Les rues avaient été décorées de . nombreux pavillons, d’emblêmes nationaux et d'inscriptions loyales et patriotiques. La procession était nombreuse. « C'était, d’après le témoignage du Mercury, un des spectacles « les plus intéressants et les plus ravissants qui aient jamais « élé vus à Québec...…..l'apparence de cette société, la plus « jeune des sociétés nationales de la ville, lui faisait infiniment « d'honneur. »
«Sur les quinze cents personnes, ajoute le Canadien, —chiffre «auquel le Mercury estime le nombre de celles qui mar. «chaient en procession deux à deux, portant les décora- «tions de la sociélé,—nous n’en avons pas remarqué une « seule qu’à sa mine et à sa tenue on ne dût prendre pour un «gentleman. Toutes avaient un crêpe au chapeau en signe «de deuil pour notre bien-aimé gouverneur, Sir Charles « Bagot. »
«En 1844, Québec fêta encore la Saint-Jean-Baptiste avec une égale solennité. Le sermon de circonstance fut prêché par le Rév. M. O’Reilly. Le soir, il y eut banquet de 300 personnes. L'hon. M. Caron, qui a été plusieurs années président de la Société, prit la parole, ainsi que MM. J. C. Taché, Angers, Chauveau, Aylwin, Tessier, Plamondon et Rhéaume.
« L'année suivante (1845), Québec était dévasté par deux incendies, qui détruisirent plus de la moitié de ses habitations. En conséquence de ce désastre, il n’y eut pas de célébration de la Saint-Jean-Bapliste. En 1846, les citoyens de Québec s'abstinrent de célébrer la Saint-Jean-Baptiste, à cause de la tristesse et du deuil dans lesquels les avaient plongés le terrible incendie du théâtre Saint-Louis, dans lequel périrent
environ quarante personnes, appartenant à la fleur de la société québecquoise.
«C'est en 1843, que les citoyens de Montréal réorganisèrent la Société Saint-Jean-Bapliste sur des bases solides e permanentes. Dans une assemblée convoquée le 9 juin, ils réélurent M. D. B. Viger pour leur président, et résolurent de célébrer le 24 juin par une messe solennelle et un banquet. Les membres de la Société de Tempérance, établie sous la proteclion de Saint-Jean-Baptiste, s’unirent à la Suciété Saint- Jean-Baptiste pour donner plus d'éclat à la fête. Ils se rendirent en procession à la paroisse, au nombre de mille, avec leurs riches bannières. Après la messe, ils se remirent en procession ; à leur suite marchaient le président, les membres de la Saint-Jean-Baptiste et les citoyens. Le banquet n'eut cependant pas lieu ; on employa le montant des souscriptions à secourir les iucendiés du village de Boucherville.
« La fête patronale fut chômée avec plus d'éclat, les années suivantes. En 1846, surtout, elle fut des plus imposantes. La procession, composée de 6,000 personnes, s’étendait d’une extrémité de Ja ville à l’autre, à travers les rues pavoisées et ornées de toutes manières. Les élèves des écoles chrétiennes, les membres de la Société de Tempérance et ceux de l'Institut- Canadien en faisaient partie. La cérémonie religieuse fut splendide. Mgr Bourget, évêque de Montréal, officia pontificalement, et M. le grand-vicaire Hudon fit un sermon patriotique, qui lui valut les plus grands éloges. Il y eut un banquet à l'hôtel Donegana, et la fête fut couronnée par une soirée publique, donnée à l’Institut-Canadien, sous le patronage des dames canadiennes, représentées par mesdames Vallière de Saint-Réal, Lafontaine, Bourret et Drummond. Après un
discours, fait par le président de l’Institut, les danses commencèrent, el ne se lerminèrent que lard dans la soirée.
« La fête nationale continua à être célébrée, annuellement, à Québec et à Montréal. Si parfois elle diminua d'importance, nous sommes heureux de dire qu’elle eùl souvent un succès marqué, notamment à Québec, en 1865, et, à Montréal, en 1872. La belle coutume de fêter la Saint-Jean-Bapliste se répandit, peu à peu, dans un bon nombre d'autres localités : à Outaouais, à Saint-Jean, à Saint-Hyacinthe, à Sorel, aux Trois-Rivières, à Charlesbourg, à Saint-Gervais, sur les bords du Saguenay et ailleurs. (1)»