‹ Fête nationale des Canadiens-Français célébrée à Québec en 1880 [microforme]Chapitre 8 sur 212 · FONDATION DES SOCIÉTÉS SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL ET DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

FONDATION DES SOCIÉTÉS SAINT-JEAN-BAPTISTE DE MONTRÉAL ET DE QUÉBEC

Monsieur Benjamin Sulte a bien voulu raconter les origines de la Saint-Jean-Baptiste, depuis les temps les plus reculés jusqu’au jour ou Ludger Duvernay fonda la Société Saint-Jean- Baptiste de Montréal. Nous allons maintenant étudier les commencements de la Société Saint Jean-Baptiste à Québec et à Montréal. Ce travail a déjà été fait par un homme dont le nom est acquis à l’histoire littéraire de notre pays, et dont le concours précieux élait toujours assuré d'avance à toutes les uobles et généreuses entreprises, à loutes les manifestations liltéraires ou nationales.

Nous voulons parler du regretté Louis P. Turcotte, l’auteur du « Canada sous l'Union. » Fidèle au souvenir de l'amitié dont il nous honorait, nous croyons rendre hommage à sa mémoire en lui cédant la place pour le laisser parler sur ce sujet, dans une élude soignée et conscienciuuse, comme d’ailleurs tout ce qu'il écrivait, publiée par lui dans le Journal de Québec, à la veille de la grande fête de Monrtéal, en juin 1874. Celle étude élant un peu longue, nous allons en citer des extraits, nous

réservant seulement le privilège d'ajouter quelque chose aux renseignements qu'elle fournit.

«La fondation de la fête nationale remonte à 4834. M. Ludger Duvernay, ce patriote si cher au pays, en fut le père et l'organisateur. Quelles sont les raisons qui ont porté les Canadiens d'alors à adopter Saint-Jean-Baptiste pour leur patron ? On sait que depuis de longues années, on désignait les Canadiens sous le nom de Jean-Baptiste, sans doute à cause du nombre considérable de ceux qui ont de tout temps porté le nom du saint patron.

«En parlant de l'inauguration de la fête nationale, M. Etienne Parent s'exprime ainsi : «]Ïl y a longtemps qu’on donne au peuple l'appellation de Jean-Baptiste, comme on donne à nos voisins celui de Jonathan, aux Anglais celui de John Bull, et aux Jrlandais celui de Patrick. Nous ignorons qui a pu donner lieu à ce surnom familier des Canadiens, mais nous ne devons pas le répudier, non plus que la patronisation que viennent d'établir nos amis de Montréal. C’est d'un bon augure pour les patriotes canadiens, que d’avoir pour patron le Précurseur de l’'Homme-Dieu, qui est venu prêcher l'égalité des hommes aux yeux du Créateur, et délivrer le monde de l'esclavage des puissances ennemies d’un autre monde. » (1)

«Les fondateurs avaient probablement encore en vue de rappeler le souvenir de la fête de Saint-Jean que nos ancêtres célébrèrent à Québec, dès les premiers temps de la colonie. La première description de cette démonstration patriotique se trouve dans le Journal des Jésuites, de 1646. (2)

« Après 1650, on ne viit nulle part que la population de Québec ait continué à chômer la Saint-Jean ; cependant, plusieurs de nos campagnes, surtout celles qui sont sous le

(1) Le Canadien du 27 juin 1834. (2) Le Journal des Jésuites, pages 53, 54

vocable de Saint-Jean-Bapliste, continuèrent à célébrer cette solennité. Il faut bien remarquer que la Saint-Jean n’était pas alors considérée comme la fête nationale, puisque nos ancêtres avaient choisi saint Joseph pour patron de la Nouvelle- France et protecteur de l'Eglise naissante du Canada. On peut voir dans le Journal et les Relations des Jésuites la description de cette fête patriotique et religieuse. La Saint-Joseph a élé chômée avec pompe à Québec pendant plusieurs années. Après 1660, elle ne fut plus qu'une fête religieuse telle qu'on la célèbre aujourd’hui.

« L'Association ou plutôt la Société Saint-Jean-Baptiste, comme tout ce qui est destiné à devenir grand, eut un début très-humble. M. Duvernay ne prit que deux jours pour faire les préparalifs de la première célébration. Le 2% Juin (1834), environ soixante Canadiens de Montréal, y compris quelques Irlandais et Américains, inaugurèrent la fête nationale par un simple banquet. Ils choisirent pour président M. Jacques Viger, premier maire de Montréal.

«€ Voici quelques-uns des toasts qui furent alors proposés :

«Le peuple, source primitive de toute autorité légitime.

« Le jour que nous célébrons.

«La Chambre d'Assemblée du Bas-Canada, l'organe fidèle du peuple canadien,

«L’hon. L. J, lapineau, orateur de la Chambre d'Assemblée, habile et zélé défenseur des droits du peuple.

« Louis Bourdages, écuyer, doyen de la Chambre d'Assemblée, le Nestor canadien.

« MM. D. B. Viger et À. N. Morin, nos agents en Angleterre.

« Le clergé canadien.

«M Duvernay, qui a donné l’idée de la fêle et qui en a surveillé les préparatifs.

«MM. W. L. McKenzie et Bidwell et les autres réformistes du Haut-Canada.

« O'Connell et nos compatriotes Irlandais.

« Le gouvernement d:s Etats-Unis. »

«Les toasts étaient entremêlés de musique et de chansons. Des discours patrioliques furent prononcés par MM. Viger, LaFontaine, E. E. Rodier, T. S. Brown, O’Callaghan, Turney, SicotLe, C. 0. Perrault, Laberge, etautres. Malheureusement la Minerve ne nous en donne pas l'analyse, «La plus grande «gaiclé, dit ce journal, régna pendant la soirée. Le diner, «préparé par M. Jeblen, était splendide. Les tables étaient «placées dans le jardin de M. MeDonnell, avocat, qni avait eu « la politesse de l'offrir pour cettefête champêtre. Les lumières «suspendues aux arbres, la musique et l'odeur embaumée que «répandaient les fleurs, la beauté du site, tout tendait à ajouter «aux charmes du spectacle, Cette fête, dont le but est de «cimenter l'union entre les Canadiens, ne sera pas sans fruit. « Elle sera célébrée annuellement comme fêle nationale, et ne « pourra manquer de produire les plus heureux résultats, »

«D'après l'Opinion Publique, les seuls citoyens survivants qui ont assisté à l'inauguration da la fête de Saint-Jean-Baptiste sont : L'hon. juge Sicotte, le Rév. M. Trudeau, curé de Plattsburg, E. U., le Dr. O'Callaghan, le Dr. Picault, M. L, G. DeLorimier et M. T. S. Brown.

QI faut remarquer que l'Association prit, dès le début, un caractère politique bien prononcé. Rien d'étonnant dans une époque où l'immense majorité de la population était si maltraitée par l’oligarchie anglaise el exclue du pouvoir. Aussi

plusieurs santés furent-elles présentées aux réformistes du Houl-Canada, à O'Connell et au gouvernement des Etats-Unis.

« Dès l'année suivante, 1835, la fête patronale prenait un plus grand développement. Les journaux d’alors meutionnent qu'elle fut fêtée à Montréal, à Saint: Athanase, à Saïnt-Eustache et au village Debartzch, par un banquet ; et à Saint-Denis et à Terrebonne, par une messe solennelle et un banquet. A Montréal, environ cent personnes prirent part au diner de la Saint-Jean-Baptiste, qui fut donné à l'hôtel Rasco. La salle avait été ornée de guirlandes, de festons et de toufles de verdure. On remarquait un faisceau de branches d’érables soutenant de chaque côté les drapeaux de la Grande-Rretagne ct ceux du pays, et une représentation de Saint-Jean-Bapliste sur les rives du Jourdain. M. Denis-Benjamin Viger fut choisi pour présider la réunion. Ce noble vieillard, qui comp'ait déjà une longue el belle vie publique, était récemment arrivé d'Angleterre, où il était allé défendre, pendant quatre ans, nos droits politiques. 11 prononça sur la fête du jour un d'scours éloquent, rempli de seuliments nobles et patrioliques. II insista sur l'importance de l'union et de l'éducation du peuple ; il eut aussi des paroles sympathiques à l'adresse du peuple irlandais si malheureux à celte époque. MM. Rodier, De Bleurv, L. M. Viger, lu colonel DeBoucherville, et autres, prirent aussi la parole à celte occasion, C’est à ce banquet que M. Cartier (depuis Sir George-Etienne Cartier,) chanta cette chanson si populaire: © Canada! mon pays! mes amours! qu'il avait composée pour la circonstance.

«Comme en 1834, on but de nombreuses santés. On n'oublia pas celle du beau sexe, qui fut proposée en ces termes : «À Josephte, femme de Jean-Baptiste. Son empire est celui

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