LXVEL
Quand y allait-on ? Seuls les thèmes champêtres peuvent indiquer la date ; il ne faut pas la vouloir aussi précise que la donnent les glossateurs en rapportant ces thèmes aux calendriers rustiques qu’ils servirent à former ; il est vraisemblable, aussi bien, que, selon les pays, la date variait. On a l'impression que les mois propices étaient ceux de l’automne et du printemps : c’est alors que les sources sont fortes et que les rivières grossissent. Entre les froids durs et secs de l'hiver et la chaleur humide de l'été, il y a, dans l’année chi- . noise, deux moments merveilleux : dans les vastes plaines de l’Asie orientale, le changement des saisons se fait d’un coup. La terre, en hiver, semble morte : nulle tache de verdure dans l’étendue jaune et poussiéreuse, nul cri de bête, nul bruissement d’eau, nul travail possible. Viennent le vent d’est et les jours plus, longs : subitement les neiges disparaissent, la glace fond, les sources se réveillent, l’herbe pousse ses pointes entre les mottes plus friables, la vie animale s’émeut, les premières pluies tombent; la saison des travaux rustiques est ouverte!. En hâte, de la terre inépuisable et trop étroite on tire autant de récoltes qu’on peut. Puis le vent d'ouest se fait sentir; au ciel lourd et bas de l’été succède un ciel léger, variable et charmant; les dernières pluies tombent qui permettent les derniers travaux et font, encore une fois, venir fortes les sources et les rivières. Enfin, brusquement, toute vie se retire des champs, végétale, animale ou humaine. Frondaisons, floraisons soudaines, rapide chute des feuilles, arrivées et départs d’oiseaux migrateurs, éveil, disparition des insectes, amours des bêtes, coups de tonnerre, arc-en-ciel, rosée et givre, toutes choses qui ouvrent et ferment la saison humide, qui ouvrent et ferment l’année agricole, voilà ce dont parlent les thèmes cham-
1. Voir les termes calendériques du Yue ling. Comp. Cantique des Cantiques, II, 10 sqq. : « Car, voici, l'hiver est passé, la pluie est passée et s’en est allée, — les fleurs paraissent sur terre, le temps des chansons est venu, et la voix de la tourterelle a déjà été ouïe dans notre contrée. »
pêtres des chansons : et voilà pourquoi l’on peut croire que les réunions dans les champs se tenaient préférablement au début et à la fin de la trêve hivernale. « Au deuxième mois de printemps, dit le calendrier des Hia, se réjouissaient en grand nombre les garçons et les filles. » La fête, dans le calendrier qu’a conservé Kouan-tseu, est placée à la fin du printemps : elle y prend trois périodes de douze jours; à l'automne, trente-six jours encore sont consacrés à une fête symétrique?. Dans ses notes au Che king, Tcheng K’angich'eng parle à plusieurs reprises de fêtes où filles et garçons, obéissant aux rites, se cherchaïient et se rencontraient : émus par le printemps, dit-il, ils sortaient ensemble. Tcheng appartient à l’école qui croit à une règle ancienne des mariages au printemps ; le Tcheou-li, recueil de textes précieux arrangés en forme d’utopie par des feudistes archéologues, lui fournissait une autorité #. Il y est question d’un fonctionnaire chargé de régler les réunions matrimoniales du second mois de l’année. D’autres auteurs font commencer la saison des mariages à la tombée du givre du deuxième mois d'automne ; mais ils admettent qu’on se marie encore au moment du dise. Tcheng, inversement, place à l’automne les cérémonies secondaires de fiançailles 6. Les di-
L R & 5 KX.