‹ Fêtes et Chansons Anciennes de la ChineChapitre 175 sur 228 · FAITS ET INTERPRÉTATIONS · texte numérisé non relu

FAITS ET INTERPRÉTATIONS

Voilà rassemblés assez de documents pour rendre possible l'étude de quatre fêtes locales. Il est clair que toutes quatre appartiennent à un même type: le peu de remarques que j'ai mêlées à leur description a pu faire sentir leur parenté. Là où elles semblent différer, c’est moins affaire de variantes locales que de l’état ou de la nature des textes.

Trois étaient célébrées dans des seigneuries, une à la cour; deux sont connues sous leur forme officielle, l’une par un rituel, l’autre par un texte littéraire ; deux sont connues sous leur formule populaire et par des documents qui en donnent une vue directe. Il suffit de les comparer pour se faire une idée de la façon dont le rituel officiel est sorti du rituel populaire.

Le passage de l’un à l’autre s’est fait en laissant tomber nombre d'éléments anciens. La cérémonie royale du retour des hirondelles se passe en un jour: ce jour est bien défini et marqué dans le calendrier solaire!. La durée de la fête offi

1. Équinoxe de printemps : noter pourtant qu'elle est en rapport avec un dicton de calendrier, le retour des hirondelles qui sert d'emblème à

cet équinoxe.

cielle de Lou ne semble pas plus grande: pourtant les hésitations qu'on montre sur sa date, laissent croire que le jour de sa célébration n’est que le point critique — et variable — de toute une période propice. Encore moins nettement située est la fête de Tch’en: si bien qu'avec le relâchement des mœurs, les réjouissances qui y correspondent peuvent s'étendre sans mesure. Pour celle de Tcheng, le cas est frappant: elle se place au moment de la fonte des neiges, des crues printanières, des premières pluies et des floraisons, longue période qui s’étend sur les trois mois du printemps; quand on ne la connaît que par les chansons, il ne semble pas qu'elle se réduise à un seul jour; elle y est réduite à un jour d’après les textes postérieurs ; notons que ce jour n’est pas une date solaire, c’est un jour du cycle, sans rapport fixe avec l’année astronomique.

L'emplacement, lui aussi, est de mieux en mieux défini. Les jeunes gens de Tcheng s’ébattent dans un vaste paysage, confluent de rivières, prairies et montagnes. À Tch’en, les danses se déroulent tout au long du tertre Yuan. L'essentiel de la fête se passe à Lou dans un espace religieusement défini, sur un autel ; encore est-il auprès d’une rivière qui joue son rôle. La cérémonie royale a lieu tout simplement au sud de la capitale, à une place que marque uniquement l’autel de Kao Mei; jadis elle avait lieu auprès de la source qui jaillissait d’un tertre?. Comme la durée de la fête, son emplacement se réduit et tend à se fixer en un point choisi arbitrairement.

Les acteurs sont de moins en moins nombreux. Tous les jeunes gens, toutes les jeunes filles de Tcheng et Tch’en chantent, dansent et prennent part aux joutes. Dans la banlieue sud ne figure que la famille royale; dans un des prototypes de la fête, seules deux femmes du roi semblent participer à la joute sur l’eau. Encore à la cérémonie des hiron-

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