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LES LIEUX SAINTS

La cérémonie royale des Pa Tcha se passe en un lieu indéterminé; nos fêtes se tiennent d'ordinaire au bord de l’eau et au pied des monts.

1. À vrai dire, l'étude des textes relatifs au Pa Tcha, — principalement si l’on tient compte des faits suivants : — 1° La fête primitive est une fête équinoxiale d'automne liée au gel et opposée à une fête équinoxiale de printemps liée au dégei (Pin fong, 1); elle est donc en rapport avec le culte des montagnes et principalement des rivières et, par conséquent, apparentée aux fêtes automnales des monts et des eaux ; 2° La fête est une orgie où manifestement les rites sexuels ont joué un grand rôle: [Les femmes que le duc K’ang de Mi se refusait à donner en tribut au roi Kong s'étaient unies à lui 7 (terme employé pour les unions des fêtes des Eaux et des Monts) sur les bords d’une rivière] — donne l'impression que cette fête dérivait des fêtes populaires tenues par les anciens Chinois, en automne, au bord des rivières sacrées. Les Pa Tcha, une fois devenus cérémonie officielle, l’orgie alimentaire, par suite des idées morales en cours dans les classes nobles, n’a pas tardé à prendre une importance extrême au détriment de l’orgie sexuelle.

On a, depuis longtemps, constaté que les Montagnes et les Rivières occupent une grande place, tant dans la religion officielle que dans les croyances populaires des Chinois. Depuis l’antiquité la plus haute, dit-on, les Montagnes et les Rivières sont, en Chine, objets de culte. C’est assez mal s’exprimer: on risque de laisser entendre que les unes comme les autres étaient spécialement adorées et que des cultes indépendants s’adressaient ici à telle montagne sacrée, là à telle rivière sacrée ; d’où la tentation d’expliquer ces cultes par l’analyse des représentations que pouvaient évoquer dans les âmes chinoises, que peuvent généralement évoquer les monts et les fleuves, la grandeur des monts, la puissance des fleuves.

Pour nous, le problème se présente d’une autre façon : nous avons vu que les fêtes ne se tenaient pas ici auprès de l’eau, là aux abords d’une hauteur, mais toujours dans un paysage d’eaux et de montagnes, où la végétation, bois et gazons, était puissante : et c’est même un fait significatif que là où les documents n’indiquent d’abord que la montagne ou la rivière, on arrive généralement à trouver par ailleurs mention de ce qui paraissait manquer‘. Ce n’est donc pas de l’adoration des monts et des fleuves qu’il faut rendre compte ; c’est de l’existence de lieux saints dont tous les éléments, roches, eaux et forêts, étaient sacrés eux aussi.

Un fait confirme cette manière de voir : dans les croyances chinoises les fleuves, les monts et les bois sont des puissances du même ordre et on leur sacrifie conjointement? ; ou bien, si l’un des éléments du paysage sacré apparaît au premier plan, il est clair qu’il le doit à ce qu’on voit en lui la manifestation la plus éclatante de la puissance incorporée dans l’ensemble. Voyons les textes 3: « Les montagnes, les

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