‹ Fêtes et Chansons Anciennes de la ChineChapitre 3 sur 228 · A LA MÉMOIRE | URKHEIM ET D'ÉDOUARD CHAVANNES · texte numérisé non relu

A LA MÉMOIRE | URKHEIM ET D'ÉDOUARD CHAVANNES

Je veux montrer qu'il n’est pas impossible de connaitre quelque chose des antiquités religieuses de la Chine, Les documents authentiques qui nous parlent du passé chinois sont rares ; encore leur rédaction date-t-elle d’une époque assez basse : on sait que l’Empire, quand il détruisit la Féodalité, en voulut détruire les titres et brüla les Livres ; une fois établi, il désira produire ses propres titres, et les Livres furent reconstitués! ; ils le furent pieusement, et comme, somme toute, c'était des institutions féodales que sortaient les institutions impériales, ceux qui, pour régler les secondes, décrivirent les premières, ne déformèrent point cellesci de façon si arbitraire qu’un historien ne puisse, avec de l'attention, s’y reconnaitre ?. Il est donc possible d’étudier l’organisation des temps féodaux; aussi s’est-on essayé, en classant les textes, à décrire tel culte féodal5. Mais, quand on l’a fait, que sait-on de la vie religieuse des anciens Chinois ? Tout ce qu’on atteint, c’est la religion officielle. C’est

1. Cf. Chavannes, Introduction à la traduction de Sseu-ma Ts'ien (cité dorénavant ainsi: SMT), et Legge, Prolégomènes. 2. Voir par ex. les formules d'investiture dans Chavannes, le T’ai chan, p- 453. :

3. Voir l'étude de M. Chavannes sur le Dieu du Sol (le Tai chan, App. 437 à 525), modèle d’érudition exacte et de précision historique.

bien de la décrire; il faudrait encore savoir de quel fonds de coutumes et de croyances est sorti le culte des Etats féodaux.

Si l’on renonce à retrouver dans les textes autre chose que:

les formes appauvries de la religion d’État, dès qu’on voudra les expliquer, on se verra au dépourvu. Et, en effet, quand on a discuté du monothéisme primitif des Chinois, ou déclaré que de tout temps ils adorèrent les forces de la Nature et pratiquèrent le culte des ancêtres, on a tout diti.

Une étude déçoit qui s’arrête à de si pauvres généralités. Certains, renonçant à saisir dans leur principe les notions religieuses qui règnent en Chine, prennent comme point de départ les faits actuellement observables?; ils en dressent des catalogues ?: précieux documents; mais qu’en tire-t-on ? Tantôt on attribue une valeur positive aux explications que les indigènes donnent de leurs coutumes : s’ils affirment qu'un certain rite sert à chasser les démons, on admet qu’il fut, en effet, imaginé pour cet emploi#. Ou bien, de soimême et au gré de linspiration, on rattache l’usage à expliquer à telle ou telle des théories à la mode, et, selon que plaît, pour l'instant, le Naturisme ou l’Animisme, on rend compte d’une coutume par la croyance, universelle, aux esprits, ou par ladoration, non moins répandue, du soleil et des astres ?: méthode paresseuse qui ne permet pas de classer les faits avec quelque précision, qui en gâte même la description : il suffit de constater qu’une fête se place aux environs d’un solstice ou d’un équinoxe pour la déclarer tout de suite fête solaire ; puis, de la définition donnée, on s’ingénie à déduire toutes ses caractéristiques 6. C’est bien mieux sil

1. Telle est l'attitude des premiers missionnaires, de Réville, de Courant, de Franke.

2. Par ex. de Groot, t. XII, des Annales du Musée Guimet : les Fêtes annuellement célébrées à Emouy (cité dorénavant ainsi : de Groot, Emouy). Voir la préface.

3. Tel le catalogue de Grube, Le Folk-lore chinois de Wieger.

4. Cf. de Groot, Emouy, explication des feux de printemps, p. 133,

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