‹ Fêtes et corvées [microforme]Chapitre 2 sur 4 · FÊTES KT CORVÉES · texte numérisé non relu

FÊTES KT CORVÉES

les groupes se forment, les drapeaux se diploient, les processions dofilent, les fanfares éclatantes jettent leurs flots d'harmonie sur la terre, et, dans le ciel, les cloches d'airain, du haut des tours, jettent à toute vol'e leurs chants incomparables ! Et le peuple s'azenouille et prie. Il sait, en ce grand jour, unir dans une heureuse mesure, les plaisirs et les amusements de la terre avec les pensies et l'esp‘rance du ciel.

L'été s'en va avec ses soleils brûlants, ses brises tièdes, et ses énivrantes bouïtées de parfums ; la fenaison est tinie depuis plusieurs semaines ; et, chaque jour, quelqu'un des cultivateurs, fauche sa dernière planche d'avoine ou lie sa dernière gerbe de blé. Les oiseaux chantent encore dans les «énelliers qui bordent la route, et les jeunes filles et les garçons vigoureux chantent aussi en allant à la moisson. Mais nulle part les voix ne sont plus vives, les refrains plus gais que dans ce groupe qui monte sur la terre de Jean-Baptiste Laliberté. C’est que, chez Jean-Baptiste Laliberté, on fête la grosse gerbe aujourd'hui.

x se difanfares nie sur la rain, du ‘’e leurs le s'azoour, unir rs et les ns'es et

ants, ses itces de lusieurs des culd'avoine oiseaux ui borgarçons la mois-

nt plus e grou- Baptiste te Lalihui,

Nous avons passé les jours gras ensemble ; nous avons ensemble allum les feux de la Saint-Joseph et de la Saint-Jean, ensemble encore nous fêterons la grosse gerbe. Il n'y a plus un seul épi debout ; la faulx impitoyable a tout abattu. Déjà la récolte presque entière est entass'e sous le toit de la grange en attendant le fléau primitif ou le moulin vorace enfanté par le progrès. Cependant une pièce encore n’a pas été serrée ; mais la javelle attend la hart ; et, si l’on en juge par l’empressement de ce groupe que l’on vient d’apercevoir, elle n’attendra pas longtemps. En effet, gars et fillettes, les mains protégées par l'antique mitaine de cuir rouge, se courbent sur le champ pour amasser le blé, et se relàvent tour-à-tour ou tous ensemble pour aller déposer—sur le lien de coudre—les épis javelés. Les lieurs n’ont pas une minute de repos, et penchés sur la gerbe qu'il pressent du genou, pendant que leurs amis rient, chantent et badinent, ils n’ont chacun qu’une pense et qu'une ambition : lier plus vite et mieux que les autres. Ils ont raison, car les liens, les honnêtes du moins, ne se forment jamais trop vite et se brisent toujours assez tôt.

Re

Mais la récolte est rentrée, le champest nu, et le chaume dresse partout ses tiges perçuntes. I] ne reste plus qu'une gerbe à faire, c'est la dernière, c'est la srosse gerbe ! Tous les travailleurs redoublent de zèle. Deux harts des plus longues.Jui font une ceinture qui fait g'mir sa taille souple. On la met debout ; on noue des fleurs à sa tête d''pis et des rubans à sa jupe de paille. Puis, en se tenant par la main, l’on danse autour des rondes alertes.

On épuise le r‘pertoire-des vieux chants populaires, et l'on remplit le ciel de rires, de murmures et de cris. Les petits oiseaux sont Jaloux de ces chants nouveaux qui s'élèvent du sein de la prairie : ils protestent de leur plus douce voix ; et les bôtes à cornes, surprises ou émerveill’es, regardent de loin avec leurs grands yeux pensifs.

Enfin, la gerbe est placte au milieu d une grande chatratte tous les moissonneurs s'entassent alentour, ct le cheval, orné de pompons rouges ou bleus, selon sa couleur politique, se dirige à pas lents—cCeoutant crier l'essieu, ou songeant à l'inégalité des conditions—vers la grange où la gerbe orgueilleuse va dormir, oublie parmi les petites et les humbles, son dernier sommeil.

> est nu, perçunre, c'est ‘ous les x harts ire qui lebout ; srubans par la alertes.

nts porires, de UXxX sont ’élèvent le leur »$, sut- Din avec

1 d'une rs s'en- > pompolitit crier condieilleuse et les

La fête de la grosse gerbe se termine par une soirée de jeux et de danse comme toutes les autres réjouissances populaires.

LA

Cette coutume de célébrer ainsi la rentrée de la moisson,nous vient aussi de France. Là,dans la plupart des départements, elle est encore dans toute sa vigueur ; maisici, elle s'en va... elle est parti.

Je l'ai dit, il y a un instant, nous devenons froids et sérieux... peut-être nous moralisonsnous de plus en plus. Si nous nous refroidissons, cela est dà,—je l'ai dit aussi—à notre ciel inclément ; si nous nous moralisons, —il m'est doux de le reconnaître—c'est grâce à nos prêtres dévoués. En France, dans la Bourgogne, surtout, où le vin, si l’on en croit la chanson, met la belle humeur au cœur, la grosse gerbe est célébrée avec magnificence.

Le prêtre la bénit, et ensuite, s’il n’ouvre pas la danse lui-même, il se plaît du moins à voir la jeunesse s'amuser. Autre temps, autres mœurs ; on peut dire avec autant de vérité :

autre pays, autres coutumes ; et ce qui semble de la licence ou de la légèreté de mœurs, peut n'être qu’une innocente expression du caracrère frivole ou gai d’un peuple. Les peuples,

ES

me ec ne ne de ee ee

comme les individus gais ou frivoles, sont rarement susceptibles de grandes passions,

Le souvenir de la grosse gerbe commence à s'effacer déjà, car nos cœurs sont inconstants, et nous avons à peine goûté un plaisir que nous en cherchons un autre. Quand les champs sont nus, et que les bêtes à cornes ont été envoyées dans les chaumes, on reporte ses regards sur les jardins et l’on cherche les planches de blé-d’Inde, car, une belle plantation de blé-d'Inde, c'est le gage d'une joyeuse épluchette. Plusieurs de mes lecteurs, n'ont pas eu, sans doute, la bonne fortune d'aller aux épluchettes, et ne connaissent pas les douces émotions que fait naître dans le cœur de l’heureux éplucheur qui le trouve, un épi de blé-d’Inde rouge. Moi je puis vous parler sciemment de ces choses... quorum pars magna fui, dirai-je avec le poîte latin. Mais, d’abord, je me hâte de déclarer qu'épluchette est un mot tout-à-fait canadien de même qu'éplucheur, dans le sens que je lui donne ici. Il faut que je sois précis, car la critique a les dents pointues,

Une pyramide de blé-d’Inde a surgi comme par enchantement au milieu de la salle, disons plutôt de la cuisine, —ear chez nous les habi-

, Sont raions,

mmence à constants, laisir que juand les cornes ont n reporte herche les selle planune joyeus lecteurs, e fortune nissent pas ‘e dans Île le trouve, > puis vous orum pars tin. Mais, spluchette de même lui donne critique à

rgi comme Ile, disons les habi-

0 20 oo

en

tants, on ne connaît que trois sortes d'appartements : la cuisine, la chambre, et le cabinet, La cuisine, c'est la pièce principale, et la plus grande partie de notre vie s’y passe. Je ne veux rien insinuer de méchant en disant cela. Je veux seulement dire qu'elle est à elle seule presque toute la maison ; c'est là que l’on fait bouillir Ia marmite, que l’on reçoit les intimes, que l’on dine et que l’on travaille... La chambre, c'est autre chose. On y entre aux quatre grand'fêtes de l’année et pour les soupers du carnaval. Les messieurs y sont toujours admis cependant. C’est là qu'on recoit le curé et les marguilliers. Les cabinets, ce sont les chambres à coucher ; c'est là que... l’on se réveille pour la première fois et que l’on s'endort pour la dernière... Donc, au milieu de la cuisine s'élève une pyramide d’épis chaudement enveloppés dans leurs robes—et l’on attend le signal de l'attaque. Le voici ! on se précipite, en poussant un eri de joie, à l’assau t du léger rempart. Je ne sais comment cela se fait, mais le dieu de l’amour a si bien favorisé tout le monde, que chacun se trouve auprès de l’objet aimé. On forme une ceinture aux épis, on se presse les uns contre les autres,

nn

nee me ee ms nn ee ne, ee ee ee

ee mm

à la seule fin, croyez-le bien, d'être plus près du blé-d'Inde, Les chaises feraient perdre un espace précioux ; on les luisse dans leurs coins et l’on s'assied à terre. Un étrange froissoment de feuilles sèches annonce que le travail commence, On dépouille complètement les épis qui doivent être égren‘s bientôt ; on laisse trois ou quatre feuilles à ceux qui doivent être gardés en tresses, Les plus évoillés de la bande des éplucheurs ont toujours quelques ripostes à lancer, quelques drôleries à faire. C’est un besoin pour eux de faire rire les autres, comme c'est un besoin pour d'autres de rires toujours. Les feuilles tombent drues, s’amoncellent et forment bientôt de moëlleux coussins, Une espérance anime les travailleurs, l'espérance de trouver un bléd'Inde d'amour—on appelle ainsi un épi rouge—car ce blé-d'Inde est mieux qu’un talisman ; non seulement il vous préserve de la mauvaise fortune pendant la soirée, mais il vous investit d’un doux privilège, celui d’em brasser qui vous plaît, Quelquefois le possesseur de l’heureuse trouvaille dissimule son plaisir et son épi : il va traîtreusement déposer un chaud baiser sur une joue qui ne s'y

plus près perdre un leurs coins ge froissoe le travail tement les ientôt ; on x qui doilus éveillés jours queldrôleries à e faire rire pour d'au- » tombent bientôt de » anime les er un blési un épi eux qu'un préserve de rée, mais il ‘lui d'em

le possesimule son nent dépoqui ne s'y

attend pas, et ne produit qu'ensuite, au milieu des éclats de rire et des applaudissements, la pièce justificative ; quelquefois il pousse, de suite, un cri de joie, puis il agite comme un trophée l'épi de pourpre. Alors les yeux cherchent sur qui va tomber la faveur, Souvent la préférée—qui n'est pas sans quelque pressentiment—se trahit d'avance en rougissant tout-à-coup. L'épi rouge ne doit servir qu'une fois ; mais... trouvez donc une loi qui n'est pas enfreinte ! J'ai vu un épi rousedans une épluchette où tout le blé-d'Inde était jaune—j'ai vu un épi rouge sortir vingt fois d'une enveloppe vingt fois improvisée !... Ce diable d'épi provenait d'une autre épluchette ;.. je crois même qu'il avait été peinturé.… Ce qui fait voir que la prévoyance est une excellente chose,

Les jeunes filles qui développent un bléd’Inde d'amour,ne peuvent cacher ni leur émotion, ni leur contentement, maïs d'ordinaire, elles ne se prévalent point du privilège qu'il donne. Il ne faut rien moins que les rigueurs de la loi pour les décider à s'en prévaloir, et encore se moquent-elles de Ia loi, Rien de beau comme cette craintive jm-

ee ne me en de ce mena de nee

deur !... Aussi la récompense ne se fait pas attendre, car elles ne refusent pas, ces jeunes filles, de prêter à leur ami, cet épi qui les embarrasse, et l'ami galant ne manque jamais de prouver sur le champ sa reconnaissance. Laquelle des deux choses est la plus admirable, de cette candeur ou de cette ruse ?.…

Pendant que l’on travaille, le feu s'allume dans la cheminée, l’eau bout dans le grand chaudron pendu à la crémaillière, et les plus beau épis cuisent pour le réveillon. Ceux qui préfèrent le blé-d’'Inde rôti n'auront qu’à s'approcher du foyer et à tourner, devant la

braise, les grains d’ambre qui vont prendre une saveur exquise. Le riveillon sera gai ; le reste de la nuit s'écoulera dans les amusements de coutume ; car toutes ces fêtes et ces corvées, ne sont, après tout, que divers chemins pour arriver au même but.

Les refrains des moissonneurs et des oiseaux sont suspendus. Octobre est venu avec som jour pâle et triste. Les feuilles se détachent des rameaux et tombent comme nosillusions ; les poètes rêveurs s'enfoncent dans les sentiers perdus pour chercher l'inspiration que le bruit épouvante. L’atmosphère est limpide,

t pas eunes S emais de:

Larable,

lume srand plus xqui qu'à nt la ndre gai ; nuse-

itiers ie le pide,

et ces

car les vapeurs de la terre ne montent plus vers le soleil, et, pour me servir d’une expression pittoresque, l'air est écho. En effet, de toutes parts et soudain, entendez-vous retentir et se multiplier des coups vifs, rapides et mesurés ? C’est la braie qui bat le lin pour le changer en une blonde filasse.

Allons à la braierie : là nous ferons encore une petite étude de mœurs. Car, pour bien connaître un peuple, comme pour bien connaître un individu, il est nécessaire de l’étudier dans ses pratiques et ses réjouissances intimes, comme dans ses coutumes et ses fêtes publicues.

Vouiez-vous savoir de loin où est sise la braicrie ? Regardez cette fumée bleuâtre qui monte en spirales légères au-dessus des arbres, à la lisière du bois. Un ruisseau doit murmurer tout auprès du foyer. Un enfoncement gracieux, découpé dans la côte du ruisseau, a été choisi pour l'arène où les brayeurs luttent d'adresse et d'empressement. Le brayage, c'est, comme l’épluchette, une corvée, et une corvée joyeuse et plaisante. Il serait pour le moins ennuyeux de battre seul soixante-et-quinze ou cent poignées de lin, dans

1} | nl

une journée ; et, pour prévenir l'ennui et se fouetter le courage, on convie les amis. Chaeun à son tour fait sa corvée. Rien de curieux comme de voir cette troupe active qui rompt, broie, écrase et bat le lin, d'un bras infatigable, en riant, jasant et chantant sans cesse. Et pourtant Ix besogne est rude, car le lin crie et se tord longtemps avant d’être débarrassé de son écorce frêle et de ses frêles aigrettes, avant de se voir métamorphoser en un panache doux et luisant comme la soie.

Et les aigrettes qui volent obscurcissent l’air et retombent en pluie légère sur les travailleurs. Les plaisanteries, les agaceries, les mots drôles et les éclats de rire montent, descendent, se croisent comme les atômes de poussière dans le rayon de soleil, Oh! le travail est facile et léger avec cet accompagnement de gaîté ! Jeunes filles et jeunes garçons, couverts de la poudre de ces combats inofYensifs, devinent souvent encore, sous le voile de

. poussière qui les dissimule, des sourires qui

ne manquent pas de grâces et des regards qui ne manquent pas de feu.

Pendant que les braies retentissent, la chauffeuse—car c'est d'ordinaire une femme

qui fait s‘cher le lin—la chauffeuse, comme une vestale antique, entretient, sous l’échafaud, le feu qui ne doit s’éteindre qu'avec la journée. L'échafaud est une espèce d’échelle très-large et peu longue appuyée sur quatre bâtons fixés en terre. Et sur cette échelle dont les barreaux sont simplement -etts en travers, sans être arrêtés, le lin est étendu en couches peu épaisses. Il faut que le lin soit bien sec pour se casser ainsi en milliers de parcelles sous les bois de l’instrument. La chauffeuse doit donc être attentive, et ne pas laisser la flamme s'endormir ; mais il faut qu'elle soit prudente aussi, et qu’elle ne risque pas de tout brûler le lin sous le prétexte de le faire bien sécher. Quand la flamme trop ardente, monte, monte, et va lécher l’échafaud, la plante fibreuse s'embrase, l'échafaud tremble, le feu bourdonne, la chauffeuse lève les bras au ciel, les braies se taisent, et un cri éclate : la grillade ! la grillade !.… Quand les journées de corvées sont finies, qu’il n'y a plus une botte de lin dans la grange, mais qu'il y a cent cordons de filasse au grenier et maintes bottes d’étoupe au hangard, on songe à payer les brayeurs, et l’on organise

ee M mr

une veillée, On joue à recule toi de là ! le plus facile des jeux et le plus commode pour ceux qui ne se trouvent pas bien à leur place. Et, mon Dieu ! qu'il y en a de ceux-l\ dans le monde ! On joue au quiproqur, un jeu qui ne finira jamais. On joue à Madame demande sa toilette. Comme si la toilette de madame ne coûtait rien. On vend du plomb, et l’acheteur se fait tirer l'oreille pour payer;,tout comme s’il s'agissait d’une dette relle. On loge les gens du roi, comme si la royauté n'était pas en train de déloger. On passe, de main en main, un petit bâton allum:, en disant :

Petit bonhomme vit encore, et il paraît que le petit bonhomme vit tant qu'il a du feu,—ou qu'il a du feu tant qu'il vit.—Et puis, pour retirer des gages, on cueille des cerises sur des... joues roses. On mesure du ruban que l’on coupe à chaque verge... avec les dents.

On fait la sortie du couvent ; et cela se fait vite : les vocations ne tiennent à rien. On fait trois pas d'amour, et tant pis pour ceux qui ne les font pas assez longs... Ils sont condamnés au supplice de Tantale..…. Le bonheur n'arrive pas tout à fait à leurs lèvres. On fait son testament, et, à d'’faut de biens meu-

CS

bles et immeubles, l’on donne son cœur. Ce qui n'oblige à rien l’exfcuteur testamentaire. Et l'on fait bien d'autres petits jeux fort amusants pour ceux qui en connaissent la philosophie.

L'hiver est arrivé. Le givre a remplacé les feuilles sur les rameaux, [le ruisseau s'est changé en un ruban de cristal, la neige a jeté, sur nos plaines, son manteau éclatant de blancheur et triste, pourtant, à cause de son implacable uniformité. Les travaux des champs sont depuis longtemps finis et le cultivateur, comme la fourmi prévoyante, a rempli ses greniers. Plus de chants dans le ciel, plus de murmures dans les rameaux ; mais le sifilement de la brise et le gémissement de lindigence. Cependant un nom mystérieux passe de temps à autre sur l’aîle glac‘e de la rafale ; et, à ce nom, le monde tressaille. Le pauvre, en sa chaumière où il grelotte de froid et rêve du pain qu’il a vu sur la table du riche, le pauvre, sur le point de se d ‘sesp ‘rer, entend ee nom et reprend courage ; le riche entend

ee ee ee + ee ee

ce nom, et sa main s'ouvre pour répandre Îles aumônes,

Les enfants, à ce nom, promettent d’être plus sages, et leurs jeunes imaginations voient flotter dans un océan de lumières, toutes les merveilles racontées au coin du feu par l’aieule octogénaire. À ce nom les vieillards versent une larme de bonheur ou de regret, et leurs voix chevrotantes partent à fredonner le vieux cantique : ‘ Zl est né le divin enfant ”.…

Noël ! Noël! voilà le nom qui vole, de bouche en bouche, du couchant à l'Orient !

Noël ! Noël ! voilà le nom qui traverse soudain les mers et les continents ! le nom qui réveille le monde et l’agite comme une immense secousse électrique. Sous les cieux brûlants du midi, aux glaces éternelles du pôle, sur les montagnes de l'Asie, dans les vallées de l’Europe, dans les déserts de l’Afrique, au fond des plages de l'Octanie, dans les solitudes de l'Amérique, partout ce cri s'élève, cri de joie, d’esp‘rance et d'amour : Noël !

Nril !

Voilà la fête par excellence, la fête sacrée mais populaire à la fois, sacre, parce qu'elle nous rassemble autour du berceau de Jésus

naissant, populaire, à cause des charmes qu'elle emprunte à la nature, et des coutumes rien moins que religieuses, qui, à certaines époques, l’accompagnèrent. Il ne sera pas inutile d'étudier un peu ensemble cette grando solennité chrétienne, Et d'abord d'où vient ce mot Noël ? Quelques auteurs le font venir d'Emmanuel, “ Dieu avec nous.” D'autres y voient une corruption du mot ‘“ Natalis, Natal.” Mais il est plus probable que ce mot vient du vieux cri druidique ‘ gui l'an neuf !/” Ce cri—qu'on abrégeait en ne prononçant que sa dernière syllabe accentue diversement elle-même, suivant le patois, “ Neu, Ne-au et même Mau en Poitou, et Moei ou Noé en Bourgogne,” devint, en effet, l’acclamation joyeuse dont on salua la venue du Christ, comme au temps celtique, on en avait salué la venue de l’année nouvelle.”

“On ne sait pas au juste à quelle époque

on doit fixer l'institution de cette fête, mais elle est certainement de date très-ancienne, puisque saint Jean Chrysostôme dit que depuis la Thrace jusqu'à Cadix, c'est-à-dire dans tout l'Occident, elle était célébrée dès le

EF

ue

Page 1