‹ Fêtes et corvées [microforme]Chapitre 3 sur 4 · RS · texte numérisé non relu

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. commencement. L'usage de dire trois messes est antérieure au VIe siècle.”

‘“ Au moyen âge cette fête devint profane autant que religieuse ; c'était la solennité par excellence, et celle qui donnait lieu aux plus grandes réjouissances publiques. Aussi les abus qui se glissent partout l'entachèrent bientôt. On alla jusqu’à faire, dans les églises, des mascarades grotesques. Le scandale fut réprimf, Cependant il existait encore à Valladolid, en Espagne, au milieu du VIlesièele. En Allemagne, la fête de Noël a un caractiro de naïveté qu'on ne retrouve point ailleurs, parce qu'on en fait aussi la fète des enfants.”

Dans les pays du Nord de l’Europe, en Suède surtout, la famille se reunit autour de l'arbre de Noël. L'arbre de Noël, c'est un joli sapin, le plus riche en feuilles et le mieux fait | que l’on ait pu trouver dans la forêt, mais 1 tout petit et tout vert de jeunesse. On le place solennellement sur une table, et on l’entoure de lumières. Puis à ses rameaux l'on suspend les présents de toutes sortes destinés aux enfants ou aux amis.

Le Suédois le plus pauvre arbore son arbre de Noël, et pour l’éclairer un peu au moins, il

brülera la dernière de ses pâles chandelles do suif.

Là, non seulement les hommes mais les animaux aussi se r'jouissent. Les crèches regorgent de foin, et du meilleur ; l’étrille est plus caressante et la litière de paille, plus fraîcho et plus moëlleuse, Et l'on songe aussi aux petits oiseaux qui ne trouvent plus leur nourriture dans les champs, et, sur le toit de chaque ferme, pour les défrayer un peu, on attache une gerbe de blé.

Dans la Franche-Comté, et dans presque

toute la France l’arbre poétique de Noël est remplacé par la Tronche.

La tronche, c'est une énorme bûche de sapin que l'on place avec cérémonie dans l’une de ces vastes chemin‘es dont on trouve encore ici-même, quelques exemplaires. Sous cette bâche sont cachés les présents que le petit J{sus a apportés aux enfants sages et obéissants. Le matin venu, la famille s'agenouille près de la.bûche et prie quelques instants.

Puis le père soulève peu-à-peu la pesante tronche, et les bonbons, les jouetsapparaissent tout-à-coup aux yeux émerveillés des enfants. Ici nos petits enfants suspendent leurs bas au

pied de lours lits : ils s'endorment en rêvant aux bonbons que le petit Jésus va mettre dedans pondant leur sommeil.

La nuit de Noël est féconde en prodiges si l'on en croit nos grands mères. Je n'ai pu vérifier aucun des récits que j'ai entendus et je ne veux pas jurer de leur vérité,

Il paraît cependant que cette nuit-là, comme le jour des morts, les trépassis se lèvent, sortent de leurs sépulcres ot viennent s'agenouiller autour de la croix du cimetière.

Alors s'avance un prêtre en surplis blanc et en étole dorée ; c’est le dernier curé de la paroisse. Il récite à haute voix les prières de la nativité ; et tous les morts répondent avec dévotion. ÆEnsuite tous ces spectres se relèvent, regardent le village où ils sont nés, la maison où ils sont morts, et rentrent en silence dans leurs cercueils.

Si cette histoire manque de vérité elle ne manque pas de poésie.

Une autre qui tombe mieux dans les goûts de notre époque, et qui a du causer bien des insomnies aux avares, c'est celle qui nous apprend que, dans cette même nuit de Noël, les sables des grèves, les rocs des collines et les profondeurs des vallées s'entr'ouvrent pour

faire reluire à la clarté des étoiles ou de } lune, les trésors cachés dans leur sein, Cette croyance n'aurait-elle pas eu pour point de départ la plus étonnante et la plus heureuse des vérités : Les entrailles de la terre qui produisent un Dieu, et l'étoile mystérieuse du ciel qui rayonne sur l’humle berceau de ce Dieu, pour le faire adorer des hommes. À periatur terra et germinet salvatorem.

Une histoire plus singulière encore que les précédentes, et bien facile à vérifier est celle-ci.

Dans cette nuit extraordinaire, les hommes :

— j'allais dire les femmes—ne parlent pas plus qu'à l’accoutumte, mais, en revanche, les animaux sont doués du don magnifique qui permet de déguiser sa pens'e... 1ls parlent ! Oui! bœuf et génisses, chevaux et brebis se font des confidences étranges et qui surprendraient bien leurs maîtres. Ils se disent, d’une voix dolente, comme le foin est sec et l’avoine, rare : Ils se rappellent leurs ébats dans la prairie, et secouent tristement la chaîne du licou qui les captive. Ils pensent... Mais je n'en finirais plus si je disais tout ce que pense de nous les animaux.

Si la Noël a exercé l'imagination des con- À

teurs, elle n'a pas moins inspiré les potes ; et le nombre des cantiques qui se chantent dans le monde catholique à la Nativité es ‘tonnant, Si tous ces couplets sont le fru. de lu pifté, la plupart—il faut bien le dire,—ne sont pas le produit du g'nie, Cependant, comme Diet ne juge pas les hommes d'après leur esprit, mais bien d'après leurs cœurs, on peut croire que ce: chants—mime les plus vulgwaires—lui sont agréables. Saint Jérôme apporte que, de son temps, les chrétiens de la T'hébaide célébraient pur des cantiques la naissance du Christ, Ce sont, dit-il, 1 ‘hansons de nos provinces et les airs de nos be, gers, Importé dans l’Europe chrétienne, cet usage des chants rustiques en l'honneur de la Nativité dut—pour rester fidèle à son origine populaire—s'accommoder de l'idiome national, et se plier au rhythme des airs de la campagne, En Italie, ces chants conservaient si bien le caractère agreste qui leur convenait qu'on les avait d’abord appelés ‘“ pastourelles, ou cantiques des pasteurs.” En Angleterre, ces cantiques se chantèrent sut des airs de rondes champêtres, aussi les appela-t-on “ Christmas “rois,” les rondes de Noël. Il paraît même que ces cantiques se chantaient, la voille de

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Noël, au milieu des dunces, dans les cimetières des églises.”

Noël ! Noël ! Dans nos campagnes houreuses, à ce cri d'allégresse, tous les habitants, dès avant minuit, s'acheminent vers le sanctuaire, [ls vont dans la nuit profonde, vers celui qui est la lumière ! Les étoiles brillent au firmament et la neige de nos pères scintille sous leurs rayons joyeux. Les cloches s'ébranlent sur leurs essieux, et, de leurs voix harmonieuses, annonçent dans toutes nos paroisses, dans toutes les villes, l’hosanna qui va de monde en,monde jusques au Parvis des cieux !

Et le vieillard courbf sous le fardeau des

années, l'enfant qui s'épanouit à la vie, l'hom-

me, la femme et la jeune fille ; les riches dans leurs vêtements somptueux et les pauvres dans leurs haillons ; les heureux qui sourient et les infortunis qui pleurent, tous, tous— ob‘issant à une mime pens'e, attiris par le même spectacle merveilleux, poussis par une même force surnaturelle--oublient, pour un instant, les choses de la terre, rejettent le souvenir des fêtes passées, et, tout entiers à livresse de la solennité nouvelle, la plus belle, la plus sainte et la plus populaire des fêtes, s'en vont chantant partout : Noël ! Noël !

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