PREMIÈRE PARTIE. lxxvij
Le génie, le talent, et l’héroïsme avaient les premiers et toujours part à leurs faveurs ; elles étaient le prix de la supériorité sur les autres : cet orgueil était noble, ces jouissances étaient épurées ; il y avait dans cet abandon de soi du respect pour soi-même : ce commerce des sens était préparé , embelli et soutenu par celui de l’esprit et du cœur : cette alliance du génie et de la beauté obtint le sourire de la nature , et dut forcer les suffrages de la société.
Nous avons vu les courtisanes grecques inspirer et suivre les héros au milieu des combats , invoquer Vénus dans les dangers et couper leur chevelure : vous les verrez dans la paix s’honorer par un luxe national, consacrer leurs richesses à embellir les lieux qui les virent naître , les lieux où elles aimèrent , où elles furent aimées...
Ainsi Pihodope éleva , dit-on , une pyramide; ainsi Laïs embellit Corinthe d’édifices magnifiques ; ainsi Phryné ne désira le plus
Ixxviij INTRODUCTION,
bel ouvrage de Praxitèle que pour en faire un don à sa patrie , qui le déposa sur un autel : Phryné proposait de rebâtir Thèbes à ses dépens, et d’y attacher celte inscription superbe :
ALEXANDRE DETRUISIT THESES ;
PHRYNÉ L’A REBATIE.
C’est à la différence d’éducation (t) qu’il faut attribuer celle qui existait entre les courtisanes et les femmes grecques. Les courtisanes qui fréquentaient les écoles des philosophes étaient infiniment mieux élevées et plus instruites que le reste des femmes qui ne parlaient peut-être pas même exactement la langue
grecque Quel devait être le jargon des
femmes qui n’étaient pas encore sorties d’un appartement aussi inaccessible que le Parihénon ou le logement des vierges ? Piien ne perdit davantage les mœurs que cette supério-
AUTOKITÉ.
(i) Ve Paw , t. VI , p. i^3.