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on y couronnait tour à tout- des athlètes , des poëtes et des musiciens (i). D’autres -vous transporteront sur ce brillant théâtre : c’est aux pieds des autels que je veux vous conduire. Des époux divisés ou réunis venaient les embrasser (2), et les Muses alors fléchissaient l’Amour. Délicieuse image ! leçon charmante ! C’était révéler aux mortels qu’il n’appartient, qu’aux grâces et aux charmes de l’esprit de retenir les cœurs.
U11 jour la belle Cydippe s’avança languissamment vers l’autel. La plus douce mélancolie respirait dans ses yeux, sur sa bouche , dans tous ses traits, dans tousses mouvemens. Son front, pâli par la douleur, ressemblait à celui de Diane enseveli dans un nuage obscur ; ses regards étaient voilés de pleurs comme ceux de l’Aurore; sa tète, penchée' vers la terre, ressemblait à la fleur dont l’orage a courbé la tige; elle s’appuyait sur un jeune enfant, et ses larmes redoublaient à la vue de son innocent sourire. O11 l’eût prise pour Vénus
(1) Meurs. Fasnld. Cast. de Jesl. Gr. Pausan. Beot. — (a) P/uiart/. dut.
accompagnée de son fils : mais sa douleur auguste, mais sa candeur louchante donnaient à sa beauté un caractère inconnu à Vénus elle-même.
Tous les Grecs s’émurent à son aspect : le jeune Dyphile pâlit et rougit.
Cependant, arrivée aux pieds de l’autel, Cydippe y attacha une guirlande de violettes; et élevant dans ses bras son enfant à la hauteur de la statue du dieu: « Amour, dit-elle, toi qui égales mes tourmens à tes premiers bienfaits ; toi que ma docile jeunesse , longtemps enivrée de tes plaisirs , adora avec un cœur simple et pur ; toi qui me montras ton image dans un seul mortel, reçois cet enfant né sous tes auspices, et qui fut long-temps pour moi le gage d’un bonheur trop fugitif : Amour, je le voue à ton culte, tu présidas à sa naissance , préside aujourd’hui à sa destinée ! Puisse-t-il être plus heureux que sa mère ! »
Dyphile voulut parler, et la parole expira sur ses lèvres; il voulut s’élancer, et ses genoux tremblans chancelèrent ; il tomba sans connaissance et sans mouvement entre les bras de ses amis.
Le grand-prêtre s’avança, et plaça sur la tête de l’enfant une couronne de roses.
Cydippe versa des larmes ; et s’adressant alors à l’image des Muses : « Et vous déesses , vous qui révélez aux faibles mortels le langage des dieux , vous qui répandez sur les discours de ceux que vous chérissez un charme inexprimable et invincible, ah! je ne viens pas vous demander d’augmenter ou de diminuer mon amour , et de faire descendre dans mon
cœur une consolation que je fuis Je ne veux
ni ne puis cesser de souffrir; je viens vous dire : Eclairez mon esprit qui s’ignore et qui
n’a jamais cherché à plaire Tout mon art
est d’aimer.... Daignez , ô déesses, me combler de vos dons. Prêtez-moi cet ascendant qui subjugue les cœurs rebelles ; prêtez à ma douleur l’éloquence , non du reproche, mais de la plainte. .. Je cherche un nouvel attrait pour en essayer le pouvoir; parez mon esprit de vos fleurs; et que leur parfum attire à vos autels l’ingrat qui me sera toujours cher. Consacrée à votre culte, je veillerai sur mon fds; que cette jeune plante croisse et s’élève à l’ombre de votre sanctuaire ; remplissez de lumières cette âme que l’Amour remplira de sentimens »
Ses larmes coulèrent de nouveau : après un instant de silence, elle détacha une lyre d’or suspendue à un laurier qui croît auprès de la statue des Muses : les prêtresses étaient rangées en cercle autour d’elle. Sa plainte commence :