‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 2)Chapitre 46 sur 98 · TOMBEAU D’HYACINTHE · texte numérisé non relu

TOMBEAU D’HYACINTHE

L’esprit de ces institutions me rappelle celui de la fête que célèbrent, en l’honneur d’Hyacinthe , les Lacédémoniens et les habitans d’ Amyclée , chez lesquels s’élève un temple consacré à Apollon.

On y remarque un autel, où l’apothéose d’Hyacinthe est tracée : on aperçoit , sur la base, la déesse des moissons auprès du sombre Pluton. Au-dessus planent les Heures et les Parques (a). Un groupe de déesses, Diane, Minerve et Vénus, .ramènent au ciel le bel adolescent.

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a)LesMahométans ont leurs Tacoins , comme les Celtes avaient leurs Nomes ou Parques.

N’est-ce pas l’emblème naturel de la fuite et du retour du jour naissant (i) qui expire lorsque le disque solaire tombe et s’éteint?

On sacrifie d’abord au jeune Hyacinthe (2); on épanche le vin et le lait sur l’autel qui figure son tombeau (3) : on se couronne de lierre, comme dans les fêles de Bacchus (4).

La fête est annuelle , et ni les revers publics, ni les calamités particulières ne peuvent en suspendre la solennité (5).

Elle dure trois jours. Le premier est marqué par la tristesse ; ceux qui suivent amènent les transports de la joie.

Le premier jour , on pleure Hyacinthe.

On se met à table sans couronne ; on ne sert point de pain , mais des gâteaux légers : on ne chante aucun hymne ; on se sépare dans un ordre religieux et en silence.

Le lendemain offre un spectacle nouveau et imposant. Des jeunes gens s’avancent , revêtus de longues tuniques ; ils chantent au

AUTORITÉS

(1) Hesychius. Corsini , Jasl. — (2) Pausan. Lacon. — (5) Xenoph. in Ages. (4) Macrob. saturn. h 1. — (5) Ilcrod. i. IX.

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son des flûtes; ils tiennent la lyre, et récitent des anapestes sur un ton aigu ; d’autres trayersent à cheval le théâtre. Des chœurs de poètes se répandent dans ces groupes : un chorége les met en ordre. Des danseurs les suivent.

On voit s’avancer deux chœurs , l’un de vierges , et l’autre d’adolescens : tous sont nus. Les coryphées portent des couronnes formées de palmes. On chante les hymnes de Thalétas et d’Alcman : de Thalétas, qui, après Terpandre, régla le système musical ; d’Alcman, dont la lyre fut suspendue à la voûte d’un temple. Les péans sont de la composition de Dionysodote.

Des chœurs forment des pas cadencés et assujétis au mode lyrique. Ces pas sont coupés avec grâce et avec précision ( a ).

REMARQUE

(a) On prétend honorer , selon les uns , la victoire obtenue à Tliircé , et , selon les autres , les mânes des héros morts aux Thermopyles.

Mais cet usage paraît remonter a des rites religieux ; car les hymnes y sont consacrés à Apollon, et les danses à Bacchus.

A la vue des jouvenceaux, auxquels souvent elles décochent, en passant, le reproche, ou distribuent l’éloge, selon le mérite de leurs actions, les vierges, voilées de leur seule pudeur ( a ) et de leurs longs cheveux, mêlent, enlacent leurs gestes et leurs pas (b).

REMARQUES

(а) Gymnopédie, danses nues (i).

(б) En quoi faisant elles imprimoient ès cœurs des jeunes hommes une très-grande jalousie et contention d’honneur ; car celui qui avoit été loué par elles comme vaillant , et duquel elles avoient chanté les actes de prouesse , s’en alloit élevé en courage de faire encore mieux à l’avenir , et les atteintes et piqûres qu’elles donnoient aux autres , ne leur étoient moiiiS piquantes que les plus sévères admonestemens et corrections qu’on eût pu leur faire : attendu mèmement que cela se l'ai soit en présence des rois, des sénateurs, et de tout le reste des citoyens qui se trouvoient là pour voir l’ébattement. Mais quant à ce que les filles se montroient ainsi toutes nues enpublic,il n’y avoit pour cela vilenie aucune : mais étoit l’ébattement accompagné de toute honnêteté, sans lubricité ni dissolution quelconque; et plutôt, au contraire, portoit avec soi une accoutumance à la simplicité, et un envi entr’ elles à qui auroit le corps le plus robuste et le mieux dispos; et qui plus est, cela leur élevoit encore aucunement le cœur , et les rendoit plus magnanimes (a).

AUTORITÉS

(i) Plutarq. Luc. de sait. Thucyd.l. VI. Athèn. I. XV. — (2) Plut, traduct. d' Amyol.

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