‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 2)Chapitre 48 sur 98 · RÈGLEMENT DES CEREMONIES ET DE LA POMPE DIONYSIAQUES · texte numérisé non relu

RÈGLEMENT DES CEREMONIES ET DE LA POMPE DIONYSIAQUES

Les Dionysies serontTe nom commun des fêtes de Bacchus qui , sous le nom d’lès (a) , étoit le Soleil de printemps.

On distinguera les anciennes , les nouvelles , les grandes , les petites , les urbaines , les rurales , celles du printemps , celles de V automne , et celles qu'éclaire le jour , et celles que voih la nuit. Quelques unes seront communes et publiques ; d’autres seront par-

MYTHOLOGIE COMPARÉE, (a) Iesus , chez les Chrétiens.

les Dionysiaques. 23g

tîculières. Celles-ci auront une dénomination générale, et celles-là en porteront une singulière.

Ainsi le culte de Bacchus embrassera à la fois tous les temps, tous les lieux, se reproduira comme la nature , sous cent formes diverses, et composera à lui seul , le plus grand cercle du système religieux.

Les anciennes se célébreront dans les champs , avant le printemps , le douze du mois anthestérion (a).

"Les grandes Dionysiaques(b ) sont les mêmes que les anciennes • elles auront lieu au printemps. C’est l’époque où les alliés des Athéniens leur paient un tribut.

C’est au printemps que l’on célébrera aussi les urbaines (c) tous les trois ans , et quelque-

REMARQUES

(a) A Lymnée.

(b) Lorsque les auteurs anciens écrivent dionysies , sans y ajouter une autre particule, il faut l’entendre des grandes Dionysiaques.

Les petites Dionysiaques sont renfermées dans la ville, et tombent au mois posidéon.

(cj) Liberalia urbana.

2/j.O XI Y. II. LA RÉNOVATION,

fois tous les cinq ans(i). La nuit couvrira ces mystères de son ombre religieuse , et le silence en épaissira les voiles.

Les étrangers seront bannis de ces fêtes (2).

Les Dionysiaques ordinaires seront la préparation et comme la scène d’ouverture ou d’exposition du drame. Elles ne différeront point des Dionysiaques rustiques.

Les fêtes Lênéennes appartiendront à l’automne , et se rapporteront à l’invention du pressoir (3) (ai).

O11 fêtera les Théoïnies , célèbres par le sacrifice qu’offrent les citoyens tirés au sort dans les sections de tribu (4).

Les Brauronies licencieuses , où l’on traîne des courtisanes ivres (5).

Les Ornophagi.es , dans lesquelles on voit paraître des Mystes échauffés , le corps et les

REMARQUE

(1 a ) Elles se rapportent a l’entrée du soleil au signe du capricorne (6).

AUTORITÉS

(1) Interp. Arisloph. in av. Æn. Virg. IV Serv. Lucan. scol. Arist. in par. Euripid. in bacch. Pausan. Alt. — (2) Scol. com. Demos/ h. in Nie. — (5) S oL com. — (4) Hesych. — (5) S.ol. com. — (6) Produs ad Itesiod.

bras ceints de serpens qui se replient autour d’eux, et qui sifflent sur leurs têtes (a.).

Les Orgies; leur nom, particulier aux fêtes de Bacchus , exprime la fureur dont les Bacchantes doivent être saisies (i).

Les Bacchanales (è), dont l’origine est égyptienne.

Les Dionysiaques seront une des plus importantes solennités. On supputera les intervalles du temps par l’époque des Dionysiaques (2).

Le prêtre de Bacchus aura la première place au théâtre (3) , et l’archonte présidera et ordonnera la fête (4).

Après avoir ainsi exposé l’origine, la dignité ,

(a) Furieux, ils déchirent, ils dévorent des chairs crues et fumantes ; le sang coule de leur houche hideuse , et tombe à longs sillons sur leurs horribles vêtemens (5).

(b) Dans les Dionysies, on sacrifie un porc; dans les Bacchanales, un bouc (6).

AUTORITÉS

(i) Sert.’, /oc. cil. — (2) Suidas. — (3) Comment, com. in ran. — (4) Pollux , l. VIII. (5) Arnob. I. v. Eurip. in Bacch. C/emens Alex, in protrept. Calull. in nup. Pel. — (6) Hérod. k u, c. xlviu. Plut, de Is.

et assigne les différons genres des fêtes Dionysiaques/il reste à parler de la pompe , de Y ordre des cérémonies , du culte et des rnj stères.

Dans l’origine , le culte fut simple et populaire; il n’eut d’éclat que par la simplicité, et par la joie agreste et naïve.

O11 y voyait une cruche de vin , un cep , un bouc paré de festons, une corbeille remplie de figues, un phallus. Aujourd’hui l’intérêt de nos manufactures exige le luxe , des vases d’or, des robes éclatantes , des masques , des chars pompeux (i).

D’abord s’avanceront les Mystes et les offrandes.

Les Mystes comprennent les Bacchantes et les initiés. Ils porteront une peau de faune. La mitre ceindra leur tête , le myrte et le lierre la couronneront : d’une main ils balanceront des thyrses , des férules ; et de l’autre ils agiteront les cymbales et les grelots; ils emboucheront la trompette éclatante et les aigres cornets.

AUTORITÉS

(i) Plut. Phil. P/aut.

Les Bacchans seront déguisés en Pans, en Silènes, en satyres, déployant les attributs d’une virilité exagérée (i). Les uns s’avanceront sur des ânes, les autres traîneront des boucs. Se heurtant, se mêlant, se précipitant en délire , ils balanceront une tête enflammée : une chevelure sans ordre, abandonnée au souffle des vents (2).

Les plaines, les monts, les forêts retentiront de leurs cris tumultueux : ils appelleront Bacchus par de longs hurlemens.

Parmi les offrandes , on placera au premier rang un vase rempli de la liqueur des fontaines (3}.

Ensuite paraîtront les canéphores, jeunes vierges , distinguées par la pureté de leurs mœurs et de leur naissance ( a ). Elles porte-

REMARQUE

(a) L’outrage des tyrans d’Athènes envers la sœur d’Harmodius est aussi connu que le châtiment éclatant qu’ils subirent.

(1) Plut, in ant. — (2) Eurip. Pindare. Virg. VII Æn. Pal. F/acc. arg. 2. — (3) Plut, de h.

244 LIV- n- LA RÉNOVATION, ront des corbeilles contenant les prémices des fruits, et les objets des mystères voilés aux regards {a).

Là, sei'ont renfermés le sésame, le sel, la férule , le lierre, des pavots, des cœurs, un serpent , de la laine , des gâteaux en formé d’ombilics (i). Le phallus droit et couronné de fleurs (2) pyramidera sur ces offrandes.

Les phallophores suivront sans masques, couverts d’une large couronne de lierre , de viole ttes , de serpolet et d’acanthe , enveloppés d’un épais manteau.

On porteraenpompe une statue de Bacchus , remarquable par un triple phallus ( b ).

C’est ainsi qu’en Egypte (3) les femmes promènent des statues , hautes d’une coudée,

REMARQUES

(à) Tacitâ plenas forinidine cistas (4).

(&) Phanès est représenté portant le phallus postiqüe (5). AUTORITÉS.

(1) Clcm. Alex, in protrept. Grég. August. Thèodoret. — (2) Aristoph. A harn . v. 0.1\ i. Dupuis. — (3) Plut, de Is. Pamy/ies égyptiennes. — (4) Vctler. F/ac. — (5) Nonn. ad Greg. Naz. jNot. Es henb.ad v. i5. Orph. Argon.

LES DIONYSIAQUES. 2/f5

et armées d’un phallus ( a ) de la même proportion, qui se meut par ressort (b).

Enfin paraîtra le van mystique (c), posé sur la tête d’une prêtresse nommée Lycnophore.

REMARQUES

(а) Le phallus des Dionysiaques était de bois de figuier. Le figuier rappelait aux initiés une aventure scandaleuse de Bacclius. De là toutes les fables sacrées sur le figuier (i).

(б) Ces cérémonies anciennes, instituées en honneur du principe actif de la génération universelle, que l’on retrouve jusqu’aux Indes dansleculte du Lingam (a), passèrent de la Grèce en Italie ; et nulle part les hommes ne crurent blesser les mœurs, en rendant des honneurs à l’emblème le plus simple et le plus expressif de l’énergie active de la divinité (2).

(c) Et mystica vannus Iacchi (3).

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Le Chib ou JRoutren des Indiens , et dont le Lingam est le symbole , a de grands rapports avec le Baccbus des Grecs. En Italie, les femmes se couronnèrent de phallus (4). A Naples, encore aujourd’hui, les femmes le cachent dans leur sein : c’est un bijou secret et figuré en or.

AUTORITÉS

(1) Vid. Çlem. Alex, inprotr. Hygin. Poet. Astr.l. 11 , c. v. Plut, de Js. et Osir. parag. XXXVI. — (2) Dupuis. — (3) Virg. (4) Sainte-Croix , sur les mystères. August. de Civ. Dei. I. vu , C. XXI.

La marche sera fermée par les ithyphalles , vêtus d’habits de femme (i).

Des hymnes phalliques retentiront de toutes parts , et célébreront la vertu de la divinité (2).

Le temple s’ouvrira ; les portes sacrées qui conduisent à l’initiation , seront fermées le reste de l’année. Des matrones vénérables présideront aux cérémonies (3). Ces ministres des mystères seront au nombre de quatorze ( a ).

Elles seront choisies par le roi des sacrifices (4) , l’archonte roi, secondé dans cette fonction par les épimelètes , ou par des commissaires de l’administration publique. Sa femme , à laquelle on donnera le nom de reine ( h ) , distribuera les objets sacrés , dont la vue est interdite à l’œil des hommes.

REMARQUES

(a) Nombre mystérieux : le 7 redoublé.

{b) Le roi représente le soleil : cette reine représente la lune, ou la clarté nouvelle. On lui adressait cette formule, rapportée par Firmicus : Salut , épouse \ salut , nouvelle lumière !

AUTORITÉS

(1) Alhèn. l.X IV. — (ri) Arislopli. Acliarn. — (3) Harpoc. Hesjchius. — (4) Démoslh. in Neœr.

Le roi des sacrifices sera un citoyen d’une sagesse et d’une probité éprouvées : la reine ne sera pas moins recommandable par les vertus de son sexe. Il faut qu’elle ait épousé, vierge et citoyenne , un citoyen d’Athènes.

Les lois qui règlent ces formalités , seront gravées sur une colonne dans le temple.

La prêtresse recevra de ses compagnes le serment qu’elles prêteront devant l’autel et les vases sacrés, avant que d’y pouvoir porter la main.

Telle sera la formule du serment : « Chaste et pure, n’ayant souffert l’approche d’aucun homme, exempte de toutes souillures, je célèbre , dans le temps prescrit , et suivant la loi de mon pays, les saints mystères ( a ) de Bac chu s. »

Un dadouque avertira les initiés d’invoquer la divinité tutélaire (1).

Les hymnes retentiront (2).

REMARQUE

(a) Les Dionysies, les Iobacchies.

AUTORITÉS

(1) SjoL Arist. ran. ad v. 299. — (2) Ibid. v. d48.

2/f8 LIY. II. LA RÉNOVATION.

Un dernier prêtre s’avancera , et procédera à purifier les initiés.

C’est dans l’air qu’ils seront purifiés («).

Sous les colonnes, un phallus de fleurs sera suspendu ( [b ) à la sommité d’un pin : l’initié doit s’élancer et le saisir au bond (c).

On donnera dans ces mystères , la représentation de la passion de Bacchus , mort, descendu aux enfers et ressuscité, à l’imitation de celle d’Osiris , dont on fait la commémoration à Saïs.

C’est là que se fera la créonomie , ou la dis-

REMARQUES

(a) Aere ventilabatur quod erat in Sacris Liberi (i).

( b ) Oscilla ex altâ suspendunt mollia pinu (2).

Oscilla... membra virilia de floribus facta, quæ suspende-

bantur per intercolumnia , ità ut in ea homines acceptis clausis personis impingerent, et ea oscillarent, ad risum p pulo commovendum... Sacra Liberi patris... (3).

(c) C’est ainsi que, dans le ballet de Paris , l’éle'gant et léger Vcstris détache, en sautant, une rose que le zéphyr balance sur sa tête.

AUTORITÉS

(1) Serv. ad Æneid. 1. vi, v. 740. — (2) Virg. — (5) Sera, in l. iv.

tiibution du corps du dieu (1) (a) que l’on mangera. On distribuera réellement aux assistans une viande crue , qu’ils devront manger en mémoire de Bacchus mis en pièces par les Titans (a), et dont la passion est renouvelée tous les ans à Chios et à Ténédos, par l’horrible immolation d’un homme (G). Loin des Athéniens ces crimes !

On ne révélera qu’aux initiés le mystère du serpent ( b ).

Ces iniliés, entre autres ceux connus sous le

REMARQUES

(a) Allégorie qui rappelle les révolutions physiques (2).

(b) On coulait un serpent d’or dans le sein des initiés. On leur expliquoit alors ces mots hiéroglyphiques : « Le taureau a engendré un dragon; le dragon, à son tour, a

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) L’eucharistie des Chrétiens. Le fameux Averroës a dit qu’il n’avait point trouvé de religion plus absurde que celle-là, qui présumait de faire son dieu, et de le manger après. C’est là-dessus qu’il s’écrie : « Je ne veux point de la communion chrétienne ; que je meure de la mort des philosophes (3) ! »

AUTORITÉS

(1) C/em. inprotr. Eurip. Ba c. v. 1O9. — (2) Essai sur la religion des anciens Gr. Sainte- Croix , recherc . sur les inyst. — (3) Hist. des Cérém. et des Superst.

25o LIV. II. LA RÉNOVATION,

nom d’ orphiques , affecteront des mœurs simples et une vie pure (a) (i). ils s’élèveront ainsi à la vue intime et au commerce des dieux (a) (6).

REMARQUES

engendré le taureau , qui est devenu Bacclius , fds de Proserpine. »

Allusion à deux constellations de ce nom, qui sont en opposition, de manière que l'une à son coucher fait lever l’autre, et réciproquement : allusion au soleil, qui abandonne les signes inférieurs , l’hémisphère obscur , pour s’unir et briller dans le signe du taureau , qui ouvre l’année. C’est par le même principe, ou plutôt par les mêmes observations, qu'on leur révélait le sens attaché a l’emblème du serpent.

(а) On retrouve dans leur cpfiduite et dans leurs principes une partie du système et du régime que Pytbagore rapporta des sanctuaires d’Isis, ou des pagodes de l’Inde.

(б) Ainsi nos Pascal, nos Malebranche, étoient de vrais orphiques. Ainsi on retrouve les mêmes folies a Athènes , a Bénarès et h Paris. Le lamisme a fait le tour du globe. Partout crédule, superstitieux, le peuple a adopté les rêveries de quelques spiritualistes, qui n'ont pas même eu le mérite de l’invention, et dont l’imagination, égarée dans des abîmes, s’est reposée sur les mêmes absurdités.

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Cette secte enfanta celle des éclectiques, adorateurs AUTORITÉS.

(1) Mêm. de V Acad, des iriser, t. v , p . 117. — Mémoire sur la vie orphique. Hèrodol. I. II , c. LXXXI. Euripid. Hippol. v. g48-54. Voyez Fréret ,mcm . sur le culte de Baechus , Acad. des inscr. t. XXIII, p. 262.

MénÉclidès sourit et continuait sa route . Il rencontra une troupe de Bacchantes : il eut l’imprudente de se moquer du phallus (a). Les thyrses et les flambeaux volent aussitôt sur lui; il expire déchiré comme Orphée par les Ménades.

REMARQUE

(a) Il faillit en arriver autant a notre philosophe Dumarsais, pour avoir mal parlé de la Vierge en pleine rue.

MYTHOLOGIE COMPARÉE

de Phanès. On retrouve dans le culte de Phanès l’œuf symbolique, la triade métaphysique , le dieu Informe , multiforme , etc. Voyez Sainte-Croix , Recherches sur les mystères. Ces mystères devinrent par la suite le théâtre de la prostitution.

Le célèbre Warburton attribue la dégradation des mystères à trois causes :

A la r’eprésentation obscène du membre viril ;

A la licence des allégories;

Aux scandales de la nuit.

LIY. II. la rénovation:

SECTION VI

Matronæ, procul hiiic abite, castæ ; Turpe est vos lcgcre impudica verba.

Non assis faciunt euntque recta, Nimirùm sapiunt, viteutque magnam Matronæ quoque mentulam libenter.

Catulle.

Fragmens de la correspondance entre Hégésias , Pythodème et Evhemerus.

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