CANON
LE PRÊTRE
Si , d’aventure , un coin de l’univers Recèle encor, dans ce siècle pervers,
Un couple d’amis véritables ,
D’une triple moisson que leurs champs soient couverts ! Que les étés ingrats, les perfides hivers
Leur soient constamment favorables !
LA PRÊTRESSE
Ainsi soit-il!
LE PRÊTRE
Mais , inutiles vœux !
Où trouver maintenant ce couple généreux !
Ah ! les amis ! le bonheur les assemble :
Tout disparaît au signal des revers.
Tels nos acteurs , dans leurs rôles divers ,
Frères , époux , ils composent , ce semble ,
Une famille où l’on est transplanté :
La toile tombe , adieu la parenté !
Il n’en est point ainsi dans ton empire ,
Charmant Amnur; partout de jeunets cœurs Que la volupté seule attire ,
Sentent vivement tes ardeurs.
Le parjure et. l'hypocrisie Ne souillent jamais leurs plaisirs,
Et du vil intérêt la sombre frénésie N’a rien qui flatte leurs désirs.
( Il s’assied à coté de la Prêtresse , et la contemple amoureusement. )
Il est temps que mon œil dévore ,
Que ma main parcoure à loisir Ces charmes que pour moi l’Amour a fait éclore ,
Ces charmes adorés qui vont m’appartenir !