L’ORAISON DOMINICALE
Divin amour, père de tous les êtres!
Ou’en ce jour fortuné, les dieux et les humains Deviennent pour jamais tes vassaux et tes prêtres!
Que ton nom, célébré par des cantiques saints,
Au pied de chaque autel, et dans chaque idiome, Résonne en même temps aux bords les plus lointains! Que la terre et les cieux s’appellent ton royaume !
Verse aujourd’hui sur nous tes dons accoutumés;
Et comme en pardonnant nous sommes mieux aimés, Deviens plus cher au monde à force d’indulgence.
Aux pièges des tentations Ne livre pas notre constance ;
Mais épargne à nos cœurs le tourment des soupçons. L’Amour soit avec vous!
LA PRÊTRESSE
L’Amour vous récompense!
LE PRÊTRE
Adorable Vénus, qui seule réunis La beauté sans défaut et la grâce accomplie , L’Amour est avec toi ; soyez tous deux bénis !
Si vous délaissiez l’homme , il maudirait la vie.
{A la Prêtresse . )
Jeune et caressante brebis.
Ornement de ces pâturages,
Je ne veux d’autre Paradis Que les liens où tu m’engages.
Douce et complaisante brebis,
Ornement de ces pâturages ,
Sois toujours .à mes sens rav(is Ce que Zéphyre est aux herbages.
Jeune et caressante brebis, Ornement de ces pâturages , ïl n’est point d’autre Paradis Que les liens où tu m’engages.
Puissans maîtres des cœurs, écartez loin de nous Les poignards de la calomnie ,
Les sombres visions de la mélancolie ,
Les fureurs de la haine et les soupçons jaloux !
Dieu d’ Amour, dans ton sanctuaire Je n’étais pas digne d’entrer ;
Tu m’as permis d’y pénétrer,
Et tu sais si j’ai du m’j plaire.
Dieu d’ Amour, dans ton sanctuaire Je n’étais pas digne d’entrer;
Tu m’as permis d’y pénétrer,
Et tu sais si j’ai dû m’y plaire.
Dieu d’ Amour , dans ton sanctuaire Je n’étais pas digne d’entrer ;
Tu m’as permis d'y pénétrer ,
Et tu sais si j’ai dû m’y plaire.
Que rendrai-je à l’Amour, que rendrai-je à sa mère Pour de telles faveurs?
Tout ce que peut leur rendre un enfant de la terre Je leur pairai sans cesse un tribut volontaire De respect, d’encens et de fleurs;
Et je surpasserai , par mon zèle sincère ,
Leurs plus fidèles serviteurs.
( La Prêtresse offre an Prêtre des oêtemens légers et gracieux quelle va chercher à droite de V autel , avec ses propres atours qu'elle y a déposés avant le sacrifce.)
364 LIV. u- LA RÉNOVATION.
LE PRÊTRE, en s’habillant.
Puissent ces vêtemens qu’exige la décence ,
Disposés avec grâce, avec goût assortis,
Sans gêner mes contours, leur être assujétis,
Unir la propreté, la souplesse et l’aisance ,
Irriter les désirs sans les effaroucher ,
Ombrager la nature , et non pas la cacher!
Je vous chéris, couleurs dont je me pare,
Nuances qui plaisez à l’objet de mes feux.
Je veux que tout en moi déclare La conformité douce et rare Des âmes, des penchans que nous tenons des cieux. Répétez- lui sans cesse, ô couleurs préférées,
Que mon choix , en tout temps, est dicté par le sien ; Pour flatter ses regards s’il ne vous manque rien,
Il m’importera peu de vous voir censurées ;
Mais peut-on censurer ce qui lui paroît bien ?
( Il se tourne du côté des assistons. )
Retournez folâtrer dans vos rians bocages;
Le sacrifice est consommé.
LE CHŒUR
Retournons folâtrer dans nos rians bocages ;
Mais que ton temple, Amour, soit ouvert ou fermé ,
A toute heure , en tous lieux , compte sur nos hommag*
Avant la naissance des temps ,
L’Amour existait par lui-même.
Tous les principes agissans Formaient son essence suprême.
L’ordre et la vie étaient dans lui ; Lui-même était l’ordre et la vie.
Ame , dieu , lumière , harmonie ,
Sans émule dans l’infini.
Des êtres la famille immense Eclose à sa douce chaleur,
Maintient par lui son existence,
Doit sa beauté, doit son bonheur A son éternelle influence.
Plus d'une fois il est venu Dans ce monde , à l’erreur vendu , Propager sa pure doctrine ;
Mais l'homme a toujours méconnu Sa voix, sa présence divine.
Nos pères disent avoir vu Des mortels, pleins de sa vertu ,
Dont l’àme était son plus beau temple , Prêcher de parole et d’exemple Leur siècle aveugle et corrompu.
On n’entendit pas leur langage ;
Et le généreux témoignage Qu’ils rendaient à la vérité,
Leur valut, pour tout héritage,
Un vain renom , trop acheté Par le funeste apprentissage Des pleurs et de l’adversité.
Pour nous , qui fêtons leur mémoire En gémissant sur leur destin ,
366 Liv. ii. la rénovation.
Dieu d’Àmour , dieu des dieux , salut du genre humain , Nous serons toujours prêts à confesser ta gloire.