‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 2)Chapitre 75 sur 98 · LA PREMIÈRE FEUILLE DU PRINTEMPS · texte numérisé non relu

LA PREMIÈRE FEUILLE DU PRINTEMPS

AlME demain qui n’a jamais aimé!

Qui fut amant , demain le redevienne !

Gloire au printemps! il revient, il ramène Des jeunes fleurs le cortège embaumé,

REMARQUE

(a) Les fêtes commençaient probablement à l'entrée de la nuit du jour où on les célébrait 5 et, suivant toutes les apparences, on passait la nuit à chanter des hymnes en l’honneur du dieu ou de la déesse dont on faisait la fête (1).

Ce poëme charmant , attribué tour a tour a Catulle, à Horace, et que je crois appartenir a Florus. a exercé la patience des commentateurs , c’est aux soins du célèbre Politien. et du jésuite Sanadon, que l’on en doit les éditions les plus correctes. 11 a été traduit par La Baume, avec une brillante facilité : la volupté même semble avoir tracé ce tableau. Ces images sont fraîches comme la fleur des objets quelles reproduisent.

AUTORITÉ

(1) Larcher , sur Hcrod.

3y8 LIV. II. LA RÉNOVATION.

Les jours sereins , la gaîté, l’harmonie. L’amour enfin, ce nectar de la vie.

Jadis le monde au printemps fut formé ;

En revoyant son jour anniversaire ,

De quelle joie il paraît animé!

Demain , demain , cet heureux jour l’éclaire. Demain le ciel tranquille, radieux,

Ne voit qu’amour et baisers chez les dieux ,

Ne voit qu’amour et baisers sur la terre.

Demain Vénus, entre les arbrisseaux,

Où l’eau du ciel se résout en feuillages,

Vient eidacer de verdoyans réseaux,

Pour recevoir et cacher nos> hommages.

Demain Vénus au monde ranimé Dicte ses lois, et parle en souveraine.

Aime demain qui n’a jamais aimé !

Qui fut amant , demain le redevienne !

Demain les cieux reverront ce grand jour Où, s’élevant parmi Fonde écumante,

Parmi les dieux de l’humide séjour,

Vénus parut dans sa beauté naissante.

Ce j our brillant fut le premier de mai.

Et c’est demain qu’il faut qu’on s’en souvienne. Aime demain qui n’a jamais aimé !

Qui fut amant demain le redevienne !

Vénus émaillé et dispose les fleurs.

Pour nuancer la robe de l’année;

Aux frais boutons dont leur tige est ornée,

Elle conduit les sucs générateurs ,

Et des zéphyrs l’haleine fortunée.

Elle y retient ces fécondes vapeurs,

Qui de l’éther, pendant la nuit, descendent,

Et qui , du jour divisant les couleurs,

A chaque feuille en perles se suspendent.

Vous qu’Adonis a teinte de son sang,

Et le soleil de sa pourpre éclatante,

Qui des baisers de Vénus gémissante Gardez toujours le parfum ravissant !

Vous, jeune rose, humide et vierge encore, Soyez unie au zéphyr du matin;

Que vos appas ne tardent plus d’éclore ; Développez l’éclat de votre sein :

Est-il pudeur, crainte ou raison qui tienne Contre les vœux d’un époux enflammé?

Aime demain qui n’a jamais aimé!

Qui fut amant , demain le redevienne !

Vénus a dit aux Nymphes de sa cour De folâtrer dans le bois solitaire.

L’Amour les suit. Plus d’une fois l’Amour,

En se jouant, osa blesser sa mère.

Elle a voulu qu’il posât son flambeau ,

Et son carquois-, et son arc téméraire.

L’Amour est nud. Ah ! Nymphes ! qu’il est beau Ne dites pas : la défiance est vaine ;

Plus il est nud , et mieux il est armé.

Aime demain qui n’a jamais aimé !

Qui fut amant, demain le redevienne!

Sœur d’Apollon, Vénus auprès de toi Laisse languir tes compagnes sévères.

Puisque Vénus a respecté ta loi ,

Daigne, ô Cynthie ! exaucer nos prières!

Deviens sensible ; accorde , par pitié ,

Un jour de trêve aux biches innocentes. Vénus pour toi n’a point d’inimitié.

Et dans ses jeux t’eût mise de moitié,

S’ils convenaient à des vierges décentes. Pourrais-tu voir mille couples heureux , Tantôt mêler leurs chants voluptueux , Tanlôt se perdre au sein de la feuillée? Que dirais-lu des concerts amoureux ,

Des passe-temps qui charment la veillée? Le dieu du Pinde, et Bacchus et Cérès,

Et des Sylvains la troupe émerveillée.

Placent Vénus au trône des forêts.

Toi , dont la gloire est de braver la sienne, Exile-toi de leur sol embaumé.

Aime demain qui n’a jamais aimé!

Qui fut amant , demain le redevienne !

Dans un vallon des campagnes d’Enna , Vénus , demain des Grâces entourée ,

Sur des gazons , en pompe siégera.

Belle Aréthuse , et vous , fertile Hybla , Jonchez de fleurs cette heureuse contrée. Là , se rendront les Nymphes des coteaux , Celles des bois , et des prés, et des eaux. Veillez sur vous, leur dira Cythérée,

En leur montrant l’aveugle de Paphos;

Qu’en s’approchant , la frayeur vous retienne Il est terrible, encor que désarmé.

Aime demain, qui n’a jamais aimé!

Qui fut amant , demain le redevienne !

Terre, obéis au signal des Amours.

Ne parais plus sous les traits de Cybèle ;

De ta jeunesse emprunte les atours;

Le dieu de l’air vient, en époux fidèle,

Te faire part de ses nouveaux trésors.

Il vient sceller votre union première ,

Et dans ton sein , dans tout ton vaste corps , Verser des flots de sève nourricière.

Un nouvel an, produit par vos baisers,

Va, le front ceint de nuages légers,

En souriant, commencer sa carrière.

Déjà Vénus, ardente à l’embellir,

Du haut des cieux, jusqu'au centre de fonde Fait circuler dans les veines du monde Le sentiment, la vie et le plaisir.

Que l’univers cède à sa loi féconde.

En ce grand jour, par Vénus ranimé !

A Vénus seule il faut qu’il appartienne. Aime demain qui n’a jamais aimé!

Qui fut amant , demain le redevienne.

La volupté fertilise les champs;

Sur eux l’Amour étend son influence ,

Moins par bonté que par reconnaissance.

Fille de fonde, au sortir de tes flancs

Il respira leur exhalaison pure.

Des rossignols il entendit les chants.

Et son berceau fut un lit de verdure.

Les jeunes fleurs, au calice embaumé.

Le caressaient avec leur douce haleine.

Aime demain qui n’a jamais aimé !

Qui fut amant, demain le redevienne!

Déjà couchés parmi l’or des genêts,

Heureux d’avance et certains du succès ,

Les fiers tauraux attendent leurs compagnes. Déjà le cri des amoureux béliers Va retentir à l’écho des montagnes.

Tous les oiseaux accourent par milliers,

Des voluptés chômer la douce fête :

Les francs moineaux, les pinsons, les ramiers Se becquetant sur les jeunes rosiers,

Ou dans les airs poursuivant leurs conquêtes f Mêlent en chœur les sons de leurs gosiers. Déjà le cygne, Amphion plus habile,

Piase , en chantant , la surface immobile De ce beau lac qu’il fait seul ondoyer:

Mais l'harmonie est dans ce peuplier,

Dans le manoir qu’a choisi Philomèle.

A ses ennuis est-elle encor fidèle?

Pendant l’hiver muette de douleur,

Est-ce au printemps la douleur qu elle chante Non; cette voix si pure, si touchante,

Doit à l’amour son charme et sa douceur. J’écoute, hélas! cette voix qui m’enchante.

Et je me Jais. Quand viendra mon printemps?

Oh! quand viendra la saison de mes chants?

J’ai trop long-temps laissé dormir ma veine ;

Le dieu des vers m’en fait porter la peine.

Viens donc, Amour, viens : mon cœur enflammé Quitte sa loi pour embrasser la tienne.

Aime demain qui n’a jamais aimé!

Qui fut amant , demain le redevienne !

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