‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 2)Chapitre 76 sur 98 · LETTRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LETTRE NEUVIÈME

EVHEMERÜS AU MEME.

Dois-je continuer de vous écrire ? A l’élégance de ces fêtes voluptueuses succède la grossièreté d’une débauche impure. Telles sont les fêtes de Cotylto.

Ses mystères sont marqués par la licence la plus effrénée (a).

REMARQUE

(a) Ils passèrent de la Trace à Athènes; ils étaient célébrés à Chio, et surtout a Corynthe (i).

AUTORITÉ

(i) Hesych. Pausan. Corinth. Suidas. Strab. /. X. Il or. epnd. i'].

On dit vulgairement d'un homme efféminé : Il est initié aux mystères de Cotys (i).

Les nommes (2) se rassemblent en secret : leur tète est ornée de bandelettes dorées ; des colliers serpentent sur leur cou ; ils affectent la parure et l’attitude des femmes ( a ) ; ils relèvent , ils parfument leur chevelure ; ils peignent leurs sourcils et leur .visage. Ils immolent la femelle du sanglier , et versent sur l’autel des libations de vin. On éloigne les femmes. Cependant l’orgie commence : la liqueur de Bacchus est épanchée à grands flots ; on la reçoit, on la boit dans un Priape de verre. Ils fatiguent la déesse de la débauche elle-même.

Cette divinité est surnommée Thias (b).

REMARQUES

(a) U paraît que, dans le culte astrologique, on changeait de costume, à raison du sexe des divinités qu’on adorait (3).

(b) C’est en hébreu le nom du bouc (4).

On voit s’élever à Épidaure un ancien portique (5) qui lui est consacré.

Quand un professeur célèbre de littérature grecque pro- AUTORITÉS.

(i) Synesius. Calv. enc. Hephœst. enchir. Lact. /. i. — (a) Juvénal , sat. il , v. 92. Sabatier , t. xn , p. 2^5. Banriier , t.\,p. ii’j. — (5) Dupuis, t iv,yo.i63. — (4) Buxiorf, p. 85b.

• — (5) Macrob. sat, l. 1 , ç. XIX.

» Alcibiade, vous le savez , éloit initié : le po'ête Eupolis joua les mystères de Cotytto dans une comédie intitulée les Baptes ( a ). Il en fut la victime ; on prétend qu’ils le précipitèrent dans la mer. »

FÊTES DE LA BONNE DEESSE (J)) (l).

Matres caper liircus inito. . . .

Ovid. Fast.

Les femmes célèbrent (2) ces fêtes en secret.

On éloigne les hommes (3), on écarte même les animaux mâles ; on voile leurs images.

REMARQUES

posa de substituer à Paris le nom de Tlùases a celui de bals, il ne se doutait guère de cette e'tymologie. (Voyez Superstitions anciennes et modernes , t. II, p. 76. )

(a) Les Baptes d’aujourd’hui, les baptisés , disait Politien , ne sont guère plus tolerans.

(A) Damia. pour Démia , dialect. doriq. en usage a Tarente. Demélria. Mousia.

AUTORITÉS

(1) Pausan. Achdic. Phurn. Dupuis , Origine des Cultes, t. il, t. IV. Potyth. analysé. Mirab. trad.de Tibull. t. 1 ,p. 208. (2) Hesych. Feslus. Philoxçnus. Gloss, lat. grœc. — (5) Plut, vil. Cœs. et Cic.

Cependant la lubricité la plus effrénée règne au fond du sàncfüaire....

Nous savons (i) ce qui se passe au fond de ces sahctuaires , quand la trompette agite ces Menades , et, lorsqu’étôurdies par les sons et enivrées de vin, elles font voler leurs cheveux épars , et hurlent à l’envi le nom de Priape. Quelle fureur ! Saufella , tenant en main une couronne, provoque les plus viles courtisanes, et remporte le prix de la lubricité ; mais , à son tour , elle rend hommage aux ardeurs fougueuses de MédUlline. Celle qui trio'mphe dans ces assauts lubriques , passe pour la plus noble athlète. Ptien n’est feint; les altitudes y sont d’une telle énergie , qu’elles auraient enflammé le vieux Priam, et Nestor affaibli par ses longues années. Déjà les désirs veulentêlre assouvis; déjà chaque femme reconnaît qu’elle ne tient dans ses bras qu’unefemme, etlcsanctuaire reten lit de ces cris unanimes: Il est temps d’introduire les hommes. Mon amant dormirait-il ? qu’on l’éveille. Point d’amant? je me livre aux esclaves; point d’esclave ? qu’on

AUTORITÉ

(i) Juvén. sat. vi, v. 5i/j.

appelle un manœuvre : à son défaut, l’approche d’une brute n’effraierait pas.

Les initiés se frappent de verges (a).

Les fêtes durent sept jours. Le troisième joui-, on bannit du temple les hommes et les chiens mâles. Les femmes, restées seules, consomment dans la nuit les sacrifices et les mystères.

Le lendemain, les deux sexes se rapprochent , et se lancent réciproquement les bons mots, les sarcasmes et les mauvaises plaisanteries ( b ).

REMARQUES

( à ) Allusion a l’aventure de la déesse fustigée par Myrto. «C’est ainsi, dit le célèbre Villoison, qu’Abeilard écrit a Hcloïse : Te nolentem , et prout poteras relue tantern... stuplus minJsac flagellés ad consensum trahebam . . . Yerbera dabat amor , non furor ; gratta, non ira.» Voyez le traité de Meïboinius de us. flagr. in re ven.

Le grand-prêtre était choisi dans la famille des Petnènides.

(&) Voyez les articles E/eusinie , Thesmophories.

Page 1