DEUXIÈME LETTRE
Je descends du phare d’Alexandrie, où j’achevais quelques observations astronomiques. Mes regards, perdus dans l’immensité , semblaient suivre ma pensée et vous chercher , mon cher Xénophane. Les rapports physiques que j’observais entre les corps célestes, me conduisirent à réfléchir sur les rapports moraux ; et, au milieu de celte harmonie universelle, je n’ai pu m’empécher de gémir sur l’espèce de trouble que la nécessité introduit dans les destinées humaines, en séparant l’un de l’autre , et en éparpillant , pour ainsi dire , dans l’univers , des hommes dont les goûts et les sentimens tendaient à se réunir et à se confondre.
Je viens à l’objet de ma dernière lettre («).
REMARQUE
(1 a ) Sur le culte d’Isis ou de la lune (1).
(1) Dupuis , l. il et IV. Diod. Plut. Luct de fuis, relig. Sainte-Croix y Rech. sur les mystères du pag. p. y4, 5i3, etc.
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J’adoucirai pour vous la sécheresse de la langue astronomique ; mais il faudra cependant me pardonner quelques termes de l’art , qui peuvent blesser une oreille harmonieuse. Mon style est comme ces vins que l’art ne peut corriger , et qui conservent un goût de terroir , quoique , pour en dissimuler l’amertume , on y mêle du miel , et qu’on le verse dans des coupes précieuses.
On considéra d’abord l’astre des nuits dans son apparition , et ses phases offrirent à la fois, comme je vous le disais , un phénomène et une mesure du temps (i).
On observa ensuite les divers mouvemens de la lune dans l’écliptique , et la course qu’elle décrivait en douze mois , revêtue des attributs et de la parure des signes où elle semblait recevoir l’hospitalité dans ses voyages éternels : elle partageait l’empire de la lumière , elle parut partager celui des saisons (a).
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Marie , nom de la lune chez les Celtes.
Sunna était celui du soleil.
AUTORITÉS
(i) Era/osth. Hjgin. Munit. Firmicus, astrol. passim.
On fut conduit naturellement à examiner son influence sur la nature , que l’on attribuait à l’ordre de ses rapports avec l’action du soleil et l’état de la terre.
Placée au dernières bornes , et , pour ainsi dire, sur la frontière qui sépare l’empire élevé de la cause active , du théâtre où gît la cause passive , dernier des corps divins et premier des corps terrestres , elle fut regardée comme dépositaire de la force organique , comme la mère du monde , comme la matrice des êtres ; elle sembla couver l’œuf symbolique (a) (i).
Suspendu entre les corps fixes, éternels, qui ne reçoivent aucune altération , et une planète où les générations momentanées et corruptibles subissent des métamorphoses perpétuelles, et semblent rentrer dans le néant,
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Cette opinion des Egyptiens se retrouve chez les Perses et les Indiens. (2).
AUTORITÉS
(1) Phn. de lsid. — (2) Zend-Avest. t. n.
cet aslre fut comme le terme posé entre le mortel et l’immortel (i).
Pressant sur les mers qu’elle refoule (a) , alimentée de vapeurs, la lune fut considérée comme le principe de l’humidité ; et vous n’ignorez pas que c’est à l’union de l’eau et du feu que les anciens philosophes attribuent la force vivifiante de l’antiquité, et qu’ils font entrer ces deux principes dans l’hymen mystérieux de la nature.
Ces observations servirent de bases à son culte et à ses fêtes : il fut appuyé sur la physique. Depuis quelque temps , des rêveurs , des esprits qui ont le besoin de s’élancer audelà des objets sensibles , et à qui il faut des abstractions et des fantômes , ont cru apercevoir que les différens élémens tendaient à se résoudre et à s’élever vers les plus subtils : ils
REMARQUE
(a) Les Egyptiens attribuaient à la pression de la lune les inondations du Nil (2).
AUTORITÉS
(1) Proc/, ad P/aton. Ocell. Luc. — (2) Pausan.
4ll
ont cru que le principe de la vie tendait, comme l’air et la flamme , à rejoindre ce ciel où circulent les corps éternels et les plus purs, dont ils semblent émanés.
Us ont appliqué ce système à nos intelligences ; ils ont prétendu qu’elles devaient remontera leur source. L’hémisphère supérieur, ou l’empire de la lumière physique , voilà leur Elysée, leur ciel : l’hémisphère inférieur, ou l’empire de la nuit, voilà leur Tartare , leur enfer (i).
En ramenant le culte à son premier objet , à la saine et exacte physique , je fais mon devoir d’homme , de citoyen, de philosophe , ô mon cher Xénophane !
Les préjugés dénaturent les cœurs , faussent les csprils, rapetissent les âmes ; voilà ma réponse à ceux qui m’accuseraient de les détruire.
Vous possédez maintenant le secret ; je viens de remettre en vos mains la clef qui ouvre tous les sanctuaires d’Isis , de Cérès , de Proserpine,
AUTORITÉS, (i) Proc/us ad Platon. Ocell. Luc .
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de Minerve, de Diane, d’Hécate, delà Viergemère , etc. ; car toutes ces divinités sont les mêmes. Dans le système de l’antiquité , tous les dieux femelles (i) sont ce principe passif que représentent alternativement la lune , la terre, ou la nature fécondée.
Lorsque vous voudrez résoudre le problème des fables relatives à l’antique Isis, il vous suffit d’examiner « dans quels signes la lune était nouvelle , ou pleine et en quadrature ; l’époque du commencement de l’année et des quatre saisons ; quelles constellations se liaient à son apparition ou à sa marche , par leur lever ou par leur coucher; et surtout quelle était la température de l’air; s’il était chaux, froid, sec ou humide ; quel spectacle présentait la terre stérile alors ou féconde , couverte de neige ou de fleurs , de gazons naissans ou d’épis mûrs, dans sa pompe ou dans sa nudité.
» Vous fixerez surtout vos regards sur le passage de la lune aux limites équinoxiales , lorsqu’elle monte dans la partie supérieure du
AUTORITÉ
(i) Court de Gàb. Hist. du cal.
zodiaque , ou lorsqu’elle descend dans la partie inférieure, et pendant quelle phase ; si c’est lorsqu’elle croît ou lorsqu’elle décroît ; dans quels rapports elle est avec le soleil ; si tous deux , par exemple , sont dans l’hémisphère supérieur et inférieur en meme temps , ou si chacun d’eux occupe un hémisphère séparé ; si la lune est pleine ou nouvelle ; si tous deux sont aux équinoxes.
» N’oubliez pas d’observer son passage au lieu de son domicile et de son exaltation.
« Enfin , suivez-la dans tous les points du zodiaque ; saisissez ses rapports avec toutes les constellations , avec celles qui sont dans le zodiaque , avec celles qui sont hors de ce cercle ; tout se manifestera alors à vos regards : les fables les plus inintelligibles auront un sens ; les attributs les plus bizarres , un motif ; les cérémonies les plus ridicules, une excuse.
» Vous entrevoyez déjà, et pour la première fois, l’explication des voyages d’Isis, séparée d’Osiris, qu’elle cherche partout, et qu’enfin elle retrouve (i). »
AUTORITÉ
(i) Dupuis , Origine des Cuites.
4 T 4 LIV. n- LA RÉNOVATION.
C’est ainsi que vous interpréterez les courses de Cérès et la fable de Proserpine ; l’union du culte de Cérès avec celui de Bacchus, d’Esculape, de Sérapis ; c’est-à-dire du soleil, sous différentes formes et sous différens noms ; les emblèmes qui l’accompagnent; les images de la chèvre et des pléiades qui président au printemps ; ses autels rapprochés de ceux du Zéphyre(i),de la Terre nourrice (2), de Vénus et de Pan (3) ; les formes monstrueuses de la Cérès de Phygallie ( a ) ; les vêlemens de deuil , ou la parure ténébreuse que revêt Cérès Mélanie , ou la Vierge noire ; la naissance du jeune dieu couronné de rayons , qui repose sur son sein , et qui doit réparer la nature , en foulant le serpent qui rampe sous ses pieds ; de ce dieu qui porta successivement les noms à' H or us , (Y les , d’/on , de Jupiter , à' Apollon
REMARQUE
(, a ) Divinité a tête de cheval , et dont la crinière est formée par des serpens entrelacés.
AUTORITÉS
(1) Pausan. Çorinth.p. 55. — (2) Ibid./?. 5o. — (5) Pausan . Allie, p. l\i.
sauveur (a) ; ses miracles : ici, la fontaine de la vérité (i), et là, la montagne merveilleuse (2) , car le mensonge pieux et les fraudes sacerdotales se retrouvent partout ; l’antre de Pluton , ou le tombeau du soleil d’automne ; les tableaux des enfers , ouvrage de Polygnote , et qu’on admiroit sous les portiques du temple de Delphes (3); enfin, le secret des initiations et l’énigme des mystères ; la promesse d’une vie meilleure et éternelle (4), etc.
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Le même que le Narcda , le Chrishna , le Ram’a , te Para-Brahma des Indiens, Y Amidas des Japonais, le Manco-Capac des Péruviens, le Jésus des Chrétiens, etc.
(i) Puusart. Ai haïe. — (2) Id. Arcadie. — (3) Pau s an Phocid. — (4) Apulée , met. I. il. Plat. Phced. Æneid. 1. vi.
§ Il
FÊTES DE LA PHOC1DE. — SACRIFICES HU- MAINS. — SYMBOLE DE DIANE : SON IN- FLUENCE. — UNIVERSALITÉ, NOMENCLA- TURE DE SES FÊTES. — EXPOSITION DU CULTE ET DES CARACTÈRES DIVERS DE DIANE. — TEMPLE d’ÉPHESE. — EXPLICA- TION DES ATTRIBUTS DE LA DEESSE.
Suite de la correspondance d' Jipollonide.