‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 2)Chapitre 86 sur 98 · CONFIDENCE PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

CONFIDENCE PHILOSOPHIQUE

Je vais continuer, mon cher Xenophane , de vous adresser mes réflexions , sans ordre , et avec cette négligence qui fait le charme de l’amitié et celui de l’esprit.

Je mêlerai, ainsi que je viens de le faire, à cette confidence, celle de mes actions: ma vie ne vous appartient pas moins que mes principes. Je suis homme, et rien de ce qui touche à l’humanité ne m’est étranger.

Vous trouverez donc une page de libertinage à côté d’une page de morale , des vers légers auprès d’une pesante analyse, et, à la suite d’un grave raisonnement , une saillie inattendue.

Vous ne me jugerez point sévèrement , mon cher Xénophane, parce que la philosophie vous a rendu indulgent et bon; mais tout ce qu’il y a de mauvais sujets dans le monde ne manqueraient pas de réclamer , au nom des

vertus qu’ils n’ont jamais pratiquées , contre mon œuvre, moitié sérieuse et moitié frivole, si jamais elle venait à surnager sur ce vaste fleuve du Léthé, où leurs productions et les miennes s’abîment , et dans les bienfaisantes ondes duquel je bois à longs traits l’indifférence , qui me rend d’avance insensible à la perséculion des critiques , dont l’on aurait toute la valeur, si, au lieu de ce nom, on leur donnait celui de rivaux mécontens.

Je ne sais par quelle indiscrétion mon premier secret a été trahi. Serait-ce en vain que j’aurais, nouvel Alexandre, apposé mon cachet sur les lèvres de mon Ephestion ! Je n’accuse, au surplus , que moi-même. Le Pénée n’est pas plus transparent que mon cœur, et une noble et indépendante franchise que je n’abjurerai jamais, l’expression même de ma physionomie, trahissent mes sentimens.

J’ai confié ma doctrine à quelques uns de ces voyageurs qui promènent leur ennui de Muséum en Muséum, et qui passent leur vie à visiter les hommes célèbres, sans prétendre ; jamais le devenir.

Dût le collège des prêtres de Memphis écrire au roi , et me faire perdre ma place

de conservateur du Muséum d’Alexandrie, je dirai ce que je crois être la vérité.

J’ai cherché d’abord à sauver mon intérêt et mes principes ; mais, s’il fallait enfin abjurer l’un ou l’autre , je n’imiterais pas la lâcheté de presque tous les hommes que j’ai connus : je sacrifierais mon propre intérêt.

Cette lettre est longue , et hérissée des épines qui entourent les roses de mon sujet. Je vous rendrai compte des plus charmantes fictions de nos po'ëtes; quand le tableau a peu d’éclat, il faut en donner beaucoup à la bordure.

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