HUITIÈME LETTRE
APOLLONIDE A XENOPHANE.
Avant de rassembler de nouveaux rapprochemens , résumons ceux que nous venons de parcourir.
Ces tables indicatives , ces moyens de reconnaissance , sont pour le excursions de l’esprit, ce que de bonnes tables de latitude et de longitude sont pour les voyageurs.
Vous avez vu que l’universalité du culte lunaire avait été fondée sur l’ordre et la variété , sur les rapports et l’influence des aspects de celte planète. Si j’en crois l’imagination de tous les poètes , l’impression de tous les cœurs
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Les Arabes adoraient la lune sous le nom de Chalar; les Sepharvaims, sous celui d 'Ana.
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sensibles et la mienne , la voix de la volupté a proclamé l’empire de la souveraine des nuits.
Si l’on admire l’éclat majestueux du dieu qui remplit de lorrens de lumière, l’immensité, on chérit le demi-jour d’un astre plus sensible , qui semble modérer , par égards pour notre faiblesse , la violence des fenx qui nous brûlent pendant le jour. Faisant cesser la discorde de l’ombre et de la lumière, les tempérant l’un par l’autre , distribuant la fraîcheur et le silence , ramenan t dans le ciel l’harmonie, et le repos sur la terre, il adoucit toutes les nuances , accorde toutes les dissonances ; et prépare , en les conciliant , le passage du jour à la nuit, du calme à l’activité. Les étoiles émaillent sa route , tandis que sa clarté mélancolique glisse sur tous les objets ; cette lueur magique, incertaine, vacille, tantôt sur le front gigantesque des monts, sur la chevelure des forêts, sur la solitude des campagnes, ou sur l’immensité des vagues blanchissantes. On n’entend que le souffle du zéphyre qui réveille quelquefois le feuillage , ou le gazouillement des sources tombantes.
Cependant la déité plane avec amour sur la nature ; elle semble la couver de ses re-
gards : mère bienfaisante , elle exprime de scs mamelles la rosée féconde qui alimente et rafraîchit la végétation.
Les plantes reconnaissantes exhalent vers elle leur âme embaumée ; plusieurs meme ne s’épanouissent que pour elle. Cet encens balsamique, ce silence mystérieux, cette lumière obscure et ses romantiques accidens , cette fraîcheur des eaux, des bois, de l’éther, tout porte au cœur de l'homme qui contemple ce spectacle, une émotion d’autant plus sensible , que rien ne vient l’en distraire. Du recueillement naîL la rêverie, et delà rêverie la foule desscntimens tendres. C’est aux rayons de la lune que le philosophe médite , que le poêle est inspiré, que l’amant espère, gémit ou triomphe, et que la volupté recueille les lai'mes de la pudeur moins farouche.
Et tandis que les Nymphes , les mains entrelacées, la chevelure flottante , le sein nu et la robe entr’ouverle , dansent sous la feuillée qu’argente une timide lumière, les Cyclopes font gémir l’enclume embrasée , les moissonneurs achèvent leurs pénibles travaux , la mère de famille veille et travaille près d’un berceau.
L’habitant des campagnes repose cependant auprès de l’animal rustique , compagnon de ses travaux accoutumés ; et les remords , les spectres vont réveiller en sursaut les tyrans sur leur lit de pourpre.