‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 3)Chapitre 39 sur 101 · FÂTES DE L^ADONIS GREC · texte numérisé non relu

FÂTES DE L^ADONIS GREC

Quelques pctges des éphémérides de Ménéclidès^

Avant de partir pour TAssyrie, où il devait étudier les rapports des fêtes de TAdonis oriental avec celles de FAdonis grec , Mënéclidès, pour les mieux saisir, traça sur ses. êphéxnërides la description suivante :

La Grèce entière célèbre le culte d'Adonis (i) (a); il rappelle celui d^Osiris (b);

HTTHOLOGIE COMPARÉE»

(a) CanUoen^ïKAoms^ ïhxys^ le Christ des Indiens.

(b) Ixora^ un des dieux principaux de l'Inde, appelé, aussi Mm^/i, Eswaray Rutrêm^ Euddireru

AUTOaiTÉs.

(i) Fable phénicienne sur le soleil. Voyez Jhipuis^ origtne des cultes y t, i, p. i4; <• H,/». 90; /• m , ;?. 471-49^) 788 ^ Mv,|>. i65-i8i, 4^5, 58îï- 588, 750-760; /. v, /h i5o, 3o6-2ig, 348. Id. 161, îi33; /. vi,/?. 54,90, i^5. Polythéisme analysé , préf, p. Z'j ; dise. p,^6yi8^ 87. Sabotier , dieu t. i ,p, ^o^.^Montfaucon , *. i , /r. 171 f <• Il , /?• 207-^ -

igS MV. II. LA RÉNOVATION.

Chaque printemps (i) ramène ces solennités pompeuses , ces jours de Joie et de dou* leur pour la belle Vénus (2).

La nature semble se couvrir du crêpe de rhiver. Les champs attristés , les cités gémis* santés , tout présente Tirnage d^ùne désolation profonde.

On entend rouler un char lugubre. : il promène en pompe les simulacres de Venus et d'Adonis, d'Adonis(3) brillant encore sous les ombres du trépas, et qui,, vainqueur , sait «îhâfrmer Tcinfer même.

Mornes , éplôréés , sanglantes , les prêtfëâses de Vériûs, lés femmes éperdues, se frappent le sèiri , s'arrachent les cheveux, déchirent leurs omemens (4). A leurs cris

AUtÔttlTÉS.

i65. Méhioîrês deVAcàd, dès inscr. i, lii , p. 98; /. xvi, p, 5o; /. xvii , p. St. Myth. Bànniey, i. ïiï , fr. lâ-sii. Auteurs anciens. — PausaniaSy p, lUt. Macrob. satum. f. i , c. XXI. Lucien^ de Deâsyrîâ... Musœus. ^listoph. mpûc* Cratinus Hesychius.

(i) Comniyfast. ail. En Cltypre^ on les télhhrt au mois de juin. Hieron. M Ezech, c. viu. — (a) Ooid. méi. l. X. Aug. de civ. L \u — (3) T/téèc. idjL i5. — (4) Fluiarf. in Aie. in i(ic. • . " ,

aigtts se mêlent les accens sauvdgeftd^s sistrei^ et des buccines (i).

Lesgëmis^^méïK^des byntixes (îjfièlires sont suivis d'un siléttee tiUpe&x : bietitèt une toîx lamentable , immense , universelle y perce left airs ; les échoie émus sot^rtnt ces- mots consacrés : Hélas ! héla« ! Adofiïs (n) l '

Cependant on dépose ces syitibolé^ inanimés suf une estrade (3) brillante do luxe dé la piété et des guirlandes âtx printemps. A Fentouf , des vases disposés avec art (4) fecèleht une végétation artificielle et précoce. Ils présentent à Fodil enchanté les hâtives richesses de Flore , et ses premiers présens , des grappes odorantes, des arbustes verdayans, dont les tiges amourettses s*enlaeent, acquittent, se reprennent, et semblent recomposer, parnaâ

AUTORITÉS

(i) Hésych, fest. Athénée. Gingriai.yZe5//c et tuctuosum obsfrepenies. Die traver, Scltainteyen PoUux. (2) Aristoph. Bion. — (3) Bion. Thtoe. tdyU, — (4) Bésych. Theophrast. hisl, ps. L \^ , c. Jt\YU, PhU. de ser. num. vind, Déogenianus ^ cent, lyproç. i^, Suidiis. Atistoie. Phis* L V. Piaf on in Phœdr.

^ÔO ïiîV. II. LA KÊNOVÀTION.'

magie secrète , ces bosquets témoins de ten^' dresse et de bonheur (a).

On étale, dans des cbrbeUies, les germes bu les dons de la fécondité , des graines et 'des fruits (i).

La laitue, le fenouil, les gazons figurent parmi ces offrandes. Adonis foula les uns dans son bonheur : il fut étendu sur Tautre après sa mort. Les uns sont le symbole de la vie, çt Tautre , celui de la froide insensibilité (2).

Ces symboles de la jeunesse vivent peu de jOurs et semblent expirer avec Adonis. La main du désespoir les arrache et les précipite dans les ondes (3).

. Au fond de cette enceinte mystérieuse , sous une voûte de fleurs, surTor, Fargent, Tivoire et la poupre, reposent, séparés (4), la plus

REMARQUE, (a) On les B^^Ue jardins d'Adonis. On donnait aussi ce nom a des champs semés de blé et d'orge, dans les fauboui^s de la \ille (5).

AUTORITÉS

(1) Macr. h i.sai, c, XXI. Scol. de Tliéocr. v. nî, rdyl. i5. -^{i) Hesychius. ÇaUimaque. Athénée. Eubtie. Théoirile. Suidas. Eusth. (3) Zenoh. cent. proo. 49. Eusihat. adiiiaé. — (4) Théocr. Bion. — (5) ScoL Théocr.

FÊTES DE L^ÀDONIS GREC. 20t

belle des déesses, le plus beau 'des enfans des hommes. Il sourit endormi ; hélas ! ce sommeil est étemel.

Au retour du tombeau, les prétresses de Vénus , dépouillées de leur longue chevelure (à) , et meurtrissant leur sein d^albâtre, pâles, veillent et pleurent (b).

Lliymne funèbre commence.

Tu n'es plus. Adonis! les Amours éperdus Soupirent Adonis ! Adonis, tu n'es plus!...

De pL couche ^abjurant là pourpre solitaire , Frappe ton sein voilé d'un atour funéraire.

(o) Celles qui veulent consei'ver leur chevelure, sont obligées , en Syrie , de se prostituer pendant un jour aux étrangers. Elles consacrent à Vénus l'argent qu^elles en ont reçu.(i).

{b) Le poëte Bion , qui bénta de la flûte de Tbéocrite , et qui , en donnant plus d'élégance à la poésie idylliaque , lui ôta peut-être de sa naïveté , nous a laissé , sur la mort d*Adonis, cette élégie funèbre, brillante de poésie et de sensibilité.

Il a tracé ce tableau avec deux couleurs : il a senti que rien n'était plus déchirant que le contraste d'une scène de AUTORITÉ*

(i) Lucittn, de âeâ syt*

20S MV. II. LA AENOrATIOK.

Vénus ini^onsoiaUe^ aux Amours éperdos.

Fais redire : Adonis, Adonis, tu n^eft plus!^

Pâle j foulant encor la sanglante brujère , Son flanc accuse , hâas l une dent meurtrière ; Ses yeux apipesanti» sont tkoyès dan^ k mort. Pour revmr s(Hi amante il tente un long ciFort; Son amante^ pressant cette bouche livide | A sa lèvre mourante unit sa lèvre avide : IL tombe, et de Venus le transport ^aré Lui redemande encor le baiser expiré* ' Mais la déesse en vain lui verse, avec son âme, Vnn stérile baiser la solitaire flamme.

O Vénus ! Adonis î les Amours, éperdus Soupirent Adonis I Adonis, tu n^es plus!...

Le sang de ce héros s^ épanche en noires ondes : Tes blessures, Vénus, sont encor plus profondes! . De sa meute fidèle on voit couler les pleurs, £t tes Mjn\phes des 'bois lamentent ses malheurs.

REMARQUE

deufl et cette sc4ne de vôlupié : ces deux images de reproduisent et s'ârppellént dans cette élégie^ il a seûû éitcdre que la douleur variait peu ses tours , et que la rdpëtition était le langage delà plaitite.U a donc erûployé les répétitions, mais avec beaucoup de grâcer, et il à , en quelque â^rte , fondu . dans scm style , et rëlëgance ûpù convient aux personnages^ et le sentiment qui convient à la situatidp.

FÊTES DE L'aDÔKIS GREC. ^0?i

L^œil ëtemt , lie pidd im , la tètt éèbeTelée , Cvpris vole aux forêts , dans lëiâ' nuit dés<Ài& Se plonge ; en vain h. ronce ofTre de toutes parts A ses pas offensés la pointe dé ses dards. De vallon^ en vallons sa ptainte au iom errante , L'appelle. . • . £ehd s'atiriste à sa vqtx gëmissante , Adonis \ Adonis ! ôt le bols attendri Prolonge , en soupirant , ce lamentable cri.

Des attraits cependant que Vénus idolâtre Le sang , à flots pressés , couvre et noircit Talbâtre. Hélas! hélas ! Vénus! soupirent les Amours. Alors que le bonheur a couronné ses jours , Adonis t'en>bétKt d'une grâce nouvelle.

11 ei^ire... et Venu» à cessé d'èti'é bélk ! Hélas! Vénus! les raonts et les cliénes énm^ Murmurent tristement ^ héla*! h^àt f Véira^!

Le rocher est voilé d'une horreur taciturne : De l'obscure Naïade on entend gémir l'urne. La tristesse a noirci l'émail brillant des fleurs ^ Et toute la nature a répandu des pleurs. Aux rochers^ aux forêts , à leur ombre fidèle ^ Cette amante redit sa douleur étemelle.

Tu n'es plus, Adonis! aux aîilres épeidûs L'écho va réciter : Adotiis ^ fu n'eé phis !

Vénus ! qui ne ressent ton indicible peine î 0 Vénus ! quand tes yeux , interrogeant la plaine j Revirent Adonis sanglant, inanimé.

Tendant sôudâdâ l'es b^s à éet objet aimé. . .

3fp4 MV.. II* LA BlÉNOVATIOir.

« O mon cher Adonis l entends mst voûc plaîntiTe ; Laisse-moi retenir ton âme fugitive 1 • . • Admiis, attends-moi l qu^un long embraMement Unisse dans la mort et Famante et Famant* Confondons nos baisers! que ta bouche charmante S'éreiUe au sentiment sous ma bouche brûlante. . • Rends-moi, cruel, rends-moi ce baiser et ses feux! Le baiser vit encor dans ton souille amoureux*. • Ah! donne-moi ce souffle, et qu^errant dans mon âme, A mon âme mélë, m^énivrant de ta flamme , Il devienne ma vie, et, charme de mes jours. Qu'il me soit Adonis qui me fioiit pour toujours. »»

Tu me fuis l et dëjà sur les rivages sombres > Tu cherches, loin de moi , le froid palais. des omlnresL £t je ne te suis pas! . . » Triste divinité ^ Je suis donc asservie à Timmortalité !

De Favare Aphéron souveraine terrible ^ Ouvre à mon Adonis un bocage paisible.

Proserpine ! astre affreux , je t'implore et te haïs f La beautë , dans sa fleur , expire sous tes traits U. . Malheureuse î où porter mon amour et mes larmes! •«.•. Songe trop fugitif et trop rempK de charmes f . . . Teuf de tous ses plaisirs, mon cœur désenchanté Dans la nuit du néant retMube épouvanté ! Adonis ! Adonis ! j'ai perdu ma parure ^ Mon pouvoir, mon orgueil, ma grâce, ma ceinture* ««^ Je te perds! Ah! pourquoi ton courage indompté Aux monstres du désert tivraît-U ta beauté \ »

Ténus en longs regrets traîne une yoix éteinte t.

FÊTES DE l'aDOI^IS ORËC. 2o5

Les Amours vont mêlant leurs plaintes i sa plainte* La terre , avec douleur , boit Içs flots réunis Des larmes de Vénus et du sang d'Adonis : D^une rose soudain la terre se couronne ; £t près d'elle s'élèye une pâle anémone.

Hëlas! Vénus, hélas! les Amours éperdus Soupirent Adonis! Adonis, tu n'es plus!

Abandonne des bois la ténébreuse enceinte , Vénus ! ton Adonis , sous une vOÛie sainte , Dans la pourpre étendu, repose mollement. Sa beauté lui survit , et sur ce front charmant Luit un pÂle rayon de sa grâce première ; Un doux sommeil enchaine à regret sa paupière ; Viens, approche, Vénus, reconnais Adonis^ Viens, d'une main pieuse , étendre ces tapis, Cette mousse , témoin de plus doux sacrifices, £t de tous vos baisers ces longs yoiles complices... Apporte une couronne, effeuille aussi des fleurs! Mais la fleur attristée a perdu ses couleurs!... Epanche le nectar, et dans l'onde embaumée. Plonge de ce beauPcorps la pAleur ranimée. . . Périssent les parfums quand Adonis n'est plus , Adonis , le nectar , le parfym de Yénus !

Cependant , sous un dais de pourpre orientale , S'ëlèye d* Adonis la pompe sépulcrale : Le peuple des Amours soupire son malheur. Tous de leurs blonds cheveux ont dépouillé Thomieur : Us brisent leurf carquois, leurs main^ désespérée^

2o6 LIV. II, LA RIÉNOVATION.

Dispersent les débris de leurs flèches dorëes. L^un enlève au héros son costume san||;lant ; L^autre épanche dans For le cristal ^cumant , Et cet autre , étendant ses caressantes ^es , Eveille des zéphirs les haleines fidèles.

Rejetant ses flambeaux expirés sur le seuil, J'entends gémir l'Hjmen en longs habits de deuil. Il nVstplus d^hjménée!... Au lieu de ses cantiques, Une plainte importune attriste' les portiques. Il n est plus d'hjménée !... hélas ! Hymen , hé!as !

Adieu! je te salue , ô fils de Cjniras ! Au plus beau des mortels. donnant aussi des larmes , Les trois Grâces ont dit : Nous perdons tous n»s charmes. La Parque a ressenti ses communes douteurs : Ses inflexibles yeux laissent tomber des pleurs.

C'en est fait : des enfers le gouffre inexorable Ne rend point à nos champs ce héros trop aimable !... C*est assez : l'œil du monde , en son cours éternel , Ramènera l'année et ce deuil solenneL

Trois Jp^r^ s'ec^ulepA aijasi dans les larmes (i);rallégresse succède. Adonis a brise les portes du trépas (cr); il s'éctiappe des embrassemens de la froide déesse des ombres.

(a) Il ressuscita sous le signe du bélier (de l'agneau), qui

AUTORITÉS

(i) Plutarque, Théocrit^,

FÊTES DE l'aDONI& GREC. noj

On dépose alors , auprès de sa siatue qui çemblc se ramQ9fr , tous. les présens , tous le» symboles de la jeunesse et de la fécondité de la nature, des fleurs, des fruits (i) , des <gàleaux pé^is dç farine , d^huil« et àe miel , des oi^^ux , d(fs animaux consacrés.

On place a ses côtés, sur un lit yi>lu|)tneii2^ , son amante «oibeUI^ par ie ))QnheDr.

Le signal e^t ^Qmié p^ U plaisir; on se baigne dai)s des e^^ef^cef» jptarfi4m4e$ : ç^n W couronna de fle^u-ç ; on renipMt}?/$ cpi^pQsdVli viadélici^ujc : la beauté sM^iUalyrç, et^b^l^ soQ triompM,

« Les chévfHiii: épair^j U $«w d^çoujrert^ U robe flpttairte, k icjwur «iiïqqQ^ l'iiyip^e 4*1 Piçtovr(a).

« Cber Aâom^ , iv ^ttep Iç^ bprds d,u p^e

KEMARQtJE.

renouvelle la nature au fmUmj^^f ïl expire avec la nature en automne , lorsque le sanglier des cpn^teUjition^ ^j^l^vç-

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) h' Alléluia des Chrétiens,

AUTORITÉS

(i) Htsychius, Suidas. Théoph. hist, ps, s oL Tluocr. *^U. i5, Y. lia. Macroh, satura, L i,c. XXI.

2o8 UY. II. LA EENOVATtON, elC-

Achéron, lu revois la lomière; nul des demidieux n^obûnt cet avantage Cher Adonis,

soisHfious propice .... *

» Lorsque tu reviendras , jette sur nous un

regard favorable Adonis, je |e salue,

reviens , fais briller encore la joie parmi nous (i). »

Les Gr&cesforment des dhœurs voluptueux, et dansent à demi nues sous la feuiUée , aux rayons pâles de la lune ; le désir enflammé s'élance et s^égare sur leurs pas : il les atteint : il lutte; il les entraîne sous des ombrages voluptueux. C'est là que Vénus elle-même a répandu un secret enchantement. Attiré par un charme invincible , tout soupire , se rapproche , s'enlace , les zéphirs , les oiseaux, les fleurs , les dieut et les nymphes , la beauté et la jeunesse.

AUTORITE

(0 Théocr. idyU. i5.

SECTION II

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