VIL
SACRIFICE DU SANGLIER (a);
On a immole un sanglier à Vénus , inconsolable de la perte d'Adonis (i).
Un poëte , témoin du sacrijGice , saisit la lyre et chanta :
« Dès que la belle Vénus vit Adonis expiré, ses joues couvertes des ombres de la mort, et sa longue chevelure souillée de poussière , elle ordonna aux Amours d^amener à ses pieds le *inotistre assassin.
» Les Amours se répandent comme des oi* seaux dans les bois ; ils aperçoivent le sombre sanglier, Tentourent et le chargent de liensredoublés. L'un traîne le captif en laisse ; un autre, Tare en main, le suit, le frappe, et presse sa marché. L'animal s'avance tristement ; il ï*edôute le courroux de Vénus. —
(a) Usteeria.
AUTORITE (i) Athénée , fête argienne , /. m.
CULTE APHROblSlAQUE. 375
« O la plus affreuse des bétes féroces ! as -tu donc déchiré ce beau corps ? as-tu donc frappé mon époux ?» — Ainsi parlait Vénus.
« Ah ! Vénus ! par tes charmes , par cet époux , par ces liens , par ces Amours et leurs chaînes , je jure que mon dessein n^était point de blesser ton bel Adonis : je n'ai vu que ses charmes. Insensé , brûlant d'amour , je me suis élancé : dans mon ivresse , j'ai voulu im* primer un baiser de flamme suf ces contours charmans et à demi nus; je me suis frappé moi-ménàe. Ces défenses homicides et coupables , je te les livre , ô Vénus ! punis-les , arrache-les ; ôle-moi ces armes que TAmour rendit cruelles*; et si ce n'est pas assez , écrase cette hure détestable. »
ic Vénus en eut pitié, et dit aux Amours : Déliez ce pauvre animal. Depuis ce temps, attaché aux pas de Vénus, il la suit, il abandonne les bois (a) (i). »
BEMABQUE.
(a) Ce tableau, attribué k Tbëocrîte, mais qui s'ëloigne de sa naïveté ordinaire, ce tableau, d'ailleurs cbarmant, a
AUTORITÉ, (i) Théor. ufytt. XXXI.
376 LIV. II. I^A BÉNOTATION.
REMABQUE5.
sans doute fourni 11 La Fontauie les couleurs de la fable àa Lion amoureux*
Un naïf et moral commentateur ne voit , dans cette image voluptueuse, qu'une leçon de la sagesse (i).
C'est à lastronomie qu'il appartient d'ex|diquer cette fable charmante. En quittant rbémispbëre lumineux, dont la dernière station, comme la première, ëtait affectée à Vénus , le soleil (a) passait au signe inférieur du scorpion , domicile de Mars , qui, suivant la fable, avait fait périr Adonift, en suscitant contre lui un énorme sanglier. On voit aisément Torigine de la fiction , quand on se rappelle que le scorpion a, pour paranatellon, le fameux sanglier d'Éry manthe, l'ourse céleste.
Ce monstre qui tue Adonis , oii le signe d'hiver, sous lequel le soleU semble mourir et s'éteindre,. se reti^ouve dans toutes les fables anciennes (b).
Cette iable semble , comme l'objet qu'elle rappeDe, faire le tour du monde.
MYTHOLOGIE COMPÀRI^E.
(a) Chtz les Phànciens, le soleil est appeU Adonis^ 'Adonài (2).
(b) Le Sammonocodoti des Siamois > tué par un porc
(i) Scoliast.pôei, min. t, ii,/>. aa3. — (2) Macroh. satum* i. i^ c. XXL Lucianusy de Deâ sjrr. Auson. épi^r. Martian. Capdl. sut la physianamit du soleil; Orphée y fymru à J4onis..
CULTE APttROBISIAQUi:. 877
§. VIIL
LA VEILLEE DE VENUS (a).
Inspiré à mon tour , plein dé ia divinité , je composai f hymne suivant:
XA PRBMIÈBE FEUILLE BU PftlNTEMPS.
Aime demain qui n^ jamais aim^!
Qui fut amant , demain le redevienne !
Gloire au printemps! il revient, il ramène Des jeunes fleurs le cortège embaume ,
REMAHQUE.
[a) Les fêtes commençaient probablement a Fentrde de. la nuit du jour où on les célébrait ; et, suivant toutes les apparences, on passait la nuit a cbanter des hymnes en l'honneur du dieu ou de la déesse dont on faisait la fête (i).
Ce poëme charmant , attribué tour a tour a Catulle , a Horace, et que je crois appartenir k Florus, a exercé la patience des commentateurs , c'est aux soins du célèbre Politien, et du jésuite Sanadon, que Ton en doit les éditions les plus correctes. *I1 a été traduit par La Baume, avec une hrillante facilité : la volupté môme semble avoir tracé ce tableau. Ces images sont fraîches comme la fleur des objets qu'elles reproduisent.
AUTOHITi.
(i) Larchcr^ sur Hèrod^
SyS LIV. II. LA MNOVATIOK.
Les jours sereins , la gadt^, rharmonie, . L^amour enfin, ce nectar de la yie.
Jadis le inonde au printemps fut, formé ; £n revoyant son jour anniversaire , De quelle joie il paradt animé !.
Demain , demain , cet heureux jour Téclaire. Demain le ciel tranquille, radieux.
Ne voit qu'amour et baisers chez les dieux , Ne voit qu'amour et baisers sur la terre. Demain Vénus , entre les arbrisseaux , Où Feau du ciel se résout en feuillages, Vient enlacer de verdojans réseaux , Pour recevoir et cacher nos hommages.
Demain Vénus au monde ranimé Dicte ses lois, et parle en souveraine. Aime demain qui n'a jamais aimé !
Qui fut amant , demain le redevienne !
Demain les cieux reverrônt ce grand jour
Où, s'élevant parmi Tonde écumante.
Parmi les dieux de l'humide séjour.
Valus' parut dans sa beauté naissante.
Ce jour brillant fut le premier de mai,
£t c^est demain qu'il faut qu'on s'en souvienne.
Aime demain qui n'a jamais aimé ! *
Qui fîit amant dein^n le redevienne l
Vénus émaille et dispose les fleurs
Pour nuancer la robe de l'année;
Aux frais boutons dont leur tige est ornée ,
CULTE APbRODISIÂQUE. Syg
Elle conduit les sucs génëcateurs , , £t des zëphyrs rhaleine fortunée.
Elle j retient ceé fécondes vapeurs , Qui de rëther, pendant la nuit, descendent, Et qui , du jour divisant les couleurs , A chaque feuille en. perle» se suspendent. Vous qu'Adonis a teinte de son sang , £t le soleil de sa pourpre écktante, Qui des baisers de Vénus gémissante Gardez toujours le parfum ravissant !
Vous, jeune rose , humide et vierge encore , Soyez unie au zéphyr du matin ;- Que vos appas ne tardent plus d'éclore ; Développez réclat de vôtre sein:
Est-il pudeur, crainte ou raison qui tiennfe Contre les vœux d'un époux enflanùné?
Aime demain qui n'a jamais aimé !
Qui fut am^t, demain le redevienne!
Vénus a dît aux Nymphes de sa cour
De folâtrer dans le bois solitaire.
L'Amour les suit. Plus d'une fois l'Amour,
En se jouant, osa blesser sa çière.
Elle a voulu qu'il posât son flambeau ,
Et son carquois, et son arc téméraire.
L'Amour est nud. Ah ! Nymphes ! qu'il est beau!
Ne dites pas : la défiance est vaine ;
Plus il est liud, et mieux il est armé.
Aime demain qui n'a jamais aimé !
Qui fut amant, demain le redevienne f
ô8b LIV: II. I*A RÉNOTATIOK.
i^UT d'Apollon j VÀius auprès de toi Laisse languir tes. compagnes sévàres* Puisque V^nus a respecté ta loi , Daigne , 6 Gynthie ! exaucer nos pri^res^! Deviens sensible ^ ^ecôrde , par pitië , Un jour de trêve aux biches innocentes. Ténus pour toi uV point dHnimitié^ Et dans ses jeux t'eût mise de moitié , S'ils convenaient à des vierges décentes. Pourrais-tu voir mille couples^ heureux.
Tantôt méléîr leurs chants voluptueux y Tantôt se perdre au sein de la feùillëe?- Que dirais-ta des concerts amoureux , Des passe-temps qui charment la veillée ? - Le dieu du Pinde^ et Bacchus et Gérés ^ Et des Sjlvains la troupe émerveillée , Placent Vénus au trône des forêts.
Toi y dont la gloire est de. braver la siexu^, £xile-toi de leur sol embaumé. . • Aime demain qui n'a jamais akné f Qui fut amant , demain le redevienne !
Dans un vaUon des campagnes d'Enna , y^us, demain des Grâces entourée.
Sur des gazons , en pompe siégera»
Belle Aréthuse, et vous, fertile Hybla, Jonchez de fleurs cette heureuse contrée. Là, se rendront les Nymphes des coteaux, Celles des bois , et des prés, et des eaux'. Veillez sur vous , leur dira Gythérée , En leur montrant l'aveugle de Paphos;
CULTE APIJRODISIAQUE, 38l
Qa^en s'approchant , la frayeur vous retienne ; Il est terrible , encor que dësannë. - • Aime demain, qui n^a jamais aime! «
Qui fut amant, demain le redevienne !
Terre, obéis au signal des Amours.
Me parais plus sidus les traits de Cjbèle ; *
De ta jeunesse emprunte tes atours ;
Le dieu de Tair vient, en ëpoux fidèle,
Te faire part dé ses nouveaux trësors.
Il vient sceller votre union première ,
Et dans ton sein , dans tout ton vaste corps ,
Verser des flots de sève nourricière.
Un nouvel ah, produit par vos haisers,
Va, le front ceint de nuages légers,
En souriant, commencer. sa carrière.
Dëjà Vénus, ardente à l'embellir.
Du haut des cieux, jusqu'au centre de Fonde ,
Fait circuler dans les veines du ihonde
Le sentiment , la vie et le plaisir.
Que l'univers cède à, sa loi féconde ,
£^ ce grand jour , par Vénus ranimé !
A Vénus seule il faut qu'il appartienne.
Aime demain qui n'a jamais aimé ! .
Qui fut amant , demain le redevienne.
La volupté fertilise les cliamps ; Sur eux l'Amour étend son influence , Moins par bonté que par reconnaissance.
Fille de l'onde , au sortir de tes flancs
382 LIV. II. LA RiNOVATiO».
Il respira leur exhalaison pure.
Des rossignols il entendit les chants , fit son berceau fut un lit de Terdure. Les jeunes fleurs, au caliee embaumé.
Le caressaient avec leur douce haleine.
Aime demain qui n^a jamais aimé l Qui' fut amant, demain le redevienne^
Déjà couchés parmi Tor des genêt*, Heureux d'avance et certains du succès, Les hers tauraux attendent leur^ compagnes. Déjà le cri des amoureux béliers Va retentir à l'écho des montagnes.
Tous les oiseaux accourent par milliers, Des voluptés chômer la douce fôte :
Les francs moineaux , les pinsons, les ramiers Se becquetant sur les jeunes rosiers, Ou dans les airs poursuivant leurs conquêtes , Mêlent en chœur les sons de leurs gosiers. Déjà le cygne , Amphion plus habile , • Rase , en chantant , la surface immobile De ce beau lac qu'il fait seul ondojer ; Mais Tharmome est dans ce peuplier, Dans le manoir qu'a choisi Phitomèle.
A ses ennuis est->eUe encor fidèle?
Pendant l'hiver muette de douleur, ^ Est-ce au printemps la douleur qu'elle chante? Non; cette voix si pure, si touchante, Doit à l'amour son charme et sa douceur» «Técoute, hélas! cette voix qui .m'enchante^
£t je me tai$. Quaqd viendra mon printemps ? Oh! quand viendra la saison de 9ies chanta? J^ai trop long-» temps laissé dormir ma veine ; Le dieu des vers m^en fait porter la peine. Viens donc, Amour, viens : mon coeur enflammé Quitte sa loi pour embrasser la tienne. . Aime demain qui n'a jamais aimé !
Qui iut amant , demain le redevienne !