‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 3)Chapitre 88 sur 101 · TROISIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

TROISIÈME LETTRE

AVENTURES DE XÉNOPHÂNE , B'SYPPONAX ET D£ MYRTHO.

Je pourrais décrire la solennité de la fêle d^Isis dans ces contrées^ et vous expliquer rénigme de ses cérémonies mystiques, et de ses emblèmes expressifs.

Je ne veux vous entretenir que de vos propres usages. Vous surprendrez même au milieu de vous les traces d^une doctrine qui vous est inconnue. C^est ainsi qu^un voyageur

CULTE LUNAIRE. [ ^i^

ignorant foule» d'un pied insensible, les dé^ bris d'une architecture savante , que l'artiste ; d'un regard, saisit à chaque pas , eti*ecompo5e de k pensée , avant de les relever soùs àon crayon.

Vous vous rappelez sanâf doute ^ inon cher Xénophâuie^ une de nos courses dans^la Pho^ cide. Un autre sentiment xpie: celui de la relir gion, mais non moins fanatique peut-être, vous entraînait à ces solennités ; et moi , nou* veau Pylàde d'un autre Oreste , }e -volais avec lui sur les tracés de son Hermione. Ce fut là, ' qu'après avoir erré longt-temps sous lei tentes et sous les cabaiies de chaume et de roseaux ^ que la piété, ou plutôt l'esprit dû commerce élève autour du temple , nous découvrîmes en^^ fin la belle Myrtho , dont les yeux chargés de pleurs et de tendresse , dont les bras accablés d'indignes fers s'élevèrent aussitôt vers vouS; Cette expression de son amour la ravit au vôtre , et ce jour ne vous rapprocha que pour vous séparer à jamais. Hippon^x^ le plus im-» miséricordieux de tous les vendeurs d'esclaves , et le plus intéressé commerçant de tout l'Archipel , éleva le prix de sa rançon aussi haut que vos transports , et plaça sur votre passion

4l8 LIV. II. I-A RIÏNOVATION.

le phis lourd impôt , la spéculation la plus déraisonnable : il devint fou par avarice , comme vous Tétiez par amour.

Oh! que vous dûtes maudire alors cette envie démesurée de plaire et de briller, qui vous avait fait emprunter une robe de pourpre longue et traînante , et louer un esclave pour nous suivre avec des plians î

Le corsaire vous prit pour un satrape , ou du moins pour un des officiers du trésor public d< Athiènes ; ilneput imaginer qu^il avait affaire à ceujt que Plutus n^a jamais favorisés, à un grammairien et à un géomètre. Le prix des ouvrages de toute notre vie n'aurait pu suffire à payer la douzième partie de cette rançon. Il refusa même dé nous recevoir au rang de ses esclaves, en ajoutant, Fimpitoyable railleur! qu^il ne trouverait rien ni sur mes chiffres, ni sur vos phrases.

Vous n'en Htes point. Un noble désespoir vous saisit ; nous sortîmes en silence, et comme des héros de diéâtre. Myrtho sMvanouit.

Ce dernier spectacle acheva de vous ôter le peu de raison qui vous restait.

C'était le moment où la multitude se précipitait vers le temple. La nuit était sombre :

CULTE LUNAIRE. 4l9

tout à coup une vaste clarté remplace le jour. Au milieu de torrensde fumée, , les flammes élincellantes sillonnaient les airs ; elles s'élançaient , avec les cris d'une foule de. victimes , du sein d'un bûcher immense (i), où la superstition barbare avait entassé ^ sans ordre* et sans choix , des arbres et des animaux que l'on brûlait. en pompe.

Egaré , vous alliez augmenter le nombre des victimes , et vous précipiter sur cet CEta,nouvel Hercule, pour une antre Omphale. Je vous retins par ce long manteau de pourpre , et vous montrai Myrtho \ la perfide Myrtho , qui , sous une tente à l'écart , donnait des baisers à Hipponax.

La physionomie de votre douleur prit à cette vue un autre caractère. Dans un premier accès de colère , ou d'amour-propre outragé , vous voulûtes vous borner a déchirer votre robe ; mais je vous fis remarquer qu'elle était d'un grand prix , et que Myrtho avait perdu tout le sien. Cette saillie vous fit rire ; et, plus

AUTORITÉS

(i) Diod. Sic. Pausan, Phoeid.

42p LIV. II. LA EEUdVATIOfN.

pms^aokte que la lyre d^Orphée , elle enchanta ¥QS douleurs ^ .et suspendit leui* fougueux lorrent. .

Je traitai alors arec un des marchands de cette foire, d^uae outre qui renfermait le vin le plus parfume de Lemnos; nous nous assknes sur des touffes de gazon ; le feuillage hospitalier d'un platane , où murmurait^ sans doute t un zëphyre jaloux , protégea notre repa$, notre, i^resae. et notre soipmeil ; votre délire s'épiasa avec la dernière lihation en rbonnew de Bacchus»

Je vous fis faire une réflexion sur la fatalité; Voyez , vous disais*)e » que d'événemens attachés à un manteau de pourpre ! dans la même journée ^ il aide à vous perdre et à vous sauver.. Mais revenons à Tobjet de cette lettre.

Dès que vous fûtes retenu à vous-même, nous reprîmes le cours de notre conversation philosophique. Tout est emblématique dans cette fête, ajoutai-je ; ce bûcher^ que Rappellerais impie, est consacré au renouvellement de la lumière et de la nature. Cette cérémonie (a)

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Cette cérémonie rappelle celle qui s'obsenr^t

CULTE LUNAI&B. 4^1

a lieu le soir ; c*est Theure où la nouvelle lane se lève. Une profonde obscurité , semblable à celle qui s^étendait sur la nature avant sa régénération , enveloppe les mystères an fond du sanctuaire (i).

Le premier jour on pm-ifie en secret le temple ; on rassemble les débris ded offrandes, les dépouilles des victimes ; on lès porte pltis loin , à la distance de deax stades . et là on lés enterré.

C'est une allusion à la vieillesse et à l'expiration de Tannée.

Semblables aux chœurs errans des astres , qui accourent dans les plaines de l'élher sur les pas de leur souveraine brillante , et composent sa cour, on voit alors se répandre autour du temple où elle est adorée , des bandes de dévots ou de marchands , qui , chargés des offrandes solennelles de la piété ou du luxe du

MinBOLOGIE COMPARÉE, dans la fête du Feu , cëlëbrëe par les Syriens en l'honneur de Cybèle (2).

AUTORITÉ* (1) Pausan. Phocid, — (2) Itucian, de Dtâ syria*

422 liîT. lî. lA rénovation:

commerce , arrivent des différentes parties de la Grèce , de l'Asie et de l'Europe.

Ce qui m'a le plus* frappé dans ces coutumes superstitieuses, c'^st que d'abord on retrouve des usages semblables , et une espèce de religion unanime , chez des peuples éloignés et divers ; c'est qu'ensuite il n'est pas un seul de ces cultes qui ne présente des taches de sang, et la trace horrible, soit de cérémonies toujours cruelles , soit de sacrifices humains.

On les retrouve ; qui le croiroit ! chez les adorateurs de la nature. Peut-on souiller ainsi les hommages rendus aux deux astres bienfaisans dont cet univers reçoit sa couleur, sapa* rure et sa vie !

J'ai cherché pendant long-temps la raison de ces épouvantables écarts de l'esprit humain.

Ces autels, élevés à un génie malfaisant par

la terreur, n'auraient-ils pas leur base sur cette

distinction qui partage l'univers entre deux

principes (i), celui du bien et celui du mal ?

AUTORITÉS

. (i) Plutarq, Isid, Beausobre ^ HisU du manick, Bt^U, jiugust, de Civit, Zend-Avest, Ongèn, phiins. Porph. oU, Pyihag, Ocell, Lucan. , etc.

Cette distinction ne serait-elle pas nëede Top* position de la lumière et des tënèbres , de ceUe de la chaleur et du froid ; phénomènes auxquels' se rallieirt ceux de l'existence et de la mort , tous les bienfaits qui embellissent, tous les fléaux. qui ravagent le théâtre du monde ?

On attribua donc aux astres qui présidaient à la désolation de Fautomne et de Thiver^ un. sentiment de cruauté aveugle. Oa crut plaire à. ces dieux inhumains, en les imitant. Qu^il soit |Y0ué à Texécration universelle , celui qui, le premier, eut cette, atroce pensée , et [en répandit ia contagion sur la terre ! Dès ce moment , Tautel de la nature ne cessa d^étre ensanglanté.

Ne soyez plus étonné de voir nos prêtres immoler des victimes , et même des hommes, en rhonneur d'une jeune vierge, de cette chaste Diane , dont le disque n'est si souvent voilé aux yeux des mortels , que pour exprimer son indignation (a).

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Catagogion , fête d^Ephèse , où les hommes couvraient les rues , enlevaient les femmes, tuaient leurs ennemis , et commettaient mille désordres*

424 lilV. II. liA RENOVATION:

Un nouvel événement vint interrompre cette conversation. Hipponax , accusé d'avoir acheté les vases sacrés que l'on avait volés pendant la cérémonie^ était traunépar des gardes, et suivi d^une multitude immense. Elle . nous enveloppa^; vous n'eâtes pas Théroisme dV bandonner votre rivai à son humiliation ; tous le suivîtes , son procès sHnstnnâit,et vous résolûtes d'en attendre Fissue.

. Yoilà Fhômme.: tel. est incapable d'occasionner le malheur de son semblable, qui va f jouir, avec tihe malignité curieuse , du spectacle de sa misère.

Je n'approuvai point votre démarche , et je continuai ma route , ,

^om^ . j. . ^/7Ç . éjb^4

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|nui«i«Dira4iioiii)

Suite de la correspondance d ApoUordde, QUATRIÈME LETTRE.

Je reprends aujourd'hui le iexte de nos eurtretîens.

Le symbole donné à Diane , le croissant , désigne les fonctions de cette déesse (i).

Comme on voit Tastrc des nuits errer, pour ainsi dire , dans les plaines du ciel , ainsi la fille de Latone parcourt sans cesse les campagnes. Elle fuit de même les cités ; elle préfère à leur bruyan| séjour, les bois , les montagnes , et leurs retraites inaccessibles. Des Nymphes , qu'elle a choisies (2) parmi les plus belles de l'Océan , forment sa cour ; elle les mène en chœur sur le Taygète, baigné par les eaux de l'Eurotas , ou dans les riantes vallées du Cynthus (a). Ses flèches redoutables ,

REMARQTUE.

(a) Qualis in EuroUenpis aut per juga Gynthi Exercet Diana choros, quam mille secutse, Hinc atquehinc glomerantur Oreades.... (3). AUTORITÉS.

(1) Jablonski, pantk. égypt. L IH. — (2) Ifym, de Ckdlùn,^^

que les Cyclopes ont forgées de leurs mains dirines dans les antres de Lîpàrè , ne sont pas destinées seulement à percer les monstres des forêts , elle les fait encore servir à sa vengeance. « Que de maux attendent ceux qu^elle a regardés dans sa colère ! Leurs champs seront dévastés, kurs troupeaux périront; ils ne verront pas croître leurs enfans autour d^eux ; ou s'il leur reste un fils pour être le soutien de leur vieillesse, avant de descendre eux-mêmes au tombeau , ils verseront des pleurs sur sa cendre. L'heureux mortel , .au contraire , que Diane chérit, passe des jours paisibles^, comblé de biens et de richesse^. Aucun orage ne trouble le cours de sa longue carrière. Une femille nombreuse est assise tous les jours avec lui à la même table ; et ils bénissent ensemble la divinité bienfaisante , qui entretient parmi eux la paix et Tabondance (i).

» Ainsi Ton attribue à la lune Tinfluence la plus marquée , et elle est regardée comme la cause prochaine et immédiate de, tout ce qui

AUTORITÉ

(i) hniiai. de CaUùnaque.

arrive : c'est à la clarté de ses rayous que s'opèrent les enchantemens , les éyocations , et tous les prodiges de la magie. L'opinion de son pouvoir sur les corps a toujours été universellement répandue , et subsiste même encore aujourd'hui, que toutes les influences devraient être proscrites , si ce n'est celles qui sont fondées sur les véritables lois de la nature , et qu'une philosophie éclairée n'admet raclion de la lune que pour balancer les eaux de l'Océan (i). » '

Puisque j'ai prononcé le nom de Diane , et que les souvenirs de ses fêtes viennent s'offrir en foule à mon imagination, je vais , mon cher Xénophane , les évoquer.

J'abrégerai cette nomenclature , qui deviendrait fastidieuse si elle était prolongée ; car il n'y a point de divinité dont le culte soit plus universel que celui de la lune , sous le nom de Diane (a). Ses temples couvrent la Grèce ; vous les saluez à chaque pas.

MYTHOLOGIE COMPARéE.

(a) Telle fat la Nanée des Perses, la Zevfana^ la

AUTORITÉ

(i) Esittifurla religion des anciens Grecs ^p* 76.

Parlerai-)e de son culte chez les Lacédémoniens , des daines (a) des jeunes filles autour de sa statue (i) à Cary as, ou au pied du mont Issorien (b) , ou sur le bord de la mer^ près du promontoire . où s'élève le temple , sous le nom à! édifice sacré > à Diane Dietynne (c) ?

Parlerai-je des jeux et des combats qu'ils établirent en son honneur {d) ?

Indiquerai-je les cérémonies, du culte de Diane chez les Phygalliens (e) , où je remarque

REMARQUES

(a) Cary as. Karua.

{b) Issoria (a).

(c) Dictynnia (3).

Qi) Kalaoidia (4).

(c) Eurunomeia. A Diane Eurynome (5)* Eurynome est fille de l'Océan, selon la mythologie.

MYTHOLOGIE COMPARÉE

Triglowi des Slavons; la Géfione des Celtes; la Ciaûira des Etrusques; la Bubastès des Egyptiens; la Baal-Tis des Phéniciens ; VArduenna des Gaulois et des Sabins, VAnaïtis des Lydiens.

AUTORITÉS

(1) Pausan. Lacan, Diomed, grammàt, L ni. laitatiusad Thebaid. L iv. — (a) Hesych. — i^) Paus. Lacon, Jntonin. fjiberaL metam. XL.— (4) -ffç^cA.— (5) Faman, Jrcad.

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CULTE LUlfïAIRE. 4^9

la singularité de fermer pendant toute l'année son temple , qui ne s*ouvrait qu'au jour de là fête ; à Orchomène et àMantinée (a), où cette fête est annuelle ; à Trézène (6) , à Stymphale (c) , à Milet (d) , à Syracuse dans FAt^ tique (e) , où les danses sacrées s'exécutent au son des flûtes; chez les Athmoniens (i), les Erythriens (2) , les Cérynthiens (3) ; à Ama* rynthe dans l'Ëubée, où on livre des combats dans des jeux solennels (^f) ?

]|Rappellerai-je les solennités de Diane Lymr natide (g) , et la cruelle flagellation des adolescens sur ses autels (A) ?

BEMARQUES.

(a) XJinnia. A Diane Hymnie (4)- {b) Sarônia. À Diane Saronienne (5).

(jc) Stymphalia. A Diane Stymphalé.

(d)*Nêlêis v6).

(e) Ghitonia. A Diane Chitonienne (7).

(/) Amarynthia (8).

(g) Lymnatis (9).

(/i) Diamastigosis.

AUTORITÉS

(i) Pausan. Atiic. — (a) Slrab, de Crei, /. X. — (3) Livius^ L XXXV. — (4) Pausan. Arcad. — (5) Id. Corint, — (é) PhtU de oirl» muL Polyœn, /. VIH. *- (7) ScoL Callim. hymn. in Dian, Athén. L xiv. — (8) Strab, Pausan, ScoL de Pind, od, XII , olymp, — (9) Pausan, A. huïc.

43o LIV.II. LA RENOVATION.

Chaque année ramène ces sanglantes solennités : on y accourt en foule (i).

Les jeunes gens se déchirent (2) sous des fouets en Thonneur de Diane Orthia. Us sont étendus surFautel de la déesse (a).

'■ Le sang coule , la chair tombe en lambeaui ; ils sourient : ils peuvent mourir, mais non se plaindre (3).

L'athlète qui expire plutôt que de céder, est honoré par des funérailles publiques (4) ; il est couronné dans le tombeau , il revit sur le marbre et sur Tairain (6).

Les pères , les mères , les amis , assistent à cette lutte affreuse : ils nourrissent , ils enflamment le courage des victimes par des

flEMARQUES*

(a) De 1^ l'expression bomoneikai (5).

(£)..... Dilecta genis morientis oberrant , Taygeta et pugnae laudataque verbera inatri (6).

AUTORITÉS

(i) Philostraie, ç£e d'Jpollonius, /. VI , c. X. — (a) i%itarg. Lycurg. — (3) Cicer. Tusc, 2 «< 5. Lucian, dtgymn*^ (4) Interpret. oit, Lutatius. Lucian. toc* cit. — (5] H^nusj fab. 261. — (6) Stat. Theb. L viii.

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applaudissemens (i) , et même par des reproches (a).

La prétresse est présente ; elle soutient une petite statue de Diane. Si les bourreaux s'attendrissent , s'ils respectent la beauté , le courage ou le rang, la prétresse sévère gourmande leur faiblesse , et se plaint de ce que leur lâcheté lui rend pesante la statue de la déesse (2). Ces épreuves barbares durent un jour entier(3). Le vainqueur était couronné et couvert de gloire (4). On n'admit d'abord à ces épreuves que l'élite de la jeunesse lacédémonienne(5); mais, le temps relâchant les institutions, le champ eu fut ouvert aux derniers citoyens et. aux ilotes (6).

(a) , Moriis honore ^

Dulce sacrum gaudent natolnim in funere màtres , Hortanturcpie mori ; deflet jamque omnis ephebum Turba; coronato contenta est funere mater (7).

AUTORITÉS

(i) Lucien. Senec. de prooid. c, IV. Mctrtial^ l, VII , ^îg. 79. TertuU, ad mart, c. iv, — (a) Pausan. Lacon,^Çi)Plut. Lacon insi. — (4) Piuiarq, Lucien, — (5) Simplicius in Epict. — (6) Themistius , philos, or. — (7) StaU Theb.

Cet usage , qui avait sa source dans ces rites cruels de la superstition , contre lesquels je yiena d^élever ma voix, devint une institution politique sous le génie de Lycurgue.

Lycurgue (i)' voulut ôterà la douleur sa pointe et sa prise sur le sage ; et plaçant son héros hors de Thomme (a), le retirant de ses sensations, et en quelque sorte de lui-même, il réleva , par la force de Topinion , dans une sphère supérieure , doù il vit à ses pieds Fespérance et la crainte , ces mobiles du monde. Le législateur ne sembla laisser au citoyeu qu^un sens moral sur les ruines des sentimeos naturels. Un Lacédémonien n^eut plus d^existence que dans le devoir et la gloire de sa patrie : hors de' là il ne dut pas vivre. Si Lycurgue (6) eût commandé la conquête à un tel peuple , il aurait étrangement influé sur

REMARQUES

(a) Fojrez les mtxurs des ScandinaTOS ^ la législatioa d'Odin(!2).

{b) Lycurgue ne prescrivit que la gueule défensive.

(i) Nicêi. comment, in Naziant. or, — {ik) MaUet^ Hist. de Danem.

les destinées de la Grèce, et par conséquent sur celles du monde. Qui aurait pu résister à des hommes qui plaçaient là sensualité dans les supplices , et la volupté dans la mort(i) ?

AUTORITÉ

(i) Voyez Voiruy ^ hist, citation des Scandinaves^ rapprochemens , etc.

Suite de la correspondance dApollonide.

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