‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 3)Chapitre 90 sur 101 · DANGER DE VOYAGER AVEC W FANATIQUE · texte numérisé non relu

DANGER DE VOYAGER AVEC W FANATIQUE

Je laisse parler PhUostrate^-Tr <i J'ai pareQuro» dit-il , la vast^ çnçmt0 du tftiuple t loogoe de quatre cent viBgt t tmq pieds (n) , ftiir deux cent vingt de large (6) (i) ; j'ai compté cent vingt-sept colonnes de soixante pieds de haut (c) y et dont irente-sîx sont couvertes de bas-reliefs : la charpente est de bois de cèdre, et les portes de cyprès.

» Je me suis prosterné devant Teffigie hiéroglyphique de la déesse : elle est gigantesque ,

REMARQUES

. (a) Cent trente mètres environ.

(b) Soixante-sept mètres deux décimètres.

(c) Dix-sept mètres huit décimètres.

(i) Plin, Mém, du marq. de PoUni^ insérés pe^rmicw^ de VAcad, de Çort.

et seml^k réunir aeale le$ attributs de tou3 les dieux (i). Je Tobservai loog^-texaps dan3 un muetreeueillemefit.Touché de iHa dévotion, le prêtre auquel favais été recojEXxmafndé par le dadouque^ son collègue , me prodigua les explications j&uivantes :

« La lune est une planète bàbit^e; elle nourrit, comme notre terre, des hommes, des «âiimaux, des plantes (a). Vous voyez pourquoi on les rassemble autour de Disoie , ou plutôt pounjuoi ils composent sa statue. Lia maltitude de ses mameDes exprime sa bienfaisance, sa fécondité (a). Son seiïi est de marfare blanc ; sa tète , ses mains et ses pieds sont d'un noîrd'ébene(3). Ces points ai^i^nlés qui se détachent sur ua ficKad obscur^ rappellent Timage de ce disque , qui , dans mue nuit

(a) Polymamma, (4)*

(i) Paothée. dleneir.synfbé Jttcueilâ'aniiç. MtUor. sjrmb. des Syr. — (a) Pyihag. piacil. Mfneir. ^ymh. Bian. HplKs. AnUq. grecg. /. Vii,>» 56a. -«-3. PU»> PéWsan,Arcad. Jor* naud. reb Gert. — (4) Macrob. /. i , c II. Ifyeron. in epist. PéiuL ad Ephw.

456 LIV. II. LA RénÔtÀTION.

sombre, ressemblé à une boule de ciistsJ enchâssée dans des saphirs (a). Ce voile ^i), jeté autour d'elle , est rèmblème de l'obscurité qu'elle dissipe , ou de la pudeur qui lui est chère.

» Elle porte sur sa tête deux couronnes; l'une murale ou composée de tours , et l'autre de guirlandes de fleurs : la première représente son empire sur. la terre (27 ; on choisit pour la seconde, et de préférence, les roses et rhélicryse, dont l'or et la pourpre semblent reproduire son éclat , et la forme , son disque (3). .

» Les victoires qu^elle tient dans ses mains^ ou suspendues au milieu de ses images , sont le symbole de celle qu'elle remporte sur ks ténèbres (4). .

REMARQUE

(a) NoctUuca (5).

AUTORITÉS

(i) Pausan: Achaïc, — (2)Ibid. Hymn, d^Orph, Porpfyr. jifkénag, FuJgens» Diod* de Sic. jâpul* Métatnorph. vu Macrob, Saiurit, /.vil. Haiicam^ \oyez les ari. Cërès, Gybèle, Isis. — (5) Ptia. L xxi, c. xxv. Lii. Gyrald. — (4) Nùirù»' wuUapassim, Yid. ttpud Menelr, de pabnéL — (5}Ibid.

CULTE LUKAIRfi. 457

» Ces sphynx , ces lions , ces taureaux , ces «serpeiis , sont des symboles astronomiques ^ relatif à Tassociation des effets solaires et lunaires, et aux époques où s^exerce leur influence (i).

» liC cerf léger, et dont le bois se renou- Telle , dut être consacré à Fastre dont lesphases se succèdent , et qui , dans sa course , semble chasser tous les autres devant lui.

s» On grava sur ce monument des abeilles, soit parce 'qu'elles s'éveillent avec le jour et se réposent sur la rosée consacrée à Diane , soit à cause ^e leur chasteté (2), ou delà légèreté de leur vol (3) , soit par allusion à la douceur et; à Tutilité de leurs ouvrages, soit enfin par suite de cette traduction des poètes , qui appellent les abeilles filles de Pair, de la rosée et de la lune (4).

» Ne méprisez point ce cancre suspendu à . son cou : si on le considère comme un signe

AUTORITÉS

(i) Dupuis, Orig, descuU. — (a) Petrei. Dcanian. epist, xv, /. I. Virg. Géorg. l. IV. Quintil. Eucher. Jlberi. mag. l, xvii deAnn. tract, interpr, Pind. in Pylh, Porph. antr, nymphar. — (3) Ovid, Ger, poetœ passim, — (4) JUcman* Macrob^ Saium. l, vil.

458 Liv. il. hk rénovation;

céleste, c'est celui aous lequel, selon l'histoire sacrée des Egyptiens , là première lune, ou celle du printemfMs , éclaira la terre. Si on ne le regarde que comme un symbole, on retrouve dans sa configuration , dans son développement', et dans sa marché quelques rapports avec ceux de cet astre (i).

» Le prétre^étacha alors un de ces derniers emblèmes, et m*cn iit présent; je le porte en agrafe , et cette amulette rend ma pexBOune en quelque sorte sacrée (a). »

J'eus le bonheur d'assister à la fête , moins célèbre encore par la magnificence du temple, par la majesté des cérémonies, que par le concours des peuples (2). .

Je ne vous parlerai point du sacrifice , des

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Les anciens Germains avaient la plus grande confiance dans leurs Âlrunes ^ espèces de reliques, comme les Chrétiens dans leurs chapelets , le bois de la vraie croix , les cornets de saint Hubert , etc.

AUTORITÉS

(1) Oô«w. deJlontielel, M^nH, GoU.Plaionic-^^^) Tfiuc. L III. Strab, L xiy.

CULTE I^UMMAS. 489

fi^stins , de l'xvrease ^ des jeux , d^S combato ( i ), des mystères , des mitiations (2) ; je "vpvâ £$rai remarqoer seulement que Tentrée du temple est iateidite aux femmes ; elle n^est pennîse qu^aux jeunes filles et aux hommes (3) , ou à l'esclave infortunée qui vient ^icçuser sou jtnaitre.

Au-delà du temple est un antre mystérieux (4) , près d'un bois sacré.

Lia statue de la déesse y est adorée : elle est remarquable par le nombre prodigieux de ses mamelles (5); et, par un contraste assez bizarre , on ne consacre à son culte que des prêtres eunuques (6). Ce sacerdoce a ses degrés.

On compte , dans le temple , le prltre émérite , l'officiant et le prêtre disciple (7).

On mesure sept stades du temple à la ville. On s'y rend en foule. Des flots innombrables de spectateurs inondent la route.

(1) ÂcUlUs Tatius ^Lmu^ <2) Slndt. Tacii. L m Janal- — (3) AchiUcs Tatius^ /.vu. — (4) Idem. — (5) Minutius- Félix» Hyeronùnus. — (^ HeracHi* epist, ad Hçrmod, — - (7) PhUarchùs , an sent gf/nwfa resp^l,.

46o LIV. II. LA RÉNOVATION.

On voit luire les flambeaux ; la pompe s*ap^ proche ; on découvre la statue de la déesse , les vases , les corbeilles, les instrumens des sacrifices. On traîne à la suite des chevaux, des chiens, des épieux, des armes : on présente^. dans la paix l'appareil de la guerre. Un choeur de jeunes filles ferme la marche ; chacune , dans sa parure , semble avoir cherché ou consulté Toeil d'un amant.

On entend retentir de tous côtés cet hymne célèbre : ,

« Salut ! ô déesse vénérable , déesse de mille cités, déesse du Cbésius, de Tlmbrasus; déesse de Chitonée, véritable citoyenne de Milet(a); car ce fut toi que Nélée prit pour guide en quittant les rivages de Cécrops !

» C'est à toi qu'Agamemnon consacra le gouvernail de son navire pour apaiser ton courroux, lorsque , enchaînant les vents , tu retenais les Grecs impatiens de saccager Ilion et de venger leur Hélène.

MYTHOLOGIE COMPARÉE

(a) Mjth. chrét. Litanies de la ViergCt

CULTE LUNAIRE. /|6t

1» C'est à toi que Prœtus éleva deun temples; Tun sous le nom de déesse favorable aux i^iergeSy parce que tu lui ram^ias ses filles errantes sur le mont Azénien; Tautre dans la ville de Lussa , sous le nom de la douce déesse , parce que tu sus calmer la rage féroce qui les possédait.

» C'est à toi que jadis , aux rivages d'£*phèse , les Amazones érigèrent une statue sur le tronc d'un hêtre. Là, tandis qu'Hippo t'offrait un sacrifice, ces femmes, amantes des armes, dansèrent d'abord la Pyrrhique en choquant leurs boucliers, puis se réunirent en chœur autour de ton autel. Leurs mouvemens agiles faisaient résonner leurs carquois, et retentir la terre sous leurs pieds.

» La flûte de Minerve n'était pas encore inventée ; mais le son des chalumeaux leur marquait la cadence , et l'écho le répétait jusque dans Sardes fst dans Bérécynthe.

» Dans les âges suivant , on construisit autour de cette statue un vaste temple ; le soleil n'en verra jamais de plus beau ni de plus riche : il l'emporte sur le temple ménie de Pylho.

» Jadis l'insolent Lygdamis menaça d'en

4^2 LTV. II. lA HiNOVATïON.

{nller les trésors. Du fond des ctimatsl hyper-^ boi'ées ,* <}ue la fille d'Inachos a rendos si célèbre»^ il traînait à sa suite ces fiers HippiiDolge£^9 quii ^alaièixt en nombre les grains de sable de la mer^

»• O lé pl»s malheureux des rois! quel était son espoir ! ni lui , ni aucun de ces barbares , dont le^ ^hars avaient foulé les rives du Caystre, tië deto*! révoir sa patrie ; car tes flèches cfHî t6^0tB^ défendu ton Ephèse.

» Gloire à là Aéesse de Munychie ! à la déesse dés ports et dé Phérès !

» Mortels 5 craîgpiez de ne pas honorer Diane ! Si jadis Ôïné négligea de parer ses autels , vous savez quels combats il eut à soutenir.

• » IN^allez point la défier dans l'art de lancer un cerf y de brandir un Javelot ; cet orgueil coûta cher aux Atrides.

» N'aspirer point aux favejirs d'une déesse tlOi^Qun vierge ; Orioa ,. Othus , en ont trop eptouvé lie dfingidr.

» Né Te&scz point de danser dans ses fêtes; Hippo , ce refus te coûta bien des Ittmeé.

» Salut, 6 puissante déesse ? sois propice à ton poëte (i)! »

Je voyageai deux jours avec Philostraie ; il venait de terminer ce récit , et ^ soit fatigue de la route ou de sa narration , je m^endormis profondément. Je fus tout à cou^ réveillé par Tévénementle moins plaisant et le plus inattendu.

Je me trouvai d^ooillé >asqu.^à}a ceinture*^ €t le dférot, dans la menue situatkm ^ me ca-^ ressa toaile corps de ladôsciplinedotttiladmi-'. Distrait largement, àaef épaules etauxmiènnes^ ks coop^ redoublés. Bans ma fureur que. la ^efiâe avait alkinvée , j'arrachai. dé ses mains le pitox ittstrrnmntf tt^ achevant son office, je hii escdmpflai, enwei quart à'iicorey la péni^^ tence d'une année efitîère.

Je m'habitlai ; et «ne promettant bien de ne jamais me trovifver^n pareille cdnupagnie, je repris^lé cours de itia rotile et de mes méditaficm^.

AUTORITÉ

(ij CaUim, Tiymn. ir^d. de Dutlùil,

4^4 LIV. lî. I*A RIÉHOVATIO»;

SuUe de la correspondance dApoUonidè^ SEPTIÈME LETTRE*

C0i7FfB£K€£ PHILOSOPHIQUE.

Je vais continuer,; mon cher Xénophane , de TOUS adi^esser mes réflexions, sans ordre , et avec cette négligence qui fait le charme de l'amitié et celui de Fesprit.

Je mêlerai, ainsi que je viens de, le faire, à Cette confidence, celle de mes action^: ma vie iiè vous . appartient pas moins que mes principes. Je suis homme^ etriende ce qui touche à rhumanité ne m'est étranger.

Vous trouverez donc ,une page de Jibertinage à côté d'une page de morale , des vers légers auprès d'une pesante analyse, et, à la suite d'un grave raisonnement , une saillie inattendue.'

Vous ne méjugerez point sévèrement , mon cher Xénophane, parce que la philosophie vous a rendu indulgent et bon; mais tout ce qu'il y a de mauvais sujets dans le monde ne manqueraient pas de réclamer, au nom des

CULTE LUHAIRE^ 465

Ter jkus qu'ils n'ont jamais pratiquées , contre mon œuvre, ifnoitié sérieuse et moitié frivole» si jamais elle venait k stimagèr s«r ce vaste fleuve du Léthé , où leurs productions et les miennes s'abîment , et dans les faienfaisanteé on^es duquel je bois à longs traî4s i'indifférence, qui me rend d'avance insensible à la persécution des critiqueis , dont Ton aurait; toute la valeuk-, si, au lieu de ce nom^ on leur donnait celui de rivaux méconlens.

Je né sais par quelle indiscrétion mon pre-* mier secret a été trahi. Serait-ce en vain que j'aurais, nouvel Alexandre, apposé mon cachet sur les lèvres de mon.Ephestion ! Je n'accuse, au surplus , que moi-même. Le Pénée n'est pas plus transparent que mon cœur, et une i^oble et indépendante franchise que je n'abjurerai jamais, l'expression même de ma physionomie, trahissent mes sentimens.

J^ai confié ma doctrine à quelques uns de ces voyageurs qui promènent leur ennui de Muséum en Muséum, et qui passent leur vie à visiter les hommes célèbres, sans prétendre jamais le devenir.

Dût le collège des prêtres de Memphis écrire au roi , et me faire perdre ma place 1. 3o •

466 LIV. II. lA RÉNOVATION.

de conservateur du Musiéum d^ Alexandrie ; }e dirai ce que je crois être la vérité.

J^ai cherché d'abord à sauver mon intérêt et mes principes ; mais, s'il fallait enfin abjurer Tun ou Vautre « je n'imiterais pas la lâcheté de presque tous les. hommes que j'ai connus : je sacrifierais mon propre intérêt.

Cette lettre est longue, et hérissée des épines qui entourent les roses de mon sujet. Je vous rendrai compte des plus charmantes fictions de: no^ poètes; quand le tableau a peu d'éclat, il faut en donner beaucoup à la bordure.

§ ni.

BESUMÉ. — LA VOLUPTÉ ET LE SEKTIMEKT ONT DIVINISÉ l'astre DES NUITS (a).

HUITIÈME lETTRE.

APOLLONIDE A XÉNOPHANE.

Avant de rassembler de nouveaux rapprochemens , résumons ceux que nous venoils de parcourir.

Ces tables indicatives , ces moyens de reconnaissance , sont pour le excursions de Tesprit^ ce que de- bonnes tables de latitude et de longitude sont pour les voyageurs.

Vous avez- vu que Tuniversalité du culte lunaire avait été fondée sur l'ordre et la variété , sur les rapports et Finfliience des aspects de cette planète. Si j'en crois Fimagmation de tous les poètes , l'impression de tous les cœurs

(a) Les Arabes adoraient là lune sous le nom de Cfia-. har; les Sepharyaims, sous celui iHAna,

sensibles et la mienne , la voix de la volupté a proclamé l'empire dfe la souveraine des nuits.

Si Ton admire Péclat majestueux du dieu qui remplit de torrens de lumière riitimensité , on chérit le dômi-jôur d'un astre plus sensible , qui semble modérer , par égards pour notre faiblesse^ là viôlôncié des feux qui nous brûlent pendant le jour. Faisant cesser la discorde de Tombre et de la lumière , les tempérant l'un par l'autre , distribuant la fraîcheur et be silence , ramenant dans te ciiel l'harmonie, et le repos sur la terre , il adoucit toutes les nuances , accorde toutes les dissonances ; et prépare , en ks conciliant, le passage du jour à la nuit , du calme à l'activité. Les étoiles émailleni sa route , tandis que sa clarté mélancolique glisse sur tous les objets ; cette lueur magique, incertaine , vacille^ tantôt sur le front gigantesque àés monts, sur la chevelure des forêts, sur la solitude des campagnes , ou sur l'immensité des vagues blanchissantes. On n'entend que le souffle du zéphyre qui réveille quelquefois le feuillage ^ eu ]e gazouillement des sources tombantes.

Cependant la déité plane avec amour sur la nature ; elle ietnble la couver de Ses rc^

CTJLTF, LUNAIRE. 469

gards : mère ))ienfaisante ^ elle exprime de ses mamelles la rosée féconde qui alimente et rafraîchit la végétation.

Les plantes reconnaissantes exhalent vers elle leur âme embaumée ; plusieurs même ne sMpanouissent que pour elle. Cet encens balsamique, ce silence mystérieux, cette lumière obscure et ses romantiques accidens , cette fraîcheur des eaux , des boi^ , de Téther , tout porte au cœur de l'homme qui contemple ce spectacle , une émotion d'autant plus sensible , que rien ne vient Fen distraire. Du recueillement naît la rêverie, et de la rêverie la foule des sentimens tendres. C'est aux rayons de la lune que le philosophe médite , que le poêle est inspiré, que l'amant espère , gémit ou triomphe , et que la volupté recueille les larmes de la pudeur moins farouche.

Et tandis que les Nymphes , les mains entrelacées, la chevelure flottante , le sein nu et la robe entr' ouverte , dansent sous la feuillée qu'argenté une timide lumière, les Cyclopes font gémir l'enclume embrasée , les moissonneurs achèvent leurs pénibles travaux, la mère de famille veille et travaille près d'un berceau.

470 MV* H. l'A RÉNOVATION.

L^faabitant des campagnes repose cependant auprès de l'animal rustique , coq^pagnon de ses travaux accoutumes ; et les remords , les spectres vont réveiller en sursaut les tyrans sur leur lit de pourpre:

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