IV
©ES TROIS PIANES. — EXPLICATION PE LEURS EMBLÈMES PAR l'aSTRONOMIE. — FABLE
d'europe.
01 le sentiment divinisa Tastrc des nuits , la raison ordonna les différentes parties de son culte. On compte trois Dianes (i) , so par allusion à ses phases ternaires (2) , soit parce qu^elle a trois mouvemens dans les cieux (a) , soit parce qu^elle préside aux trois saisons (6) ; opinion que j'embrasse. En effet, on suppose que la première Diane est fille de Jupiter et de Proserpine. Cette fille du soleil et de la lune d'automne devientla lune du printemps. Voilà
REMARQUES
(a) In altitudinem, latitudinem et longitudinem (3). {b) Les saisons orientales étaient au nombre de trois : printemps, été et automne.
AyroRiTÉs.
(i) C£c, de NcU. deor. /. m , adjintm. — (a) Macroh. Phur^ mit, Cleomed, de mundo, L II. HortU, Orph.-^ÇS) Farrot%^ JnUrpr, lai. AraU
47? MV. II. LA HÉWOyATION.
pourquoi une tradition ajoute qu^elle enfanta Cupidon (i); et c'est ainsi que ses fêtes se confondent avez celles de Vénus. Voilà pourquoi on trouve les statues de Diane libératrice ou de la Vierge, auprès de celle de Bacchus sauveur (2).
La seconde Diane , nommée Lucine (a) ou JunoTiy est la lune d'été, qui sîixU>le assister la naturç en ses productions , au moment où 4pUçs atteignent leur niatvirUé.
Enfin la troisième .Diane , qu oq ^ippelle Ops , et qui , par ce nom, semble se confondre avec Rbéa , Çybèlç (b) ou la Nature^mère , est la lune d'automne.
Tout ce qui est dit de la Diane teirible , d'Hécate , se rapportera aux rigueurs de l'hiver. Vofis.' aurez alors J^àiigme de toutes les
MYTHOLOGIE COMBARÉE.
(a) Les Eomains iionoiaîent Lucine dans leur NasciOj
et les Celtes en honoraient plusieurs dans leurs Mayrs»
* (b) BabayhUj Cjbèle des Américains..
AHTOBrlTis.
(i) Cicer. de NaU deor. L m , adfinem. — ^ (a) Wùuémn.
CULTE LÙNAIBE. 47^
pratique^ absurdes inventées par la superstition, qui eçnsidéra cette divinité, tantôt comme un génie bien&isant, et tantôt eotnihe un démon redoutable,
Vous sentirea la justesse des expressions dont se sont servis les portes (à).
Si vous interrogez Tastronomie , elle vous expliquera rhisloire et les emblèmes de Diane.
La chèvre est une des constellations qpi brillent au printemps. L'épisode lascif ,Vhymen de cette vierge et de Pap , sont les tableaux de la fécondation de la nature à celte époque. Ses chiens sont Procyon et Sirius , placés soi^s le 3igne du cancer, dans lequel la lune a son domicile. Aii\si la flèche céleste, qui fixe Içs derniers degrés du même signe, arma ses mains redoutçibles, ]|£aprenfmtsoj;i exaltation dans le signe du taureau, elle devient Diane-, ou ^énus Tauropole , Isis , lo , EuKoipe , eto.
REMARQUE
(«) JLi triviae lenis faciès çt multus i^ ore. Phœbus erat (i).
'AUTORITÉ
(i) Claudian.
474 ^IV- ïï- ^^ RÉNOVATION.
On célèbre, en Crète , la fête d'Europe (a).
Tandis ^e Ton promène en pompe le tombeau dans lequel est renfermée , dit-on , sa dépouille mortelle , et que Ton porte à sa suite une immense couronne de myrte, dont le contour a dix coudées (i) , Tastronome vous fait remarquer que cette couronne est celle que Ton Toit parmi les astres , que ce taureau rayisseur , sur lequel on remarquait le croissant de la lune , est placé dans les cieux ; tpi^on y voit se lever le soir le serpentaire Cadmus , et qu'eiifin cette fable exprime le moment où le solei] entre dans le signe 'du taureau , où la lune a son exaltation.
Vous préférerez , sans doute , à ces résultats de la science, le roman du poète.
A l'heure que Phëbë , reine silencieuse , Dispute encor les airs à Taube paresseuse, Que Morphée à nos sens enivrés de repos. Verse à longs traits le miel de ses derniers pavots ,
REMARQUE
(0) Ellotia , k verb. elloiis; vierge, en langue phénicienne.
AUTORITÉS, (i) Âlhén, L XV. Hesych.
CULTE LDNA.IRE. 4?^
Que des songes dorés la fouie prophétique Se joue innocemment d'une aile fantastique ^ Vierge timide , Europe à ses yeux ingénus Voit briller un fantôme envoyé par Vénus.
Au loin apparaissait une rive étrangère....
Deux femmes ausitèt s'élèvent sur la terre :
L'une, étale aux regards sa sauvage beauté ,
Li^autre d'un front connu montre la majesté.
«< Arrêtez ! c'est ma fille , innocente , chérie ;
y* Ma fille , mon trésor, que mon lait a nourrie !.... »
£lle dit, et la presse en ses bras maternels.
Mais l'autre : « Obéissez aux 4écrets immortels. «
£urope, respectant sa douce violence ,
S'étonne de céder, et la ^it en silence*
£lle s'éveille alors , et sa morne terreur De la sombre étendue interroge l'horreur.... Il est là : de la nuit ce n'est pas un mensonge ; Elle revoit l'objet que lui peignit un songe ; £t tremblante, et muette en son saisissement, Frissonne , pâle encor d'un long étonnement. Ces femmes , leurs discours , cette fuite empressée ,
Poursuivent ses ^égards , assiègent sa pensée.
lEnfin sa faible voix laisse tomber ces mots :
tt Qu'ai -je vu? Dieux puissans qui troublez mon repos ,
» Que voulez-vous? quelle est cette seconde mère?
j> Qu'elle s'embellissait d'un touchant caractère !
» Que j'écoutais trop bien son amour séducteur !
n Que je dois craindre, ô dieux, ce présage imposteur! »
Elle dit , et soudain s^ëlance impatiente. Cependant , aux accens de sa voix diligente , Du sonore palais les marbres sont émus , £t je vois s'éveiller les fiilf s de Cadmus , Les compagnes d'Europe et ses nobles égales , Et toutes son amour , &% ppui^nt s^ nval0», Essaim doux et tin^ide , admis, k to^s. se$ j^i^x f Soit qu'elle mène ^n pQmpe m^ cfeoeur PfJigieux^ Soit qu'elle envie auy prés réx&ail qvi \^^ chlore ^ Ou plonge dans 1(3$^ flots de Tampurçux Amure,
Les Nymphes près d'Europe ont coura se ranger j Emules de Faheille et du zéphjr léger , Elles volent... On prend les coii»eilW avides ; On descend vers ces hotrds aimés des ^éi^d«s , Théâtre de leurs jeux , délicieux berceaux , Où s'exhale la rpse et soupirent left éaux^
Europe fait briller sa pompeuse corbeille , Doux présent d'une mère ,. éclatante merveille , D'images enrichie, étincelante d'or, Et de l'art de Vulcain admirable trésor. Le dieu Tavoit donnée à la Njmphe qu'il arme , Théléphasse (a) l'obtint de là Nymphe ellé-méme. Là , sur Tor animé , la fille d'Inàchus , D'un pied impétueux fendait les flots émus ;
(a) Mère d'Europe.
£lle est génis^te : oiî suit et sa course égarée , £t les replis mouvans de la vague aiBitrée, ' \ >
Ici , Tamant d'io, réparant ses malheurs, De sa divine main vient essuyer sed pleurs ; Il lui rend et sa forme et sa grâce première. L.e Nil , précipitant son onde nourritiàre , Paraissait applaudir , et d'un cours mugissant, Superbe , roule et fuit par sept bouches d^ai^ent On distinguait , plus loin , te terrible MercUr é ; Argus vient sous ses coups d'expier son injure; Tous ses jeux sont chargés d'un sommeil étei^eL O prodige! semblable au phénix immortel , Un oiseau s'élançait de la terre féconde. Son plumage embrassa la corbeille profonde , Voile immense, étoile de feux éblouissans, Où les cent jeux d'Argus brillent en diamans.
Cependant , à l'envi , les N jmjÀes animées , Se disputent des fleurs les moissons embaumées , £t du lis virginal la tige au front d'argent , £t du sombre souci le disque jaunissant, £t l'éclatant pavot , et la triste hyacinthe , Tendre fleur! où revit une amoureuse {^Uintife ; La pâle violette , ornement de Vénus , Parfume de leur sein les trésors demi -nus.
Belle , ignorant, ^élas ! sa triste destinée , Europe s'avançait, de roses couronnée, Et plus brillante encore, et reine de ses sœurs, Efiface , en paraissant , les Nymphes et les ileurs.
478 UV. II. LA KÉKOVATION.
C'est V^us triomphante au milieu des trois Grâces : Que rimiocence, Amour, désarme tes menaces!
Jupiter, de son tr6ne élevé dans les cieux , Sur ses jeunes attraits vient de jeter lés jeux- Soudain de Funivers le maître redoutable Sent au fond de son cœur la flèche inévitable , Il brûle. Il faut tromper la jalouse Junon, De la Nymphe ingénue égarer la raison.... . Et soudain , dépouillant la grandeur souveraine , Le dieu-taureau mugit et bondit dans la plaine. Il n'a point du lien subi F indigne affront , Ni sous un joug pénible humilié son front. De son corps souple et fier la couleur jaunissante Semble étaler les feux de Taurore naissante , Et sur For de son front une étoile d'argent Annonce au loin l'orgueil de son double croissant, Dont les contours polis , superbe diadème , Pourraient être enviés par Diane elle-même. Il approche : sa marche est calme.... dans ses yeux Brille languissamment un«aevir amoureux.
Les Nymphes folâtraient, et la troupe imprudente
Sourit , et près du dieu vole saiis épouvante.
Plus doux que les parfums qui s'épanchent des fleurs ,
Son corps de l'ambroisie exhale les odeurs.
On approche , on le flatte , il cède à son ivresse ;
Il a baisé les pieds de sa belle maîtresse ,
Et sa langue amoureuse effleure mollement •
L'albâtre de sa main et de son cou charmant.
CULTE LUKAIRE. 479
Europe ose essuyer T^cume de sa bouche ; Elle imprime un baiser sur ce front moins farouche.»*» Le taureau fait entendre un doux mugissement; L'harmonieux roseau frémit moins tendrement. Fléchissant les genoujr, et retournant sa tête , Il sourit à la Njmphe ^ objet de sa conquête , Et de son .vaste dos éta^nt les contours , Tranquille , semble offrir un trône à ses amours*
« Venez toutes ^ venez , mes fidèles compagnes ,
fi Sur ce facile char parcourons les campagnes ;
>» ^ Ce taureau s'offre à nous : son regard caressant
» Est paisible , son fi^nt n'a rien de menaçant. » ,
Elle dit, et s'assied 4vec un doux sourire.
Le taureau fuit , déjà touche au liquide empire...
Les Nymphes ont pressé leurs pas trop incertains*
Europe leur tendait ses suppliantes mains.
Dans l'espace écumant le taureau qui s^élance,
Nouveau monstre des mers , franchit leur gouffre immense.
De Neptune aussitôt le sceptre complaisant
Aplanit sous ses pas le flot obéissant :
Le dieu guidait son frère , et sur leurs chars humides,
En pompe s'avançait le cœur des Néréides :
Les Tritons , élevant leurs conques dans les airs ,
Du cantique d'hymen réjouissaient les mers*
Europe , cependant , en triomphe portée , Sur le divin taureau s'appuie épouvantée ! Et tandis que le flot timide et murmurant Vient jouer à ses pieds, qu'il baise en expirant,
486 LIV. n. liA RENOVATION.
Elle tient d^une œéki la corne menaçante ,
De Taut^e ressiaisit sa robe léblpuièsaBlie ,
Dont la pous?pre mobile en ses plis ihcotistans ^
Semble une voile beureusè abaiMloonëè aux vents.
«( O palais de mon père l ô ma douce patrie ! .
» O ma mère ! è mes sœurs ^ troupe aimable et chërie !
» Seule , hélas ! loin de. vous , dan§ ma témérité^
» Je ne v^is que des ihèrs la sombre immensité («t). »
« Belle Nymphe, calmez cette importune plainte, M II est temps d'abjurer une trop ion^e' feinte , » A tant d'éclat , surtout à Texcès de m'es feux , » Europe , connaissez le souverain des dieux. }> Déjà du sein des mers je vois sortir la Crète » Où j'ai re^u le jour, où noire hymen s'appiréte. » C'est de là que vos fils, race d'un immortel, » retendront sur le monde un sceptre patenieL .1» Il dit, touche à la Crète, et, quittant l'impeslure , D'Europe qui soupire enlève la ceinture. Les Heures ont dressé-le lit mystérieux ; Luciue à leur amour sourit du haut des cieux. Et , bénissant bientôt leur ardeur fortunée , Voit de nombreux eufans couronner l'hyménéè.
■ - I '< ii/i iliii VI' I I I I Ti I 11
REMARQUE
(a) J*ai supprimé la partie faible de ce discours. Moscbus est ici inférieur à lùi-^méme. C'est dans Hérace (i) qu^U faut lire et admirer le discours d'Europe,
AUTORITÉ
(i) Horace^ /. m , oe/. xxvii, ad Lœl. GalL
CULTE lunaire; 4^1
DE DIAJSE AUX DEJUX SEXES /jEt DE VENUS BARBUE. — . DES HERMAipHRO DITES. -^ DE SALMAGIS. — EXPLICATION DE CETTE FABLE.
NEUVIÈME 'lettré.
Mes regards distraits tombent souvient sur les configurations étranges des divinités égyptiennes. J'admire ces monstres avec effroi, et mon esprit aimé à déchiffrer Fénigime de ces sphinx. Ici , je retrouve , dans leur composition , les traits mêlés et confondus des héros, des princesses, et de. tous Içs animaux d^ zodiaque* . •
Pour résoudre le problème , il suffit de dégager successivement toys ces élémens , et j'arrive alors à une solution qui me donne l'état ' du ciel et de la. terre , selon la position de la sphère que je consulte (i).
AÎJTORITÉS.
(i) Horus'JpoU. Ckérémon, Synésius. hm^lkf* Jhtpuis, Babaut'Saint-Etienne.
482 LIV. ÏI- liA BÉNOVATION.
Après avoir brouillé toutes les physionomies, les Egyptiens ont uni souvent les deux sexes dans la personne d^une seule divinité (i). Ils éxpriniaient alors , par le même emblème, Tunion du principe actif et du principe pa3sif , ou l'univers.
Ce système porte la lumière sur quelques uns de vos monumens (a).
Vous vous rappelez, sans doute , mon cher Xénophane, cette statue de Diane aux deux sexes (a) (2) , sur la base de laquelle on avait gravé ce passage d'unhymne d'Orphée , adressé
. . / A£MAJLQU£.
(a) Diana $we Jana^ et Janus i sicut Luna^ ùa ei hima deus colehantur (3).
MYTHOLOGIE COMPARéE.
(a) Baal^ divinité syrienne , dont le sexe n'était point détenniné (le soleil)*
Hwmapollon, sxzine composée dé .Mercure et d'Apollon. * • *
Hermathêni , id, de Mercure et de Minerve.
Hèrméraclé^ iâ, de Mercure et d'HerculjB.
Hermarpocrate ^ id. de Mercure et d^Harpocrate.
Farashiça , dieu hermaphrodite dés Indiens.
AUTORITÉS
(i) Eitsèb. JDiod. Sert;, ^JSneid*. Lit. Machti. saktm.-- (2) Pausan.-^ (3) ^l. SpaHian,
ntrLTË, LtniAiBE. 483
à ]a lone : Je te salue y €istre mâle et femelle. Vous TOUS rappelez encore cette Vénas barbue €|ue nous vîmes dans l'île de Chypre, où les mautaises plaisanteries qui tous ëdiappèrent alors, faillirent nous faire diiasser du temple.
Tous n^avez pas oqblië^ ce bel hermaphro** dite, chef-d'ceuTre du ciseau de Praxitèle, et dont les formes ravissantes ont excita tour à tour Tenvie ou les désirs.
Cette union des deux se^içs e&t le symbole expressif de Tunion des deu^ forces de la na^ turc , ou des deux principes de la cr4ati<^< C'est sur ce fond philosophique que nos poètes ont légèrement brodé les aventures de Tirésias , et l'anecdote un peu scandaleuse de la Nymphe Salmacis. Je vous souhaite une amante aussi passionnée .
JP. S, Puisque* j'ai commencé à vous expliquer les fables lunaires, je n'oublierai point celle d'Hypermnestre , dont la fête est célébrée à Argos.
On allume des flambeaux (a). Uper-menr
MYTHOLOGIE COMPARÉE, (a) Celte fête rappelle Ja fête égyptienne des Z-fl/i-
estresiffii&e mot à mot la nouvelle lime dé Tannée , ou celle qui surmonte les autres (i) : tel^e est la fête de Vénus Nicéphore. Cela est plus exact , mais, est moins dramatique , il £aiut en conyenir, que la tragédie .de Danaiis ; et si Tesprit gagne à cette explication , le coBor regrette un monument touchant et exemplaire de la piété conjugale.
MYTHOLOGIE COMPARÉE
temts (a).'^— Les Chandelles des Rois^ qu^on allume en Angleterre sur le liaut des collines. La Chandeleur, etc.
AirroRiTés.
(i) Court de Gébelin, — (a) Manéthon, Syncett,
<:ULTE LUKAIRE. 485