‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 4)Chapitre 14 sur 110 · A NÉOPTOLÈME · texte numérisé non relu

A NÉOPTOLÈME

FILS D’ACHILLE (l).

Je me rappellerai toujours la pompe de cette fête, dont j’ai été témoin à Delphes, alors que Théagène y assista solennellement, Chariclée était prêtresse.

Le jour de la cérémonie est arrivé : les Thessaliens se rendent en ordre sur la place où s’élève le tombeau de Néoptolème.

Je vis paraître cent adolescens vêtus d’habits rustiques, l’épaule droite et le bras nus, portant dans une main la hache , et de l’autre traînant un taureau noir, dont les cornes sont dorées et ornées de guirlandes.

A leur suite marchait la foule des victimes que conduisaient des joueurs de flûte.

AUTORITÉS

(i) Pausan. Phocic. Hèüod. Hist. cthiop. I. in.

Deux chœurs de vierges s’avancèrent : leur chevelure flottait abandonnée aux vents, et leur tète nue soutenait des corbeilles remplies de fleurs, de fruits et de parfums.

Ce chœur forma des pas mesurés au son des hymnes divisés en strophes que l’on chantait alternativement, et consacrés à la mémoire de Thétis , de Pelée , d’Achille et de Néoptolème.

La marche fut fermée par deux bandes de cavaliers montés sur des chevaux superbes. Ils étalaient le luxe et la magnificence. Au milieu d’eux parut Théagène revêtu d’un long manteau de pourpre, rehaussé d’une broderie d’or où l’art avait dessiné le combat des Centaures et des Lapithes. Ce manteau était attaché par une agrafe d’ambre, sur laquelle l’artiste avait gravé l’image de la redoutable Pallas. La grâce et la noblesse des traits de ce jeune héros effaçaient ces vains ornemens, et, au milieu de la pompe qui brillait de tous côtés , il attira et fixa tous les regards.

On vit bientôt arriver la prêtresse de Diane, la modeste Chariclée, montée sur un char traîné par deux taureaux blancs : sa robe de pourpre rayonnait d’or. Sur les bords de son

FETES

vêtement rampaient deux serpens imités par l’art , et dont les nœuds entrelacés venaient se réunir au-dessous de son sein. La tête de la prêtresse était couronnée de lauriers , et sa main droite armée d’un flambeau pour embraser le bûcher sacré.

En la voyant paraître l’admiration se changea en silence : les regards erraient alternativement sur Théagène et sur Chariclée ; tous les hommes préféraient Chariclée, toutes les femmes Théagène.

Cependant les victimes sont rangées en cercle autour de l’autel et du tombeau de Néoptolème. On donne un premier signal , et les victimes tombent sous les coups des sacrificateurs; au second signal, elles sont déposées sur l’autel ; au troisième , Théagène descend de cheval, et s’avance pour recevoir le flambeau des mains de la prêtresse : leurs regards se rencontrèrent, et leurs cœurs troublés s’entendirent

Le bûcher s’allume , les instrumens retentissent , et les danses commencent. La scène fut occupée par des mimes et par des Thessaliens, qui , armés d’épées et de boucliers , dansèrent la Pyrrhique. a

On s’assied à table : avant de la quitter , Théagène remplit une coupe , qu’il épanche en l’honneur du père de Chariclée.

Le jour cependant s’éteignit , et la nuit , impatiente d’assister à ces solennités, étendit ses sombres voiles sur le front des montagnes.

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