‹ Fêtes et courtisanes de la Grèce (volume 4)Chapitre 19 sur 110 · CÉRÉMONIE NUPTIALE · texte numérisé non relu

CÉRÉMONIE NUPTIALE

Ainsi, dans cette cérémonie, on sacrifie, le jour qui la précède, aux Nymphes sévères, à Junon , à Diane , aux Parques (a).

On leur consacre une boucle de cheveux.

REMARQUE

(a) Proteleïa (i).

AUTORITÉS

(i) Scol. Pindar. Py/h. od. IV. Plut. ado. Colot. Suidas. Pollux , /. ni. Hésych. Scol. Theocr. idyl. il. Proc/, in Tint. Sopal. de dw. Quest. Olympeod. in Meleor. Euslhat.ad I/iad, Pausan. Lacon.

FÊTES

Les jeunes filles présentent à Diane et déposent dans son temple des offrandes et des corbeilles ( a ).

Les filles de Mégare vont faire des libations sur le tombeau d’Iphinoé, et déposent une boucle de leur chevelure ; les filles d’Argos et de l’Attique la suspendent dans le temple de Minerve.

Dans les premiers. temps , et suivant les lois antiques d’Athènes , on sacrifiait au Ciel et à la Terre ces époux féconds et éternels.

On distingue aussi, par des cérémonies particulières , le jour où la jeune fille quitte son voile (ù), celui où elle abandonne la maison de son père pour passer dans celle d’un époux (c).

REMARQUES

(«) Voyez CanÉphories.

Hic more parentum

Iasides, thalamis ubi casta adoleverat ætas Virgioeas libare comas, primosque solebat

Excusare toros (i).

( b ) Ekdusia (2).

f e ) Proskairéteria (3).

(1) Stat. Theb. 1. II. — (2) Anth. L met. XVII. — (3) Suid. Hetrpocr.

LE PREMIER JOUR DES NOCES (a).

On sacrifie à Junon Gamélia, à Vénus et aux Grâces.

On présente l’épousée à la tribu.

Il fallait justifier de cet acte pour assurer la légitimité de l’enfant.

« Le jour n’éclaire déjà plus les mortels. Chaque instant s’écoulait lentement au gré de l’impatience de l’époux et de la tendresse de Tépouse. Toute la troupe les suit à l’appartement destiné pour une nuit si désirée ; les uns portent les torches sacrées, les autres viennent ensuite chantant les hymnes de l’hymen. L’époux est introduit dans le lit nuptial : ce lit est d’or , les couvertures de pourpre ; un dais superbe et des draperies flottantes le couron-

KEMARQUE.

( a ) Gamélia (i).

AUTORITÉS

(i) Moschop. dict. Attic Eusthat. ad Odyss. Etymolog. Dydimus apud Harpocrat. Ulpianus. Suid. De/nost. adv. Eubul.

lient. Despeintures animées achèventd’éveiller les désirs enflammés. Ici nne foule de petits Amours folâtrent autour de Vénus, qu’on y voit représentée ; d’autres la caressent de plus près : quelques uns, montés sur des cygnes , assortissent des fleurs , et le reste tresse des guirlandes. Là paraît le dieu Mars , non sous le terrible appareil de la guerre, mais sous les vètemens dont il se pare ordinairement pour plaire à Vénus. L’Amour lui sert d’escorte , portant son flambeau allumé devant lui , comme pour le mener dans les bras de sa mère qu’il lui désigne du doigt et de l’œil.

C’est sous ce meme asile que l’on conduit la vierge auprès de son époux, et toute la chambre retentit de mille cris de joie: enfin on se retire, on ferme les portes, et ce couple amoureux peut en liberté se livrer aux transports les plus tendres.

Une sorte d’émotion secrète les retient tous les deux, et étouffe leur voix; ils n’osent pas même hasarder un regard : l’excès du plaisir les jette dans une langueur impuissante. La modestie , la crainte , le désir , une fréquente palpitation , la jouissance même , quoique imparfaite encore, rendent leurs corps

tremblans, et leur causent un trouble universel. A la fin cependant], l’amant revenu de sa première agitation, attire son épouse sur son sein. Un torrent de larmes est la première expression de son âme. « O nuit charmante ! » dit-il ensuite avec un soupir, nuit achetée » par tant de désirs et d’ennuis , combien s’en j» est-il écoulé avant vous , que j’ai passées » dans la plus amère tristesse ! Adorable amie,. » plus chère à mes yeux que la lumière du » jour! quelle joie, pour mon cœur, de sentir » le trouble du tien ! mais si tu m’aimes , » quelle satisfaction pour une chaste épouse, » de rencontrer dans son époux le plus tendre « de tous les amans ! oui, chère amante, un » époux avec qui tu dois vivre etmourir! » Il dit, et mille baisers accompagnent ses paroles ; ses lèvres recueillent les larmes de sa bicnaimée qui l’écoute en silence. Il y trouve des douceurs que ne goûtent point les dieux dans les flots de nectar que leur verse la main d’Hébé. «Ah! mon ami! lui répondit -elle » pouvant à peine s’exprimer, est-il bien vrai » que je t’ai paru belle ! Quoi ! j’avais touché » ton cœur! quoi! mes charmes avaient con- » servé quelque éclat auprès de ta beauté ! Mais

g8 FÊTES

» quelle faiblesse! Pourquoi ne pas me l’ap- » prendre ! Tu m’aimais et je l’ignorais ! tu » languissais , et je mourais ! Conçois-tu les » maux affreux que j’ai soufferts? Viens àpré- » sent , viens , cher époux ! Pieçois toutes mes » larmes, et que la touffe parfumée de les » beaux cheveux les boive amoureusement.! » Serrés dans les bras l’un de l’autre , embras- » sons-nous étroitement , et que ces guirlandes » nuptiales, arrosées de nospleurs, prennent « aussi de l’amour avec nous ; qu’elles soient » une parfaite image de celui que nous res- » sentons. »

Elle dit , et cependant elle caresse la couronne et la guirlande de son époux : sa bouche parcourt avidement tout son visage ; ses lèvres, appliquées sur celles de son époux , brûlent ensemble du même feu ; et tout ce qui se passe dans l’âme de l’un est renvoyé dans celle de l’autre par un souffle amoureux. Alors , baisant les yeux de son époux avec transport : « O vous , dit-elle , qui fûtes mes premiers » ennemis, qui perçâtes mon âme du premier » trait , alors fiers et superbes, à présent ten- » dres et passionnés, que vous m’avez bien » servie ! Vous avez tracé la première voie

>> par où mon cœur a passe dans celui de mon n biert-aimé ! Mille et mille baisers suffisent à /> peine pour vous marquer ma reconnaissance » et mon amour; il vous est permis à présent » de sourire et de vous animer pour moi: mais » donnez-vous bien de garde de lui montrer » d’autre belle que moi, quand meme sa beauté » le céderait à la mienne. Je vous donne en » entier cette âme que vous avez embrasée , » vous la conserverez aisément; d’autres yeux » n’y pénétreront jamais que vous , ni d’autre » image que la sienne. »

C’est dans de pareils transports qu’ils s’abandonnent à tous les mouvemens de leur cœur; et guidés par les Amours, ils jouissent, pour la première fois, des plaisirs de Yénus. Tout le reste de la nuit n’est plus qu’un combat de tendresse etde passion. Une gaieté voluptueuse accompagne leur réveil. Ils sortent enfin de goûter mille douceurs que leur âme a désirées long-temps. Un parfait bonheur remplit leurs vœux ; ilssont ensemble pour ne plus se quitter. Quelle vie délicieuse ! Leurs jours s’écoulent dans des fêtes continuelles (1).

AUTORITÉ

(1) Amours d' Abro corne et d’An'hià.

I oo

Page 1