A LA MÉMOIRE DE THRASYBULE
M on fils , apprenez à connaître , par un seul trait , cette affreuse tyrannie , dont Thrasybule délivra sa patrie.
Trente tyrans oppriment, déchirent, ensanglantent Athènes. Théramène , admis à partager leur pouvoir, et non complice de leurs fureurs , ose s’y opposer. Son implacable ennemi, Critias , l’accuse devant le sénat de troubler l’Etat , et de conspirer contre le gouvernement. Ce sénat servile ne l’est point assez pour condamner Théramène ; il n’ose l’absoudre , mais il frémit de l’idée de verser le sang de ce courageux citoyen. Critias s’aperçoit qu’on balance à servir sa haine ; il lève la voix , et dit : « C’est le devoir d’un souverain
REMARQUE
(«) Charistêria eleuthèrias (i).
AUTORITÉ
(i) Plut, de Gl. Athen , Xènoph. llisl. gr. LU.
FÊTES CIVILES
magistrat d’empêcher que la justice ne soit surprise ; je remplis ce devoir. La loi ne veut pas que l’on fasse mourir un des trois mille , si ce n’est l’avis du sénat : eh bien ! j’efface Théramène de ce nombre, et le condamne à mort en vertu de mon autorité et de celle de mes collègues. » Théramcne s’élance sur l’autel, et s’écrie : « Athéniens , je demande que mon procès me soit fait conformément à la loi, et on ne peut me le refuser sans injustice : ce n’est pas que je ne voie assez que mon bon droit ne me servira de rien , non plus que la franchise des autels; mais je veux montrer du moins que mes ennemis ne respectent ni les dieux, ni les hommes. Je m’étonne que des gens sages comme vous , ne voient point qu’il n’est pas plus difficile d’effacer leur nom du rôle de citoyen, que celui de Théramène. » Critias viole l’asile où s’est réfugiée sa victime ; sessatellites l’arrachent de l’autel ; lessénateurs consternés fuient et se dispersent; Socrate, qui marchait tète levée au milieu de trente tyrans , Socrate seul prodigue d’impuissans
efforts pour sauver l’innocent opprimé
Bienfaisante philosophie ! toi qui donnes du courage et de la vertu, sois à jamais révérée
FÊTES
pour avoir produit Socrate, qui te fit descendre du ciel pour te placer sur la terre (i) !
Thrasybule e'tait retire' à Thèbes. Il forme le projet de réunir les Grecs échappés à la tyrannie. Seul, à la tête d’une poignée d’hommes , de cinq cents soldats équipés par l’orateur Lysias , il se précipite dans l’Attique. Ses forces s’accroissent en marchant : les tyrans pâlissent; ils lui font offrir le partage de la puissance. Thrasybule indigné ne répond qu’en les combattant : il triomphe, et relève la liberté d’Athènes. Une fête solennelle consacre la mémoire de ce grand événement.
Visitez ces lieux embellis de souvenirs immortels par les triomphes de la liberté ; allez quelquefois rêver sur la tombe de ces héros , sous les bois religieux qui leur sont consacrés, sous ces voûtes saintes où leurs ombres se promènent. Toute la Grèce est pleine de ces monumens immortels. Le voyageur les salue en y abordant ; il les retrouve sur sa route , et dans le lieu où il aborde , au centre , aux
AUTORITÉS
(i) Mirab. Leltr. de cachet. Hisl. gr. passim.
CIVILES
extrémités. Partout la gloire nationale le suit, l’accompagne ou le devance ; partout elle frappe ses yeux comme la lumière , et l’enveloppe comme l’élément qu’il respire.
Entre le mont Cythéron et Thèbes, sur le chemin qui conduit à Athènes et à Mégarc , près des bords de l’Asope, un petit nombre de Grecs triompha de Mardonius et de l’armée innombrable des Perses.
On éleva , en souvenir de cette grande journée, un temple à Jupiler Eleuthère. On honora de funérailles publiques les guerriers morts les armes à la main pour la cause commune ; on institua des jeux et des combats autour de leur tombe (i).
Tous les cinq ans, la Grèce entière célèbre cette époque mémorable ; chaque année la ramène pour les Platéens.
Il fut tenu une assemblée générale de tous les Grecs, en laquelle Aristide mit en avanl que , chaque année , toutes les villes de la Grèce seraient tenues d’envoyer, à certain
AUTORITÉS
(i) Strab. I. ix. de Eleuth. Pausan. Bœoti:. Eusth. ad Ihad. Plut. Vie d' Aristide.
IO
FÊTES
jour, leurs députés en la ville de Platée , pour y faire des sacrifices aux dieux; que , de cinq en cinq ans, on y célébrerait des jeux publics qui seraient appelés les jeux de la liberté ; que, pour faire la guerre aux Barbares, on lèverait sur toute la Grèce dix mille hommes de pied , mille chevaux , et une flotte de cent voiles; que les Platéens de lors seraient tenus pour saints et sacrés, sans qu’il fût loisible de les endommager aucunement, et qu’ils n’auraient autre charge que de sacrifier aux dieux , pour le salut et la prospérité de la Grèce. Tous ces articles furent passés et autorisés de point en point , et les Platéens s’obligèrent de faire tous les ans des sacrifices anniversaires solennels aux Grecs qui étaient morts pour la défense de la liberté des Grecs dans leur territoire, ce qu’ils font encore aujourd’hui en cette manière.
Le seizième jour du mois de Maimactérion , que les Béotiens appellent Alalcomenos , on fait une procession , devant laquelle marche un trompette qui va sonnant à l’arme : après suivent quelques chariots chargés de branches et de festons et casques de triomphe ; puis un taureau noir , et quelque nombre de jeunes
CIVILES
enfans nobles , qui portent de grands vases à deux anses pleins de vin et de lait, qu’on a accoutumé de répandre , pour oblations propitiatoires , sur les sépultures des morts, puis d’autres jeunes garçons de condition libre qui portent des huiles , des parfums ; car il n’est permis à aucune personne de condition servile, de s’entremettre ni s’employer à aucun office de ce mystère , pour autant que ceux dont on y honore la mémoire sont morts en combattant pour défendre la liberté de la Grèce. Après toute cette monstre, suit le dernier, celui qui pour lors est le prévost des Platéens , auquel, tout le reste de l’année , il n’est pas loisible de toucher seulement du fer, ni de vêtir robe d’autre couleur que blanche ; mais lors il est vêtu d’un sayon teint en pourpre , et tient en l une de ses mains une buye, qu’il prend en la maison de la ville , et en l’autre une épée toute nue , et marche en cette contenance, après toute la pompe précédente, à travers la ville , jusques au cœmetière où sont les sépultures de ceux qui moururent en celte journée : là où étant arrivé, il puise de l’eau en une fontaine qui est là , avec laquelle lui-même lave les colonnes carrées et
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les images qui sont sur lesdites sépultures , et les oint d’huiles de senteur , puis immole un taureau dessus un amas de bois qui est là tout près, ne plus ne moins que quand on brûle les corps de quelques trépassés : et en faisant certaines prières et oraisons à Jupiter et à Mercure terrestres , il convie et semond au festin du sacrifice funéral lésâmes de cesvaillans hommes , qui moururent en combattant pour la liberté de la Grèce : puis il prend une coupe qu’il emplit de vin ; et en la répandant sur leurs sépultures, dit ces mots tout haut : «< Je bois aux preux et vaillans hommes qui moururent jadis en défendant la franchise de ia Grèce. » Les Platéens jusqu’aujourd’hui gardent encore solennellement cette cérémonie anniversaire.
SECTION II