CRITIQUE DES JEUX OLYMPIQUES
Je n’admire, dit Mycillus , que la disposition morale qui commande , à l’ouverture des jeux Olympiques, une trêve universelle et l’oubli des injures. Du reste, cette longue suite de monumens , leur luxe prodigieux , écarts sublimes du génie grec , font ressortir deux grandes vérités : l’une générale , et l’autre locale.
La première , c’est que, dans tous les lieux et dans tous les temps où une magistrature particulière ne préside pas à la direction d’une des plus belles institutions humaines, V institution monumenlaire , cet emploi des arts est toujours faux , frivole, inutile, à grands frais, dispendieux avec petitesse ; tandis qu’il pour-
ï84 Liv. III. l’exaltation.
rait être avec moins de dépense , avec autant d’éclat peut-être , avec un avantage direct au moins, dirigé vers les besoins et l’instruction du corps social.
La seconde , qui n’est au fond qu’une conséquence de la première , c’est que les merveilles de l’art, qui ne sont remarquables que par le luxe, qui ne flattent que la vanité, sont improductives et stériles. En effet , n’aurait-il pas mieux valu employer à féconder, à embellir la terre , qui les aurait reproduits au centuple , ces capitaux immenses, dont l’éclat morne et infécond décorait les temples ? N’aurait-il pas mieux valu éterniser sur le marbre et sur l’airain les traits des grands capitaines, des philosophes célèbres, des citoyens vertueux, que ceux d’un athlète ? Certes, les monumens de l’énergie morale nous intéresseraient beaucoup plus que ceux de la force physique : les conquêtes de l’esprit et du cœur nous touchent bien plus que celles du corps.
Par le même principe, qui fit multiplier à la Grèce ses pancratiastes en multipliant leurs statues , elle aurait de même augmenté la liste deses sages en répandant les images de la vertu.
FETES ü’OLYMPIE.
Elle leur érigea, sans doute , des mo nu me ns ; mais ces monumens perdirent de leur prix par leur indigne partage.
La lutte de ces hommes qui défendent les intérêts de la société en combattant tous les préjugés, toutes les passions, demande plus de courage, et offre bien un autre intérêt que celle de quelques porte-faix développant la vigueur de leurs muscles. L’enthousiasme dangereux que ces jeux excitèrent, produisit en outre plusieurs effets funestes. Il plaça au premier rang la force physique, qui , loin d’être un indice certain , est , au contraire , trop souvent en raison inverse de la force morale. Il nourrit de villes à villes, et de citoyens à citoyens , une émulation de vanité ; et chacun de ces petits corps qui faisaient partie du grand coi’ps social , se croyant représenté par celui de ses membres qui obtenait les honneurs du triomphe, s’attribuait une prééminence, qu’une politique , mieux entendue , aurait cherche .à diminuer, Lien loin de l’exalter.
A en juger par l’enthousiasme que les Grecs portèrentde ce col é , ou plutôt qu’ils portèrent dans tout, quen’ auraient-ils point fait, et pour l’avantage de leur propre pays, et pour celui
l86 LIV. ni. l’exaltation.
de l’humanitc en tière , s’ils avaient imprimé une direction plus utile à l institution monurnentaire P
Leur activité aurait étendu la sphère de plusieurs autres objets plus importans, plus rapprochés d’eux ; ils auraient agrandi encore les prodiges de l’agriculture, du commerce, de la civilisation , de la philosophie ; car c’est peut-être à cette habitude de prodiguer trop légèrement et avec inconsidération leur enthousiasme , de voir tout à travers les nuages d’une fougue impétueuse, et d’être enfin dans un état permanent d’ivresse, de délire, et, pour ainsi dire, de fièvre , qu’il faut attribuer la course rapide et brillante du peuple grec dans les arts de l’imagination, et sa marche lente, son peu de progrès dans les arts de raison.
La nation chez laquelle jusqu’ici l’esprit humain paraît avoir acquis le plus haut degré d’élévation, a payé le plus honteux tribut à tous les préjugés; et il faut en accuser cette disposition permanente à l’exaltation que renforcent et leur poésie et leurs spectacles.
Philosophe , reprit un A thénien , vos raisonnemens ne peuvent rien sur la passion. Celle
FÊTES d’üLYMPIE. l8'
des Grecs, pour ces jeux, est extrême, incorrigible. On a vu d’abord descendre les héros dans l’arène ; par la suite, les rois et les plus illustres capitaines briguèrent les prix du cirque. Hiéron envoie à Olympie les plus fameux coursiers , et leur fait dresser une lente superbe. Ce fut en vain que le républicain Thémistocle conseillait aux Grecs d’arracher le pavillon du tyran qui avait refusé d’entrerdans la cause commune de la Grèce : la voix de Thémistocle se perdit dans les airs ; Hiéron , ou plutôt son écuyer, remporta le prix, et Pindare l’immortalisa par de beaux vers.
Alcibiade , dans sa magnificence , n’eutpoint de rival : il nourrissait des haras nombreux , et possédait une foule de chars. Il en fit paraître sept le même jour aux jeux Olympiques, chose inouïe jusqu’alors; il remporta le premier, le second et le troisième prix, et traita, dans un repas solennel, tous les spectateurs des jeux. Plusieurs villes des alliés contribuaient , comme tributaires («) d’Alcibiade ,
REMARQUE
(«) Un traducteur se sert du mot servantes.
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pour soutenir sa magnificence dans les jeux Olympiques. Ephèse lui fournissait des tentes aussi magnifiques que celles des satrapes ; Chio nourrissait ses chevaux ; Cysique donnait les victimes et les viandes pour sa table ; Lesbos, le vin et toute la dépense de sa maison.
— Ce fut par ses prodigalités , reprit Mycillus, qu’il asservit le peuple : ses victoires, dans les jeux , préparaient la défaite de la Grèce, et cette vaine somptuosité le montrait digne de succéder à Périclès.
C’est ainsi que ces spectacles contribuent, en dernière analyse, à l’élévation des ambitieux, aux rivalités des villes, et à cacher la servitude derrière la gloire étourdissante des fêtes.
— Philippe fut aussi sensible à la victoire que ses chevaux avaient remportée à Olympie , qu’à celle de Parménion sur les Illyriens , et à la naissance d’Alexandre. — Ce politique consommé sentait bien que la carrière olympique était le théâtre où l’on surprenait l’admiration du peuple grec , et que l’on pouvait toutsur lui quand on en était admiré.
— Mais les éloges composés par Pindare...
■■ — Sont admirables, sous le seul rapport de
FÊTES ü’OLYMPIE.
l’expression et de l’enthousiasme : Pindare ternissait d’ailleurs ses talcns par une avarice sordide , flattait avec orgueil , et mendiait avec bassesse. Il divinise presque la richesse, à laquelle il consacre ses chants : cependant il affecte une certaine pompe de morale ; et , il faut l’avouer, ces sentences qui succèdent à l’éloge de quelques chevaux ou de quelques tyrans indomptables, présentent, dans leur faste même, une dissonance choquante. Pour m’exprimer ainsi que lui , il ne faut point transplanter l’arbre de la vertu dans des déserts. Cet appareil pédantesque de philosophie, soutenu de toute la magnificence de la poésie, ces éloges qui se mêlaient à tous ceux de la Grèce, l’intérêt national lié à celui du sujet ( et c’est à ces heureux rapprochcmcns que beaucoup de poètes ont dû leurs succès) , surtout la tradition des généalogies que Pindare recueillait avec une attention particulière, les fables mythologiques dont il perpétuait la croyance , tout concourut à étendre sa gloire prodigieuse, relevée d’ailleurs par des talens sublimes.
On n’a vu jusqu’ici, dans Pindare, que le poète , tandis qu’il fallait y voir le poète
190 liv. m. l’exaltation.
esclave, recevant ses inslrumens des prêtres, et ses sujets du liasard , et qui rendait tour à tour célèbres des chevaux, des rois et des lutteurs.
Pindare , à l’exemple d’Homère, s’instruisit , dit-on , dans les sanctuaires, et recueillit chez les prêtres de Delphes toutes les traditions religieuses , et même les matériaux historiques de ses poèmes. De là les honneurs qui lui furent rendus d’après l’oracle de la Pythie ; de là peut-être encore ces écarts , ou plutôt ces tirades postiches qui abondent dans ses hymnes. On sent qu’il avait dans la mémoire de grands lambeaux de lieux communs (a), soit sur la mythologie , soit sur l’histoire, et qu’il les appelait souvent [pour remplir le vide du sujet, et pour en couvrir la nudité.
Qui peut blâmer Pindare , s’écria le po'éte Aristée, Pindare l’aigle delà lyre ! Et aussitôt il se met à déclamer le chef d’œuvre de ce po'éte, gravé par un décret public en lettres d’or, dans le temple de Minerve , et adressé à Diagoras de Rhodes , vainqueur au pugilat.
REMARQUE
(a) A la manière des improvisateurs italiens.
FETES D’OLYMPIE. igr
Stroph. « Tel qu’un père saisit d’une main libérale, une coupe superbe et pesante d’or, son trésor le plus rare , la gloire des festins , la remplit d’une liqueur pétillante , l’approche de ses lèvres, et la remet en présent aux jeunes mains de son gendre , gage inestimable et envié , qui doit circuler de famille en famille , en témoignage honorable de leur alliance.
Antistroph. » Ainsi , versant aux vainqueurs les présens des Muses , je les réjouis du nectar que la source de mon génie leur prodigue. Heureux celui qu’une gloire constante environne ! Ma lyre mélodieuse, que soutiennent les accens des flûtes , dispense de différons côtés ses faveurs, et embellit la vie de ceux qu’elle immortalise.
Epod. » Animé par leur son , je suis descendu avec Diagoras («) ; je chantais la fille des mers et de Vénus, l’épouse du Soleil , l’ile superbe de Pvhodcs. Ainsi je préludais aux chants que je réservais à ce colosse du stade, à cet athlète couronné dans les com-
REM ARQUE.
(a) V oyez ci-dessus la liste des athlètes.
ÎQ2 LlV. III. L’EXALTATION.
bals du pugilat, près de FAlphée et de la source de Castalie , à son père Damagète qui chérit Thémis, héros qui habitent près d’Embolon ( a ) , avec une colonnie d’Argiens , l’île aux trois villes de la spacieuse Asie.
Stroph. » Je voudrais commencer leur éloge par Tlépoléme , race du puissant Hercule (6) ; car du côté de leur père , leur souche glorieuse est Jupiler ; du côté de leur mère Astydamic , ils descendent d’Amintor (c).
» Une foule d’erreurs obsède les avenues de l’âme ; il est imposible de connaître ce qui lui est le plus utile, et pour le présent, et pour sa fin.
Antistroph. » Car le fondateur de celte colonie , dans sa fureur ( ainsi le sage même n’est pas exempt du trouble des passions), assomma d’un coup de sceptre d’olivier, au milieu de Tyrinthe, Licymnius, frère bâtard d’Alcmène,
REMARQUES
(a) Temple de la ville d?Aricandes , en face de laquelle Rhodes est située.
(A) Vid. Homer. Apollod.
(<■:) Roi deDolopes, peuples d'Epire, fil s d’Orménus.
FETES D’OLYMPIE. ig3
alors qu’il revenait de la maison de Médée; L’homicide vint consulter l’oracle.
Epod. » Du fond de son sanctuaire parfumé , le dieu à la chevelure d’or lui ordonna de diriger sa flotte du rivage de Lerné vers cette contrée dont la mer forme la ceinture , et sur laquelle le puissant roi des dieux versa une pluie enflammée , alors que Minerve , dégagée par la hache puissante de Vulcain, s’élança tout à coup de sa tête sacrée, en poussant un cri formidable : le ciel en tressaillit , et la terre , notre mère commune.
Stroph. » Alors le dieu qui illumine l’univers , le fils d’Hypérion, commanda à ses fils de respecter le sort , d’élever à la déesse un autel superbe, et de réjouir, par un sacrifice solennel, et le père, et la vierge à la lance redoutable. Le vénérable Prométhée avait répandu sur les hommes la vertu et la joie.
Antistroph. » Mais l’oubli , comme un nuage sombre et imprévu , vient s’étendre sur l’esprit des Rhodiens. En effet , ils élevèrent un temple sur la hauteur, sans y porter les précieuses semences du feu ; les dieux furent cependant favorables. Jupiter assemble des nuages dorés, et fait pleuvoir l’or sur leur île.
ig4 liy. ni. lVxalt'vtiün.
'Epûd. » La déesse au'x'yeux pèrs dêur accorda de surpasser toüsles aiitres mcjrtcls dans les mêrveilles des arts, dans les prodiges de la main. Leurs roules sont peuplées de statues qde l’on croit animées , triomphe de leur gloire. Le savoir enfante la sagesse , et la saest exempte de fraude. Il est une tradition antique et consacrée; alors que Jupiter et les immortels se partageaient la terre , Rliôdes ne se montrait point encore à la surface des mers , elle dormait dans le sein des profonds abîmes.
Slroph. » Phébus était absent : personne n’avait indiqué sa part; le chaste dieu n7avait pôint de région qüi lui fut consacrée : Jupiter, s’eh ct*ant ressouvenu , voulut recommencer le partage. Apolloti s’y opposa. Je vois, dit-il, s’élever au milieu des vagues blanchissantes une île qui nourrira une population nombreuse.
JÏntistroph. » Il commanda aussitôt à Lachésis , dont la tête est ceinte de bandelettes d’or, d’étendre la main, de prononcer le serment redoutable que les dieux craignent de rompre. Consentez, dit-il, et vous aussi, fils de Saturne, que cette terre qui va voir la lu-
FÊTES D’OLYMPIE. Iq5
ïnière me soit consacrée. Il dit ; la prédiction s’accomplit.
Epod. » Une île s’élance du sein des eaux; elle est consacrée au dieu qui lance les flèches de la lumière, et qui dirige ses coursiers dont les naseaux soufflent la flamme. Uni à la nymphe de l’île, il en eut sept fils ^ distingués parmi les plus sages des mortels. L’un d’eux fut le père d’Ialysus, de Camire et de Lindus, qui partagèrent entre eux l’héritage paternel : les villes qu’ilshabitèrcnt retinrent leurs noms.
Slroph. » C’est là que le terme des misères et des peines était marqué pour le prince des Tirynthiens , Tlépoîème. On sacrifie sur sa tombe , on y célèbre des combats ; c’est par leurs palmes que Diagoras s’est illustré deux fois dans cette carrière. La fortune propice l’a favorisé quatre fois dans l’isthme célèbre Que de couronnes il a entassées , et dans les bois de Némée, et dans la difficile Athènes !
Anüsltoph. » Le bouclier d’Argos le connaît. Les athlètes d’Arcadie et de Thèbes l’ont éprouvé. Les combats célèbres de la Boétie , Egyne, Pellène, où il a vaincu six fois , sont les témoins de sa valeur. Son nomseul est étalé sur la colonne de Mégare. Père de la nature ,
196 liv. in. l’exaltation.
ô Jupiter! dieu puissant, qui régnez sur les sommets de l’Atabyre , honorez mon hymne, et le vainqueur olympique dont le prix du pugilat illustre la vertu.
Epod. » Qu’il soit toujours en faveur auprès de ses concitoyens et des étrangers, puisqu’il marche d’un pas ferme dans les sentiers de la justice ; fidèle aux oracles et aux principes de ses ancêtres vertueux , faites qu’il prouve toujours qu’il est le descendant de Callianax et des Erastides , alliés aux Grâces. Rhodes donne aujourd’hui, en son honneur, un repas public et solennel ; mais les vents peuvent changer, et amener les orages («). »
Quand Aristée eut. terminé , il s’essuya le front par Irois fois, ses cheveux étaient hérissés comme ceux de la Pythie , et il eut besoin d’un Lemps assez considérable pour reprendre haleine. Mycillus , voyant que les
REMARQUE
(«) Ijes amateurs de l’antiquité, que ces rapprochemens n’auront point satisfaits , pourront parcourir avec plaisir et avec fruit Y Agonislicon de Fabri , qui seul est un gros livre sur cette matière, et, ce qui est rare, un livre intéressant. Ils pourront aussi feuilleter les excellens Mémoires de Burette , sur la gymnastique des anciens.
enthousiastes étaient plus nombreux que les philosophes, n’osa dire ce qu’il en pensait, et continua ainsi : « Ce concours de tous les peuples de la Grèce , ces combats célèbres de la lyre , ces représentations solennelles , dans lesquelles le génie charme les peuples , et déguise la plus haute et la plus touchante instruction , sous le voile des fables dramatiques ; Eschyle , Euripide , Sophocle , Ménandre développant aux Grecs assemblés tous les tableaux des passions , des caractères , des faiblesses et des ridicules de l’humanité ; Archiloque s’accompagnant de la lyre ; Pindare assis sur un trône d’or; Hérodote s’avançant à la voix du héraut , et recevant le nom de père de V Histoire ; les jeux interrompus par la présence de Thémistocle ou de Platon : voilà quelle fut jadis la véritable pompe des spectacles ; il ne leur manquait que de réserver un prix à la vertu. »
Cependant on retourne au stade; pendant qu’il parlait, de jeunes filles s’y disputaient le prix de la course. Elles sont partagées en trois groupes , suivant leur âge : toutes sont parées de même; leur chevelure est flottante; leur tunique tombe et s’arrête au genou : une
i g8 liv. ni. l’exaltation:
de leurs épaules est nue , leur sein découvert (a) : on mesure aux jeûnes Àtalantes la sixième partie du stade olympique. La vierge qui a remporté le prix est couronnée d’olivier, et reçoit une part du sacrifice. Il lui est permis de faire suspendre son portrait dans le temple.
Seize matrones chargées de broder le voile de Junon (a) président a ces jeux, qui ont lieu tous les cinq ans. Seize femmes sont attachées à leurs ordres (i).
Cependant on distribue les prix ; la cérémonie finissait, etdéjàon commençait l’hymne
REMARQUE
(a) Erata. A Cos, on éloigne les esclaves des sacrifices (2). A Pellène, le vainqueur reçoit un manteau (3).
A Corinthe, les eraia portent un caractère lugubre (4). Médée les institua, dit-on , en l’honneur de ses fils. Junon s’appelle Akraia (5).
Elle est voilée (6).
On lui immole une chèvre (7).
MYTHOLOGIE COMPARÉE
(a) Hacla , Junon des Babyloniens.
AUTORITÉS
(1) Pausnn. — (2) Athcn. /. vi, c. XIV. — (3) Pindar, Olymp. Strab. /. vin. Hesych. — (4) Eurip. — (5) Zenob. cent. 1. pr. 27. — (6) Hesych. Suid. Diogen. Aposloi. — (7) Zenob.
d’aclions de grâces à Hercule , composé par, Archiloque (i) : un homme se présente tput couvert de sueur , un bâton de voyage à la main : « J’arrive peut-être un peu tard ; mais je viens au nom des dieux , spécialement au nom de Minerve, proposer une nouvelle sorte de combat , et réclamer la récompense due à l'industrie humaine (a) , qui fait que les mortels ne dépendent que d’eux-mêmes. Peuples ! vous venez de couronner l’adresse , la force et l’agilité. Le plus habile à la course , au pugilat , a reçu la branche d’olivier : quels honneurs réservez-vous à l’homme qui sait se passer de.s autres hommes , qui n’est redevable qu’à lui seul de ses vêtemens (2) , de ses chaussures , de ses ustensiles domestiques? Ce manteau, cette ceinture , sont le fruit de mon travail. La couche où je repose est l’œuvre de mes mains. Cet anneau d’or (3) que je porte à ma
REMARQUE
(a) Cette description, a la réserve dudénoûment, est tirée des Voyages de Pylhagore.
AUTORITÉS
(1) Pindare Sêoin. Mèm. Acad, inser. t. XIV. in-12 ,
p. 65 et 67. — (2) Cicer. de Oral. I. III ,c. XXI. — (5) Kirch-
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droite , est fabriqué par moi ; c’est moi qui ai gravé la pierre du chaton qui me sert de cachet. L’utile et l’agréable , j’ai tout fait.
» Je n’ai imploré le secours de personne ; je puis me dire libre, puisque je me suis affranchi même des liens de la reconnaissance. J’imite le soleil , qui n’emprunte sa lumière à aucun astre. Qui , dans cette assemblée , peut en dire autant ? qu’il se lève (i) ! »
L’originalité de cet incident fixa l’attention ; mais personne ne répondit.
Le même étranger continua : « Habitans de la Grèce , vous vous qualifiez du titre d’hommes libres ! Sachez qu’il n’y a d homme véritablement indépendant (2), que celui qui est tout à la fois son maître et son serviteur , et qui n’attend pas pour vivre le bras de son semblable. Personne ne me répond ; personne ne s’est encore avisé de placer son indépendance dans l’heureuse faculté de se passer de tout le monde. Je viens vous offrir cet hommelà. Vous le voyez en moi; je réclame la cou-
AUTORITÉS
manu, de Annulis , 3. — (i) De Paxv , Rech. sur les Grecs, t, i . — (2) Montaigne , Ess. I. 111 , p. 9.
ronne d’olivier; elle m’est destinée plus qu’à tout autre , puisque je me suis voué aux conseils de la sage Minerve. Décernez-moi le prix dû à l’industrie, mère de l’indépendance. Faites mieux , faites plus ; imitez-moi. Mon plus beau triomphe serait d’avoir beaucoup d’imitateurs. Juges des jeux Olympiques, prononcez. »>
Les juges se turent , et aucun de l’assemblée n’osait rompre le silence. Un homme avança devant le tribunal ; et prenant la main de l’orateur qui venait de parler : « Peuples de la Grèce , nations voisines ! vous tous qui êtes ici rassemblés, écoutez-moi. J'ai quelques titres pour vous adresser la parole. Je suis l’hôte du sage Chilon ; c’est moi qui l’accompagnai de Sparte jusqu'ici. Initié deThèbes, Pythagorc, de Samos , a le droit d’assister à la solennité olympique., et d’y proposer son avis . . . Vous n’avez plus de couronnes à donner , et cet homme les mérite toutes. Rendez du moins hommage au premier de tous les talens, celui de se suffire à soi-même. Si les deux législateurs de la Grèce présidaient cette assemblée , Lycurgue et Solon vous diraient : Aimez tou-