THESMOPHORIES
Glycère devait m’accorder sa main , après la célébration des Thesmophori.es (a). Celte fête est une des plus solennelles. Elle est consacrée à Cérès législatrice. Ce dernier nom lui convient. En effet, dit (i) un philosophe, de la culture des terres s’ensuivit nécessairement leur partage, et de la propriété une fois reconnue les premières règles de la justice.
On présente en offrande à Cérès et à Proserpine des gâteaux appelés mêl/oi, pétris de sésame et de miel , et auxquels on imprime les formes caractéristiques du sexe féminin(2).
On offre avec appareil des pains remar-
REM ARQUE.
(a) Il faut distinguer les Thesmophorics des Eleusinies , en ce que les unes se rapportent à l’agriculture , et les autres aux lois reçues de la deesse.
AUTORITÉS
(i) J. J. Roussecvu , Inégal, des Condit. — (2) Athen. I. IV.
quables par leur grosseur (1), d’où la fête prend le nom de Megalarlia.
Les femmes portent solennellement surleur tète, dans la cérémonie, les livres des lois (2).
Ces Mystes doivent être recommandables par une vie irréprochable ; on choisit, pour les présider, deux matrones. Les époux contribuent , suivant leur fortune , aux frais de la cérémonie (3). Les femmes nomment entre elles un grand - prêtre (4). Elles doivent se préparer aux mystères par l’abstinence des voluptés (5) : elles jonchent leur lit de plantes où circule un sève froide et paresseuse, dont l’effet est de glacer les sens (6). ( L’agnus-
REMARQUE
L'origine en est attribuée à Orphée (7), a Triptolème(8), aux fiiles de Danaiis qui l’apportèrent d’Egypte dans la Grèce (9).
(1) Athen. 1. ni. — (2) Theocr. Scol. idyl. xtv. — (5) Isocr. ornt. — (4) Inscript, vit. — (5) C/ern. s/rom. IV. Theon. — (6) Elien , Hist. an Dioscor. 1. 1 , c. CXXXV. Ga/en. Scol. Nicand. Theocr. idyll. iv. E/yrn. aut. Plin. /. xxiv, c. IX. Steph. — (7) Plut. Diod. Demosth. rhet. ex cit. Theodoreli therapeut. 1. — (8) Lutatius ad Thebaid. IL. — (9 ) Herod. I. il.
NÉOMÉNIE, etC. 277
castus, le pulicaire, les feuilles du saule , de la vigne et du pin, etc.)
Quelques unes de ces ministres de Cérès sont nourries aux frais publics dans un séminaire de chasteté (1) ; elles ajoutent à ces privations les rigueurs du jeûne (2) et de la prière. Il leur est défendu de manger de la grenade et de porter des couronnes defleurs(d). Elles marchent les pieds nus : elles égaient cette situation par des saillies et des sarcasmes (4).
Les hommes sont soigneusement éloignés de la présence des mystères que couvre un secret impénétrable (5). On en écarte les esclaves et les servantes.
On fait secrètement un sacrifice. On chante des hymnes particuliers (6).
La fête est terminée par un second sacrifice. On demande pardon à la déesse des fautes échappées pendant la célébration des mystères .
AUTORITÉS
(1) Lucian. in Timon, dialog. Musarii. — (2) Plu/. îDemosth. Id. de Isid. Phurnut. de Ccrere. Athen. /.vu. — (3) C/em. inprotrept. Scol. Sophocl. QEdip. Col. — (4) Apollod- /. 1. C/eomed. meteor. — (5) Arisioph. — (6) Murius Vietorin. prl, grammat. I. IV.
r>7 8 LIV. IV. LA DÉGRADATION.
On rend alors à la liberté les esclaves et les prisonniers (i).
On se prépare aux Thesmophories, par le jeûne et les privations. Les festins , l’ivresse succèdent à l’abstinence (2) , usage ordinaire après les cérémonies religieuses : de là vient qu’on donne pour racine à methuein s’enivrer , meta to thuein , après le sacrifice.
Les hymnes de ces fêtes sont graves, solennels et touchans ; ils sont terminés paY cette prière que j’ai mise en vers :
« Salut, ô déesse! conserve cette ville dans la concorde et dans l’abondance ; fais tout mûrir dans nos champs ; engraisse nos troupeaux, fertilise nos vergers, grossis nos épis, féconde nos moissons : fais surtout régner la paix , afin que la main qui sème puisse aussi recueillir (3). »
Les pratiques intérieures sont d’ailleurs très-licencieuses ( a ).
REMARQUE
( a ) Elles croiraient, dit Agathon, que je viens letttf AUTORITÉS.
( 1 ) Sopater de div. quest. — (2) Aristoph. — (3) CaUim. trad. de Dutheil.
NÉOMÉNIE , etC.
§ III
LA THÉOGAMIE.
Demain je célébrerai la Théogamie avec Glycère.
On développe dans cette fête tout l’appareil d’une noce , en mémoire de celle de la fille de Cérès : on bénit ses bienfaits.
De là cet usage de présenter à l’épousée un pain dans une corbeille ( a ), tandis que l’on chante : Le bien remplace le mal ; allusion au renouvellement de l’année , ou aux bienfaits de la civilisation que l’agriculture fit succéder à la barbarie.
REMARQUES
dérober ma part de ces œuvres de la nuit, et de cette façon de jouir des plaisirs de Vénus , qui n’appartient qu’à leur sexe (i).
(a) Theogamia (2). Fête de deuil. On célèbre les Musia à Argos, les Ornoloia en Thessalie, les Pulaia à Pyles. AUTORITÉS.
(1) Aristoph. Tliesmoph. — Voyez les Mémoires de Duiheil et de Sainte- Croix dans ceux de V Acad, des Inscriptions. — (2) Poil. I. 1 , c. 1 .
280 LIV. IV. LA DEGRADATION, etc.
Ne serait-ce point une institution allégorique que celle qui a placé l’époque des fêtes de l’hyménée , au moment où le laboureur confie à la terre les germes de la fécondité ; ou plutôt ne faut-il point applaudir à la douce philosophie du législateur, à sa morale aimable qui, au moment du deuil de la nature , place , comme à dessein d’en adoucir l’horreur, les jeux, les danses , et la fête des amours.
Vous m’invitez à faire le voyage d’Athènes , mon cher Mycillus : et moi, je vous attends à Naxos ; venez voir et faire des heureux.
SECTION III