AGATHON
Augustes ministres des autels , quel chemin pénible ! quelle épreuve ! Mon imagina-
AUTORITÉ
(l) Nnnn. Dionys.
MYSTÈRES d’ÉLEUSIS. 383
lion est encore bouleversée. Quoi ! tant de peines ! tant de fatigues !...
Pour mériter la volupté.
AGATIION.
Me conduirez-vous dans son temple ?
l’hiérophante.
Vous en êtes digne.
AGATIION.
La réalité aura de la peine à surpasser tout ce que mon imaginatioiTme représente.
l’hiérophante.
Vous ne connoissez point file fortunée. . . .
Là, vous verrez une ville toute d’or ; les remparts sont d’émeraude ; on y entre par sept portes dont chacune est faite d’un seul arbre de cinnamomum ; les rues sont pavées d’ivoire.
Tous les temples des dieux y sont bâtis de pierres de beril , et les grands autels sur lesquels on immole les hécatombes , sont d’une pierre d’améthyste.
Autour des murs coule le fleuve des par-
fums(a), large de cent coudées, et assez profond pour qu’on y puisse nager. Les bains sont de très-grands édifices de cristal , parfumés de cinnamomum. Au lieu d’eau, les baignoires sont remplies d’une rosée chaude.
Les vêtemens des héros sont tissus d’une toile d’araignée très-fine et de couleur de pourpre. Eux-mêmes n’ont ni corps ni chair, quoiqu’ils en aient l’apparence, et cependant ils se tiennent debout , se meuvent , raisonnent et parlent. Leur âme qui n’a qu’une enveloppe apparente est en quelque sorte nue. Quoique cette enveloppe soit impalpable, on a peine à se persuader que ce qu’on voit n’est point un corps. Ce sont des ombres , mais des ombres qui ne sont ni étendues sur la terre , ni accompagnées de traces noires , comme celles qui nous suivent.
Personne ne vieillit en ces lieux ; on y reste toujours à l’âge qu’on avait en entrant. Il n’y fait jamais nuit, et le jour n’y est pas non plus très-éclatant ; il ressemble à peu près au crépuscule du matin.
MYTHOLOGIE COMPARÉE, fa) Le fleuve des délices de l’Apocalypse.
MYSTÈRES D’ÉLEUSIS
Ils ne connaissent, aussi qu’une saison clans toute l’année , et cette saison est un printemps perpétuel : il ne souffle qu’un seul vent, c est le zéphyre.
Les vignes sont douze fois fertiles par an , et produisent tous les mois. Les grenadiers , les pommiers et les autres arbres fruitiers y rapportent treize fois , parce qu’on les cueille deux fois dans le mois de Minos.
Il y a , autour de la ville , trois cent soixante-cinq ( a ) fontaines d’eau , autant de sources de miel , et cinq cents de parfum , qui cependant sont plus petites que les autres. Il y coule encore sept {b ) fleuves de lait et huit de vin.
La salle des banquets est bâtie hors l’enceinte des murs , dans un lieu appelé le t 'J i amp -Elysée. C’est une superbe prairie , environnée d’une foret variée et touffue, qui donne un ombrage épais quand on veut s’y reposer sur le gazon fleuri qui en tapisse le sol. Les vents font l’office d’esclaves , et apportent
REMARQUES
(a) Nombre astronomique.
(b) Idem. Voyez l’Apocalypse.
386 LIV. IV. LA DÉGRADATION, tout ce dont on a besoin, excepté qu’ils ne versent pas le vin dans les coupes , parce que cela n’est pas nécessaire ; on trouve sous sa main, autour de la salle, de grands arbres du cristal le plus transparent, dont les fruits sont des vases de divers formes et de différentes grandeurs : quand on arrive pour se mettre à table , on en cueille un qu’on place devant soi, et qui se remplit aussitôt devin.
Les guirlandes et les fleurs du festin sont fournies par des rossignols et d’autres oiseaux chantans , qui vont en prendre à leur bec dans les prairies voisines , viennent voltiger sur la tête des convives , et les laissent tomber sur eux comme des flocons de neige.
Des vapeurs épaisses s’élèvent du fleuve des parfums , pour former des nuages odoriférans que le vent pousse doucement au-dessus de la salle, et qui tombent en rosée très-déliée.
Pendant les repas , ils ont le plaisir de la musique et du chant. Les paroles sont ordinairement des vers d’Homère. Ce poète est au milieu des héros, et il est placé à table immédiatement au-dessus d’Ulysse.
Il y a des chœurs de jeunes garçons et de jeunes filles , dont les coryphées sont Eunome ,
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de Locres (1), Arion , de Lesbos, Anacréon et Stésichore. Quand ceux-ci ont fini, on voit s’avancer un second chœur composé de cygnes, d’hirondelles et de rossignols (2) , et leur concert est suivi des accords de flûtes que font entendre tous les arbres de la forêt, à l’aide des zéphyrs.
Près de la salle , sont deux fontaines destinées à verser toujours la joie parmi les convives : l’une est celle des ris , et l’autre celle de la volupté. Ils boivent de toutes deux en se mettant à table , et les délices et la gaîté accompagnent tous leurs repas (3).