CHAPITRE VIH
Les salons de Vienne. — La princesse Bagratioc. — La famille Nariskin. — Une lolcrie. — MaliaÉe chez le prince de Ligne. — Ses vers sur Joseph II. — Souvenir du chevalier de Saxe. — ïpsilaati et la délivrance de la Grèce. — Le général Ouwaroiï. — Le synonyme de moi.
Pour les cent mille étrangers accourus dans la capitale Je l'Autriche, le Congrès était moins une assemblée politique qu'une immense réunion de plaisir. Si chaque souverain avait ses ministres et ses ambassadeurs, la société de chaque pays avait aussi ses représentants : aux premiers,
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les discussions d'intérêt et d'affaires; aux seconds, le soin , l'unique soin des réceptions et des fêtes. Parmi les plénipotentiaires de cette diplomatie de salon , on citait pour la France, la comtesse Edmond de Périgord; pour la Prusse, la princesse de La-Tour-ct-Taxis; pour l'Angleterre, lady Emilie Castlcreagh j pour le Dancniarck , la comtesse de Bernstorff.
La haute société allemande se fractionnait en plusieurs cercles: chacun d'eux avait sa nuance et sa physionomie. Dans les réunions des princesses Marie Ester hasy , de Colloredo , de Lichtenstein , de la comtesse Zicby , on admirait l'ur. hanité, la grâce s'alliant aux mille détails de la plus touchante hospitalité. Chez madame de Fuchs, régnait l'abandon de l'intimité. Tout était grave, au contraire, chez la princesse de Furstemberg. Aussi distinguée par son énergie nue par son instruction, cette dame recevait habituellement les princes : parmi eux que de souverains étaient devenus sujets ! La maison de la belle duchesse de Sagan était aussi comptée au nombre des plus recherchées. Par son esprit supérieur, il n'eût dépendu que de cette femme remarqua-
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ble d'eiercer une grande influence sur les affaires sérieuses: son jugement était une autorité; mais elle n'eu abusait pas. Les puissances diplomatiques se réunissaient chez M. de Humboldtet chez M. de Metternich qui aurait dû, sans doute, être cité le premier. En effet, quoiqu'il fût le point central des affaires, ce ministre trouvait encore la possibilité d'accueillir les étrangers avec la politesse la plus infatigable.
Le salon russe par excellence était celui de la princesse Bagration. Cette dame, épousedu feldtinaréchal de ce nom, faisaiten quelque sorte les honneurs de Vienne à ses compatriotes. C'était un des astres les plus brillants dans cette foule de constellations que le Congrès avait réunies. Par le charme et la distinction de ses manières, elle semblait avoir été chargée de transporter là les formes polies et cette aisance aristocratique qui faisaient alors des salons de Pétersbourg les premiers de l'Europe. Sous ce rapport, jamais ministre plénipotentiaire ne sut mieux tirer parti de ses instructions.
I,a princesse Bagration, que, depuis cette époque, Paris a pu admirer, était alors dans tout