‹ Fêtes et souvenirs du Congrès de Vienne tableaux des salons par le comte A. de La GardeChapitre 15 sur 39 · I DB · texte numérisé non relu

I DB

mages. A Vienne, ou se trouvaient tant de personnes distinguées, elle était une de celles qui brillaient le plus par la réunion de toutes ces qualités.

Je me trouvais placé près duprinceKoslowski et du baron Ompteda, et j'étais bien certain que, dans un cercle si nombreux , ils trouveraient tous deux ample matière à leurs piquantes observations.

u Voyez, me dit le baron , derrière le fauteuil de l'empereur Alexandre , son frère le grand-duc Constantin, la troisième personne de l'empire et probablement l'héritier présomptif du trône ; quelle attitude servile il prend auprès du czar ! quelle affectation il met à se proclamer son premier sujet! En vérité , on le croirait enthousiaste de soumission, comme un autre pourrait l'être de liberté. Non, je ne puis comprendre qu'on savoure ainsi avec délices la volupté de l'obéissance.

« Remarquez, non loin du grand-duc, le jeune prince de Rcuss, vingt-neuvième du nom: chez lui c'est un autre travers. 11 s'est avisé de donner dans les rêveries de je ne sais quelle école

germanique, et il y a puisé nue sensiblerie affectée qui gâte en lui les qualités les plus réelles et les dons les plus beurcux de In nature. La sentimentalité vague , dont il fait ouvertement profession, lui inspire les idées lus plus bizarres. Il écrivait, il y a quelques jours, à une daine qui n'est pas loin de nous: " L'espoir sans cesse renaissant et détruit, ne me retient au monde que pour languir suspendu , comme le tombeau de

Mahomet, entre le ciel et la terre

Décidez : ou votre amour ou ma

mort.» On ne lui a pas donné l'un, et il s'est bien gardé de se donner l'autre. Et voilà comme, de gaité de cœur, on s'affuble d'un ridicule que le monde vous pardonne souvent moins qu'un défaut réel. Son oncle Henri XV ou XVI, maintenant commandant civil et militaire de Vienne, est d'un esprit un peu plus positif. Le grand Frédéric lui demandait un jour si les princes de sa maison numérotaient comme les fiacres.

— « Non, sire, reprit Ileuss, mais comme les rois.

» Frédéric dut être confus de la répartie. Elle lui plut néanmoins, comme tout ce qui était spi-

rituel et imprévu, et, à dater de ce moment, le prince Henri fut toujours en faveur auprès de lui.

Connaissez-vous, me dit Koslowski, ce charmant cavalier qui vient de passer devant nous? c'est le jeune comte de ***. Jusqu'à présent il n'a été connu que par ses succès auprès des dames : il aspire aujourd'hui à une autre gloire: il veut être ambassadeur. Croyez-vous qu'il ait voyagé, qu'il connaisse le monde , qu'il ait étudié les relations et les intérêts des peuples? Non: mais il a la tournure la plus distinguée, une de ces figures qui tournent la tête aux femmes. La princesse de "** , que vous connaissez bonne et sensible, s'intéresse vivement à ce solliciteur diplomate : avant huit jours il sera ambassadeur. I* Congrès fera bien d'autres miracles.

• Avez- vous entendu parler, poursuivit-il, d'une scène qui vient de mettre en émoi les salons politiques? Le baron de St**, que vous voyez auprès deM. de IJardemberg, en a été le principal acteur. Naturellement violent et emporté, cet homme d'état n'a jamais pu adoucir la fougue de son caractère malgré le contact du monde diplo-

manque dans lequel il vit. Déjà beaucoup de ses collègues avaient CU à s'en plaindre: il y a huit jours, le chargé d'affaires d'un petit prince allemand , plénipotentiaire inaperçu au Congrès , mais fort important peut-être dans son pays , se fait annoncer chez te baron. Précisément celui-ci, très occupé en ce moment, voulait être seul. I.e visiteur s'introduit modestement, et se dispose à prendre la parole avec cette déférence qu'il doit témoigner au représentant d'une grande puissance. \m baron lève les yeux, et, sans demander au nouveau venu ni son nom , ni le motif de sa visite, il se précipite violemment sur lui, le prend au collet, et le jette à la porte. Tout cela s'est fait avec la rapidité de l'éclair. Cependant des explications ont été demandées: l'irascible diplomate a dû témoigner son repentir de l'inconvenante action qu'il s'était permise: mais l'impression n'en est pas encore effacée. Convcnex-cn, voilà un triste échantillon de la patience et du calme que les régulateurs de nos destinées apportent dans leurs relations. »

Koslowski me fit remarquer ensuite, non loin de l'impératrice Eli/abeth, la comtesse île Tolstoy,

femme du grand -maréchal , née princesse Baratinsky : sa mère était de la famille de Holstciu lïcck, et cousine germaine de Catherine D.

<• Vous savez, me dit-il, que le grand-maréchal est en pleine disgrâce.

— « Oui, prince: mais j'en ignore la cause.

— « La voici. Le comte de Tolstoy, fort de l'indulgence de l'empereur, se permettait de prendre avec lui un ton de remontrances que. bien peu de souverains auraient tolère : il le contrariait sur tout. Alexandre riait souvent de ses observations chagrines ; quelquefois aussi il s'en fâchait et s'eu vengeait plaisamment, à sa manière. Lorsque tous deux voyageaient en traîneau découvert, et que les taquineries du grandmaréchal avaient luis à bout la patience du car, celui-ci, sans répondre, d'un coup d'épaule faisait tomber Tolstoy sur la neige , et le laissait , pendant quelques minutes, courir après le léger équipage. Quand il juneait la punition suffisante, on s'arrêtait. Le maréchal, tout en grommelant, se replaçait près de son maître, et tout était oublié.

» Persuadé que cette bonté ne se lasserai! ja-

tuais, Tolstoy a voulu s'opposer à ce que Alexandre parût au Congrès. A l'entendre, l'empereur n'y remplirait pas un rôle digne de lui. Fatiguée depuis longtemps, Sa Majesté a pris cette fois la chose plus.au sérieux, et s'est séparée de son grand-maréchal. Celui-ci est, dit-on, inconsolable de sa digrâce. Fiez-vous donc à l'amitié des rois! »

Effectivement, quelque temps après, le comte de Tolstoy, incapable de survivre à la perte de sa faveur, mourut de chagrin à Dresde où il s'était retiré.

Tout-à-coup , il se ht un grand silence. Une jeune actrice française , mademoiselle L**, élève de Talma, récemment arrivée de Paris, et que protégeait laprincessc Bagration, allait s*e faire entendre. Quoique la versification tragique française ait surtout besoin de l'illusion de la scène et des prestiges du costume, ce genre de distraction n'avait pas encore été prodigué comme aujourd'hui : on s'empressa autour de la belle tragédienne.

Mademoiselle L** récita, avec beaucoup danie, quelques tirades de Zaïre, et ht particulière-

ment honneur à son maître dans la belle scène du Songé dÂihalie. Aussi , ne lui épargna-t-on pas les éloges, et je ne crois pas que jamais débutante ait eu un tel parterre pour juge (i).

On se réunit ensuite autour d'une table chargée d'objets riches et élégants. On allait tirer une loterie, espèce de galanterie renouvelée de la cour de Louis XIV, qu'avait inspirée à ce monarque son amour pour madame de La Vallière, et dont les daines trouvaient la mode fort ingénieuse. Chaque souverain fournissait à ces loteries un ou plusieurs présents qui , échus en lots à quelques heureux cavaliers, leur offraient un moyen d'en faire hommage à la dame de leurs pensées. Ce genre d'amusement se renouvela très souvent pendant la durée du Congrès : les plus remarquables loteries furent celles qui curent lieu che* la princesse Marie Esterhazy et chez. madame Bruce, née Mouskhin Pouskhin. Elles

(1) Il semble que tout ce qui était présent à cette scène magique du Congres dût se ressentir de l'influence de U destinée. Mademoiselle L" a,; depuis, fait une grande forluue, et sa sœur a épouse le comte de Pries, cher de la riclie et célèbre maison de banqnc de ce nom a Vienne.

ne se bornèrent même pas aux salons, et furent quelques semaines plus tard la cause principale d'une aventure qui occupa vivement les esprits.

Quelques-uns des lots étaient magnifiques : le grand-duc Constantin gagna deux vases de porcelaine que le roi de Prusse avait fait venir de sa manufacture de Berlin. Il les offrit à la belle hôtesse. Le roi de Bavière eut une boîte en mosaïque, qu'il pria la princesse Marie Esterhazy d'accepter, et le comte Capo d'Istria, un coffre en points d'acier, qu'il donna à la princesse Volkonski.

Deux petits flambeaux en bronze échurent a l'empereur Alexandre : ii en fit cadeau à mademoiselle L*",dont il s'occupait alors, dit-on :

« Les amours de sa majesté, murmurait-on autour de moi, ne feront pas une grande brèche au trésor impérial. H vient d'offrir à mademoiselle L" un présent de quelques louis. C'est vraiment une prodigalité éblouissante; car souvent, au lieu de donner, c'est lui qui reçoit. Tout le linge qu'il porte a été confectionné par lus belles mains de madame Nariskin : il en accepte la rài;nn, rien de plus simple; mais il oublie

toujours de lui rembourser le prix de l'étoffe. La charmante favorite le dit à qui veut l'entendre. Ici l'on parle souvent de Louis XIV : on cite à tout propos les moindres particularités de ses fûtes, Nos souverains devraient bien l'imiter. Et, si bien ciselés que soient ces (lambeaux, mademoiselle L" ne peut trouver qu'ils vaillent les bracelets de diamants gagnés par le grand roi à la loterie de Madame, et si délicatement offerts à la belle La Vallière. «

« Tout ceci est certainement de bon goût, me dit le prince Koslowski ; mais que sont ces fôtcs à côté de celles que Potcmkin, après la prise d'Oczakoff, donna à l'impératrice Catherine au palais de la Tauride, et dont les tableaux fantastiques sont encore présents au souvenir de nos mères? Iià aussi était une sorte de loterie : au tirage présidait non le hasard, mais l'adresse. Dans la salle du bal s'élevaient une longue suite de colonnes de marbre, ornées de guirlandes de bijoux : la danse était conduite de façon que chaque cavalier, passant près de ces colonnes, en détachait, sans s'arrêter, quelque ornement précieux qu'il offrait à sa danseuse. Vous pense/ bien que eette

galanterie plut beaucoup aux dames, et que [ impératrice se chargea d'acquitter la dette de leur reconnaissance en comblant son favori de nouvelles richesses. Voilà des amusements dignes des souverains. Nous devenons bien mesquins, en vérité ! *

On tira ensuite une foule d'autres lots de moindre valeur, qui établit un doux commerce d'éebange. Il y avait tant de monde dans le salon, que je n'aperçus Ypsilanti que lorsqu'il s'avança pour recevoir une palatine de martre , qu'il offrit à la princesse Souwaroff. Profitant d'un instant où la foule était moins compacte, je m'approchai d'eux, et je témoignai à cette belle princesse Hélène tout le plaisir que j'éprouvais à la revoir.

« Nous avons, sans doute, beaucoup à causer, me dit-elle; venez demain, avec Ypsilanti, déjeuner chez moi à midi : nous serons un peu plus seuls, et moins observés qu'ici. Nous parlerons de Pctersbourg, du Congrès, de vos voyages. »

.l'acceptai avec joie , bien certain de retrouver auprès d'elle le souvenir de mon séjour en Russie, qui a fait de ces années les plus remarquables de ma vie.

Quand les souverains se furent retires, on fit de la musique, on dansa, puis vint un élégant souper avec sa galté franche et ses causeries intimes. Ce fut, en un mot, une de ces successions d'heures qui semblaient toutes , à Vienne, filées d'or et de soie par la main des plaisirs.

Le lendemain , avant de me rendre chez la princesse, je passai un moment chez le prince de Ligne pour lui faire ma visite accoutumée. C'était un devoir pour moi de le voir tous les jours : je ne pouvais me lasser d'entendre cette conversation, qui, mieux qu'aucune autre, rappelait le ton parfaitde la hautesociété, ces récits faits avec tant de grâces, ces observations si pétillantes d'esprit et si pleines de bon sens. Ce devoir était devenu pour moi un besoin, comme si un secret pressentiment m'eût averti que cet ami, encore si plein de vie et de force, allait prochainement être enlevé à mon affection et à l'admiration de l'Europe.

Je le trouvai, connue à son ordinaire, écrivant dans son lit, ayant un pupitre devant lui, et entouré d'un rempart de livres.— « Je vous annonce, lui dis-je, l'arrivée du prince Schercbatoff : il a quitte Moscou pour se rendre au Confjrés. »

— u J'en suis fâché, me répondit le prince; Scbcrebatoff est ud homme dont j'estime la valeur et le caractère; mais sa vue me rappelle la jierte d'un ami que je pleure encore. 11 m'est véritablement antipathique, r.

— « Vous voulez, sans doute, parler du chevalier de Saxe, mon prince? »

— u Hélas, oui !

.. C'est dans mes bras qu'il est mort. A tous titres il était fait pour inspirer l'amitié. Par ses traits, ressemblant aux rois, aux princes illustres de sa race, il tenait du maréchal de Saxe par sa valeur et son sang-froid. Son caractère était franc et loyal : et le petit nombre de ses amis (car il craignait de profaner ce nom), pouvaient passer pour des admirateurs. Dans cette inévitable et malheureuse affaire, atteint d'une halle qui le perça de part en part, il porta la main à son cœur cil disant : - Je suis mort ! » ajusta froidement son adversaire, le manqua de très près, et tomba

expirant

. . . . Ah ! ce tableau est toujours là, et je sens que la vue de Scbcrebatoff en renouvellera l'amertume. Il est rependant une idée à laquelle il

finit s'habituer : à mesure qu'on avance dans la vie, les rangs s'éelaircissent, et les tombes se pressent, n

Pour distraire le prince de ces lugubres pensées, je le ramenai par la poésie à des images plus riantes. Il venait d'achever une pièce de vers sur la statue équestre de Joseph II, qui décore la place de ce nom, et dont Vienne doit l'exécution au génie du sculpteur Zatiner. I) me lut avec feu cette œuvre inspirée à sa verve octogénaire par son admiration pour ce monarque bienfaisant et philosophe ; puis il me permit d'en prendre cepie (i). Je lui demandai s'il comptait la publier un jour.

— «Non, non, mon entant, me dit-il, en me prenant la main : vous ne savez pas quel est le rôle d'un auteur? C'est un pauvre diable qui tait face à une armée entière. Il ne peut pas se défendre; il ne voit pas même ceux qui l'attaquent, et souvent it succombe sous les coups d'un sot. Madame de Staël a dit que rien n'était plus facile

(1) Voir à l'Appendice celte pièce inédite d'un poète <lc quatre-vingts ans.

et plus difficile que de faire des vers français : elle voulait dire que rien n'était plus difficile que d'en faire de bons. Gomme je n'ai pas la prétention d'approcher de la perfection en ce genre, je n'écris plus que pour mes amis et pour moi.

— «La postérité, mon prince, vous lira pour se dédommager de n'avoir pu vous entendre. Mois rappelez-vous que madame de Staël a dit aussi : « Quelle douce illusion pour un écrivain que de se dire : je ne mourrai pas tout entier, et dans mille ans encore une de mes pensées généreuses ira faire palpiter un cœur généreux!... «

— « Oui, j'aime cette pensée : madame de Staël y revenait souvent. Elle peut être le mobile des plus belles inspirations. »

Comme il élait près de midi, je pris congé de lui, emportant soigneusement mon petit trésor littéraire, qui m'est bien plus précieux encore comme un des souvenirs de cet illustre vieillard.

* A bientôt, me dit-ïl, et venez de bonne heure. Je vous mènerai dîner à ma gloriette du Ralcmberg : nous y aurons un peu plus de loisir et de solitude pour causer ; car toujours du plaisir, ce n'est plus du plaisir. >

lavais promis à Ypsilanti de le prendre pour aller ensemble chez la princesse Sonwaroff. Je me rendis chez lui en toute bâte. Ypsilanti, a cette époque, était positivement assiégé par ces faciles amours si bien faits pour enivrer une jeune tète. Sa figure noble et martiale, sa taille haute et bien prise n'étaient nullement déparées par la perte de son bras. Les billets doux lui arrivaient en masse; mais jamais ces succès ne lui inspirèrent la moindre fatuité.

— « Voyez, me dit-il, en me montrant un paquet de lettres; en voilà six depuis hier, et en différentes langues, en Italien, en Français, jusqu'en Grec. J'en ai, ma foi, pour toutes les églises de Vienne.

Presque tous ces billets lui assignaient des rendez-vous dans les différentes paroisses : l'Autriche a conservé cette coutume de l'Italie, ou l'on sait que l'amour se cache sous le voile de la dévotion.

— « Venez, mon ami, poursuivit-il; mon cœur est ailleurs : nous allons parler de la Grèce. «

Le déjeuner chez la princesse Hélène fut charmant. Parmi les femmes de la haute société russe, personne mieux quelle ne réunit les a van-

tages d'une haute intelligence aux charmes d'une âme tendre et sensible. Elle sema notre entrelien de ces mots heureux, si doux quand ils viennent du cœur. Puis vinrent des détails remplis d'intérêt sur Pétersbourg, depuis que je l'avais quitté, et toutes les circonstances relatives à nos amis communs. D'abord l'amour sans espoir, mais toujours constant, de son frère Léon pour sa tante, la belle Maria-Antonia Naiiskio; le second mariage de Vielhorsky avec mademoiselle fiiren, et les bons mots du prince Gallitzin, et la sévérité du grand-duc Constantin, et les saillies du grand chambellan Narîskin, son père. Le récit d'un fait succédait à un autre. Nous étions au bord du la Néva.

Ypsilanti nous écoulait en silence. Cependant le feu de ses regards, l'expression de sa physionomie, tout en lui décélait cette exaltation, dont il portait le germe dans son âme dès sa plus tendre jeunesse. Devenu , depuis peu de temps, par la mort de son père, possesseur d'une immense fortune , brillant d'une gloire militaire acquise au prix de son sang, environné des séductions du plaisir et de l'amour, toutes ses pensées, tous

les rives de son avenir élaienl pour eelle Grèce M pairie, dom il déplorai! l'asservissement en appelant pour elle, de» vengeur,. Les événement, mémorables dont il venait d'être le témoin n'avient pu qu'augmenter son ardeur et sa fougue. Je m'aperçus qu'il n'était pas médiocrement encouragé dans ce. illusion, de liberté par la prinee»e Hélène, qui, „œ ,onte ,„ haaKmliu russe, caressai. „„ espoir légué dep„is un siècle de génération en génération, comme un héritage pieux etphilanthropique.

- " Oui, dit-il avec feu, la grand, guerre europeenne est terminée; le ,„„„„, est arrivé pour la Grèce. .Sa noble cause ,, devenir celle de I Europe entière. C'est de Vienne que doit par,;,, le signal de son indépendance.

—Eh bienl pourquoi ne p., agir, dit la princesse? Qu'il serait beau d'être à vi„g,.,r„is ,„, |c régénérateur d'un peuple opprimé! Notre siècle est celui de la jeunesse. Elle devance tout Happefcvous le. pleur, d'Ale,a„dre au ,„„„,.,„ d'Achille. »

- ■ U Congrès m peut être sourd a la voix de 1. religion et de l'humanité. Déjà la Grèce

compte tic nombreux vengeurs dans le Péloponèsc, les deux principautés, les lies de l'Archipel, et ailleurs aussi. Il suffira d'une dernière goutte pour taire déborder la mesure. *

I .es noms sonores d'Athènes, de Sparte, de Périclès, de Léonidas, venaient naturellement se mêler à nos discours, et l'exaltation commençait aussi à me gagner. Quant ù Ypsilanti, on pouvait lire dans sa parole enthousiaste le présage de la réhabilitation de sa patrie. La Grèce allait être secourue, quand le général Ouwaroff entra sans se faire annoncer. Soudain la conversation prit un tour plus modéré. Bien que rempli d'excellentes qualités, l'aide-de-camp général n'était cite ni pour son élocution, ni pour sou érudition profonde.

Le lieutenant-général Ouwaroff, premier aidede-canip de l'empereur Alexandre, en était aussi le favori. Sachant combien la vérité a de peine à parvenir aux oreilles des souverains, il s'était chargé de la tâche difficile de la faire entendre à son souverain.

» 11 faut que vous 1 écoutiez, disait-il un jour à Alexandre, et j'aurai le courage de vous la dire

an

tout entière. Ne vous attache/, pas à la forme, mais au fbud. Je parlerai comme je croirai devoir le faire, c'est à vous d'en faire votre profit, n

C'est à lui que l'empereur Napoléon demandait, après la bataille d'Austerlitz, quel était le gênerai qui commandait la cavalerie russe.

« Je, sire, » dit-il.

On peut croire que ce synonyme de moi ne mit pas médiocrement en gaité les joueurs heureux d'une si belle partie.

Sa présence nous fit changer de teste : à notre dithyrambe sur la liberté grecque, succéda un cours complet d'équipement pour la cavalerie. Le bon général, croyant nous intéresser au plus haut point, entra dans les détails les plus minutieux ; cette science était alors un grand moyeu de réussir auprès du czar. Il traita d'abord de la coiffure; puis il arriva aux comparaisons lucides des revers et des collets des différents corps , de là, à la pose des boutons, à la forme des bottes, ce successivement à toutes les parties de l'ajustement de l'homme. Il allait s'occuper du cheval, quand heureusement on vint dire à la princesse que sa calèche était prête. Alors nous rompîmes cet en-

sis

tic tien de caserne , pour la laisser se rendre nu P ru ter, où , selon la coutume d'Italie, une femme élégante devait se montrer tous les jours, sous peine d'être rayée du livre d'or de la bonne compagnie

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