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LES CENT DROGUES

admirables du merveilleux opérateur, des îles non découvertes, des royaumes invisibles, arrivé dans cette ville pour la foire.

Aux chalands^

Après avoir couru à pied et à cheval, par mer et par terre, ledit opérateur merveilleux est arrivé en cette ville par batteau, pour la quantitez de ses drogues admirables ; maintenant il les a dépaquetées pour ceux qui en voudront moyennant de l'argent, et verront leurs effets s'ils ne sont aveugles ; beaucoup de gens s'en sont bien trouvez comme il appartient, car, comme dit l'autre, il ne voudroit pas mentir pour si peu de chose ;

il invite les curieux à le visiter et ne verront pas une beste, ou je me trompe ; s'ils ne le trouvent en son logis, ils le chercheront au manège des fous, c'est-à-dire à la foire.

Suit la nomenclature des cent drogues, parmi lesquelles :

L'Eau de mauvaise grâce et de laideur, pour guérir des charmes.

Le JuUep de coquelicot, pour estre vaillant en tout.

La Distillation de pieds de veau, pour scavoir faire la révérence.

Le Mitridat de Naples, pour guérir de la concupiscence.

Le Sirop d'œillade, pour adoucir les âmes farouches.

L'Eau de pistoles, de perles et de diamans, pour acquérir la bonne grâce des dames.

L'Essence de l'estoc de Priape, pour guarir des pasles couleurs.

Le Laict d'amende d'amour, pour désenflammer les reins.

L'Eau de richesse et d'esclat, pou se faire estimer.

La Racine de plume de Coucou, pour guarir es jaloux.

La Graine de cul de poule, pour apprendre aux vieilles à faire la petite bouche.

Poudre de soucy, d'encolies et de pensées, pour ester l'apoplexie.

Les confitures de concombre, pour empêcher la stérilité.

Bourguignotte de Jason, pour esveiller le cœur des poltrons.

Infusion de la contenance des eppousées de village, pour devenir galland et bien apris.

L'Opiate des idées de Platon, lavée dans la concavité du vent de galerne, pour faire aller les esprits à courbette.

Eau de ronces, d'espines et de chardons, mêlez en absinthe, pour faire dormir.

L'Huisle de faveur, pour relever les mauvaises mines.

La Quintescence d'escume de marmite et de mousse de broche, passez en l'alambic d'escor-

niflerie, pour acquérir des serviteurs et des amis.

La Poudre de barbe d'Enucque et de crin de cheval de Hongrie, pour augmenter la génération.

L'Ecorce de charité, pour attrapper les niais.

La Pierre tirée de la partie supérieure de la semelle des pieds d'une Tortue, pour faire marcher droit et de bonne grâce.

Le Jus composé de fiel de colombe et de corne de biche, pour sçavoir nager entre deux eaux.

L'huisle de grateux, pour faire avoir bonne contenance.

Le Girop de vaines promesses, pour guaiir de l'impatience.

La gelée de dons et de pensions, pour restorer la débilité des âmes.

L'Huisle de muguet et d'amourettes, pour la collique passion. ...

Le reste est à l'avenant.

Mais quel est ce traiteau vers lequel la foule se précipite, au premier coup de cloche?

C'est la baraque de Gilles, le dieu de la parade. Ecoutons son boniment :

« Une Beauté de près de six pieds, nommée Fanchon l'Oseille, dit-il, nous fit l'honneur de suivre notre spectacle pendant toute la Foire dernière ; je fis d'même, je lasuiva, et vous allez entendre ce qui en arrivit. Elle voulut y'aller voir le fameux joueur de gobelets ; et comme elle avoit de l'esprit, elle lui tint ce discours : — On dit que Monsieur sçait z'escamoter z'un âne r — A votre service, Mademoiselle. — C'a n'est pas de refus. Monsieur, mais je' veux sçavoir l'escamotage, parce que je me donnerai le plaisir de jouer le rôle du gobelet... Ça ne manqua pas, elle apprit l'escamotage : elle devint le gobelet ; elle me fit l'honneur de me prendre pour sa muscade. »

Une autre parade : celle-là de Bruscambille : (( Je vous dis que vous avez tort, de ve-

nir depuis vos maisons jusqu'ici pour y montrer votre impatience accoutumée. Nous avons bien eu la patience de vous attendre vous et votre argent qui ne venait pas vite ; de vous préparer un beau théâtre, une belle pièce qui sort de la forge et qui est encore toute chaude. Mais vous ne nous donnez pas le temps de commencer.

« Et puis a-t-on ouvert le rideau, c'est pire qu'auparavant, l'un tousse, l'autre crache, un autre rit, un autre... Et ceux qui se promènent en faisant du bruit pendant qu'on joue 1 Action aussi ridicule que de siffler au lit et de chanter à table. Chaque chose a son temps, le lit pour dormir, la table pour boire, notre théâtre pour ouïr et voir, assis ou debout. Si vous avez envie de vous promener, je vous y envoie. Ma foi ! si tous les ânes mangeaient du chardon, je ne voudrais pas fournir la compagnie qui est devant moi pour cent écus... »

Tout près de Gilles, tout près de Bruscambille, c'est Audiuot, directeur de la Troupemodèle, où l'on trouve « des jeunes premiers sans fatuité, des amoureuses sans intrigue, des valets sans prétention. » — Il s'agit de marionnettes.

Et Nicolet donc, avec sa devise : De plus fort en plus fort !

Mais arrêtons-nous dans celte nomenclature. On n'en finirait pas si l'on voulait citer tous les pitres de génie, qui ont semé leur esprit, sans compter, pour la plus grande dilatation des rates joyeuses.

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