‹ Fêtes et spectacles du vieux ParisChapitre 19 sur 23 · DU GRAND SCOT ROMAIN · texte numérisé non relu

DU GRAND SCOT ROMAIN

Vous donnera tous les jours les mêmes divertissemens qu'elle a donnés à Sa Majesté Très-Chrétienne, à toute la Cour et à toutes les Têtes couronnées de l'Europe et d'Asie. Le Grand Scot boira une quantité incroyable d'eau qu'il convertira en toute sorte de vin, en laict, en bierre^ en ancre, en eaiies odoriférantes de plusieurs senteurs.

Il fera aussi chaque jour l'une des merveilles suivantes :

Il fera sortir de sa bouche : de la salade aussi fresche que celle que l'on vend aux Halles, deux plats pleins de véritables poissons en vie; des roses, des œillets, des tulipes et plusieurs autres fleurs aussi belles et Iresches qu'elles naissent dans les jardins du Printemps ; et de plus, des oiseaux en vie, trois ou quatre cens pièces d'or, des cravates et des manchettes de point et de dentelles, des rubans et mille autres curiositez que l'on ne peut expliquer, et qui semble aller au-delà de l'imagination.

Vous verez aussi un voltigeur de corde que vous admirerez par son adresse surprenante et inconcevable.

Et outre cela, sa nouvelle troupe Italienne se prépare à vous donner chaque jour une nouvelle Farce fort divertissante.

L'on payera deux louis d'or pour une loge

entière, un écu chaque place dans les loges et sur le théâtre^, vingt sols aux galeries, dix sols au parterre.

L'on commencera à quatre heures précises.

Deffences sont faites de par Sa Majesté à toutes personnes, mesme aux officiers de Sa Maison, d'y entrer sans payer !

Plus loin, c'est le Divertissement comique des forces de V Amour et de la Magie ^ représenté par les Sauteurs, établis au Jeu de Paume d'Orléans.

L'avertissement qui l'accompagne n'est pas moins remarquable que celui du Grand Scot :

« Les spectacles, y est-il dit^ sont de tous les siècles ; toutes les nations du monde en ont fait voir de diffèrens suivant leurs différentes inclinations et leurs différents génies. Plusieurs endroits qui environnent la Foire Saint-Germain, servent de théâtres à mille

choses surprenantes, que l'on admire tous les ans. Si pourtant la beauté de quelquesunes les a fait remarquer parmy un nombre de médiocres, on peut dire que rien n'a jamais approché de ce qui va paroistre. La Troupe des Forces de l'Amour et de la Magie, dont le sieur Maurice Allemand et le sieur Allard Parisien sont les inventeurs de ses prodiges, que l'on peut appeler troupe à cause du nombre de vingt-quatre sauteurs de tous les Païs, et les plus illustres qui ayent jamais paru en P'rance, et qui doit estre honorée de la présence d'un grand nombre de personnes de qualité, qui sont instruits de toutes les merveilles qui doivent composer ces divertissemens, fera voir des postures et des sauts périlleux à l'Italienne, si extraordinaires, que Ton n'en a point veu jusques-icy de si surprenans. »

Puis ce sont les vastes loges de Jehan Goiirtin, de Nicolas Poteau, des frères Allard. On y joue

la comédie. Mais les théâtres établis le prennent de haut avec ces confrères passagers : ils font valoir leurs privilèges et obtiennent la suppression des pièces foraines.

Alors on s'ingénie. On se rabat sur les monologues, sur les pièces à écriteaux, sur les pièces à jargon.

Les monologues nous sont connus : ils n'ont jamais été autant à la mode qu'actuellement.

Les pièces à écriteaux étaient encore usitées à l'abolition des privilèges, sous le dernier empire. L'acteur supplémentaire faisait mouvoir, à l'aide de ficelles, des pancartes indiquant les répliques de son rôle.

Restent les pièces à jargon. En voici un fragment :

ARLEQUIN, ea robe de médecin.

Il va donc dîner ?

LE COLAO.

Va dinao.

ARLEQUIN

Et nous allons en faire autant.

LE COLAO.

Gonvenio, demeurao, medicinao regardao dinao l'emperao.

ARLEQUIN

Gomment, ma charge m'oblige à le regarder faire ? (Le Colao lui baragouine à V oreille ) Pour prendre garde à ce qu'il a mangé ? Et que m'importe à hioi qu'il mange trop et qu'il crève de choses nuisibles?

LE COLAO.

Ho ! Ho ! (Il lui parle à V oreille.)

ARLEQUIN

Plaît- il ? Gomment dites-vous cela ? (Le Colao lui 2iC('^le à V oreille.) Eh bien, si le roi venait à mourir ?

LE COLAO.

Pendao le medicinao !

ARLEQUIN

On pend le médecin ! Misérico rde ! Ah ! sur ce pied-là, au diable la charge. (Il ôle sa robe.)

Assurément, ce sont là d'intéressants spectacles. Mais la foule garde ses prédilections pour

les pîtres qui lui vendent des orviétans, à la mode ancienne du Pont-Neuf. Un charlatan paraît sur le champ de foire : elle y court. Mais aussi quel programme !

Page 1