V. GarretW CloisUal dkUonary of India^ aa mot Djaina
établie à l'état de croyance dogmatique en l'an 13,300 avant notre ire. Bien que l'Inde possède des monuments plus reculés encore, celte date doit suffire pour lui assurer la paternité de cette opinion religieuse. »
J'avoue que je ne comprends pas comment le Manon abrégé par les prôtres peut dater de 13,300 ans i.
Le sanskrit classique du Manon, tel qu'il nous est parvenu, diffère considérablement du dialecte des Vêdas, ce qui renverrait ces derniers bien loin en arrière, c'est-à-dire, suivant M. J., à 15 ou 20,000 ans avant notre ère. Mais comment la langue sans* krite n'a<t-elle pas varié pendant un si long espace de temps, quand les peuplades qui la parlaient étaient plus ou moins disséminées, et n'avaient pas d'écriture pour fixer leur langue ? Cela ne ressemble guère à ce qui s'est passé en Europe pour le grec et le latin fixés par l'écriture, et à ce qui se passe, en
1. A propos de cette date, j'engagerai M. JacoUiot à noQS donner an lableaa chronologique d'apràs son systôme qal semble un peu fluitunt, car je trouve» p. 13 : « En n'acceptant sa présence (de l*bomme) qu'au moment où elle est indéniable... on donne encore à l'homme plusieurs cêiitainei de milU am d*existence. •
Pais, p. 130 t Et le famcui lirre dos éclipses que M. Holbd. le savant indianiste, n'a pu que consulter, et qui remonte à des eentaintidâ tiicUs, • Et page 220: t II y a 20,030 ans et plus que spiritualisles et maté-ia* listes sont en présenee dans rinde. •
Et enfln, p. 329 : « Les vieilles pavodes du sud de l'Hindoustan conservent pnScieusement, dans leurs vastes dép6:s, toutes les productions de Tesprit humain pendant une période de 25 à 30,000 ans, qui s'est écoulée de l'Inde patriarcale à la chute de la domination des brahmes. •
ce moment^ en Amérique, où l'anglais qu'on y parle tend déjà, après moins d'un siècle de séparation, à devenir un dialecte du langage de la vieille Angleterre,
M. J. écrit, p. 229 : « La Grèce est fille de l'Inde ; sa langue est du sanskrit presque pur. »
Les hellénistes ne seraient pas fâchés que cela fût vrai, car ils pourraient alors, sans autre étude que celle de l'alphabet sankrit, lire promptement les textes sacrés des Indiens. Mais, en admettant, avec M. J., que la Grèce (à laquelle il serait juste de joindre l'Italie) soit la fille de l'Inde, il n'en est pas moins vrai que, quoique sœur aînée, et non mère du grec et du latin, la langue sanskrite, tout en ne différant pas assez de ses deux sœurs pour qu'on puisse douter de leur parenté, en diffère assez, cependant, pour qu'un examen attentif soit nécessaire si l'on veut reconnaître son affinité avec elles.
M. J. répète plusieurs fois, et entre autres, p. 276 : « L'œuvre de Ghristna fut spiritualiste, philosophique et élevée dans sa partie morale. »
J'avoue que je ne suis pas frappé de ces qualités en lisant la BhagavadgUd^ poème essentiellement panthéiste où je trouve cette jolie sentence : « L'homme, mêmcr le plus coupable, s'il vient à m'adorer et k tourner vers moi tout son culte, doit être cru bon. » IX, 29.
Quant à la chasteté de Erichnà, lisez le poëme intitulé Gttagôvinda, traduit en français par Hipp. Fauche ; et si vous voulez un poëme plus sérieux, lisez les cinq chapitres du Bhâgavata Pourdna, qui contiennent les amours du Krichna avec les Gôpis, traduits par M. Hauvette Besnault, dans le Journal asitiaque de 1865, vous y trouverez ce passage : « Entrant avec les Gôpis (bergères) dans une île du fleuve couverte d'un sable frais, il prenait les bergères et les enveloppait dans ses bras, promenait sa main sur leurs mains, dans leurs cheveux, sur leur taille, sur leurs seins ; il jouait, les regardait et souriait, allumant et satisfaisant à la fois Tamour des belles du parc. » XXIX, 45, 46.
M. J., p. 327, « pose en fait qu'on ne saurait étudier de son cabinet la vieille civilisation des brahmes. »
Mais s'il s'agît d'exhumer, suivant ses expressions, 25 à 30,000 ans de la vie de l'humanité, je ne vois pas qu'il soit nécessaire pour cela d'être dans Tlnde. Pourquoi, par exemple, serait-il plus facile d'étudier Alcibiade dans l'Athènes moderne qu'à Paris ou à Londres ? Les mœurs des Grecs d'aujourd'hui sontelles toutes semblables à celles du temps de PériclèsT Et qu'est-ce que les Hindous de ce temps -ci ont de commun avec les pasteurs de l'époque des Vêdas T
M. Jacolliot part de cette idée : qu'on ne peut rien
INDO-ASIÀTIQUË. S5
faire de bien hors de Tlnde, pour nous dire avec dédain (p. 328) : « Et puis, d'où tenez- vous vos textes î De la Société Asiatique de Calcutta I C'est-àdire de la source la moins sûre, la moins scientifique à laquelle on puisse puiser, y^
J'avoue humblement qu'avec M. E. Burnouf, Ch. Lassen, etc., j'ai toujours cru et crois encore qu'on peut avoir confiance dans les travaux de cette société qui a publié, dans sa Bibliotheca indica^ des centaines de voluoies de textes sanskrits qui sont, je ne crains pas de le dire» des documents plus sûrs que les manuscrits des pagodes du sud de Tlnde, n'en déplaise à M. JacoUiot.
Je finis cette revue du Christna et du Christ en répétant ce que je disais à la fin d'un article sur la Bible dans rinde : « Nous n'avons fait qu'un compte rendu rapide de ce livre qui contient près de 400 pages, parce que la discussion de tous les sujets qu'il traite exigerait un nombre de pages considérable. Nous avons seulement voulu montrer qu'il fallait lire avec précaution un ouvrage rempli d'érudition, sans nul doute, mais à la composition duquel le temps et la réflexion n'ont pas suffisamment contribué. »
Ph. Ed. Foucaux,
Professeur de sanscrit au Collège de France
Ce qui se dégage immédiatement de cet article, c'est que son auteur a négligé complètement de répondre à la thèse générale que je soutiens dans Christna et le Christ^ et aux études que contient cet ouvrage, sur la plus grande partie des mythes religieux de rinde ancienne.
M. Foucaux a trouvé plus facile de relever, çà et là, quelques lambeaux de phrase, quelques dates... de chercher un peu, par la paille... comme on dit^ vulgairement, que de prendre, corps à corps, la seule, la vraie question que soulève mon livre.
Le christianisme est-il un fait de révélation T ou n'est-il que la synthèse des vieux cultes et des traditions primitives de TOrient ?
La figure de Christna n'a-t-elle pas donné naissance à celle du Christ ?
Et cela : en vertu de cette marche constante de la tradition, que nous observons^ dans le langage, dans la littérature, dans la philosophie et dans la science.
Faut-il croire : que les sciences religieuses, seules, n'aient pas suivi le môme développement progressif, et admettre, qu'elles soient le produit de manifestations divines auprès de certains peuples privilégiés?
11 n'eAt pas été certainement sans intérêt, de savoir de M. Foucaux, ce que pense le prof eeseur de sanskrit de la révélation chrétienne. ^
A côté surtout
Des brahmes, des bonzes, des talapoins, des derviches hurleurs, trembleurs et tourneurs, et dès orero océaniens, qui tous, àrexclusion les uns des autres, se réclament également delà révélation divine.
Au milieu des hésitations de conscience du présent : une foi vigoureuse, appuyée d'une science incontestable^ eût rendu les plus grands services aux âmes troublées, en leur indiquant la voie...
J'aurais voulu personnellement apprendre du savant, quelles preuves il pourrait nous donner de l'existence du Christ, qui fut inconnue de ses contemporains... et de Tauthenticité des évangiles?...
J'aurais voulu savoir de l'éminent professeur, qui ne peut pas nier^ /iiî, que Manou n'ait écrit le sloca suivant, et vingt autres d'une morale aussi pure, bien des siècles avant le Christ :
« La résignation, Vûction de rendre le bien pour le t/m/, la tempérance, la probité, la pureté, la répression des sens, la connaissance de la sainte Écriture, celle de l'âme suprême, la véracité, et l'abstinence de la colère, voilà les dix vertus en quoi consiste le devoir. »
(Liv. VI, sloca 92.)
J'aurais voulu savoir, dis-je, quelles sont les vérités morales que le christianisme a ajoutées â celles énumérées dans ce sublime verset, qui est la moelle,
la substance même, de toutes les croyances spiritualistes du monde... et comment la science officielle soustrait la science des religions^ aux conquêtes progressives de la tradition, 'pour l'attribuer aux prophètes et aux incarnations de la divinité.
M. Foucaux avait bien débuté cependant : il paraissait qu'il allait prendre corps à corps la thèse elle-même, au lieu de s'attacher à des questions sans grande importance, pour le fond même du débat.
Cette pensée se dégage du passage suivant de son article.
« M. J. dit en commençant : La Judée s'est évidemment inspirée de l'Inde. Si la légende du Ghristna indou est authentique, la légende du Christ juif ne peut qu'être apocryphe. Nous voilà fixés sur le but poursuivi dans le livre... »
Quel n'a pas été mon étonnement, de voir que cet article destiné à soutenir le mythe du Christ juif, ne parle de ce dernier qu'une seule fois, et très-incidemment encore. «M. J., dit M. Foucaux, oublie que Rome n'est pas seule à honorer le Christ, et que les grecs et les protestants sont également intéressés dans la question qu'il soulève ici. »
Hé bien I,. Mais c'est cette question que je soulève qu'il fallait étudier, définir, combattre, c'est ce que M. F. n'a pas jugé à propos de faire. I...
Avant de continuer cette discussion générale, qui
nous conduira dans la dernière partie de ce volume à examiner cette marche traditionnelle des idées religieuses de l'Inde à la Judée, point par lequel cette réponse se rattachera étroitement au sujet du présent livre, je vais examiner les critiques de détail de M. Foucaux.
Pour éviter au lecteur la peine de recourir sans cesse à l'article lui-même, je vais donner chaque critique spéciale, en tète de ma réponse :
1® c Examinons d'abord le nom de Krichna que M. Jacolliot écrit Ghristna. Je lui ferai observer \^ que 1'^ est de trop parce que ce mot sanscrit ne contient pas d'aspiration; î^ que ce nom est d'origine douteuse, et qu'il ne peut venir de la racine Khris, qui n'existe pas en sanscrit ; que d'ailleurs mime en admettant l'existence de cette racine^ l'insertion du t serait inexplicable; 3** que ce même mot au féminin la Krichna, rivière de rinde, se trouve correctement écrit page 35.
2"* c J'engage M. J. à soigner Torthographe des mots sanscrits, car il y a dans ce nouvel ouvrage presque autant de fautes que de mots, cvt qui peut faire douter de son habitude à lire les textes sacrés des Indous. Ces fautes viennent probablement de ce qu'il s'est servi des textes tamouls qui ne reproduisent pas l'orthographe sanscrite avec la fidélité désirable. >
Sur le premier paragraphe je serai bref :
J'écris Ghristna parce que, quoi qu'en dise l'école, le mot et la racine kris qui signifie sacré, existent parfaitement en sanskrit, c'est là l'opinion de tous les pundits que j'ai consultés, dans l'Inde.
Krichna, qui sigaifie petite baie d'un brun rougedtre, ne saurait être le nom d'un dieu.
Si j'ai écrit Krichna correctement p. 35, suivant l'expression de M. F., c'est que j'avais à parler d'une rivière du sud de Tlnde, qui porte ce nom, et non pas du rédempteur indou.
Cette rivière que j'ai remontée en dony (petite embarcation) depuis Mazulipatam jusqu'à Bedjapoor, est garnie, de chaque côté de ses rives, de buissons chargés de ces petites baies rouges nommées krichnas, son nom lui est venu de là.
Je ne comprends pas comment M. F. peut confondre une rivière, et la grande incarnation de Yischnou.
Après avoir affirmé que le radical kris n'existait pas en sanskrit, mon contradicteur semble douter de son affirmation lorsqu'il dit : « Même en admettant l'existence de cette racine, l'insertion du t serait inexplicable. » Nous allons voir bientôt ce point spécial à la lettre t. Pour le moment je désire prouver à M. Foucaux, par deux citations, que le radical khris ou kris existe en sanskrit, non-seulement pour les brahmes pundits dont je n'ai fait que suivre les leçons, mais encore pour d'autres orientalistes, à qui il devra donner également des leçons d'orthographe.
1® M. de Charancey, collaborateur de M. Foucaux lui-^méme, à la Revue de Philologie ei d'Ethnogra*
phie^ page 175, n® triple de janvier-février-mars
Écrit Erischna.
Ce n'est plus la rivière, ni la petite baie rouge, c^est le nom du dieu avec une légère variation d'écriture, c'est le radical kris, qui signifie sacré.
Voici maintenant pour le radical Khris par un A, et pour cette insertion du t que M. Foucaux proclame inexplicable :
« On trouve dans les livres indous, suivant les au-
teurs et les dialectes, Chrisna. — Khrhtna, — Krishna — Krishudi, Crihna, Kissen, Gresno. »
Tkxtor de Ravisy,
Orientaliete, ancien goavernenr de Karikal (Indes françaises). •
« Mon interprète écrivait Khrishnei. »
Textor de Ravist.
Dans le second paragraphe, M. Foucaux m'engage à soigner l'orthographe des mots sanscrits... et part de là pour me donner une petite leçon, et dauber en même temps sur les textes tamouls, qui, suivant lui, ne sont point très-forts non plus sur l'orthographe sanscrite.
Je dois le dire en toute sincérité, ce passage m'a peiné pour mon éminent contradicteur, je puis me
tromper, mais il m'a semblé que je n'étais pas attaqué avec une entière franchise d'allures...
Voyons, est-ce sérieusement qu'on vient me parler d'orthographe sanscrite, pour cette opération qui consiste à rendre, à imiter, tant bien que mal, les sons sanscrits avec des lettres françaises? Le sanscrit comprend 48 lettres, 14 voyelles et 34 consonnes, et de plus un certain nombre de signes muets. Signes et lettres se combinent, se groupent, pour donner naissance à des signes plus composés, rendant cinq et six lettres à la fois, comme les signes que l'on lit
dsngsnmya — Thsnrlya.
Et ce sont ces combinaisons, ces émissions de voix que le véritable Indou donne du gosier et du nez^ avec des inflexions et des aspirations étranges... ces combinaisons, qui varient à l'infini d'après des règles qui n'ont rien de commun avec nos formes de langage, que vous voulez rendre, à l'aide de nos vingt- quatre lettres, et de notre prononciation sans accent, plate et sans caractère?
Je sais bien que dans le monde officiel, vous vous êtes mis d'accord sur un certain nombre de signes et d'accents de convention, pour arriver à rendre certains sons du sanscrit, le nga, par exemple, que n'expriment pas du tout nos trois lettres n — g — a. Mais en outre que vous n'arrivez à rien, car vous
INDO-ASIATIQUE. 6a
ne connaisgez pas la véritable prononciation des hrahmes, qui seule pourrait vous guider... pourquoi voulez- vous que j'adopte vos modes d'écriture, alors que pendant de longues années, sous la direction d'un hrahme indou, j'ai écrit autrement, en cherchant à me rapprocher le plus possible de ses inflexions de voix, et alors surtout, que vous n'ôtes môme pas d'accord entre vous?
Si M, Foucaux écrit Krichna sans radical Kris,
M. de Charancey écrit Krischna avec le radical Kris.
Un troisième écrira d'une autre manière, et je dois vous déclarer que si je ne trouvais pareille besogne puérile, je vous montrerais ce mot écrit par les vôtres de cinq ou six manières différentes.
J'avoue que je ne connaissais pas encore les règles d'orthographe des langues orientales, écrites en français... J'avais cru jusqu'à ce jour (comme tout lecteur n'est pas tenu de lire l'arabe, l'hébreu, le sanscrit ou le tamoul), que chaque orientaliste devait s'appliquer à rendre de son mi eux pour le lecteur, l'illusion du son entendu, avec des lettres inhabiles à rendre le mot... 11 paraît qu'il n'en est rien, et qu'il y a une orthographe. En échange des nombreuses demandes, que M. Foucaux me fait au cours de son article, je vais me hasarder à lui en soumettre une... n devrait bien dans un petit opuscule nous donner
Cl DE LA MARCHE DE LA TRADITION
les principes généraux de cette orthographe, cela nous permettrait peut-être de comprendre comment il n'y a pas deux savants, dans notre éminente pléiade de aémitologues , assyriologues, touranistes, indianistes et autres, qui soient d'accord sur un système et sur un nom...
Une dernière question :
M. F. prétend que les textes tamouls ne reproduisent pas exactementrorthographe des mots sanscrits.
Gela n'est pas sérieux, et je ne puis voir là qu'un simple oubli de plume de mon contradicteur.
Dans l'Inde, ce sont les brahmes qui font toutes les versions des livres sacrés, poëmes et tragédies, dans les idiomes vulgaires ; car seuls ils ont le droit de connaître la langue sacrée, que du reste ils parlent encore entre eux... les modes d'écriture du tamoul se rapprochant beaucoup de ceux du sanscrit... Les brahmes ont donc tout ce qu'il faui^ pour traduire : la science et la prononciation.
Comment un Européen, aussi savant qu'il soit, peut-il se croire en droit de leur donner dans leurs propres langues des leçons d'orthographe?...
Voyez-vous un Chinois chinoisant, qui n'aurait jamais quitté Pékin, donner du haut de sa tour de porcelaine, des leçons d'orthographe française à Larousse, Bescherelle et Littré?...
INDO-ASIATIQUK. ^
Je n'insiste pas, et code de nouveau la parole à M. Foucaux :
S*» a Pour relever loules les ioexactiludes que coati :nl ce vokime, il faudrait beaucoup plus de place q.rii ne m'en est accordé ici. Je m'occuperai donc seulement de celles qui ont le plus d'importance au point de vue historique et religieux.
M. J. dit en commençant, page 7 : «La Judée s'est évidemment inspirée de Ilnde.
« Si la légende du Chrislna indou est authentique, la légende du Christ juif ne peut qu'être apocryphe, i
Nous voilà bien fixés sur le but poursuivi dans ce livre voyons maintenant les détails à l'appui.
€ Les deux religions les plus anciennes, dît M. J., page 6, le Brahmanisme et son rameau le Bouddhisme, sont basés sur le mythe de l'incarnation périodique de la Divinité. »
Pour le Brahmanisme cela est vrat, mais non pour le Bouddhisme, car ce dernier ne parlant jamais d'un Dieu unique créateur du monde, qu'il ne semble pas connaître, il s'ensuit qu'un Bouddha n'est qu'un être quelconque homme ou animal devenu saint, puis Dieu, à l'aide des mérites acquis dans les existences successives, et qui redescend ensuite sur la terre pour sauver les autres créatures sans exception. Je dis sauver et non racheter, par la raison que les Indous considérant les âmes comme éternelles et sans commencement, je ne vois guère où placer le péché originel. M. J., qui n'a pas prévu cette objection, parle encore dans ce volume de l'histoire de •«L chute d'Adima et d'Éva, qu'il a découverte dans une légende cTe Ccylan, avec cette variante pleine de galanterie^ que là c'est Adam qui iuduit Eve au péché. »
Mon- affirmation reconnue vraie par M. Foucaux
pour le brahmanisme, n'est pas admise par lui pour le bouddhisme. A la rigueur, il m'importe peu, puisque c'est je crois la seule allusion que je fasse au bouddhisme dans tout mon ouvrage, et que je ne m'y occupe, qu'à montrer dans le brahmanisme la source de toutes les traditions chrétiennes.
Cependant mon contradicteur, prétendant que le bouddhisme ne parle jamais d'un Dieu créateur du monde qu'il semble ne pas reconnaître... qu'il me permette de lui faire observer, que le bouddhisme n'est point aussi cantonné dans une croyance unique qu'il parait le croire.
 une seule école athéiste^ le bouddhisme en oppose troiSy parfaitement déistes.
La première reconnaît l'existence d'un Être supérieur éternel, immatériel, intelligent, doué de volonté et de liberté, pourvu de toutes les qualités morales. Mais ce Dieu ne sort jamais de son repos contemplatif; le continuel rayonnement de son intelligence, de sa volonté et de ses qualités, suffit pour créer et tranformer perpétuellement l'univers,
La seconde admet que ce Dieu est le principe de tout ce qui existe, et voit dans la création un fait direct de puissance divine, tirant d'elle-même la màv tière et tout ce qui existe.
La troisième enfin, associe à l'éternité de l'Être suprême, l'éternité de la matière.
Mais dans ces trois écoles : que Dieu crée par rayonnement ou par volonté directe, en tirant la matière de sa propre substance, ou en façonnant la matière qui lui est éternelle, l'Être souverain se borne à créer cinq Bouddhas d'après la première de ces écoles, sept d'après les deux dernières. A leur tour, ces Bouddhas créent cinq ou sept Bôdhisatouas qui, chacun à leur tour, sont chargés de créer un monde.
Toute créature parvenue au rang de Bôdhisatoua et de Bouddha, par le mérite de ses austérités et de ses bonnes œuvres, peut revenir s'incarner sur la terre, pour diriger les êtres inférieurs dans la bonne voie.
Au bout d'un certain nombre d'incarnations, le Bouddha va s'absorber dans le sein de l'Être suprême, pour y jouir d'un étemel bonheur.
Le Nirvana n'est point l'anéantissement de l'âme, mais bien l'accession à la divinité. J'ai interrogé, aux portes mêmes de leurs temples, quelques centaines de bouddhistes, je n'en ai pas trouvé un seul qui ne travaillât, qui ne jeûnât, qui ne se livrât à tous les genres d'austérités, pour se perfectionner et acquérir l'immortalité, et non pour arriver à l'anéantissement final.
Il y a plus de trois cents millions de bouddhistes qui jeûnent, prient, accomplissent tous leurs de-
voirs religieux... Pourquoi en faire trois cents millions d'imbéciles, macérant leur corps, s'imposant des privations de toute nature, pour arriver à un anéantissement fatal, qui les atteindrait bien sans cela?...
Voilà où conduit Tesprit de système.
Un orientaliste matérialiste ne peut pas laisser son matérialisme chez lui, pour faire de la science pure, il faut à toute force qu'il trouve des athées partout.
Il y en a, qui vont jusqu'à dire que les Védas sont des œuvres matérialistes.
Ce n'est pas ici le lieu d'une étude sur le bouddhisme, aussi n'ajouterai-je qu'un dernier mot sur l'école athéiste.
Ce qu'on appelle l'athéisme bouddhiste ne ressemble en rien au scepticisme scientifique de l'école Sankya et des pyrrhoniens. Il n'y a pas, à proprement parler, d'athée chez les bouddhistes, ceux que nous rangeons dans cette catégorie ont la notion d'un Dieu immortel,- mais ils le conçoivent comme vivant dans une perpétuelle contemplation de ses perfections infinies, et se désintéressant entièrement de toutes les choses de l'univers, qui existent en dehors de lui et sans lui. Dès qu'iin Bouddha arrive à la perfection infinie, après une série de migrations et de réincarnations, qui en ont fait un
Dieu, il finit par s'absorber dans le sein de cet Être suprême et jouir du bonheur contemplatif.
M. F. me dit encore dans ce paragraphe, que « par la raison que les Indous considèrent les âmes comme immortelles et sans commencement, il ne voit guère où placer le péché originel..., » et que je n'ai pas prévu cette objection, en parlant de la chute d'Âdhima et d'Hêva, légende que j'ai découverte à Ceylan.
M. Foucaux a parfaitement raison... Jamais je n'aurais prévu pareille objection! je dois même avouer qu'après l'avis charitable que mon contradicteur veut bien me donner... je suis encore à me demander en quoi la croyance des . Indous atix dmeê étemelles et sans commencement^ peut empêcher que ces âmes, ayant été pourvues d'un corps matériel par la divinité, n'aient trangressé sur la terre les ordres de leur créateur...
Quant à la légende d'Adhima et d'Hêva, elle fait tellement partie des vieilles traditions de Tile de Ceylan, que le plus haut pic du Samanta-Kounta s'appelle le pic d'Adam, et que la langue de sable et de rocher qui s'étend entre Manaar etKamisseram, porte le nom de pont d*Adam. Tous les naturels du pays vous diront que c'est par là que le premier homme a gagné la grande terre de l'Indoustan.
Je ferai maintenant observera M. F. qu'il va beau-
70 DE LA MARCHfi DE UA TRADITION
coup trop loin, en prétendant que tous les Indous croient aux âmes itemêUes ei sms commencement. M. F. me parait beaucoup trop s'être cantonné dans ccr tains systèmes, qui lui suffisent sans doute, mais qu'il a tort de généraliser.
L'école Vedanta, dansllnde, n'a jamais cru à la préexistence et à l'éternité des âmes, elle croit à leur immortalité, après la création.
Mon autorité est d'assez peu de valeur pour M. F., aussi qu'il me permette de lui dire, avec l'illustre Golbrooke : « Que l'école Vedanta nie l'éternité de la matière, et attribue l'existence de l'uniyers à la puissance et à la volonté de Dieu, qui est la cause omnisciente et toute-puissante de l'existence^ de la continuité et de la dissolution de tout ce qui existe. »
Dans ce système, les âmes sont des faits de création de la volonté divine, elles émanent il est vrai de la substance de l'Être suprême, comme les étincelles d'un foyer, mais elles ne deviennent individuelles que quand elles en sont sorties.
4** < Le système indoa des incarnations périodiques et sans Go, comparé aa christianisme, en difière considérablement, puisque celui-ci n'admet que la seule et unique incarnation du Christ qui ne sera suivie daucune autre. »
Je n'ai jamais prétendu que le brahmanisme ne possédât pas des incarnations périodiques, puisque
INDO-ASlÂTIQUE. 71
plus haut j'ai dit que ce mythe était la base fondamentale de la religion des brahmes. J'ai simplement soutenu, et je crois avoir prouvé, que la légende du Christna indou, incarnation de ' Vischnou , et les traditions de son culte, avaient donné naissance à la légende du Christ et aux croyances chrétiennes.
M. F. préfère-t-il la révélation à cette filiation logique, à ce développement scientifique des idées religieuses de l'humanité?., encore une fois il devrait le dire.
Les observations de ce passage ne portent pas. M. F. semble répondre à une opinion qui prétendrait que le christianisme entier est un décalque servile du brahmanisme ; c'est un argument qu'il crée pour avoir le plaisir de le combattre. Le christianisme, après avoir emprunté tous Bes dogmes au brahmanisme, unité, trinité, création, faute originelle, immortalité de l'âme, récompense et châtiment, ciel et enfer, n'a admis que la dernière des incarnations de la vieille religion mère, celle de Christna. Voilà les termes du débat que M. F. esquive très-habilement, en faisant valoir certaines différences, entre le brahmanisme et le christianisme, que je ne cherche pas à contester.
9> « Il y a aussi entre le brahmanisme elle bouddhisme cette différence que le premier, quoi qu'en dise M. J,, p. 303, admet rincarnation immédiate de Vischnou dans un animal :
7à DE LA MARCHE DE LA TRADITION
poisson, tortue et sanglier, et que la prochiûDe doit avoir lieu sous la forme d'un cheval, tandis que les Bouddhas ne nais* sent que sous la forme humaine et jamais ailleurs que dans la famille d'un brahmane ou d*un roi. >
M. Foucaux tient, absolument» à rester sur un terrain qui n'est pas celui du livre qu'il prétend combattre.
Il se plaint, cependant, de n'avoir qu'un nombre de pages insuffisant pour le développement qu'il voudrait donner à sa critique... Ce serait le cas alors de ne les point gaspiller.
J'ai écrit :
« Les deux religions Jés plus anciennes, le brahmam'sme et son rameau le bouddhisme, sont basées sur le mythe de TiocarualioB périodique de la divinité. »
M. F. répond:
« Pour le brahmanisme, cela est vrai, mais non pour le bouddhisme. •
Et oubliant cette affirmation aussi vite qu'elle s'est produite, il constate lui-même que les Bouddhas reviennent périodiquement sous la forme humaine sauver les autres créatures. 11 constate encore que dans le brahmanisme les incarnations de Vischnou peuvent se produire dans un animal, etc.. tandis que les Bouddhas ne naissent que sous la forme humaine. En quoi la proposition ci-dessus, que
M. Foucaux combat, exprime-t-elle une opinion contraire î
La légende rapporte que Visohnou, aux premiers âges du monde, s'est incarné en poisson, sanglier, lion, etc...
A côté de cette croyance populaire, un texte du Vriddha-Manava a dit :
c Les dieux (devas) des cieux inférieurs peuvent être appelés sur la terre, sous mille transformations différentes^ par des I)esoins de la création^ mais les migrations de l'immortelle Tridandi (qui a trois pouvoirs) ne peuvent descendre au-dessous de l'homme. »
J'ai donné et la croyance et le texte pour ce qu'ils valent, sans y insister autrement. Est-ce que M. F. voudrait m'imposer la rude tâche de mettre d'accord, enmatiëre de religion, les superstitions populaires et les croyances plus épurées que l'on donne en pâture aux classes élevées?.. J'avoue que cela serait au-dessus de mes forces... Mais il y a entre le catholicisme du village, les superstitions de Lourdes et de la Salette, et le catholicisme de la Madeleine ou de Notre-Dame, une série d'études â faire qui devraient tenter un esprit supérieur... Qu'en pense M. Foucaux?
6** M. Foucaux dit encore sur ce sujet dans une note : t A propos de cette incarnation de Viscimou, M. Jacolliot fait une erreur ])ien singulière. An lieu de voir dans cet animal Tincar-
nation du diea, il en fait un monstre qu'il compare au cheval de l'Apocalypse, etc... »
' M. Foucaux a tort de croire si facilement à des erreurs sur des faits pour ainsi dire matériels, et surtout de les traiter de tingulières... En faisant tou* jours la leçon, il ne Toit pas combien il m'embarrasse sur la forme à donner à ma pensée... car je ne voudrais blesser en rien un homme que je respecte profondément. Il faut bien cependant que je lui dise : qu'il y a là une question qui, dans Tlnde, divise profondément les brahmes.
Vingt fois je les ai vus, dans leurs agrharas, discuter pendant des journées entières sur ce point. Divisés en deux camps, peu s'en fallait qu'ils n'en vinssent aux mains, comme les anciens disciples d'Abailard et de Guillaume de Ghampaux.
Les uns, hommes de la lettre, expliquant judaïquement les textes, prétendaient que le cheval Kalki était bien la forme que revêtirait la dernière incar-
nation aitendue de Vischnou.
Les autres, au contraire, hommes de commentaires et de raisonnemem, prétendant que nul ne pouvait enchaîner la liberté de Vischnou à une forme spéciale, soutenaient que la prophétie du Kalki-Avattaram, suivant les règles kabbalistiques si communes dans les écoles de Tlnde, devait être iùterprétée contrairement à son sens apparent, et que Kalki n'était que
INDO-ÂSlATlQUE. 75
Tenveloppe de Tesprit du mal, que Visehnou devait venir terrasser pour la dernière fois.
Je n'apprends rien sans doute à M. Foucaux en lui disant q\ie, bien avant les kabbalistes modernes, les Indous ont voilé leurs mystères sous des formes de pensées, de langage et d'écritures qui les rendaient inaccessibles à la foule, et qu'il n'y a pas plus de cinq à six siècles qu'ils transcrivent leurs livres sacrés avec des signes ou lettres plus accessibles.
U y a des inscriptions à EUora et Ëléphanta que nul ne peut déchiflrer,.et, encore aujourd'hui, les formules magiques sont écrites d'après des systèmes idéographiques tenus secrets.
Les partisans de la lettre sont les brahmes qui adorent' Visehnou dans l'ensemble de ses transformations.
Ceux qui eommenteiU et raisonnent sont les brahmes qui se rattachent spécialement au dieu par son incarnation spiritualiste dans la personne de Christna.
Recherchant celles des légendes chrétiennes, qui me paraissaient se rattacher plus étroitement à celles du brahmanisme, qu'y Srt-il d'étonnant à ce que j'aie pris l'opinion qui fait combattre le cheval Ealki par Christna, pour la comparer à celle qui fait vaincre le cheval de l'Apocalypse par le Christ? Suis-je donc obligé, lorsque je prends deux idées particulières, nées fatalement l'une de l'autre, de
signaler tous les systèmes généraux qui peuvent s'y rattacher?.. Un livre... que dis-je un livre? la vie d'un homme, quand il s'agit de Tlnde, ne suffirait pas à pareille tâche...
Donc, que M. Foucaux se rassure, mon erreur singulière au collège de France, n'en est pas une dans l'Inde, où toute la secte des veichnatas^ refuse de reconnaître les incarnations de leur dieu dans des animaux, pour le passé aussi bien que pour l'avenir.
Maintenant, si M. F. veut que je lui fasse une confidence, je lui avouerai... que je ne crois pas plus à la lutte de Ealki et de Ghristna, qu'il ne doit croire lui-même au combat du cheval de l'Apocalypse et du Christ...
« 7° Quant h la virginilé de Dôvaki, delà mère de Krichna^ le Vischnou Pourdaa (édit. de Bombay, liv. V, slocaSS) ne laisse aucun doute à ce sujet, en disant que Dévakt en était à sa 8* conception dans la personne du Christ. »
Vraiment M. F. a la main malheureuse, et en voyant le choix des passages de mon livre qu'il a fait pour les combattre, on se demande ce qu'il aurait pu mettre, sur ce grand nombre de pages qu'il regrette ne lui avoir pas été accordées, pour relever ce qu'il appelle mes inexactitudes.
Si j'ai parlé de la virginité de Dêvakî ou Dôvânaguy (comme j'écris d'après les brahmes), mère de Christna, il va de soi que je ne voyais là qu'une fie-
tion religieuse, qu'une prétention des prêtres destinée à grandir la mère de leur dieu, dans l'opinion de la foule.
Je puis affirmer à M. Foucaux que je ne suis le champion d'aucune virginité religieuse. Mais est-ce bien adroit, de me donner l'occasion de faire le rapprochement suivant T - Si Dâvânaguy était à sa huitième conception dans la personne de Christna, cela n'en prouve que mieux avec quelle serv^jiité les apôtres ont copié la vieille légende brahmanique, quand ils ont créé la légende chrétienne.
Il parait assez bien prouvé, en e£fet, que les évangélistes eux-mêmes ont donné à Marie sept à huit conceptions avant celle du Christ.
Ci Nous apprenons aussi que Jésus avait des frères
et des sœurs (Mathieu, xiii-55; Marc, vi-3). Ses frères
s'appellent Jacques, Joseph» Simon et Jude. Quant
& ses sœurs, tout ce qu'on vous dit c'est qu'elles
habitaient encore Nazareth à l'époque où Jésus en-
seicrnait. »
(Sî-RAuss, Vie de Jésus.)
S"* « H. J. donne au culte de Krichna une antiquité qu'il n'a pas. Suivant If. Eug. Burnouf, ce culte était nouveau dans l'Inde quand le bouddhisme s'y répandit, et Ck)lbrooke incline i croire que le développement des fables et des légendes qui ont fait U9 dieu de Krichna, est postérieur à rétablissement
du bouddhisme. Que M. J. cherche le dieu Krichna dans le Véda, il ne Vy trouvera pas ; mais par contre il trouvera le culte de ce dieu très-dé veloppé après notre ère. »
L'antiquité véritable qui doit être attribuée à Christna et à son culte ne saurait être déterminée ici. Uindis^nisme ofiSiciel refusant d'ajouter foi à la vieille chronologie des brahmes, qui est cependant d'accord en plus d'un point avec les découvertes géologiques modernes, il s'agirait de savoir à Taide de quels documents elle prétend remplacer, par de nouvelles dates, celles que les Indous donnent aux faits de leur propre histoire civile et religieuse I... J'aurai occasion de dire bientôt ce que je pense de la chronologie des brahmes. Pour le moment, comme je soutiens que la tradition chrétienne n'est que la continuation de la tradition indoue un peu modifiée, et que le Christ n'est que la figure de Christna rajeunie, il me suffit de démontrer, pour que l'imitation soit possible, que le culte de Christna est antérieur de plusieurs siècles à celui du Messie hébraïque.
Pour établir cette antériorité, M. Foucaux ne repoussera sans doute pas l'autorité du grand indianiste William Jones.
L'ancien juge suprême de la haute cour de Calcutta, à la fin de sa traduction de Manou, s'exprime de la manière suivante à propos de certains textes sur la légitime défense :
« Il est à remarquer, sur les textes précédents, qu'aucun d'eux, à l'exception de celui de Vrihaspati, n'est cité par Collouca, qui ne semble jamais avoir considéré aucune des lois de Manou comme restreinte aux trois premiers âges; que celui de la Smriti, ou du code sacré, est cité sous le nom du législateur, et que la prohibition dans tout âge de la défense personnelle même contre des brahmes, est en opposition avec un texte de Soumantou, avec l'exemple et le précepte de Krischna lui-même suivant le Mdbdbhdratay et même avec une sentence du Yéda, par laquelle il est enjoint à tout homme de défendre sa propre vie, contre tous les violents agresseurs. »
Le traducteur de cette note, Loiseleur-Deslonchamps, ajoute :
« Krischna est le dieu Vischnou incarné. Wil- .liam Jones fait sans doute ici allusion au second chapitre du Bagaveda-Gltà ^ épisode du Mahdbhdrata, grand poëme épique d'une grande célébrité, que l'on croit avoir été composé près de mille ms avant notre ire. Le Bagaveda-GUa est un dialogue philosophique entre Krischna et son élève Ardjouna. »
J'ajouterai que, d'après William Jones et Col-
tO DE LA MARCHE DE LA TRADITION
brooke (que M. Foucaux invoque pour prouver que le culte de Christna serait postérieur à rétablissement du bouddhisme, ce qui ne signifie rien au point de vue du christianisme], le Mahdbhâraia aurait été composé environ douze cents ans avant notre ère.
D'après les brahmes, ce poëme serait plus ancien de deux mille cinq cents ans au moins. Maid sans s'arrêter à leur autorité, qui a bien cependant quelque valeur, et en s'en tenant à la date fixée par les représentants les plus autorisés de la science euro« péenne; il est hors de doute qu'en ne donnant à Christna qu'une antiquité égale au poëme qui l'a célébré, le dieu des Indous se trouve aVoir précédé de dix à douze siècles, au moins, le dieu des chré* tiens.
M. Foucaux peut voir qu'il n'est pas nécessaire de trouver Christna dans le Véda, et je n*ai jamais prétendu qu'on l'y pourrait rencontrer, pour lui reconnaître cependant une antiquité ' des plus respectables.
90 « Nous voulons prouver, dit M. J., p. 8, que l'incarnalion qu^on adore à Rome n'est qu'un reflet de celle qu'on honore dans rinde, que le Christ n'a jamais existé tel que ses historiens intéressés nous le dépeignent ; et que les évangélistes n'ont fait qu'attribuer à un des leurs^ ou même à un être imaginaire, de miraculeuses aventures copiées par eux dans les livres sacrés de l'extrême Orient.
c On oublie trop que tous les savants de l'école d'AIexaiu drie les ont taxés d'imposture et leur ont signalé les sources où ils avaient puisé. »
(C'est bien là ma thèse. M. Foucaux va-t-il la prendre^ coros h corps celte fois ? Qu'on en juge.)
c M. J. oublie aussi que Rome n'est pas seule à honorer le Christ et que les Grecs et les protestants sont également intéressés dans la question qu'il soulève ici. On peut encore lui demander comment les évangélistes ont copié les livres sacrés de l'Orient. Ils savaient donc le sanscrit? Si ce fait se confirme^ M. J. a fait une découverte curieuse ; et si tous les savants d'Alexandrie ont taxé les évangélistes d'imposture, pourquoi ne pas citer, à l'appui de cette assertion, le premier venu de ces savants qui sans doute n'ignorait pas où et comment les évangélistes avaient appris le sanscrit, t
Pour la seconde fois M. Foucaux expose la thèse capitale de mon livre, et pour la seconde fois, au lieu de compaj:er la vie et le culte de Christna à la vie et au culte du Christ, de nous expliquer par exemple : comment le massacre des innocents a pu avoir lieu dans Tlnde dix à douze siècles (en ne prenant que la date fixée plus haut à propos du Mahdbhârata) avant le même fait attribué à Hérode ; au lieu de faire la lumière sur les étranges similitudes des deux légendes indoue et chrétienne, il esquive de nouveau toute réponse, en me posant sur un ton légèrement ironique cette singulière question :
« Les évaDgélistes savaieat dwc le s&DScrit? Si C8 fkii se eonûrme^ IL JacôUiot a fait uoe découverte curieuBe... »
M. Fou eaux croit se débarrasser de toute réfutation sérieuse, en cédant au malin plaisir de lanoer ane épigramme.
Je lui répondrai que son interrogation ironique ne pourrait avoir de la valeur, que si je m'étais permis d'afi^rmer o^tte plaisanterie scientifique :
Quê kt évangéiiite» sm>ai»tu le santcrit I
L'identité des deux figures et des deux cultes étant indiscutables, M. Fouoaux lui-môme n'ose pas le nier.,. J'ai simplement prétendu qu'il y avait là un fait de tradition et d'infiltration, et j'ai étudié ce fait, en attribuant riûfiiience d'un culte sur l'autre à celui qui chronologiquement était le plus ancien.
M. Fouoaux ne saurait ignorer les liens étroits de parenté qni existent entre la religion de l'Inde et tes cultes des Mages^ des Parsés, des Ghaldéens et des andens Égyptiens ; partout s' accuse la marche de oette tradition que je signale, et les apôtres n'ont pas eu besoin d'applieiidre ïe sanscrit pbttr étudier les vieux mystère» de rOrient»
Est-ce que le dieo Un (existant pal» lui-même) de Manon, qui «divise soaà cor^ en deux parties mâle et femelle, pour dentier naissance à l'univers, créant ainsi la trinité, qui est la manifestation de son existence, ne se retrouve pas sur le seuil de la
plupart des conoeptions religieuses de l'antique Asie ? Est-oe que M. Foucaux n'est pas obligé de reconnaître : que le brahmanisme et le bouddhisme s'appuient sur les incarnations» Tune de Vischnou, et l'autre des Bouddhas successifs ?
Est-ce que Manou n'a pas enseigné une morale plus pure, plus élevée que la Bible, qui n'a pas même l'air, dans les cinq livres attribués à Moïse mais rédigés par Helquiah, de se douter de l'immortalité de r&me?
M. Foucaux s'imagine-t-il : que les différents peuples de l'Asie et de l'Orient ont vécu s'ignorant les uns les autres avec des conceptions individuelles et indépendantes? Dans ce cas, je recommanderai à son attention le texte suivant de Moïse de Chorène qui vivait dans le m* siècle de notre ère :
« Les anciens Asiatiques, et spécialement les Indous, les Perses et les Chaldéens, possédaient une foule de livres historiques et scientifiques. Ces livres furent partie exiraiU, partie traduite en langue grecque, surtout depuis que les Ptolémées eurent établi la bibliothèque d'Alexandrie et encouragé les littérateurs par leurs libéralités, de manière que la langue grecque devint le dépôt de toutes les sciences. »
(MoiSE DE Chorène, Histoire â^Arménie.)
M. Foucaux, qui demande des textes, en veut-il d'autres encore, qui lui indiquent la route parcourue par la tradition indoue à travers l'Asie?
Qu'il écoute Ammien Marcellin, citant Agathias.
« Postérieurement à Zoroastre, le roi Histasp ayant pénétré dans certains lieux retirés de l'Inde supérieure, arriva à des bocages solitaires, dont le silence favorise les profondes pensées des brahmes, Eà il apprit d'eux, autant qu'il lui fut possible, les rites purs des s(tcrifices, les causes du mouvement des astres et de l'univers, dont ensuite il communiqua une partie aux mages. Ceux-ci se sont transmis ces secrets de père en fils, avec la science de prédire l'avenir, et c'est depuis lui (Hystasp) que dans une longue suite de siècles jusqu'à ce jour, cette foule de mages, composant une seule et même caste, a été consacrée au service des temples, et au culte des dieux. »
Ainsi Hystasp fut Vélève des brahmes de Vlnie et fonda en Perse un collège de prêtres sur le modèle
de ceux des pagodes de l'Inde; ei depuis les Ptolé-
mées tous les ouvrages de Vhide^ de la Perse et de la Chaldée furent traduits pour la bibliothèque d'Alexandrie, de manière que la langue grecque devint le dépôt de toutes les sciences de l'antique Asie,..
Les apôtres et les évangélistes qui ne savaient pas
INDO-ASIATIQ 85
le sanscrit, mats qui savaient peut-être le grec... à moins que M. Foucaux n'ait fait la découverte curieuse du contraire... ont donc pu s'abreuver» à longs traits, à un affluent direct de la source originale des anciennes conceptions de l'Asie.
Au surplus : la marche parallèle dans les siècles qui se rapprochent de notre ère, des idées religieu* ses, dans l'Inde, en Gbaldée et en Egypte, rendit plus facile encore l'œuvre des philosophes chrétiens, qui n'eurent qu'à simplifier et épurer la tradition, et à traduire dans un langage sensible au vulgaire, des idées qui, dans leurs développements élevés, étaient restées longtemps du domaine des initiés, brahmes, mages, hiérophantes et sectateurs de la kabbale hébraïque.
Quant au texte que M. Foucaux me demande pour établir que les rédacteurs apocryphes des évangiles ont été taxés d'imposture par leurs contemporains... le voici :
« Tout le monde sait que les Évangiles n'ont été écrits ni par Jésus ni par les apôtres, mais longtemps après paiç des inconnus, qui, jugeant bien qu'on ne les croirait pas sur des choses qu'ils n'avaient pas vues, mirent à la tête de leurs récits, des noms d'apôtres ou d'hommes apostoliques contem
porains. »
(Faustb.
Fauste est on savant manichéen qui vivait dans le iii« siècle de notre ère, c'est-à-dire à l'époque même où les évangiles parurent dans leur forme actuelle, et ce qui ajoute plus de poids encore à cette opinion, c'est que la critique moderne, Strauss en tête, est d'accord sur ce points que sur les quatre évangiles il y en a au moins trois, dont il est impossible d'accepter l'authenticité, tels qu'ils nous sont parvenus.
lO» te L'aaleiir de Christna et le Christ n'est pas toujours d'accord avec lui-môme. Il nous dit dans ce nouveau volame, p. 50 : « L'Iode tournant sans cesse dans un cercle vicieuxt entre le monothéisme et le polythéisme, râle depuis quinze mille ans sous les étreintes du prêtre ; > après avoir écrit dans la Bible dans Vlnde, p. 7 : « Vieille terre de Tlnde, berceau du genre humain, salut I... Oh! comme je voudrais que ton passé put être plus tard notre avenir. »
Une simple question & M. Foucaux :
En quoi ces deux phrases, cueillies dans deux rolûmes différents^ et caractérisant deux époques différentes également de la civilisation indoue, sont-elles en désaccord l'une avec l'autre, et peuvent-elles me constituer en désaccord avec moi-même ? .
L'Inde pastorale et védique fut grande par sa loi naïve dans le bien, sou honnêteté et sa moralité.
L'Inde sacerdotale et brahmanique fut une épo« que de superstition et d'oppression religieuse.
De pareils procédés de critique ne me paraissent
INDO-ASIATIQUfi. 87
pas dignes de mon contradicteur... ce n'est pas en cousant' des lambeaux de phrases qui n'ont aucune connexité entre eux, et quel'oji copie, sans avertir le lecteur de l'esprU dans lequel Os ont été écrits,... que Ton montre une impartialité réellement scientifique.
Je ne puis môme pas croira & une erreur de M. Foucaux, il ne pouvail; pas la commettre ; qu'on en juge :
•Après avoir écrit dans la Bibie éins Vlnde^ p. 7, celte. phrase qui d'applique à répoque pastorale :
« Vieille ..terre de l'Inde, berceau du genre humain, salut! ohî comme je voudrais que ton passé pût être plus tard notre avenir !»
Je poursuis la comparaison entre ce passé glorieux et la période d'oppression religieuse... et je conclus, dans le môme ouvrage et le même chapitre" p. 10, de la manière suivante :
« Ce fut l'époque de la grandeur par la libre pensée et la raison.
« Puis j'assistais à la décàdencei.. la vieillesse comm^nça,ît pour ce peuple, qui avait illuminé le monde, et marqué sa mor,ala et ses doctrines d'un sceau tellement ineffaçable, que le tempSt qui de
88 DE Lk MARCHE DE LA TRADITION
puis a jeté dans la tomba Babylone et Ninive, Athènes et Rome, n'a pu parvenir à les faire oublier.
« Je vis les brahmes. et les prêtres prêter l'appui de leur parole, l'autorité sainte des Védas, de la divine écriture, au despotisme inintelligent des rois, et, oublieux de leur origine, étoufier l'Inde sous une théocratie corrompue, qui, avec ses divisions de caste, ses indignes sacrifices aux passions les plus honteuses, son abrutissement systématique des masses, eut vite fait d'anéantir à son profit les gloires du passé qui faisaient sa honte.., la liberté qui l'eût renversée. »
M. Foucaux ne peut pas n'avoir pas lu ces passages. Il y a plus :
Dans le même chapitre du même ouvrage [Christna et le Christ) où j'ai écrit, p. 50 :
a L'Inde tournant sans cesse dans un cercle vicieuxi entre le monothéisme et le polythéisme, râle depuis quinze mille ans sous les étreintes du prêtre ; »
J'avais écrit, p. 47 :
« L'Inde védique a été monothéiste, elle n'est arrivée au polythéisme que sous le joug démoralisateur et corrompu des prêtres.. )►
Ainsi partout, ma pensée est clairement défiDie, et je ne puis m'expliquer l'erreur de M, Foucaux. Le passage suivant est plus singulier encore : Voulant, quand meniez me mettre en contradiction avec moi-même, mon contradicteur ajoute :
11® « Et p. 192 : « Les merveilles de l'art indou qui inspira l'art antique de TÉgypte et de la Grèce. »
« Puis p. 375 : « Les Indous ue peuvent rivaliser avec les splendeurs de Tart grec. »
Ici, je suis réellement très-embarrassé pour exprimer nettement ma pensée.
Ce ne sont plus des phrases cueillies à droite et à gauche, sans indiquer Tesprit dans lequel elles sont écrites, que M. Foucaux appelle à son secours, mais Uen, ce qui est beaucoup plus grave, des lambeaux de phrases qu'il tronque à plaisir pour se forgef des arguments.
En rétablissant les deux passages dans leur entier, je vais faire le lecteur juge du procédé.
Décrivant l'intérieur d'un temple indou, j'ai écrit, p 192 (Chrislna et le Christ) :
« Qu'on se figure une immense crypte souterraine, creusée sous la pagode, dans un rocher de granit, oîi s'étaient donné rendez-vous toutes les merveilles du vieil art indou qui inspira l'art antique de F Egypte et de la Grèce... Colonnes aériennes de vingt mètres de hauteur, toutes fouillées au ciseau ; gra-
cieusesi cariatides semblant supporter la voûte de l'édifice au sommet des colonnes ; entablements bizarres, chapiteaux polychromes; feuilles d'acanthe et de lierre s'enroulant autour des clefs des frises, etc.. »
Comme on le toit^ il s'agit ici d'architecture.
D'un autre côté, passant en revue les conquêtes de la civilisation indoue, j'ai écrit, p. 375 [Christna et le Christ) :
a En architecture^ les Indous semblent avoir épuisé tout ce que le g^nie de l'homme est capable de C9ncevoir, dômes hardis^ coupol^es élancées, minaret avec dentelle de marbre, tours gothiques, plein cintre grec, style polychrome ; tous les genres et toutes les époques se trouvent Ui accusant Torigine et la date du départ des différentes peuplades, qui; en émigrant, ont emporté les souvenirs de Tart n^tal.
« En sculpture^ ils conçurent le grandi osâ,.4eA grands effets par les masses, mùrne peuvent rkoliser avec les splendeurs de Vart grec.
« En peinture^ ils ne s'élevèrent pas au-dessus du métier. »
j Que résulte-t-il de ceci !
n résulte : qu'après avoir proclamé l'influence iittspiratrice de l'art indou en architecture^ sur Tart égyp-
tien et grec, je proclame non moins formellement : qxi'iu tculpture l'art Indou ne peut rivaliser avec les splendeurs de l'art grec, et qu'eu peinture l'Inde ne s'est pas élevée au-dessus du métier.
Peut- on rencontrer ici l'ombre d'une contradiction? Pour en créer une, que fait M. Foucaux?
Il extrait de ces deux longs passages deux phrases tronquées qui, sans celles qui les précèdent et celles qui les suivent et les expliquent, n'ont plus le sens que je leur ai donné...
P. 192 : « les merveilles de Tart indou qui inspira l'art antique de l'Egypte et de la Grèce... »
P. 375 : « les Indiens ne peuvent rivaliser avec les splendeurs de Tart grec. »
Et le tour est joué.
Bien plus : non content de tronquer les phrases, il ajoute des mots pour rétablir grammaticalement les phrases qu'il défigure.
J'ai écrit :
« En sculpture i ils conçurent le grandiose, les grands effets par les masses, maiâ ne peuvent rivaliser avec les splendeurs de l'art grec... »
Et M. Foucaux copie :
«( Les Indiens ne peuvent rivaliser avec les splendeurs de l'art grec... » faisant ainsi d'une phrase
incidente une phrase principale, et oubliant, à dessein, d'indiquer que ma phrase ne s'applique pas à Tart en général... mais à la sculpture seulement.
Après avoir signalé le procédé, il me semble, n'est-ce pas?... que j'aurais tort d'insister.
12° « M. J. assure, p. S2-53 : « qiie le sacrifice des bétes était contraire aqx principes les plus sacrés et les plus inviolables des Indous, qui proscrivent toute espèce de meurtre, sous quelque prétexte que ce soit. »
• S'il avait lu avec attention les lois de Manou, il aurait vu que non-seulement le sacrifice des animaux n*y est pas défendu, mais quil y est même souvent prescrit. »
M. Foucaux pourra me rendre cette justice que je m'efforce de rendre ma réponse la moins agressive possible... Il me permettra cependant de lui dire que je finis par ne comprendre absolument rien à ce perpétuel travestissement de ma pensée... et qu'il faut être bien pauvre d'arguments, pour être réduit à s'en procurer à Vaide d'altérations matérielles des textes...
D'après mon contradicteur :
J ai prétendu, p. 52-53 [Christna et le Christ), « que le sacrifice des bêtes était contraire aux principes les plus sacrés et les plus inviolables des Indous, etc... »
Je suis obligé d'aflSrmer, que mon contradicteur me prête gratuitement cette opinion I
Sans doute la phrase qu'il cite se trouve dans mon livre... mais comment s'y trouve-t-elle?
M. Foucaux se garde bien de dire, que cette phrase expose simplement des idées personnelles à la secte des djeïnas, et n'émet nullement, à titre de proposition générale, l'opinion que le sacrifice des animaux était contraire aux principes les plus sacrés et les plus inviolables des Indous...
Il suffît de rétablir ce passage en entier, pour voir que M. Foucaux continue de plus en plus à disloquer ^ volontairement j et ma pensée et mon texte.
Rendant compte des vieilles querelles qui mirent aux prises les brahmes et les djeïnas, je dis, p. 52-53 :
a Les djeïnas accusent les brahmes d'avoir forgé les quatre Védas, Manou, les dix-huit Pouranas, la trimourty, et les fables monstrueuses qui s'y rapportent, telles que les avatars de Vichnou, le linguam, le culte de la vache, et d'autres animaux, le sacrifice de Tekiam, etc..
«... Les djeïnas dès le début ne cessèrent, de tout leur pouvoir, de s*ç>pposer à ces changements; voyant que leurs remontrances ne produisaient que peu d'effet, et que le système religieux des prêtres continuait à être imposé à la multitude, ils se mirent en rupture ouverte avec les brahmes.. . Diaprés les
vieilleê légendes djéinistés^ la lutte éclata à l'oecarion de rétablissement de Vekiam, sacrifice dans lequel tm chevreau^ à toison rouge f était immolé en l'honneur de la trinité, ce qui était eontréxire aux croyances uÈitaires 0I aux principes les plus sacrés et les phss invioMles des Indous^ qui proscrivent toute espèce de meurtre^ sous quelque prétexte et pour quelque motif quUl soit commis. *— Telle est la prétention des djeïnas. — »
Il est impossible que M. Foacaux n'ait pas tu que je n'étais que l'historien des faits racontés et des opinions émises par les vieilles légendes djeïnistes» et que si je mettais en opposition, d'im côté :
Les doctrines des brahmes qui sacrifient des animaux.
Et de l'autre :
Celles des djernas qui repoussent les sacrifices d'animaux,
Ce n'était que pour indiquer la nature et l'origine de leur querelle.
Si M. Foucaux, si habile pour aller chercher, dans mes différents ouvrages, des lambeaux de phrases, qu'il assemble ensuite lui-môme à sa façon, pour en extraire des contradictions, avait bien voulu citer lui-même à ses lecteurs le passage suivant de mon volume Histoire des Vierges^ p. 86, il leur aurait rendu un doub!e«ervioe, en les mettant à même de savoir :
1«Ce que je pense du sacrifice des animaux dans l'Inde ;
2^ Ce qu'il faut penser des moyens de critique qu'il emploie.
« Le culte vulgaire des Indous compta un grand nombre de sacrifices qui difiërent de mode, selon les dieux et les temples. La plupart de ceux que les vischnouvistes ou sectateurs de la seconde personne de la trinité, offrent à leur dieu comprennent les cérémonies suivantes :
€ 1^ L'ayahana^ qui est rinyocation de la divinité à descendre sur l'autel ;
« 2® L'hassana, ou prière d'écouler favorablement l'hymne qu'on va chanter an son honneur;
« 3° Le padia, pendant lequel le prêtre lave les pieds de la statue ;
« 4"L'arkia, ou offrande d'eau de fleurs, de safran et de sandal ;
« 5^ Le madou-parka; lé prêtre consacre dans un calice du miel, du sucre et du lait;
« 6® Le niveddia, qui se compose du sacrifiée des victimes, et de la distribution au peuple de petits gâteaux de riz consacrés ; cette nourriture céleste doit être reçue à genoux et mangée dans la pagode.
« Les seuls animaux immolés aux dieux, pendant le niveddia, étaient le cheval, le bufile, le bouc, le
chevreau, le coq, réservé au dieu de la médecine, et les jeunes colombes non encore sorties du nid. »
Vingt autres passages semblables, et notamment un sur les sacrifices humains, indiquent clairement quelle est mon opinion sur ce point.
En dehors des tnoyens spéciaux que je signale, cette critique a quelque chose de puéril, qui se conçoit peu de la part d'un homme aussi éminent que mon contradicteur...
Ainsi, il me reproche de n'avoir pas lu avec attention les lois de Manou qui, non-seulement ne défendent pas, mais même prescrivent le sacrifice des animaux... et précisément, p. 185, Bible dans l'Inde, j'ai cité les passages suivants de Manou, à propos des sacrifices d'animaux :
« L'éternel Brahma (l'être qui existe par sa propre volonté) a créé les animaux pour le sacrifice, et le sacrifice est la cause de l'accroissement de cet univers; c'est pourquoi le meurtre commis pour le sacrifice n'est point un meurtre.
« Autant l'animal avait de poils sur le corps, autant de fois celui qui l'égorgé d'une manière illicite périra de mort violente à chacune des naissances qui suivront.
« Celui qui n'aura mangé de la chair d'un animal qu'il a acheté ou qu'il a reçu d'un autre, qu'après
IxNDO-ASIATlQUE. 97
ravoir offerte à Dieu, ne se rend pas coupable. Car manger de la viande après Taccomplissement du sacrifice a été déclaré la règle divine.
« Un brahme ne doit jamais manger la chair des animaux qui n'ont pas été consacrés par les prières, etc.- »
M. Foucaux doit voir que je n'ai pas attendu ses observations pour savoir que les sacrifices d'animaux étaient prescrits par Manou.
M. Foucaux trouvera peut-être, non dans le fond, mais dans la forme de cette traduction, quelques légères différences entre mon texte et celui dont il se sert lui-même. .. qu'il veuille bien pour ce fait ne pas m'accabler, si je préfère mon Mao ou, qui vient de la pagode de Ghelambrum, dans le sud de l'Indoustan, à celui dont on se sert au Collège de France... Non pas que j'aie Taudace de proclamer la supériorité d'un texte sur l'autre. Mais, comme il y a dans le nord de l'Inde près de cent cinquante et dans lé sud plus de trois cents textes de Manou, dans lesquels on rencontre d'importantes variantes, bien qu'ils soient tous d'accord sur le fond même de la doctrine, je conserve mon texte du sud, quoique les pundits de cette partie de l'Inde aient le malheur de ne pas jouir d'une grande réputation de science, auprès de mon contradicteur.
J'aurai occasioa de m'expliquer plus loia sur ces^ textes.
13° • Et pour un homme qui a longtemps vécu dans VInde il est bien mal informé au sujet de i'aswamedha qui selon lui aurait lieu chaque malin, tandis que ce sacriûce, le plus solennel de tous, doit durer un an et ne peut être célébré que par les rois. »
J'en suis fâché pour M. Foucaux. Hais je dois lui dire que s'il avait yécu, non pas longtemps, mais un seul jour dans Tlnde, il n'aurait jamais écrit les lignes ci-dessus, et surtout il se serait bien gardé de donner à sa critique cette tournure légèrement pédagogique, qui m'autoriserait presque à lui répondre, que pour un professeur de sanscrit au Collège de France, il me parait bien mal informé des choses du brahmanisme.
Je vais rendre ma pensée sensible par un exemple, puis je répondrai à l'observation elle-même.
Figurez-vous qu'un citoyen du Céleste empire, après avoir vécu de longues années en Europe, rentre dans son pays et publie un livre sur cette contrée. Dans cet ouvrage, il a écrit la phrase suivante :
« Les souverains de l'Europe appartiennent à la religion chrétienne I »
Aussitôt le professeur de français ou. d'anglais, à.
INDO-ASIAriQUE. ^
rUniversitéde Pékin; prend feu^ et lai lance superbementicette aposthyphe :
— Pour un homme qui* a* vécu longtemps en Bu* rope, vous êtes bien nml informé de ce qui s'y passe. Les souveraiîis de cette oontrée, et notamment lès empereurs romains, appartiennent si peu à cette secte, qu'ils en persécutent les membres, et que les chrétiens, pour éviter d'être livrés aux bêtes dans les^arènes, sont réduits à' se cacher dans les cata^ combes pour pratiquer leur culte.
N'en déplaise à Mi Foucaux, son cas et le idieii sont identiques... «
D'abord, suivant son habitude, la phrase qu'il cite est comme toujours une phrase incidente qu'il coupe àja façon... On dirait à l'entendre que, traitant du sacrifice solennel de Taswamçda, je me serais grossièrement trompé sur l'origine et la nature même de ce sacrifice.
Rétablissons donc le passage avec son sens véritable :
« (Christna et le Christ^ p. 88.) — Aucune puissance céleste, fût-ce même le mystérieux Swayambhouvii, ne peut' résister à une invocation faite à propos, et chaque matins au $acrifice de Vastoamedha^ le prêtre qui oflScie fait descendre sur Tàutel, par la vertu d'une prière, le dieu Vischnou, seconde personne de la trimourty (trinité), incarné dans Christna. »
Comme on le voit, je parle ici de rinflaence de la prière, et ce n'est que très-incidemment, qu'il est question de Taswamedha.
Je vais m'expliquer maintenant avec mon contra^ dicteur sur ce sacrifice, en indiquant ce qu'il fut aux trois époques différentes de la civilisation de l'Inde.
1 ^ A l'époque de la domination purement sacerdotale des brahmes, le sacrifice de raswamedha n était qu'emblétnatique. Pendant qu'un prêtre, devant les chefs assemblés, offrait le sacrifice, un cheval était attaché près de l'autel et le sacrificateur le consacrait à la divinité. A la fin de la cérémonie, on lui imprimait avec un fer rouge la marque de la divinité, ainsi qu'on fait encore pour les taureaux sacrés dans toutes les pagodes de l'Inde, et exclusivement attaché au service du temple et des prêtres, il ne pouvait plus être employé à un service abject. On ne recevait pour ce sacrifice que de jeunes étalons.
Les gens qui ont le malheur d'avoir habité l'Inde, M. Foucaux... et de rechercher des causes naturelles à toutes les fictions religieuses, ont reçu des pundits, ou brahmes savants, de singulières explications de cette cérémonie. D'après ces derniers, la plupart des chevaux et des taureaux (car le sacrifice du taureau existe également) étant assouplis au service de l'homme par la castration, il était nécessaire de
INDO-ÂSIATIQUE. iOI
ne pas abandonner, aux classes inintelligentes, le soin de choisir et de consacrer les plus beaux types destinés à conserver la race. Il fut défendu aux sou* dras et aux yaysias de posséder des étalons, et le privilège fut attribué aux pagodes. Les soudras qui cultivaient la terre pour les brahmes et les xchatrias, se fusse^tpeu, on le conçoit, inquiétés de conserver des types de race.
Les chevaux et les taureaux étalons furent donc, à Taide d'une consécration, mis sous la protection de la divinité, ainsi qu'on le fit, du reste, pour les ablutions, les bains, les jeûnes à de certaines époques de l'année, et toutes les coutumes hygiéniques que le législateur, dans l'Orient, a constamment mises sous la protection de l'idée religieuse.
Déjà à cette époque, on ne voulait pas instruire le peuple, pour le conserver à l'état de machine à travail... et pour imposer à sa grossière intelligence des habitudes d'hygiène, qui conservassent la santé de la brute, on lui faisait peur de Dieu ou du Diable.
Ces coutumes, adoptées en Perse et en Egypte, ont fait dire, que l'antiquité avait adoré des animaux.
2^ Dans la seconde époque, que j'appellerai l'époque royale, alors que les chefs avaient attiré à eux le pouvoir temporel, tout en gorgeant lés brahmes d'honneurs et de richesses, pour se servir d'eux dans'
i02 DE LA MÂBJaiiEiD£ XA XhÂDITION
un intérêts de domination sur les «masaas» Je sacrifice de l'aswamedha, de «symbolique devint effectif; mais ce sacrifice du xEheval était toujours précédé d'une espèce de chasse à l'animal, dans ^laquelle se défiaient le plus souvent des rois yoîsins etriyaux de puissance. Gela donnait lieu à des fêtes sans fin, et au bout d'une aiméa le isb^ayal était immolé.
Chaque roi était obligé. de faire ce sacnrifioe au moins trois fois dans sa vie.; eelui qui l'accomplissait cent fois s'élevait au rang des dieux.
Mais il ne faudrait pas croire, ainsi que le dit M. Foucaux, que ce sacrifice ne pût é(re accompli que par des rois. S\, pour lui . appliquer «une phrase qu'il m'adressait il n'y a qu'un instant, il avait lu avec attention les lois de Manou^ il aurait vu que le vieux législateur ne fait pas de ce sacrifice le privilège exclusif des rois, lorskjue dans son; livre V, où il s'occupe spécialement des dwidjas, c'est*à*dire des brahmes qui ont accompli leur noviciat,
Il dit» sloca 53 :
« L'homme qui chaque année et pendant cent ans ferait le sacrifice de Taswamedha, et celui qui jusqu'à sa mort se priverait de viande, acquerraient tous deux des mérites égaux, et obtiendraient la même récompense. »
Manou, qui dans ce. livre Y traite de la nourriture
ÎNDO-ASIATIQTJE. 103
permise aux dwidPjas, des sacrifices qu'ils doivent offrir en cette drconstance et qui comprend dans ces sacrifices céltà de raswamedha... ne dit pas un mot du sacrifice du cheval, dans le livre VIT tout entier consacré aux rois.
Bien plus : dans le sloca 74, livre XI, le législateur brahmanique ne parle j)lus seulement des dwidjas, il généralise la permission d'ofirir le sacrifice de Taswamedha, quand il dit, en parlant de celui qui aurait tué un brahme :
« Que le meurtrier accomplisse le sacrifice de VàfwmMéHia^ du ffwardjît, Su gosava, etc. »
De même les ^cas 257„ 258, 259, 260, livre XI, parlent d'xme manière générale (si, 257) de eelm qui a eommi$ un grand crime^ sans faire aucune distinction de caste, rautorisant A offrir le sacrifice de Vaswamedha, ce roi des sacrifices, dit le.sl. 26Q, qui enlève tous les.jfiehA.
Je sais bien que M. I^oucaux, à titre de commentaire de ces textes, pourrait soutenir que ces meurtriers et ces criminels devaient, sans doute, appartenir à la caste militaire.
Je défierai fftors mon ^contradicteur de montrer un seul texte de Manou sur lequel il puisse baser son opinion.
Me citerait-il le sloca '82 du livre XI, ainsi conçu-
« Il peut se purifier de son crime, en en faisant Tayeu public devant les brahmes et les xchatrias assemblés pour le sacrifice de Taswamedha, et en faisant ses ablutions avec les brahmes dans le sacrifice de rAvabhritha. »
Ce verset indique simplement que brahmes et xchatrias sont assemblés pour Taswamedha, mais ne fait nullement de ce sacrifice un privilège des xchatrias.
Tels sont les seuls textes de Manou oii il soit question de Taswamedha.
3^ Dans la troisième période voisine de notre ère, les brahmes et les xchatrias, ou rois, divisés par des querelles intestines et des guerres de conquêtes , n'ont plus le temps de présider à des sacrifices dont la durée était d'une année; en même temps que Taswamedha devient plus rare, il tend de plus en plus k se symboliser.
Manou avait déjà dit, pour la nourriture sacrée des sacrifices, livre V, sloca 37 :
« Que le brahme fasse, avec de la pâte pétrie dans le beurre, Timage de Tanimal qu'il veut sacrifier, et qu'il se garde de manger un animal qui n'aurait pas été consacré. »
Et les brahmes prirent, peu à peu, l'habitude de
représenter le cheval de raswamedha, par une figa rine en pâte de riz, pétrie tantôt avec du miel, tantôt avec du beurre.
Peu à peu l'horreur du meurtre des bêtes, que Hanou n'autorisait, du reste, que dans les offrandes aux dieux, devint telle, en raison du dogme de la métempsycose qui primait tous les autres, qu'on vit les brahmes tamiser leur eau pour ne pas s'exposer, en la buvant, à faire périr les animalcules qu'elle contenait, ce qui n'était fait autrefois que par les pénitents d'un degré supérieur ; et bs sacrifices d'animaux, chevaux, taureaux, chevreaux, colombes, etc., conservés seulement à titre d'exception, pour quelques fêtes spéciales, disparurent du culte, remplacés, selon le vœu de Manou, par des simulacres en pâte, de petites galettes de riz, du lait, du beurre, du miel, des grains de riz grillés et des fleurs.
Il y a des siècles que le sacrifice du cheval ne se fait plus dans l'Inde par l'immolation de l'animal lui-même, mais comme l'aswamedha a conservé dans les croyances toute sa force purificatrice, tous les matins, les brahmes l'accomplissent à l'aide d'une figurine moulée avec du riz cuit dans du safran ou de la pâte, dans la pensée de conquérir, pour la vie future, un rang égal à celui des dieux.
C'est ainsi que le sacrifice se perpétue de jour en
106 DE LA MARCflE D£ LA TRADITION
jour, non^aeulement pendant an an, comme dans le
passé, .mais pendant toute la vie du sacrificateur,
dans Tespérance de gagner la récompense promise
par Manou
A celui qui aura^ sans itUêrruption^ aceompti Vaswa^
medhapsndasU emt oniirf».
Maintenant, si M. Foucaux yeut suivre la marche de la tradition indoue par une autre voie, il verra
les ^sacrifices d'animaux se reprendre dans le monde par la Perse, la Ghaldée et rËgyptç jusqu'en Judée ; et J^, comme une synthèse simplifiée de ces anciennes pratiques, il verra, ainsi que dans Tlnde, la graisseet le sang des victimes, que le&Jxufe brûlaient dans leur temple, se symboliser également dans un peu de pâte délayée avec de Teau, lors de la révolution chrétienne...
Voilà, très-brièvemeilt, ce que j'aurais dit avec plus de détails encore, si, au lieu d'une simple allusion à l'aswamedha, j'avais eu l'intention' d'exposer ce qu'était ce sacrifice, dans .le passage Televé par mon contradicteur.
. Au sujet de l'aswamedha, l^éminent professeur de sanscrit au collège de JPrance me paratt être en retard de quelques milliers d^aomées; ilji'a étudié et ne semble conuîdtre, qu'un point de la tradition, sans s'être donné la peine de suivre cette dernière dans sa marcher». Il a fait comme mon Chinois
dfiln'y a qu'un instant, qui. renfermait rentoore. les chrétiens dans iles catajombes, plus de tdiX'^ept siècles après qu'ils en étaient sortis.».
Je comprends que TimmobUité soit uneidas grandes forces de notre science officielle 1
.Mais dans ee cas ne £8iait-.ôUe pas bien
DMmiter de Conrarl le silence prudent?
.i4'''«.M. J. dit;p. 34;: «Dans la primiiivetipoqœ^^dîqœ, avant la codification brahmanique des Védas et de Mauou» les gymnosophistes ou pénitents nus existaient déjà. sous le nom de sannyassis. »
«'Jeaemaude'd^boTtt'àUI/J, ce:quMl entend par -la codification des Védas^ coroposésdiiymBes en l'honneardes dieux du t&a, de l'aii:, de yeau... (fil VÀihatva^VedafXiMomm.FQar' eaux, n*est-ce pas un. recueil de formules et de.conjarations magiques?... mais ne soulevons pas de mauvaises querelles); les yédas n'ont jamais constittié un code, et je doute qu'on y trouve les gyaino60{4ufltBs,'oiimiBe je crois dîfilcile de prou ver que ce sont ces philosophes qui fondèrent le djalnisoie par opposition aux tendances polythéistes des brahmes.
ff Le djalnismé, suivant M. J. : « était, est encore et n'a jamais été que monothéiste. Onne nous montrera pas un seul texte qui 8(dt en' coatrad^oD avecee fait. »
€ L'aolear parie ktfoià a&Hi aise du idjaloisine'qu*onr*a,:iusqu'à présent, bien.peuétudié,fParGequ&.r0nineposaédait.pas les livres originaux de cette secte; mais le peu que l'on connaît de la doctrine des djaînas ne vient pas à l'appui de ce prélâada monothéisne. •
M. Foucaux néglige de plus en plus.ma tbàses^ur
i03 DK LA IIARGHB DB LA TRADITION
Christna 6t le Christ, pour cueillir d'ici de là quelques brindilles, qu'il défigure autant qu'il peut et qui vont lui donner les moyens d'oublier mon sujei prineyiHU, le seul du lisore en somme^ jusqu'à la fin de son article.
Dans ce passage» M. Foucaux se montre beaucoup moins affirmatif.
Il doute... il lui semble difficile que... l'auteur parle bien à son aise du djeïnisme que l'on ne connaît pas» etc.
Ma réponse sera brève.
Mon contradicteur me demande d'abord ce que j*eAtends par « codification des Védas » et m'avertit charitablement que les Védas ne sont pas un code.
Je signale cette critique malgré sa puérilité un peu naïve, car elle est une preuve bien frappante de la pauvreté des arguments, auxquels mon contradicteur est obligé de se rattacher.
Si le Rig-Véda n'est qu'un recueil d'hymnes, il n'en est pas de même du Yadjous-Véda et dn Sama-Véda qui contiennent de nombreuses prescriptions religieuses. Quant à VAthana-Véda^ c'est un recueil d'or^ donnances et de prescriptions magiques. Ce sont de véritables codes de croyances et de devoirs.
Dans leur ensemble, les Védas sont considérés, par les Indous, comme la source même de toutes leurs lois civiles et religieuses.
« La loi a pour base le Véda tout entier. »
(Manou, liv. Ht êloea 6.)
« Quel que soit le devoir enjoint par Manou, à tel ou tel individu, oe devoir est complètement déclaré dans le Véda... »
(Manou, liv. Il, sloca 7.)
Est-ce que M. Foucaux, qui m'engage si fort à lire Manou avec attention, aurait oublié ces passages ?
Si les Yédas sont Tessence et la base de la loi, la réunion de ces livres, qui sont restés épars jusqu'aux premiers temps de la période brahmanique, éveille tout naturellement, n'en déplaise à mon savant adversaire, plutôt une idée de codification qu'une idée de simple collection.
Quant au djeïnisme, mon adversaire constate : que, jusqu'à présent, la science officielle n'a pas étudié les croyances de cette secte parce qu'elle ne possédait pas ses livres originaux... mais que le peu que l'on connaît ne vient pas à l'appui du monothéisme que je leur prête... il croit également qu'il serait difficile de prouver que ce sont les gymnosophistes (sannyassis nirvany ou pénitents nus) qui fondèrent le djeïnisme, par opposition aux tendances polythéistes des brahmes.
110 DE LA MARCHE Df: LA TRADITION
Sur ce point, je n'ai qu'une diose à répondre à M. EoucAUX:::
Si j*ai prétendu, dans Chriêtna et le Christ^ que les djeïnai: étaient, monothéistesv. et: que le djeïnisme fut fimdÀ-par IbsipénitentK iiu8(p[jivooofi9Tai, sanniasys nirvanys] en opposition aux invocations et aux doctrines' polythéistes des brahmes... c'est que cela résulte de leurs ouvrages originaux :
Ee Ptntamany^yoga^
E» Tittamnanj/'-ifoga;
Le Karanany-yoga^
Le Draûyianyyoga, qui sontleur quatre VSdasi
EVlh DUcckaSastram, ouvrage de commentaires et d'Initiation que j'ai pu consulter à loisir dans l'Inde.
Et c'est* pour cela, que* j'affirme encore qu'on ne me montrera pas un texte d'origine véritablement djeïniste, qui soit contraire aux croyances monothéistes dès djeïnas.
Voici, sur ce point, et sur l'origine du djeïnisme, l'opinion- très-nette d'un orientaliste aussi savant que modeste, M. Lamairesse, ancien ingénieur en chef des ponts et chaussées à* Pôndichéry, oii j'ai eu l'honneur de le connaître.
Chanté populaires du snd di FThdè, p. 23. '
« Les schismatiques djèinasse donnent comme
I^DO-ASIATiaUE. 141
les successeurs des Vanaprasthas (habitants des forêts^, titre que l'on, donne souvent ausL gymnoso*phistes ou sanniasys nirvanys] dont ils prétendent aroir seuls conservé la doctrine et les vertus..
« Depuis lon^emps un certain nombre de brahmes avec leurs adhérents,, protestaient. oontrB les innovations introduitesi-dsuas Tancien culte, et surtout contre les sacrifices sanglants. Lons de Tinstûtution de TEkiam, ils se séparèrent des autres brahmeS) et formèrent une sente qui fut longt^nps puissante» et que les brahmesne parvinrent à. abattre qu'il y a cinq siècles environ.
« Aujourd'hui les djeïnas^sont en tnès^petit nombre, et leurs temples sont tcès-raros dans Iflnde: voici ce que cette, secte a de particulier :
« lis adorent un Être suprême dont les. attributs principaux sont la sagesse infinie^ la science infinie, le pouvoir infini, le bonheur infini et qui n'intervient point dans les afiaines de ce monde.
« La vertu est récompensée dans^ Tautre.' vie par une renaissance heureuse^ seoit. dans le. swai^a par un. bonheur proportionné: aa mérite,, mais qui ne consiste pas en plaisirs. chamels^.Levice sera puni par une renaissance mauvaise,, ou dans le naraka par des peines dont la gravité et la durée sont proportionnées au démérite.
« La matière est. éternelle; et indépendante de la;
divinité. Il en est de môme de toutes les lois et substances naturelles, de tous les objets qui tombent sous les sens.
« Les djeïnas ont sur la métempsycose la mémo théorie que les brahmes» comme eux ils admettent la distinction des castes.
« Ils s'abstiennent de tout ce qui a eu vie, et même de quelques autres aliments avec plus de rigueur encore que les brahmes; ils respectent scrupuleusement la vie du moindre animal.
« Les djeïnas rendent à leurs saints des honneurs presque divins.
« Selon eux, Tétat le plus parftût auquel on puisse parvenir est celui de sanniùsiy nirvangs ou péniteni nu, qui, s'affranchissant de tous les désirs et de tous les besoins de la nature humaine, abandonne ce bas monde pour se réunir à la divinité. »
Je n'ai pas dit autre chose dans l'étude plus complète que j'ai consacrée aux djeïnas.
Je prie M. Foucaux de m'excuser, si, malgré la médiocre estime, dans laquelle il tient les hommes et les choses du sud de l'Inde, je lui ai cité comme autorité un homme qui, lui aussi, a habité longtemps cette contrée.
16* « Nous trouvons, p. 95 : • L*&me dont la souillure n'esl pas effacée est condamnée aux transmigrations successives établies par le Véda. » Le dogme de la transmigration n'ap-
parait pas dans le At^- Yeda, maïs on le trouve dans les Oupanichats^ livres composés à ane époque qui doit avoir suivi d'assez pnVs la période védique et auxquels les brahmes don* nent aussi le nom de Védas. Il n'en est pas moins vrai que l'époque précise et le lieu d'où est parti le dogme de la lia: sniigralion ne sont pas connus avec certitude. Ce qui est certain^ c'est qu^il est fort ancien, puisque la Grèce Ta connu par Pythagore, chaque César le retrouva en Germanie et en Gaule. Mais par quel chemin y était-il venu ?
c M. J. tranche la question de la manière suivante : t H faut arriver à la période brahmanique ou époque de !a dominalîon sacerdotale pour trouver dans le Manou^ abrégé par les prêtres dans Tiulérêt de leur despotisme, la transmigration des âmes établie à Télat de croyance dogmatique, en Tan 13,300 avant notre ère. Bien que l'Inde possède des monu ments plus reculés encore, celte date doit suffire pour lui assurer la paternité de cette opinion religieuse. » J'avoue que je ne comprends pas comment le Mauou, abrégé par les prêtres, peut dater de 13,303 ans.
c Le sanscrit classique du Manou, tel qu'il nous est parvenu, difière considérablement du dialecte des Védas, ce qui renverrait ces derniers bien loin en arrière, c'est-à-dire, suivant M. J., à 15 ou 20,000 ans avant notre ère. Mais comment la langue sanscrite n'a-t-elle pas varié pendant un si long espace de temps, quand les peuplades qui la parlaient étaient plus ou moins disséminées et n'avaient pas d'écriture pour fixer leur langue? Cela ne ressemble guère à ce qui s'est passé en Europe pour le grec et le latin fixés par l'écriture, et à ce qui se passe en ce moment en Amérique où l'anglais qu'on y parle tend déjà, après moins d'un siècle de séparation, à devenir un dialecte du langage de la vieille Angleterre. »
. Il est vrai aue le dogme de la transmigration
n'apparaît point dans les hymnes da Kg^Véda^ mais je n'ai point dit qu'on Ty pût rencontrer.
Je me suis servi de cette expression :
« Les transmigrations successives établies par le ma. »
M. Foucaux n'ignore pas que par cette expression le Véda^ les Indous entendent l'ensemble de leurs ouvrages sacrés, qui comprend non-seulement les quatre Védas et les Oupanichats^ mais encore Manau, les Pauranas^ les Sauras et plusieurs autres.
Ma phrase doit donc être comprise ainsi :
« Les transmigrations successives, établies par l'Écriture sacrée. »
Au surplus, mon contradicteur répqnd lui-même à une observation, qu'il ne semble faire que très-légèrement, en reconnaissant que les Indous donnent le nom de Védas, aux Oupanichats, et qu'on trouve dans ces ouvrages le dogme de la transmigration.
En voyant la date de 13,300 ans avant notre ère que je donne au Manou abrégé par les prêtres, date qui suppose une antiquité encore plus reculée aux Védas^ dont le dialecte n'a pas la perfection de celui
du vieux législateur M. Foucaux s'étonne que la
langue classique de Manou tel qu'il nous est paj*-
INDO-ASlAriQU£. il5
venu n'ait pas varié pendant un aussi long espace de temps, contrairement à ce qui s'est passé pour le grec^ le latin dans l'antiquité, et pour l'anglais actuellement.
M. Foucaux n'a pas compris exactement ma pensée, ou plutôt il l'a critiquée, sans se donner la peine de la creuser, car il ne saurait pécher par défaut de science, soit dit sans la moindre intention d'épigramme. 11 avouera cependant que je ne pouvais pas, à chaque page, à chaque phrase, à chaque mot, à chaque idée, interrompre la marche de mon livre, pour m*égarer dans de perpétuels commentaires.
Une citation de William Jones va me permettre d'indiquer exactement mon opinion.
L'illustre indianiste cite, dans la préface de sa traduction de Manou, un passage emprunté à la préface d'un traité de loi de Narada, où il est dit :
« Manou ayant écrit les lois de Brahma en cent mille slocas (distiques), divisés en vingt-quatre parties et mille chapitres, donna l'ouvrage à Narada, le sage parmi les sages, qui l'abrégea pour T usage <lu genre humain en douze mille slocas, qu'il donna a un fils de Brighou nommé Soumati, lequel, pour ia plus grande facilité de la race humaine, les réduisit à quatre mille; les mortels ne lisent que le second
ri6 DE LA MARGHK DE LA TRADITION
abrégé fait par Soumati, tandis que les dé vas des cieux inférieurs, et les musiciens célestes, étudient le code primitif, commençant avec le cinquième vers, un peu modifié, de l'ouvrage qui existe actuellement sur la terre... »
William Jones ajoute que les lois de Manou, telles que nous les possédons, ne comprenant que deux mille six cent quatre-vingt-cinq slocas, ne peuvent pas ôtre l'ouvrage entier attribué à Soumati.
Voilà donc quatre formes différentes de Manou :
Le Manou primitif en cent mille slocas ;
Le Manou abrégé par Narada en douze mille slocas ;
Le Manou abrégé par Soumati en quatre mille slocas ; .
Et enfin le Manou classique que nous possédons, dont parle M. Foucaux, et qui a été abrégé par Valmiki, dit-on, en deux mille six cent quatre-vingtcinq slocas.
Il est clair que ces abréviations successives de Manou correspondent à des époques différentes de la civilisation de l'Inde.
D*après les brahmes, dans la plus haute antiquité, à l'époque des hommes justes, le Manou primitif servait de loi suprême. Puis les hommes devenant
peu à peu mauvais et le mal envahissant la terre, il fallut abréger la parole divine pour la mieux faire accepter.
Narada alors abrégea Manou environ 13,300 ans avant notre ère.
Soumati accomplit là même œuvre 6,000 ans avant notre ère.
Et Valraikî, 2,500 ans également avant l'époque actuelle, réduisit Manou à ce qui nous est parvenu.
Il est bien entendu que je donne là des dates brahmaniques. Mais en admettant, pour Tabréviation de Yalmiki que nous possédons, la date de quinze siècles avant notre ère, fixée par Tindianisme européen (je ne sais trop sur quoi il se base pour cela), le Manou actuel compterait près de trois mille cinq cents ans d'existence dans sa forme présente ; en admettant que les trois autres Manou aient duré chacun un temps à peu près proportionnel au der* nier... pour le premier Manou et la première abréviation de Narada (effectuée sans aucun doute par les prêtres seuls gardiens des écritures sacrées), on arrive peu à peu à une de ces dates reculées, que la géologie et l'anthropologie , considèrent aujourd'hui comme de simples étapes de l'humanité... mais que la science officielle, qui base sa chronologie enfantine sur la Bible, Moïse et les patriarches qui vivaient huit et neuf cents ans, ne peut envisager sans frémir.
Dans tous les cas, M. Foucaux, pour la question qui le préoccupe, peut voir que depuis Tépoque reculée où le primitif Manou établissait les doctrines de la métempsycose» jusqu'aux différentes abréviations de Narada, Soumati et Valmiki, qui ont érigé oes doctrines en dogines religieux, le vieux sanscrit du premier Manou, qui a dû être presque monosyllabique» a pu parcourir des époques séculaires de transformation» avant d'arriver à la forme classique qui nous est parvenue.
Manou étant le livre usuel de la loi, le code réglant la vie religieuse et ci vile<, devait être, d'époque en époque, «dapté aux nouvelles formes de langage et recevoir également les coutumes nouvelles que Ton voulait consacrer. De plus : au for et à mesure que la civilisation avançait, les ordonnances étaient plus concises, les longues, prescriptions» s'appuyant sur la coutume, devenaient peu à peu des oriîcies d$ hi, et le vieux législateur, contemporain des Védas, finissait dans le dernier état de la civilisation brahmanique, par revêtir une forme synthétique, que la législation de Justinien et les œdes modernes devaient conserver.
N'est • ce pas vraiment extraordinaire, que l'on puisse mettre aujourd'hui, en regard les uns des autree, des textes comme les suivants, qui» empruntés à Manou, Justinien et au oode civil français»
INDOASIATIQUE. .119
semblent n'être que des traductions les uns des
autres?
' MaDOU, sloca 189, liv. VIII :
^ « Si un dépôt a été pris par des voleurs, emporté par les eaux ou coosumé par le feo, le dépositaire n'est pas tenu d'en rendre la valeur, pourvu ^'il n'en ait rien pris. »
Droit romain, Pandecles, titre du dépôt :
c Quod vero senectute contigit, vel morbo^ vel vi latronum ereptum est, nihii eorum esse imputandom nisi aliqua culpa ûuerveniat. §
Gode civil, art 1933 :
c Le dépositaire n*est tenu de rendre la chose déposée que dans l'état où elle se trouve au moment de la restitution. Les détériorations qui ne sont pas survenues par son fait sont à là charge du déposant. »
C'est ainsi que s'accuse, dans la grande famille humaine, la marche de cette tradition dont l'étude est le but de tous mes ouvrages.
Sous le bénéfice de ces observations, M. Foucaux peut voir : que je n'ai jamais, ni cru, ni écrit, que le sanscrit dlaasique de Manou remontait aux premiers iLges de l'Inde, et était «rrivé sans yariation jusqu'à - nous. Son errem* vient de ce qu'il a attribué, à l'abré- Tiation de Yalmiki^ «ne date plus ou moins légen-
daire, que, d*après led brahmes, j'ai donnée à la première abréviation de Manou, celle de Naraia. M. Foucaux dit encore dans une note :
« A propos de celte date, j'engagerai H. I. à noas donner un tableau chronologique d* après ion système qui semble un peu flouant^ car je trouve, p. 13, en n'acceptant sa présence (de rhomme) qu'au moment où elle est indéniable... on donne encore à Thomme plusieurs centaines de mille ans d'existence. »
c Puis p. 130 : c El le fameux livre des éclipses que M. Halled, le savant indianiste, n'a pu que consulter et qui remonte à des centaines de siècles. »
t Et p. 220 : cil y a vingt mille ans et plus que spirilualistes et matérialistes sont en présence dans l'Inde. »
a Et enfin, p. 329 : c Les vieilles pagodes du sud de l'Indouslan conservent précieusement, dans leurs vastes dépAls, toutes les productions de l'esprit humain, pendant une période de 25 à 30,000 ans qui s'est écoulée de l'Inde patriarcale à la chute de la domination des brahmes. »
Je suis obligé de reprocher une fois de plus à mon contradicteur, de rapprocher des lambeaux de phrase qui n'ont aucun rapport entre eux, et surtout d'en couper les passages qui le gênent.
Ainsi les paroles suivantes :
« En n'acceptant sa présence qu'au moment où elle est indéniable, on donne encore à l'homme plusieurs centaines de mille ans d'existence, » en outre qu'elles ne s'appliquent pas à la chronologie brahmanique, sont de plus tronquées dans la citation d^
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M. Foucaux^ de façon à leur enlever <;oinplétement leur sens que'je me vois forcé de rétablir.
Avant d'aborder, dans Christna et h Christ^ Tétude des vieux mythes religieux de l'Inde, je jette un coup d'oeil sur les découvertes de la géologie et de l'anthropologie modernes, et je m'exprime ainsi, p. 13:
« Il est incontestable que notre globe a déjà par* couru cinq grandes périodes définies par la science (azoîque, paléozoïque, secondaire, tertiaire, quaternaire), et qu'un espace de temps de plusieurs millions d'années sépare chacune de ces époques l'une de l'autre.
« En faisant naître l'homme sur la fin de l'époque terliaire, ce qui est problématique, on lui donnerait une antiquité de plusieurs millions d'années. Avant peu, l'anthropologie éclairera ce point obscur. »
Suit la phrase défigurée par mon adversaire :
« En n'acceptant sa préseiice qu'au moment où elle est indéniable, c'est à-dire au premier âge de Vépoque quatemairef on donne encore i l'homme plusieurs centaines de mille ans d'existence. »
Que M. FoucauX n'ait pas cru devoir citer ce passage entier qui explique ma pensée, c'est ce que je
m DE LA MARCHE DE LA TRADITION
ne comprends guère ; mais ce que je ne comprends plus, c'est qu'il ait enlevé de la phrase qu'il donne, ces mots : « c'est-à-dire au premier âge de répoque quaternaire, » qui, à défaut des deux autres [alinéas qui précèdent, auraient suffi à faire comprendre au lecteur, que je ne faisais pas en ce moment de la chronologie indoue, mais un exposé des doctrines géologiques et anthropologiques actuelles.
C'est là, il faut l'avouer, un singulier procédé de discussion. Quant aux autres passages, où je parle des dates de 20, 25 et 30,000 années avant notre ère... je répondrai à M. Foucaux que je n'ai pas de systèmes et qu'il a tort de m'en supposer un. Ce sont simplement des dates brahmaniques que je donne, et mon savant contradicteur sait, mieux que personne, combien est plus grande, encore, l'antiquité que les pundits de Tlnde donnent à leur civilisation.
Ainsi les Indous divisent la vie de ce globe en quatre âges, appelés par eux :
Crita-youga;
Treta-youga ;
Dwâpara-youga ;
Cali-youga.
Que William Jones compjare aux quatre âges des Grecs, l'âge d'or, l'âge d'argent, l'âge d'airaîn, l'âge de fer.
INDO-ASIATlQUE. iS3
D'après les cîalculs des brahmes, relevés par le grand indianiste anglais :
Le Crita-youga aurait duré un miUion sept cent vingthuit nulle ans;
Le Treta-youga, un million deux cent quatre vingtseize mille ans;
Le Dwftpara*youga, huit cent soixante^uatre mille ans;
Et le Gali-youga, qui est Tâge actuel et dont une partie est déjà écoulée» doit durer quatre cent trente^ deux mHle ans.
Toutes les populations de TOrient trouvent dans leurs berceaux de pareilles traditions d'antiquité.
1^, maintenant, M. Foucaux désire absolument que j'aie un système, je vais essayer de le satisfaire.
A rencontre de certains indianistes, pour qui ce n'est qu'un jeu de donner des dates certaines à tous les vieux monuments littéraires, philosophiques et artistiques de Tlnde, alors qu'ils seraient fort embarrassés d'établir une chronologie sérieuse des rois de la première race franque, je me borne à étudier cette antique contrée, telle qu'elle est et a été, avec ses croyances, ses préjugés, ses erreurs, ses dates, sans avoir la prétention d'y rien changer.
Il nous a fallu dix à douze siècles pour arriver a étudier et à juger la Grèce et l'Egypte h un point de vue véritablement scientifique... l'Inde se révèle à nous depuis un demi-siècle à peine. II y a un fait
m DE r.A MARCHE DE LA TRADITION
énorme de civilisation à étudier, des trésors de traditions primitives à souder aux nôtres, en les suivant dans la route qu'elles ont parcourue... Si je donne les dates antiques des brahmes qui, d'accord avec tous les asiatiques, et.un peu avec leurs vieilles ruines, et la" géologie attribuent à TOrient une antiquité que nous trouvons légendaire... que m'importe!... Il me suffit de savoir avec William Jones, Colbrooke, Wilson, Burnouf, Halled, Pavie, et peutêtre un peu M. Foucaux, que l'Inde est Yalma parem des nations indo-asiatiques et indo-européennes, pour que j'étudie, dans leur marche, dans leurs évolutions, dans leurs transformations , les vieilles traditions de notre berceau.
Quand l'ethnographie qui débute et qui se propose de fouiller scientifiquement le passé par la géologie, Tanthropologie physiologique, la linguistique, l'histoire, aura fouillé, en tous sens, l'Inde comme nous avons fait de la patrie de Platon, alors la science européenne pourra dresser une chronologie scientifique du passé de l'Orient et de Textrême Orient.
Je l'engagerai cependant à commencer par la nôtre, car tant qu'elle n'aura pas trouvé une base raoilleure pour nos dates, que le règne de Pharamond, la naissance du Christ, Moïse, Abraham, Noé, les bons patriarches»qui vivaient à eux tout seuk laurs mille ans comme un jour, et la création du
INDO-ASlATIQUE. Ii5
monde qui a eu lieu en 4004 ayant notre ère... ses découvertes, sur la chronologie orientale, pourront rencontrer beaucoup d'incrédules.
Je crois donc : que l'Inde doit être étudiée telle qu'elle est, avec ses dates plus ou moins légendaires, quitte à lui faire plus tard une chronologie, en harmonie avec celle qu'on aura pu dresser de la vie déjà écoulée de l'humanité.
Cette chronologie, je le crains, ne pourra guère être dressée que par époques, mais ce sera une belle conquête ethnographique, si on parvient à les fixer scientifiquement.
Une dernière remarque qu'il faut prendre comme je la donne, sans y attacher plus d'importance que de raison, c'est que ces âges fabuleux de l'antique Orient, qui comptent par millions d'années et centaines de mille ans, ressemblent singulièrement aux millions d'années et aux centaines de mille ans des périodes géologiques établies par la science moderne.
Voilà tout mon système : étudier et remettre à l'avenir le soin de classer les matériaux quand ils seront complets. Voyez ce qui a toujours eu lieu dans le passé par absence de méthode.
Chaque siècle, chaque école, chaque homme qui ont voulu borner la science, et prononcer l'audacieux « tH n'iras pas plus loin » ont vu leurs systèmes
renversés par les siècles, les écoles, les hommes qaî ont suivi... Ce n'est pas que la plupart de leurs découvertes n'aient servi de marchepied à leurs successeurs... ils avaient simplement formulé la loi trop tôt...
Je continue Texamen de ce que M. Foucaux appelle mes inexactitudes.
a H. JacoUiot écrit p. 229 : c La Grèce est ûlle de l'Inde, sa langue est du sanscrit presque pur. »
c Les hellénistes ne seraient pas fâchés que cela fût vrai^ car ils poorraient alors, sans autre étude que ceUe de l'alphabet du sanscrit^ lire promptement les textes sacrés des Indiens. Mais en admettant que la Grèce (à laquelle il serait juste de joindre Tltalie) soit ûlle de l'Inde, il n'en est pas moins vrai que^ quoique sœur aînée et non mère du grec et du latin, la langue sanscrite, tout en ne diiférant pas assez de ses deux sœurs pour qu'on puisse douter de leur parenté, en diffère assez cependant pour qu'un examen attentif soit nécessaire si Ton veut reconnaître son aflinî^ avec elles, i
Si la langue sanscrite est la sœur aînée, et non la mère du grec et du latin, mon contradicteur devrait bien au moins nous indiquer quelle est la mère de ces trois langues... Serait-ce la langue pâli , par exemple ? ce serait intéressant à discuter. Mais il n'y a pas lieu d'insister, puisque M. Foucaux ne fait pas connaître son opinion.
Voyons donc 8% un examen attentif est bien nécessaire pour reconnaître les affinités du sanscrit et du grec»
Je vais comparer quelques mots d'abord, nous verrons la syntaxe ensuite.
Il est certain que ce qui va suivre ne sera qu'un hors-d'œuvre pour les lecteurs possédant le sanscrit» mais je désire, surtout, mettre à même» de se prononcer sur la question, ceux à qui cette langue n'est pas familière, car enfin pour eux la critique de M. Foucaux n'aurait pas reçu de réfutation.
II est certain que je ne puis pas faire ici un dictionnaire sanscrit, et le placer en regard d'un die* tionnaire grec, mais enfin le nombre de mots, que je vais comparer, sera plus que suffisant, pour montrer que de pareilles similitudes n'exigent pas un exa* men aussi attentif que le prétend mon contradicteur pour affirmer la maternité du sanscrit.
SAr^SCRIT. GB£C.
a, particale négative à, a joue le même rôle.
an, devant les voyelles à}t, an, même emploi.
axa^ roue, et par exteDsion char. . . a^uv, axon.
agra, sommet ^xpoç, akros.
anghoura, flèche, javelot ........ dfyxupa, cu^gkùura,
aja^ bouc at^^ eux.
attâ, mère «TTa, atta.
admi^ je mange fôc<», edâ.
antar, entre, parmi evro^^ entos.
apa, de, séparément ^k^, apo.
abra, nuage, ombre V^P^^> ombros.
aranif sorte de bois d'aulne <pvo<, emos.
SANSCRIT. GRLC.
acman^ pierre dfxf&cov, aknxôn,
akru^ larme Wxpu, dakru.
asouapna^ privé de sommeil auirvoç, aoxii'nos.
ahas^ jour -Jjwç, éôs.
dgas^ faute o^, dgos.
drd^ humide ap3«o, arda.
dcoUf rapide ùxuç, âkous,
ildmi^ je lance IXaS, ckid.
ou^ra, loutre bu^pu, enoadrîs.
auda^ eau j>^p, ou(/dr.
otipa, vers 6ictf , oupo.
oupaiaf?iMmi, prendre, recevoir. . ùicoXatiSavcn» , oupolam-
oudaSy mamelle oSOap, oukir.
ékùt un, un seul etc, ei>.
eftafama, un (entre plusieurs) ixaaxoçy ekastos.
ekâtara^ un (entre deux) IxaTcpoç, ekateros*
kakdmi^ je ris, je plaisante Kax«C«»i kakhadsd.
Kanouamidya^ nom d*un héros vé-
dique Tavutii^STiç, Ganoumédis.
kapdla^ crâne, tôte xc^paX^ kephali.
kapî^ singe xfyzoç^ kèpas»
kara, main X'^'p» ^^^i*'»
karpasay coton xcÉpicocvoç, karpasot.
kcUama, roseau xaXQ({jioç, fcaiamos.
/ca5(ira, étain xa99{Tepoç, kassittros*
kdla, noir, aloès noir xcXaiv^ç, /^<atn<».
kimpaça^ misérable, gueux xija^iÇ, kimbix.
koubja^ bossu xuirru, houplâ.
koumba^ pot, mesure xu{a6v), AoumM.
kouhouka, coucou » x^v, ftoMou.
IINDO-ASIÀTIQUE. i29