CHAPITRE PREMIER
LES DÉLUGES d'APRÈS LES TRADITIONS BRAHMANIQUES.
L'Inde antédilaTîenne. — Dix dynasties de rois. Le livre des rois de Maoou.
Les Indous, et avec eux tous les peuples de l'extrême Orient, se donnent des antiquités que la science européenne a coutume d'appeler légendaires, dans l'impossibilité où elle se trouve de les faire concorder avec ses propres systèmes.
Nous ne nous sommes point donné pour mission (plusieurs siècles d'études suflBront à peine à la tâche) de reconstituer dans son ensemble la chronologie asiatique, mais nous devons avouer que si, comme certains orientalistes, nous rejetions, sans les avoir
approfondis^ les calculs des brahmes, tous basés sur des observations astronomiques... nous commencerions par changer les nôtres, qui ne s'appuient que sur la fable mosaïque issue elle-même des légendes de l'extrême Orient.
Nous n'avons qu'une chose à dire à ce sujet : nous croyons fermement que, dans un avenir peu éloigné, la science reconstituera l'histoire du passé de l'humanité en dehors de la superstition sacerdotale, et qu'elle sera fortement aidée dans son œuvre ethnographique par les immenses trésors de traditions écrites que possède l'Indoustan.
Les traditions diluviennes, entre autres, sont tellement nombreuses , il en est de si différentes
les unes des autres, que l'on parait tenté de se demander, s'il n'y a pas des rapports étroits entre ces souvenirs des premiers âges et les grands courants d'eau qui ont sillonné et ravivé notre globe pendant les premiers temps de la période quaternaire.
L'homme a-t-il été témoin de ces inondations gigantesques que la science a reconnues, sous le nom de diluviennes ?... Tout dans la légende indoue tend à faire supposer que des peuples arrivés déjà à un haut degré de civilisation sur les bords du Gavery et du Gange, ont assisté à quelques-uns de ces bouleversements qui se sont surtout fait sentir à l'ouest de rindus. Les immenses déserts salés qui s'éten-
dent de la Caspienne et de la mer d'Aral au golfe Persique et au détroit d'Ormuz, sont là pour démontrer qu'à des époques relativement récentes, la mer baignait encore ces contrées.
Les Védas et Manou, ces monuments de Tantique pensée asiatique, existaient bien avant la période diluvienne, ceci est un fait incontestable qui a toute la valeur d'une vérité historique^ car en outre de la tradition qui fait sauver ces ouvrages par Vischnou luimême du dernier déluge, tradition qui, malgré sa forme légendaire, repose certainement sur une réalité, on remarque que dans ces livres sacrés il n'est nullement question de ce cataclysme, que les Pouranas et le Mahabarata, et une foule d'autres écrits beaucoup plus récents, racontent dans tous ses détails, ce qui est une preuve de l'antériorité des premiers. Les Védas n'eussent pas manqué, en effet, de contenir quelques hymnes sur le terrible événement qui a dû, plus que toute autre manifestation de la nature, frapper l'imagination des peuples qui en ont été témoins.
Manou qui nous donne un récit completde la création avec une chronologie des temps divins et héroïques jusqu'à l'apparition de l'homme, n'eut point non plus passé sous silence un fait de cette importance.
Mais nous avons parlé de vérité historique, et celte
opinion exige la présentation d'arguments plus formels.
Manou (liy. P^, sloca 35) nous donne les noms de dix saints éminents, qu'il appelle les pradjapatis, ou seigneurs des créatures, dans lesquels les brahmes théologiens voient des prophètes ancôtres du genre humain, et que les pundits ou savants considèrent simplement comme dix rois puissants qui auraient vécu dans le crita-youga, ou âge du bien (Tàge d'or des Grecs).
Quelques commentateurs, et entre autres GoUouca, prétendent aussi qu'ils représentent non pas dix personnages seulement, mais dix dynasties de souverains.
Voici leurs noms :
« Marîtchi, — Atri, — Angiras, — Poulastya, — Poulaha, — Cratou, — Pratchetas, — Vasichta, — Narada, — Brighou. »
Énumérant la descendance de ces êtres éminents qui, suivant l'expression de Manou, ont gouverné le monde, le vieux législateur brahmanique nomme comme descendants de Brighou :
« Swârotchicha, — Ottami, — Tamasa, Raivata, — le glorieux Tchâkchouchaetlefils de Vivaswat, qui tous six se rendent dignes du titre de Manou (le divin législateur), qu'ont porté également les dix pradjapatis et tous les grands personnages de
nnde primitive. La généalogie s'arrête à ce dernier nom. »
Or, d'après les Pouranas et le Mahâbarata, ce fut sous un descendant de ce fils de Vivaswata, du nom de Yaivaswata, qu'arriva le grand cataclysme dont rinde, ainsi que nous le verrons, a transporté le souvenir par émigration, dans toutes les contrées de rOrient et de l'Occident qu'elle a colonisées depuis. Le savant orientaliste Pauthier a donné la traduction de cet épisode sur lequel nous reviendrons bientôt.
La généalogie donnée par Manou s'arrêtant, ainsi que nous venons de le dire, à Yivaswata, il s'ensuit que cet ouvrage n'a connu ni Vaivaswata, ni le déluge.
Retenons bien l'énumération de ces dix dynasties selon les uns, ou dix rois primitifs selon les autres, nous aurons à les comparer plus tard avec des faits semblables de traditions chez les autres peuples de l'Orient.
Avant d'aborder les légendes du déluge, nous allons voir, d'après Manou, à quelle haute civilisation rinde était déjà parvenue, avant le cataclysme qui changea l'assiette des mers, fit disparaître rOcéanie, surgir peut-être la plus grande partie du continent occidental, et sépara du grand continent
asiatique tout ce chapelet d'Iles qui parsèment la mer des Indes et le Pacifique.
On sait qu'un profond canal qui passe entre les lies de Bali et de Lombok semble délimiter la portion de l'ancien continent disparu qui se rattachait à l'Asie actuelle.
Ce canal a été sondé et géographiquement établi par le voyageur Russell, qui, pour cette reconnaissance d'une partie du vieux continent submergé, a reçu la grande médaille d'or des Sociétés géographiques de Londres et de Paris.
N'est-ce pas le cas de dire que plus la science avance et plus elle arrive par la géologie et la géographie sous-marine & donner raison aux préten* tions de très-haute antiquité des peuples de l'Asie?
Manou qui a ignoré le déluge, alors que tous les écrivains postérieurs en parlent; Manou, qui nous fait connaître des peuples tellement disparus de la scène du monde que toute l'antiquité les a ignorés, et que lui seul en consacre le souvenir, en les nommant les ancêtres de l'humanité, va nous initier à l'Inde antédiluvienne, et nous comprendrons comment cette admirable contrée a pu conserver au profit de l'avenir, les traditions du passé que nous retrouverons dans tout l'Orient.
L'Inde avait déjà des rois, et le législateur sacré trace leurs devoirs dans un livre célèbre, qui est une
des pages les plus curieuses de l'histoire morale de rhumanité.
* Voici la traduction de ce livre telle que nous rayons faite sur un manuscrit des pagodes de Villenoor et de Chelambrum dans le sud de l'Iodoustan , sous la direction du brahme qui nous enseignait le sanscrit. Elle contient quelques slocas qui ne se trouvent pas dans celle de l'illustre indianiste William Jones, dont elle diffère peu à part cela. Les différences que Ton pourra remarquer, et qui ne touchent guère au fond même de la doctrine, viennent de ce que je me suis servi des manuscrits du sud, tandis que l'indianiste anglais a adopté ceux du nord.
L'antique Egypte et la Chaldée ne nous ont rien laissé d'aussi extraordinaire, c'est la naissance du droit divin dans le monde, à une époque où les contrées occidentales étaient encore couvertes de glaciers, droit qui s'imposa peu à peu à tout TOrient.
Le livre des lois de Manou.
€ Écoutez, vertueux maharchis, ceci est le livre de la loi des rois.
€ Vous allez apprendre quelle est l'origine du roi, et quels sont les devoirs qu'il doit remplir pour recevoir l'immortalité dans la vie future.
« Lo roi qui a été initié seloa l'usage, avec l^s cérémonies sacrées, ne doit avoir d*autre but que la justice.
« Lorsque le règne du mal envahit la terre, pour le salut de la justice et le bonheur de tous, le souverain maître créa le roi.
« Il le forma de la substance éternelle d'Indra, d'Avila, de Yama, de Sourya, d'Agni, deyarouna,de Tchandra et de Couvera.
€ Ainsi formé de Tessence même de ces esprits supérieurs, le roi dépasse toutes les autres créatures, par sa majesté et ses vertus.
« De môme que le soleil attire tous les regards, le roi attire tous les cœurs, et personne ne peut le regarder en face sans être ébloui.
« Il est comparable par sa grandeur et sa puis-
sance au feu, au vent, au soleil, aux génies des planètes, aux génies des eaux, de la terre et du ciel, il est le maître de toateg les richesses, il est l'incamation de la justice.
« Ne dites jamais d'un roi, même dans son enfance : ce n'est qu'un mortel comme les autres, car c'est une divinité sous la forme humaine.
€ Le feu ne consume que l'imprudent qui s'expose & ses atteintes, mais la colère d'un roi atteint nonseulement le coupable, mais encore toute sa descendance et anéantit tous ses biens.
a Après avoir médité sur toutes les|affaires,et mûrement réfléchi sur les solutions à donner, un roi doit faire triompher la justice dans tous les temps et tous les lieux.
« Ne représente-t-il pas la majesté divine, celui qui est le dispensateur des richesses, dont le courage obtient la victoire, et dont la sagesse réprime le mal.
« Tout homme qui s'attaque au roi doit périr.
« Que le roi ne cherche jamais à se soustraire à ce qui a été prescrit, et qu'il n'oublie jamais les choses permises et les choses défendues.
« Le maître souverain a créé dès le commencement pour assister le roi, le génie du châtiment, qui est le protecteur de tous les êtres animés, le bras droit de la justice, et il Ta produit de sa propre substance.
« C'est par la peur du châtiment, et l'espoir de la récompense, que toutes les créatures vivantes accomplissent leurs destinées selon les devoirs qui leur ont été prescrits.
« Après avoir bien étudié les prescriptions de la
loi et pris connaissance de toutes les circonstances
du crime que le roi châtie avec justice tous ceux qui se livrent à la pratique du mal.
« Le châtiment est l'arme du roi, qui veut gouver-
ner habilement et faire respecter la loi, c'est le meilleur moyen de maintenir les quatre castes dans le devoir.
« Le châtiment est le véritable roi du genre humain, le châtiment est protecteur, ils veillent quand les juges sommeillent, les sages le considèrent comme rimage de la justice.
« Appliqué avec une prudence et une sagesse qui rendent l'erreur impossible, il conduit les peuples à la paix et à la félicité ; appliqué avec légèreté, il détruit de fond en comble les empires.
« Si le roi ne protégeait incessamment le faible contre le fort, le timide contre l'audacieux, les hommes se conduiraient entre eux comme les poissons, qui vont sans cesse en se dévorant les uns les autres.
« Les corbeaux déroberaient les offrandes du riz,
faites aux dieux. Les chiens lécheraient le beurre
des sacrifices. Nul ne posséderait rien en propre sur
la terre, et le soudras prendrait la place da brahme.
« Le châtiment gouverne tout ce qui existe, la vertu se soutiendrait difficilement par fies seules forces, c'est la crainte du châtiment qui maintient toutes les classes dans les limites qui leur ont été assignées, et qui permet à tous de jouir en paix de ce qu'ils ont amassé.
« Les devas, les titans, les gandharbas, les sarpas, les nagas , accomplissent les fonctions qui leur ont été données par la peur seule du châtiment.
« De même sur la terre toutes les classes se mêleraient, toutes les lois seraient foulées aux pieds, et la confusion régnerait 'dans cet univers, si le roi oubliait le châtiment et cessait de faire son devoir.
« Quand le noir châtiment, à l'œil de feu, est appliqué aux forts par un roi plein de sagesse, les hommes au lieu de trembler se réjouissent.
« Un roi soucieux de la vérité et de la justice, nourri dans la lecture des livres sacrés, connaissant toutes les lois et n'agissant qu'avec prudence, est <X)nsidéré par les sages comme le plus grand présent que le maître souverain puisse faire aux hommes.
« Mais un prince fourbe, colère, qui frappe en aveugle, qui n'écoute que ses plaisirs, ou ses caprices, est le pire de tous les maux, et sera détruit lui-même par le châtiment.
« Le châtiment administré mal â propos par un roi, qui n'a conscience ni de la justice, ni de la loi, anéantît bientôt ce roi et toute sa race.
« Pour poursuivre ce roi, le châtiment détruirait les villes, les palais, les armées, il le poursuivrait jusque dans le ciel, anéantissant les saints et les dieux qui voudraient le défendre.
€ Un roi faible d'intelligence qui ne s'entoure pas
de conseillers habiles y qui n'est mû que par l'amour des richesses et la satisfaction de ses sens, ne doit pas manier l'arme terrible du châtiment.
«Que le souverain ait toujours une conduite pure, qu'il exécute fidèlement ses engagements, qu'il soit le premier à observer les lois et ne s'entoure que de serviteurs honnêtes, désintéressés et amis de la justice.
« Qu'il juge ses amis et ses ennemis avec la.même équité, et ne frappe pas plus sévèrement les uns que les autres pour la même faute, qu'il ait le culte de la vérité et soit plein de douceur pour les brahmes.
« Le roi qui agit ainsi, quand bien même il serait aussi pauvre que celui qui glane sur les pas des moissonneurs, acquerrait en ce monde une réputation universelle.
« La renommée se reproduit partout à la ronde, comme la goutte d'huile de sésame dans l'eau.
« Le mauvais roi qui se conduit différemment, qui
ne sait pas contenir ses passions, est au contraire méprisé de tous.
« Sa renommée loin de grandir, se resserre constamment comme^une goutte de beurre fondu dans l'eau.
« Le maître souverain a créé le roi pour être le protecteur des quatre castes et des quatre ordres*; qui ne sauraient exister sans l'accomplissement des devoirs prescrits.
« Écoutez donc ce qui a été cjrdonné au roi pour qu'aidé de ses ministres, il protège les peuples.
« Qu'un roi se lève à l'apparition du soleil et qu'il s'entretienne des choses de son gouvernement avec les brahmes versés dans la connaissance de la sainte Écriture et des sciences morales, après leur avoir dit: Salut, vénérables sages.
« Qu'il soit plein de respect pour les brahmes qui ont passé leur vie dans l'étude du Yéda et dont la
i. 4 castes: brahmes» xchatrias, vaysias, soudras; 4 ordres: noTices, maîtres de maisons, anachorètes, dérots ascéttqaes.
l6t LES TRÀDÎTIONS DILUVIENNES
Conduite est pnre. Geloî qui yénère les vieillards est honoré par les dieux.
« Qu'il soit humble, sage, mesuré comme eux, et prenne exemple sur leur conduite, l'humilité et la modestie n'ont jamais été une cause de perte pour un roi.
« Une foule de princes ont disparu avec toute leur famille et toutes leurs richesses, pour n'avoir pas su accomplir leurs devoirs .
« Un grand nombre de saints personnages ont reçu des royaumes en récompense de leur sagesse et de leur modestie.
« Veaia perdit son trône et la vie pour sk mauvaise conduite, ainsi que les rois Nahoucha, Soudasa, Yavana, Soumankha et Nimi.
« Tandis que Prithou fut élevé au trône par sa sagesse et ses vertus, et de même Manou. Couvera
devint le dieu des richesses et le fils de Gâdhi parvint au rang de brahme.
« Le roi doit se faire enseigner les trois Védas * et la triple doctrine qu'ils contiennent, les lois fondées sur la coutume et la tradition» l'application des peines, la science du raisonnement et la connaissance de fâme unherselle, par les sages parmi les brahmes ; qu'il se renseigne ensuite des travaux de chaque easte, auprès des membres les plus experts de ces castes.
« Qu'il s'applique par dessus tout à dominer ses passions; celui qui ne sait être maître de lui ne saurait gouverner ses semblables.
« Qu'il fuie les vices qui engendrent avec eux une dégradation précoce et une mort misérable ; il y en a dix qui proviennent de Fabos des plaisirs, et huit de la colère.
€ Le roi adonné aux plaisirs perd ses vertus
I. La quatrième, VAlIiarva-Véda^ recoetl de conjurations magiques , c« féterré «bk hrailimev.
et son trône, le roi adonné à la colère perd l'existence.
« La chasse, les dés et autres jeux, le sommeil pen* dant le jour, les conversations légères, les femmes, l'ivresse, le chant, la danse, la musique, les voyages sans but, tels sont les vices issus de Tamour des plaisirs*
« La médisance, la violence» Içs actions secrètement commises dans un but nuisible, Tenvie, la calomnie, l'extorsion du bien d'autrui, les injures, les coups, composent les vices issus de la colère.
« Le roi doit s'eflforcer de vaincre ses mauvais désirs, car c'est de cette source que découlent tous les vices.
« Mais entre tous ces vices, ceux quUl doit dans la première série fuir avec le plus d'ardeur, sont : l'usage des liqueurs enivrantes, l'abus des femmes et de la chasse.
« Les coups, les injures, les actions nuisibles i aur
DANS L'IiNDG. 185
trui, sont les trois choses les plus mauvaises qu'il doit éviter dans la seconde série.
« Entre le vice et la mort, la chose la plus perni* cieuse est le vice, l'homme adonné au mal tombe dans les gouffres profonds du naraka (enfer), l'homme vertueux, au contraire, parvient au swarga (ciel).
« Que le roi s'adjoigne sept ou huit ministres dont les familles ont depuis un temps immémorial été attachées au service de ses ancêtres, connaissent les lois, courageux, experts dans l'art de la guerre et d'une fidélité à toute épreuve.
« Ce qui est difficile pour un homme dans le gouvernement d'un vaste royaume, devient facile avec l'assistance de conseillers habiles.
a Que le roi soumette toujours à ses ministres les choses graves et qu'il prenne une décision avec eux seulement sur la paix, la guerre, la conduite des armées, la distribution de Timpôt, la sûreté du royaume et son amélioration constante.
« Après les avoir tous interrogés séparément et en commun, qu'il prenne la décision la plus profitable.
« Surtout qu'il ne fasse rien sans les conseils du plus savant des brahmes, son conseiller le plus habile quand il s'agira de faire un traité de paix ou d'alliance, de déclarer la guerre, de faire marcher une armée, de choisir ses positions, de diviser ses forces ou de se mettre sous la protection d'un princeplus puissant que lui.
« Qu'il n'ait rien de caché pour lui, et après lui avoir dévoilé toutes les affaires, et avoir pris ensemble un parti, qu'il exéoute sans hésiter ce qui aura été résolu.
« Qu'il choisisse aussi d'autres ministres, d'une fidélité reconnue, habile dans différentes branches de l'administration et d'une intégrité éprouvée en matière de finance.
« Le roi doit prendre autant d'hommes expérimen*
tés qu'il est nécessaire pour la bonne direction des choses de TÉtat.
« Qu'il charge les gens actifs, braves et capables de la direction de ses armées, de la perception des inipots, de la direction des mines d'or et d'argent et de pierres précieuses, mais qu'il ne confie la garde de son palais qu'aux moins courageux d'entre eux.
(Le commentateur Collouca explique cette singulière ordonnance, par la peur que des hommes courageux et ambitieux, en voyant souvent le roi seul, ne soient tentés de le tuer pour prendre sa place.)
« Qu'il choisisse ses ambassadeurs parmi les gens versés dans la connaissance des sasti^as, habiles k saisir toutes les nuances, toutes les contenances, tous les signes, tous les gestes, de mœurs pures, incorruptibles et de haute naissance.
« L'ambassadeur d'un roi, quand il est adroit et savant autant qu'affable, qu'il est au fait de tout, sait apprécier les lieux et les temps. 11 doit être d'une tournure agréable, courageux et expert dans l'art de savoir parler ou se taire.
« Si du châtiment dépend le bon ordre, si les finances et l'administration dépendent du roi, si Tarmée dépend du général» la paix ou la guerre dépendent de l'ambassadeur.
« C'est l'ambassadeur qui rapproche ou divise, car il traite toutes les affaires qui déterminent les ruptures ou les alliances.
« Dans les négociations avec l'étranger, l'ambassadeur doit deviner ce qu'on lui cache ; un signe, un geste, un maintien d'apparence indifférente doivent l'instruire ; qu'il ait des émissaires habiles, prêts à s*aboucher avec ses courtisans mécontents.
« Bien tenu au courant de tous les projets des souverains étrangers, le roi doit prendre les plus habiles précautions pour qu'ils ne puissent lui nuire.
ir
De la demeure du roi.
a Qu'il choisisse pour séjour un pays fertile en riz et menus grains, habité par une population honnôte,
DANS L'INDE. i80
agréable et gaie, et où tout le monde puisse facilement s'approvisionner.
« Qu'il habite une place forte défendue par un désert, des remparts de brique ou des pierres, ou des fossés pleins d'eau, ou des bois, ou une montagne, ou une armée.
« Qu'il choisisse surtout une forteresse bâtie au sommet d'une montagne, et dominant de tous côtés la campagne, un tel lieu offre des avantages inestimables.
« De même que les déserts protègent les bétes féroces; les murailles, les rats qui s'y réfugient; les fossés pleins d'eau, les grenouilles; les bois, les singes ; les armées, les habitants paisibles ; de même un roi dans une place forte au sommet d'une montagne est à l'abri de ses ennemis.
« Un archer derrière une muraille peut en défier cent, cent en défier dix mille, c'est pour cela que le roi doit accorder autant d'importance au choix d'une forteresse.
190 LES TRAjDlTlONS DILUVIENNES
« La place forte doit être abondamment pourvue d'armes, de soldats, de vivres, d'argent, de bètes de trait, d'ouvriers, de machines, d'herbe, d'eau et de brahmes savants et vertueux.
« Que le roi se fasse élever au centre, un palais bien distribué, orné avec richesse, commode en toutes saisons, pourvu de bains et de jardins et bien entouré d'ouvrages de défense.
« Après s'être construit sa demeure, que le roi épouse une femme de sa caste, réunissant toutes les qualités exigées par la coutume et la loi, belle et vertueuse, et d'une famille renommée pour sa valeur.
Du directeur spirituel, du chapelain^ des employés
des fimmees.
« Qu'il entretienne à la cour, pour l'accomplisse* ment des cérémonies domestiques, et du triple sa-
DANS L'INDE. iU
orifice * , un pourohita et un ritwidj (directeur spirituel et chapelain).
« A chacun de ces sacrifices, le roi doit leur faire de riches présents ; il est également prescrit de combler tous les brahmes de faveurs et de richesses.
« Qu'il surveille attentivement les employés chargés de percevoir l'impôt dans ses États, qu'il ait soin qu'ils observent les lois faites pour cela, car le roi doit la justice à tous ses sujets.
€ Que dans chaque province des inspecteurs hon« nêtes soient chargés de surveiller les gens à qui le souverain a confié le service de l'État.
De la vénération des brahmes et de F aumône.
« Que le roi vénère les brahmes dès qu'ils ont terminé leur noviciat, les mérites acquis par la vénération des brahmes sont impérissables.