CHAPITRE V
LA LÉGENDE d'iNDRA.
Invocation.
« Accourez, amis, prenez vos places, que le chef Kle chœur s'avance, et choisisse le plus beau de ses chants pour célébrer Indra.
a Indra, le puissant Indra, dispensateur souverain des richesses. Mais faites avant les libations prescaites.
« Qu'Indra nous comble de ses faveurs, qu'il nous rende magnanime, qu'il nous donne la sagesse, qu'il accepte nos sacrifices.
« Chantez Indra qui, sur son char de bataille, broie ses ennemis sous les pas de ses coursiers rapides.
3i4 LES TRADITIONS DI|4nyiENNES
Offrez-lui les libations, et les boissons pures qu'il aime, présentez-lui le iadhi^.
it
« Indra, dieu souverain qui règnes sur le inonde, toi qui dès ta naissance as rempli l'univers, c'est pour toi que le sacrifice a été inventé.
« Indra, qu'attiré par nos chants, tu acceptes nos offirandes, puisses-tu les juger dignes de toi.
« Les invocations et les chants sacrés augmentent la gloire des dieux ; puissent les nôtres augmenter ta puissance, ô divin Satacratou.
« Si Indra, dont la main invisible protège tout ce qui existe, daigne accepter ces boissons pures, ces pindas (gâteaux) et ce dadhi que nous lui offrons,
i. Lait caillé, base de tous les Bacitfice<i à i'époqne védique.
« Nous n'aurons rien à redouter des puissances universelles, et Indra, seigneur de la vie, uqus défendra contre la mort.
[Rig-léda.)
a Et vous aussi, mes compagnons, rangez-vous autour de moi, comme, aux époques héroïques, firent
nos ancêtres autour de Madoutchandas.
« Et tous ensemble nous ferons les libations, et nous chanterons la gloire dlndra qui a sauvé des eaux Yaïwasvata le juste ;
« Indra qui souffla sur les orages, et conduisit le navire du vieil ancêtre au sommet de THymavat ;
a Indra qui a conservé tous les animaux et toutes les plantes malgré les mers déchaînées qui couvraient la terre, pour que les séries des transmigrations ne soient pas interrompues ;
« Indra qui institua la prière pour'que Tbomme fût heureux, les dieux satisfaits, et que les eaux ne vinssent plus ravager la terre ; '
€ Indra qui a dit à Vaïwasvata, après que le soleil eut remplacé l'orage, et que la tourterelle eut quitté le vaisseau :
« Que la vue de cette terre de désolation n'-arrache pas des larmes de tes yeux, que la douleur ne tourmente pas ton cœur généreux.
« Jette des pierres dans la boue liquide, et à chaque pierre qui tombera dans la boue il naîtra un couple d'hommes.
« Chantons, ô mes compagnons, comme autrefois nos vieux ancêtres autour de Madhoutchandas, chan« tons Indra qui a sauvé l'univers de la destruction et repeuplé la terre.
Invocation. .
« Les libations sont prêtes, les pindas sont préparés, les boissons ont été purifiées par des mains pures.
« Accours, ô Indra, écoute ces chants que t'adressent les sages, et les saints brahmes qui président aux oblations.
« Accours, ô Indra, les offrandes sont prêtes, que les coursiers bleus te conduisent rapidement près de nous ; à toi ces libations et ces mets que tu préfères. »
{Rig-Véda.)
C'est une coutume liturgique du sud de l'Inde de célébrer les louanges des dieux, en enchâssant le récit d'un de leurs hauts faits, entre deux hymnes du Rig-Véda, le plus vénéré des livres sacrés des brahmes.
Ce chant, que nous avons recueilli dans la pagode deTrivanderam, indique clairement que tous les êtres animés ont été sauvés du déluge par l'intervention d'Indra. Cette tradition n'est pas ainsi qu'on
pourrait le croire en contradiction avec le culte que Ton rend à Vichnou ou à Siva pour le même objet, car Indra, nous venons de le dire, n'est dans la mythologie indoue que le symbole de la puissance manifestée de rêtre existant par lui-même, Swayambhouva, qui renferme en lui les trois attributs de création, de conservation et de transformation.
Constatons, en bornant là ces extraits qui suffiront amplement à étayer la thèse que nous soutenons, que nul pays dans le monde ne peut rivaliser avec rinde pour le nombre et la variété des légendes diluviennes. Le foyer commun de toutes ces traditions ne peut être placé ailleurs que dans les plaines du Gange et de la Krischna. Nous avons promis à nos lecteurs une preuve historique de ce fait et nous allons être bientôt à même de la leur donner.
DANS L'INDE. . 3i9