I. Hymalaya
« Et Vaïwasvata ayant ouvert les portes du navire aperçut une traînée lumineuse aux mille couleurs, qui partageait la voûte des cieux.
a Vichnou lui apparut de nouveau sous la forme de Toiseau Garouda, et lui dit : Ceci est la ceinture de l'immortelle déesse Lakmy, c'est un signe de pardon ; lorsque la tourterelle ne rentrera pas au navire tu iras droit devant toi et tes fils repeupleront la terre.
« Et l'oiseau appelant ces derniers par leur nom leur dit :
« Soma, tu marcheras en gardant l'orient à ta gauche.
« Vamadéva, tu marcheras en gardant l'orient à la droite.
« Sacra, tu marcheras à TOrient.
« Tchandra, tu marcheras au couchant.
« Et nos enfants seront les seigneurs de la terre, et tous les peuples naîtront d'eux.
DAKS L'INDE. 33d
a Vaïwasvata, ouvrant alors les maiDS^ laissa échapper la tourterelle, mais la tourterelle revint sur le soir les pieds humides.
« Il lâcha alors le radjouvala, mais le radjouvala revint sur le soir avec de la boue aux ailes.
« Et il lâcha encore une paire de sârasas (grues), et ils revirent le soir voltiger autour du navire, mais ils ne rentrèrent pas.
H Et ayant lâché encore le balaca, le corbeau et le héron, ils ne revinrent pas.
« H jugea que le moment était venu, et de nouveau il laissa échapper la tourterelle, qui revint sur le soir voltiger avec des cris joyeux autour du vaisseau, e.t elle reprit sa course vers l'orient, elle avait à son bec une tige de Therbe sacrée du cousa.
« Vaïwasvata comprit que la terre était de nouveau habitable, il ouvrit les portes du navire, et ayant partagé le troupeau entre ses quatre fils, il leur divisa le monde ainsi que Tavait dit l'envoyé céleste, et les oiseaux s'élancèrent dans les plaines de Tair, et les bêtes fauves s'enfoncèrent en hurlant de joie dans la terre humide et l'herbe verte.
« Vaïwasvata, ayant retenu trois fois son haleine en murmurant à chaque fois, le mystérieux monosyllabe AUM qui est l'invocation par excellence, fit une offrande aux dieux, en mémoire de l'événement, et une libation aux mânes des morts frappés par la vengeance divine.
« Puis, ayant pris un jeune chevreau à toison rouge qui était né dans le vaisseau, il l'égorgea sur la pierre du sacrifice en disant : Que ce sang répandu soit un signe d'alliance éternelle entre la terre et les cieux.
« Que mes descendants à perpétuité offrent ce
sacrifice à Vichnou, âme du monde, esprit de la prière, essence subtile émanée de Tincréé, pensée étemelle de ce qui est, manifestation perpétuelle du Grand Tout, qui a sauvé le monde de la destruction parles eaux. »
Le poëte du Hari-Pourana termine alors le chant du déluge, comme il avait terminé le chant de la création, par l'invocation suivante :
« Immortel Vichnou, divin Pouroucha (mâle céleste), toi qui fécondes la nature entière, manifestation visible de l'immortel Brahma, père des dieux et des hommes, j'ai dit ta puissance, ta grandeur, ta bonté, pour qu'à tous ceux qui répéteront ces chants excellents, qui te sont consacrés, tous les péchés soient remis, et que lé swarga leur soit ouvert à l'heure de leur dernière transformation. »
La légende diluvienne du Siva^Pourana est conçue à peu près dans les mêmes termes, seulement il y est fait honneur à Siva du salut du monde.
Nous n'en finirions pas si nous voulions donner ici toutes les traditions de l'Inde sur le cataclysme asiatique.
M. Pauthier a donné la traduction de celle du Mahabharata.
319 LES TRADITIONS DILOYIENNES
Nous en ayons publié nous-méme une version abrégée dans la Bible dans VInde. Le Nitia-Carma, recueil d'hymnes, de prièreset de légendes sacrées, contient un commentaire des Védas et plusieurs récits du déluge.
I\ n'y a pas une secte dans Tlnde qui ne possède dans ses livres sacrés plusieurs poëmes sur le même sujet, ne différant entre eux que par quelques détails de mise en scène. Un des plus intéressants se trouve dans le deuxième sastra des Djeinas, nous regrettons que son étendue ne nous permette pas de le donner ici. Ce poëme a presque à lui seul Tétendue d'un des Védas.
Il existe encore dans le Travencor, près du cap Comorin, une secte importante de brabmes qui adore Indra comme la manifestation la plus puissante des trois grands dieux de la Trimourti, et c'est k lui qu'elle attribue le secours prêté àVaïwasvataà l'époque du déluge ; nous allons donner un extrait de cette légende diluvienne, qui débute et se termine par une invocation du Rig-Véda, et semble avoir donné naissance plus particulièrement à la tradition grecque sur le dernier cataclysme. Nous pourrons alors comparer les récits des autres peuples de l'antiquité sur cet événement, à ceux de l'Inde, et conclure.
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