LB SOUDBA ET LE BA7AH
« Le grand roi Rama-Tchandra régnait à Golconde, et par ses conquêtes et la sagesse de son administration, il avait à ce point augmenté ses richesses, qu'il fut obligé de faire bâtir un lieu spécial pour les y enfermer, et les mettre à l'abri des convoitises de sa famille et de ses courtisans ^.
« Or, le soudra qui construisit la salle destinée à recevoir le trésor du rajah, établit sur un pivot de fer une des pierres de la muraille, avec tant d'adresse, qu'en la poussant du dehors elle tournait sur elle-même dans l'iiitérieur comme une porte, et donnait accès dans le lieu du trésor.
« De l'intérieur au contraire, toute la puissance des boutams, — génies malfaisants — ne serait pas parvenue à Tébranler, dans la muraille oii elle était scellée. Tant qu'il vécut, le soudra vint de temps en temps puiser dans le trésor du roi, mais pour ses qesoins seulement, et avec tant de modération, que Kama-Tchandra ne s'aperçut jamais de rien.
i . Le conte indoa se compose de stanocs oa ilocu de qvatra Yen, je lai laisse st forme.
JNDO-ASIATIQUE.
« Quand le sondra, devenu vieux, vit que le temps approchait oh il allait se rendre au pays des ancêtres, il fit venir ses deux fils et leur dit : En construisant la salle du trésor du rajah, j'ai ménagé une pierre sur un pivot de fer, de telle façon qu'en la poussant de rextérieur, on voit aussitôt un passage s'ouvrir pour pénétrer dans le trésor du rajah.
€ Voici à quels signes vous la reconnaîtrez. Si vous savez vous contenter de pen, ne prenant que ce dont vous aurez besoin, ainsi -que je l'ai fait moi-même jusqu'à présent, les trésors du rajah s'augmentent tellement chaque jour, qu'il sera impossible de s'apercevoir de ce que vous aurez enlevé.
« A quelque temps delà, le corps du vieux soudra fut porté au bûcher, et ses deux fils ne profitèrent ^ d'abord du secret qu'il leur avait laissé, que suivant leurs besoins, mais peu à peu, jaloux de posséder de belles armes, des éléphants de chasse, de riches tapis, ils oublièrent les sages recommandations de leur père.
€ Et ils firent de si fréquentes visites au trésor.
chaque fois se faisant aidv r par des bœufs, pour emporter le produit de leurs larcins, que Rama- Tchandra finit par s'apercevoir que ses pierres précieuses et son or allaient en diminuant de jour en jour.
« Le rajalî s'en étant ouvert en grand secret à son ritwidj, — chapelain — ce dernier lui dit : Grand roi, n'ébruitez rien pour ne point [donner l'éveil au voleur, mais faites plutôt sceller des pièges à des barres de fer, en les dissimulant au milieu de vos trésors.
« Ayant entendu les paroles de la sagesse, le rajah fit ce qui lui avait été conseillé et attendit. La nuit suivante, les deux frères vinrent, comme d'habitude, pour puiser dans les coffres. Or ils avaient coutume de se partager ainsi la besogne : pendant que le plus jeune s'introduisait dans la salle, le second restait au dehors, et emplissait des sacs avec ce que lui passait son frère.
« Ils agissaient encore ainsi, parce que si la pierre s'était refermée par hasard ou tout autre cause, pendant que tous deux étaient occupés dans l'intérieur, il leur aurait été impossible de l'ouvrir. A peine le
INDO-A$IATIQU£. il
plus jeune des deux frères était-il entré dans la salle, qu'il se prit à un piège et appela Talné à son secours. Après avoir fait de yains efforts pour le dégager» ce dernier comprit que la perte de son frère entraînait la sienne.
« Et afin d'éviter d'être surpris lui-même, illui coupa la^tête, pour qu'on ne pût lô reconnaître, et se sauva. Quand il fut rentré dans sa demeure, il raconta à sa mère ce qui leur était arrivé. En apprenant la mort de son dernier-né, elle se mit à se lamenter et à déchirer ses vêtements, jurant que si le corps ne lui était pas rendu afin qu'elle pût lui procurer une sépulture honorable, elle irait dénoncer au rajah le meurtrier et le voleur de ses trésors.
« Femme, taisez-vous, lui répondit son fils, ne voyez-vous pas qu'avec vos cris vous allez attirer sur nous les regards de nos voisins, et qu'ils diront en entendant les lamentations de la mort : Ces gensci pourraient bien être ceux, que cherche le rajah. J'irai délivrer mon frère, et nous lui préparerons un bûcher convenable.
« Mais dès la pointe du jour, le rajah étant entré dans son agrarha, trouva pris au piège un
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homme sans tête ; ne pouvant, cx)mme d'habitude, découvrir aucune trace de passage, il le fit suspendre à une des portes d'entrée de la ville, après avoir fait fermer toutes les autres, de façon que les habitants et les étrangers fussent forcés de passer par le même chemin. Il ordonna à ses gardes de lui amener tous ceux qui, dans la foule, se laisseraient aller au moindre signe de douleur.
c Dès que la nuit fut venue, le frère du mort, chargeant sur ses bœufs des panelles pleines [du jus fermente du palmier, s'en vint à la porte de la ville oh se trouvaient les soldats et leur dit : Voici ce que Rama-Tchandra vous envoie, car il est très* content de la bonne garde que vous avez faite. Buvez et réjouissez-vous.
« Les soldats, enchantés, dirent : Voyez quel bon maître nous avons, et ils se précipitèrent en se bous* culant sur les panelles, se défiant à qui boirait le plus ; en moins de rien, ils furent tous ivres et couchés dans la poussière du chemin. Le soudra, qui était resté près d'eux, sous prétexte de remporter les vases, détache immédiatement le corps de son frère, le place sur ses bœufs et prend la fuite.
« Grande fut la colère du rajah» lorsqu'il apprit le lendemain , à Taide de quelle ruse les gardes s'étaient laissés surprendre» et il les menaça de leur faire donner à chacun cent [coups de rotin, s*ils ne parvenaient pas à découvrir Taudacieux fripon qui les avait tous joués.
« Parmi les bijoux qu'on lui avait dérobés, il en était un auquel Rama-Tchandra tenait plus particulièrement, car il venait des ancêtres, et faisait pendant avec un autre de même valeur; il fit publier que celui qui parviendrait à reprendre ce bijou au voleur, recevrait comme récompense, mille cotta de terre à Nelly. La nuit suivante, le second bijou lui fut dérobé, et le rajah trouva à la place oh il se trouvait, ces mots gravés sur une olle de palmier : Pour payer le bûcher de mon frère.
« Outré de colère, et voulant à toute force connaître l'audacieux malfaiteur qui le jouait, il promit la main de sa fille, la belle princesse Rahamy, à celui qui le lui ferait découvrir, quand même ce serait le voleur qui viendrait se dénoncer. Et Rahamy, par son ordre I s'en fut sous une (ope de oocotiex:s où elle
reçut pendant plusieurs jours les communications de tous ceux qui brûlaient de la posséder.
« Le soudra ne manqua pas de se présenter» et de conter à la princesse, qu'il connaissait Thomme qui avait dérobé les trésors de son père, coupé la tête à son frère, joué les gardes, et pris le bijou des ancêtres ; et comme Rahamy lui demandait le nom de l'audacieux : C'est moi, lui répondit-il I... La princesse le saisit par la main, en appelant les gardes, mais lui de s'enfuir aussitôt en lui laissant la main d'un cadavre.
« Bien lui en avait pris, car le rajah n'ayant pas prononcé le serment consacré lorsqu'il avait promis la main de sa fille, même au voleur, ce dernier aurait sûrement payé de sa vie sa trop grande confiance. Mais tous ces événements ne firent qu'exciter au dernier point la curiosité du rajah, et cette fois, en promettant la main de sa fiUe^ il prononça la parole terrible.
« De tous côtés, les hérauts se répandirent pour proclamer Tordre du rajah qui se terminait ainsi : « Qu'à perpétuité les cérémonies funéraires soient refusées à ma dépouille mortelle . Qu'à chaque trans-
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• migration mon âme renaisse dans le corps des ani- . maux impurs qui se nourrissent de cadavres, si je n'exécute pas la parole donnée I »
• « Cette fois le soudra se présenta librement, et raconta au rajah, comment il s'y était pris pour accom^ plir tous les actes qui l'avaient si fort étonné, et pour échapper à toutes les recherches... Grand roi, ajouta-t-il, si tu n'avais pas prononcé le serment con- * sacré, jamais je ne me serais présenté devant toi, et ' il n'est pas de ruse au monde qui aurait pu me surprendre.
■ « Tu te trompes, toudra, répondit Rama-Tchan*
dra, et je t'en donnerai bientdt^ preuve. Ayant fait immédiatement célél}rer le ^iflariage de Thabile voleur airec la belle RahSmy, dès que l'échange de
^l'eaû et dui^oufa eut été accoo^pli, ibs'écria : Gardes, ëmpjurez-^tts de cet homme I et ceux-ci ayant obéi ^
* chargèrent s& piembres de chaînes.
"» « J'ai juré, dit alors le Rama-Tchandra, de t'unir à ma* fille Rahamy, et je viens d^ tenir ma parole, mais je n'ai pas promis de ne point te châtier de tous tes crimes, tu vois que le rajah est plus fort que le soudra.
ie DE LA MARCHE DE LA TRADITION
« Nullement» répondit ce dernier sans se déconcerter, le mariage n'est accompli, a dit le divin Manbu, «V que par la conduite de la femme dans la maison de son * mari, donc il fautque ces chaînes tombent, et je dois . • • tester libre jusqu'à ce que cette cérémonie, qui rAe peut avoir lieu que dans trois jours, soit terminée.* t :\ Si tu ne prononces pas le serment terrible de me *
traiter comme ton fils, je vais mettre ce temps kpro- ^ .
fit pour m'enfuir avec mes trésors. » ^^ *
Un murmure flatteur circula dans la foule : cïiacun • • • j- ^ ^ •
admira la présence d'esprit dusoudra, et le rajah, . après avoir prononcé le serment prescrit, dit à tcms . 'lès assistants : — -C^ homipë-là' est vraiment le • plus habile de tous les Indous I * . ' f -
Il faudrait çl%s d'un volante podb*.cipnnsT tôû^ • Jes récits issus de cette légencTe. yqidl \ titre de * comparaison la version qu!Hérodota a décojuv^tte chez les Égypjiens, je me contenterai dç'signaleries autres^ * • * V*