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INDO-ASIATIQUË. IS
avait laissés seuls au gîte. Sur le soir, ils entendirent un ouvrier des champs qui disait : Voilà que ce nelly commence à être mûr, je vais prévenir le maître, afin qu'on vienne faire la moisson demain au point du jour.
Les petits, effrayés, rapportèrent ces paroles à leur mère, qui leur répondit :
— Restez sans crainte dans votre nid, ce n'est que Tesclave qui a parlé.
Le jour même, le maître vient visiter le champ et il dit tout haut : Mon ser* viteur avait raison, ce nelly est prêt & couper, je vais de ce pas prévenir les gens de ma caste , pour qu'avec leur aide je puisse terminer ce travail en un jour*
Au rapport de ceci, l'aigrette calma de nouveau ses petits. Continuez à re^ poser en paix dans votre asile, leur dit-elle, vous ne risquez rien encore.
Le lendemain, personne parmi les gens de sa caste ne s'étant dérangé pour venir l'assister, le maître annonça qu'il allait avoir recours à ses parents.
— Ce n'est pas davantage le mo-
fi DE LA MARCHE DE LA TRADITION
ment de s'émouyoir, dit l'aigrette à sa nichée.
— Allez prévenir mes amis, dit alors le maître à son serviteur, tous ceux à qui j'ai rendu même service, ou à qui je suis venu en aide, en des temps de détresse.
Mais ce propos, n'inquiéta pas plus Taigrette que ceux des jours précédents.
Au lever du soleil le maître était seul au champ avec son serviteur, ses amis ne s'étaient pas rendus à son appel.
— Bon, dit-il : qu'on engage avec un salaire raisonnable, tous les faucheurs et tous les botteleurs que l'on pourra trouver, et que sans plus tarder nous moissonnions mon champ.
En entendant ces paroles, l'aigrette fit lever ses petits. Allons, dit-elle, sauvons-nous vite, car nous ne sommes plus en sûreté ici.
« Ceci vous montre, ô hommes, qu'il ne faut vous reposer, ni sur les gens de votre caste, ni sur vos parents, ni sur vos amis, ni sur ceux & qui vous
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ayez rendu service, du soin de moissonner votre champ, et de soutenir vos intérêts, mais bien sur vous seuls. »
De Vischnou-Sarma, par la tradition égyptienne, et Ésope, cette fable fut transmise à Babrius, qui la traduisit de la manière suivante.
l'alouette et ses petits.
Une alouette avait sa nichée dans un champ de blé vert; ses petits, bien repus de grains, étaient déjà drus et huppés.
Le maître vint visiter ses blés, et voyant qu'ils étaient mûrs : « Il est temps, dit-il , que je rassemble mes amis pour faire la moisson. »
Un des petits de Talouette l'entendit et le redit à sa mère, la priant de leur trouver un autre gîte.
L'alouette répondit :
— Rien ne nous presse encore de fuir, celai qui compte sur ses amis a tort de se h&ter trop.
L'homme revint, et voyant que le soleil faisait déjà couler ses épis, il dit
qu'il allait dès le lendemain payer des moissonneurs et des lieurs de gerbes.
L'alo nette alors :
— « C'est ce coup, mes enfants, qu'il faut déloger, puisque le maître ne se fie plus qu*à lui, et non à ses amis. »
On sait, comment notre La Fontaine a jeté sur cette trame, les charmes incomparables de son style , en ajoutant simplement un anneau de plus à la chaîne de la tradition antique.
Si du conte et de la fable, nous passons à la tragédie qui a été longtemps regardée comme une conception grecque, nous voyons l'influence de cette tradition s'accuser avec la même puissance, à ce point que les sujets traités par Euripide et Sophocle, comme appartenant à l'histoire fabuleuse et héroïque de la Grèce, ne sont que des imitations des vieilles tragédies asiatiques.
L'antiquité de la Grèce, c'est dans toutes les branches la conception indoue.
De même que pour nous jusqu'au siècle dernier, l'antiquité se circonscrivait dans la conception grecque.
Aujourd'hui, passant par-dessus l'Hellade, nous allons jusqu'aux rives du Gange, fouiller dans le berceau de nos ancêtres, et de jour en jour se fait la
preuve scientifique, que les poëtes, les écrivains, les sculpteurs, les architectes, les philosophes, les savants de la Grèce ont ni plus ni moins que nous copié diaprés Vantique.
Ont-ils simplement copié?
Non, en imitant, ils ont donné à leurs œuvres ce cachet spécial du génie qui s'assimile.
Et de même que Corneille et Racine ont su rester grands en s'inspirant de Sophocle et d'Euripide, dej même ces grands tragiques grecs n'en sont pas moins des hommes de leur époque, et des génies que rhumanité respecte, quoique ayant imité les poëtes d'Avany et de Saranga.
C'est ainsi que l'humanité rentre dans ses droits, que tout devient le patrimoine commun, que tout suit des lois logiques de fécondation, de gestation et de développement, et que Ton arrive à prouver que la science et Fart, se sont formés lentement avec la tradition universelle.
Pour ne prendre qu'un seul exemple dans la tragédie : quel beau sujet que celui d'Avany, Ifcincêtre de la Phèdre grecque *
Avany est la seconde femme du rajah d'Aodya, elle n'a été choisie même qu'avec l'agrément de la première femme, — la reine, — qui pouvait s'y refuser d'après la loi indoue, laquelle ne tolère la polygamie que sous cette condition.
Le rajah a un fils à peine âgé de seize ans, pour lequel Avany brûle depuis longtemps d'un amour incestueux. Le jeune Narayana ayant laissé échapper un pigeon, qui se réfugie dans la partie du palais réservée aux femmes, y pénètre afin de s'en emparer, et Avany en profite pour lui parler de sa passion et tenter de le séduire.
L'enfant qui est Tlnnocence même, ne comprend rien à ce que Ton veut de lui, il rend d'abord caresse pour caresse; Avany s'exalte jusqu'au délire, elle le presse avec fureur dans ses bras
— Mère I tu me fais mal, dit alors Narayana.
A cette parole, une révolution subite s'opère dans le cœur de l'épouse doublement coupa:ble, elle rudoie et chasse l'enfant, qui s'en va, les yeux pleins de larmes, en lui demandant en quoi il peut l'avoir oirensée; et alors elle commence un monologue célèbre dans rinde entière, et que pour ma part je n'ai jamais pu entendre déclamer sans émotion, lorsque la tragédienne chargée de ce rôle était à la hauteuixde la situation.
Voici ce monologue, qu'on ne lira certainement pas sans intérêt ; c'est la dernière scène de la tragédie :
« Il a dit mère... et je l'ai fait pleurer I Quel tissu d'infamies et de hontes
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accomplies dans mes vies antérieures, a donc pu me pousser à cet épouvan* table dessein?
« De quelle boue immonde, pétrie avec de la fiente de chacal, par les impurs oiseaux de la nuit, ai-je donc été formée !
«Ahl chose inouïe... Une mère a fait à son fils, aussi pur que la fleur de lotus, le coupable appel d'amour, et les mers en fureur n'ont pas couvert la terre de leurs eaux, et les sombres génies des planètes n'ont pas fait les conjurations qui peuvent anéantir ce monde détesté.
« Et la vertu, la gloire, Thonneur, ne se sont pas enfuis d'une terre, qui peut produire des monstres tels que moi.
« Et toutes les mères qui portent dans leur sein le fruit d'un amour béni par les dieux, n'ont pas tressailli d'effroi, en songeant qu'elles pouvaient donner le jour à des êtres aussi vils qu'Avany,
« Et les saints vanaprastha (ermites] retirés dans les forêts, ont continué à
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prier pour la vie et pour la mort.
« Et la fumée des sacrifices n'a point cessé de monter avec l'encens et le sandal vers les quatorze cieux d'Indra.
« Et Brahma n'a point interrompu la chaîne des transmigrations sur cette terre, pour anéantir plus sûrement un être qni fait honte à la lumière du jour, un être plus impur que les pisatchas maudits, un être que les parias eux-mêmes ne regarderaient pas en face de peur de se souiller.
€ II était tout petit... il ne bégayait pas encore le nom du Dieu qu'adorent tous les dieux, lorsque je suis entrée vierge avec le tali d'or au cou (marque du mariage) dans la maison de Nara- Tchandra, son père.
« Je l'ai bercé dans mes bras, je l'ai pressé sur mon sein, c'est moi qui, la première, quand il a voulu manger, lui ai introduit quelques grains de riz dans la bouche; moi, quand il s'essayait à marcher, qui l'ai relevé de ses premières chutes.
« Moi la première qu'il a appelée ama (mère), en frappant joyeusement
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ses deux petites mains Tune contre l'autre.
« Ah ! misérable, mille fois plus impudique, mille fois plus infâme que celles qui font métier de se livrer aux voyageurs dans les bosquets de cocotiers.
« Il est venu dans mon palais aussi frais, aussi pur que les vapeurs roses qui s'échappent le matin de la chevelure de sourya (le soleil).
« Et j'ai osé presser mes lèvres sur ses lèvres aussi parfumées que le lis d'étang, et, le serrant dans mes bras, consumée d'une ardeur inextinguible, j'enlaçais son jeune corps comme le serpent perfide qui s'enroule autour d'une liane en fleur.
€ Et je l'entraînais près de la couche tiède encore des baisers de son père...
je le pressais si fort qu'il poussa un cri de douleur.
« Il a dit mère 1... et je l'ai fait pleurer.
« Âh I misérable, la mort seule serait trop douce pour expier un tel forfait.
« Que mon âme renaisse pendant
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mille et mille âges divins, dans le corps des animaux les plus immondes.
« Que je n'aie pour nourriture que les cadavres des morts ;
« Pour asile que la vase puan»e des charniers.
« Que tous mes trépas soient des morts violentes.
« Et quand je rentrerai dans le sein de la famille humaine, que pendant mille générations,... mon corps soit frappé de lèpre et d'éléphantiasis. »
(EUe te plonge un kandjar dans le cœur.)
Ce n'est pas le sujet de cette grande et belle tragédie, où Avany, la belle-mère coupable, se tue elle-même sans accuser son fils, qui a tenté les tragiques i^nciens ou modernes ; peut-être ne Tont-ils pas connu. Dans tous les cas, c'est dans une œuvre moins élevée, qu'il faut aller chercher la conception^ exacte du drame que, la tradition a transmis à la Grèce.
Dans la tragédie de Saranga, écrite en sanscrit et sur la même donnée, Tchitranguy, la mère coupable, au lieu de se donner la mort en punition de son crime, dénonce son beau-fils Saranga à Narindra, son père, comme ayant voulu attenter à son honneur, et
le fait condamner aux peines édictées par Manou pour un aussi grand forfait.
Le jeune homme subit l'amputation d'un bras et d'une jambe par la main du bourreau, et est ensuite livré aux fauves dans une forêt. Mais Si va le guérit et fait éclater son innocence.
Saranga est bien Tancêtre d'Hippolyte.
Ce n'est pas ici le lieu de continuer les mômes comparaisons sur tous les genres. Je n'ai voulu que signaler, par ces quelques exemples, la marche continue de la tradition, et démontrer que ma thèse a la prétention de s'appuyer sur des vérités scientifiques.
L'homme n'est jamais indépendant de la famille, la famille, du groupe social, et le groupe social, de l'humanité ; voilà le principe qui me guide dans mes études... principe que je crois être le grand axiome ethnographique de l'avenir, malgré la défaveur dont il semble jouir dans le monde de la science officielle.
Il est vrai qu'en s'appuyant sur cette base, la science de l'humanité n'est plus qu'une science pour ainsi dire mathématique ; que la porte est fermée pour toujours à l'esprit de système ; et que l'inyention est remplacée par l'étude... Mais il est si doux, pour le savant, de ne point partager ce qu^U appelle les illusions de ses non moins savants confrères^ de pouvoir inventer, à sa guise, des peuples, des civili-
sations, des races ; de mettre au jour le^ Kasdéens, les Proto- Kasdéens, les Kasdéo-Scythiques, les Summériens» les Accades, les Abrahamides et une foule d'autres... que de longtemps encore, on ne voudra admettre une méthode claire, simple, logique, qui consiste à dresser chronologiquement rarbre généalogique de tous les peuples qui ont habité ou habitent encore ce globe.
Voyez l'Europe, rayonnant aujourd'hui par émigration, et occupant par ses fils des contrées vinut fois plus étendues que notre continent initiateur et colonisateur. L'Auili ique du Nord, l'Amérique du Sud, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, les différents groupes océaniens, l'Afrique elle-même, reçoivent tous les jours le trop-plein de notre sève. Cette loi, qui préside aux évolutions des peuples, a été aussi fatalement vraie dans le passé qu'elle Test aujourd'hui, et quand ou voit tous nos idiomes européens, le grec, le latin, et une partie des langues de l'Asie, n'être que des dérivés du sanscrit... n'est-on pas fondé à soutenir que la vieille terre des brahmes, que l'illustre Burnouf appelait ïalma parens^ a joué, dans l'antiquité, le môme rôle colonisateur que joue aujourd'hui l'Europe occidentale?
Est-ce que ce n'est pas vers la civilisation do l'Inde que toute l'antiquité a tourné ses regards? D'où venaient les perles d'Ophir et de Taprobane,
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les pierreries de Golconde, les diamants du Bengale, la pourpre de Bengloor, les tapis de Cachemire et de Eanawer ?
£st-ee que toutes les nations, qui jetaient tour à tour un regard de convoitise sur cette immense et riche contrée dont elles étaient descendues, n'ont pas voulu se donner le vernis mensonger de l'avoir conquise?... Bacchus, Sésostris, Sémiramis, Alexandre ont été, dit-on, jusqu'à l'Indus, mais, arrivés là, s'ils y ont jamais été^ ils se sont contentés de faire boire les ciiLvaux de leurs nomades daifs les eaux du grand fleuve... et malq^rérejtjf^i^'^.V'oa delà légeiide orientale, les panegy/i^u. ^ » . v-sjtjcuais o^é leur faire asseoir, ne fût-ce qu'un jour, ieui- dominai ion sur cette merveilleuse contrée.
Sait-on qu'il a fallu sept siècles de luttes à la puissance musulmane pour s'installer à Delhi, et trois siècles de luttes européennes, avec nos armes perfectionnées, pour soumettre l'Inde de la décadence?
Sait-on bien, que des villes immenses se sont brûlées tout entières, au milieu des chants de défi des femmes et des enfants, pour ne pas tomber aux mains de leurs vainqueurs î
Que voulez-vous, donc, qu'Alexandre ait pu faire avec ses vingt mille hommes, en admettant qu'il n'en ait pas perdu un seul pour conquérir l'Egypte et la Chaldéo - Babylonie, dans une contrée qui
comptait certainement, déjà, plus de cent millions d'habitants?
Ne trouvez- vous pas qu'il se fait temps, de ramener toutes ces légendes apocryphes à leur juste valeur...' et de faire justice de ces peuples gigantesques, qui se nomment les Égyptiens, les Assyriens, les Babyloniens, etc.?...
Quand cesserons-nous de prendra des luttes de peuplades, pour des invasions de Tamerlan?
Allez donc visiter TÉgypte qui n'est qu'une langue de terre le long du Nil, bornée fatalement par la Méditerranée, la. Nubie, le grand désert de Libye, la mer Rouge eV- pjf ^ . * *:i^pte, qui nourrit à grand peine aujourd'hui ses deux millions et demi d'habitants, et vous comprendrez ces exagéralions de la légende historique, qui lui font mettre dans l'antiquité des millions d'hommes sous les armes.
Quant à la Ghaldéo-Babylonie, qui, à part les contrées qui avoisinent FEuphrate et le Tigre, n'est qu'un composé d'oasis et de déserts salés^ il faut avoir l'imagination de celui qui n'a pas vu pour oser faire mouvoir de grands peuples, là où il n'y a jamais eu que des pasteurs nomades, qui mettaient à l'abri des murs de Ninive et de Babylone, leurs maigres trésors, leurs femmes, et les statues de leurs dieux.
Les prétendus savants qui endossent tous les récits légendaires du passé, oublient que la géologie vient aujourd'hui dire son mot dans le concert.
Tirez une ligne du golfe Persique à la mer Cas* pienne, puis redescendez par la mer d'Aral, dans les plaines de Bokhara, et gagnez l'Océan Indien par les monts du Kaboul et du Sind, vous aurez découpé une contrée dont les sept dixièmes se composent de déserts salés; et là où vous trouvez le sable et le sel, vous pouvez dire que c'est un souvenir relativement récent de l'Océan disparu.
Eh bien, c'est là que la science officielle place le berceau des Aryens, des Touraniens, des Accades, des Summériens... Je vous fais grâce de la litanie,
on remplirait un chapitre, rien qu'avec les noms de tous les peuples étranges, qui ont surgi du cerveau de certains ethnographes.
Et ce qui n'est pas le moins curieux de l'affaire, c'est que celui qui a inventé les Summériens, jette à l'eau les Accadiens ; que l'inventeur des Accadiens noie les Kasdéens , qui éreintent à leur tour les Kasdéo-Scythiques, qui étranglent les Proto-Kasdéens, et qu'un sixième savant leur dit à tous : — Eh! messieurs, de grâce *, pourquoi vous battezvous pour des peuples qui n'ont jamais existé ? •• il n'est rien venu des contrées dont vous nous parlez,