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Feu Côme Séraphin Cherrier [microforme]

Le Canada a perdu dernièrement un de “es meilleurs citoyens; la relision, un de ses plu: fidèles défenseurs ; La barreau, un de ses membres les plue distingués; et le parti libéral, uue de ses gloires les plus pures, dans la personne de feu Côme Séraphin Cherrier,

Je viens vous entretenir quelques instants de ce patriote et recueillir avec vous quelques unes des leçons salutaires que sa vie nous offre.

L'an dernier, à pareille époque, et du haut de cette même tribune, j'ai offert à votre admiration la mémoire de Chs Laberge ; c'était le disciple. Aujourd’hui c'est le tour du maître. En effet ces deux hommes représentent toute une école: celle des libéraux chez qui les convictions politiques ne vuisent pas aux croyances religieuses et qui se font unc gloire d'être catholiques, tout en étant libéraux.

RMI LAE dé. VON [EX LIT NOR

Arrivé à la fin du siècle dernier, M, Cherrier est parti à la fin de celui-ci ; sa vie avait précédé la fin de l’un, il était naturel que sa mort précédât la fin de l’autre. Né à Repentigny le 22 juillet 1798 et mort le 10 avril 1885,

Î. Cherrier arrivait à ses 87 ans. I] est parti comme il avait vécu, avec le respect de tous ses concitoyens et l’amour d’une famille, dont le nom rappelle les grandes traditions de l'honpeur et de la loyauté.

Lorsque les cloches de nos églises annoncèrent cette mort, tous les habi-tan‘s, sans distinction de race ou de religion, pauvres et riches, grands et petits, comprirent que la ville perdait un grand citoyen et le pays, un grand patriote.

Notre biographie national, M. Da-

‘vid, qui a rendu tant de services à son

pays, en écrivant l’histoire de nos patriotes et de quelques-uns de nos contemporains, disait en 1872, à l'occasion du cinquantième anniversuire de l'entrée de M. Cherrier au barreau :

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“ M. Cherriér a été toute sa vie avocat, comme on l'était en France du temps des d'Aguesseau, des Taion et des Portalis; il est le dernier survivant de cette pléiade d'hommes remarquables qui honorèrent le barreau canadien par leurs talents et leur intégrité. Contemnorain des Papineau, des Viger, des Toussaint Pelletier, des Morin et des Roy, l'histoi:e de sa vie évoque les plus glorieux souvenirs, rappelle les évènements politiques les plus émouvants de notre passé.”

Rien de plus juste que ces remarques qui apprécient si bien le caractère de M. Cherrier et le représentent si fidèlement.

M. David n'est pas le seul de nos écrivains qui, ait fuit l'éloge de M.

Cherrier, l’autre jour, lors de l’ouverture des cours de l'Université Laval, l'hon. M. Chauveau, une autre gloire littéraire de ce pays, disait :

M, Côme Séraphin Cherrier, notre bon et vénérable doyen a rempli une longue existence ; étant né le 22 juillet 1798, il avait presqu'accompli sa quatre-vingt-sep— tième année. Bon, pieux, honnête, laborieux, fidèle à sa foi religieuse et à sa foi nationale, il ne s'est pas démenti un sul instant.

En vouiez-vous la preuve la plus containcante ? vous la trouverez dans le senviment public, dans l'opinion populaire.

Nos braves gens ont de ces mots naïfs qui Yulent toute une oraison funèbre. Un bon serviteur qui l'avait suivi pas à pas depuis bien des années, disait: M. Cherrier, son devoir était toujours devant lui! Une bonne vieille ajoutait : ‘ Je l'ai connu tout petit et il a toujours warché dans sa religion tout drette, tout drette.”

M. Cherrier était d'une forte race, il descendait d'un des rares émigrés français, venus ici depuis la cession de pays. François Cherrier, notaire royal au Mans, vint au Canada à la demande de son oncle M.

Isambart, curé de Longueuil. IL épousa dans cette paroisse, une demoiselle Dubuc' et sur la terie qui appartient à cette dernière famille, se trourait encore ces années dernières, un tilleul d'une énorme

crconférence, planté par un des ancêtres et dont l'existence patriarcale semblait un

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embléme de vigueur et de fécondité qai n'a pas été démenti

M. François Cherrier eut huit enfauts, ne garçons et quatre filles. Un des fils at le curé dc St Denis qui construisit à ses frais l'église actuelle. Une des filles épousa M. Lartigue et fut la mère du premier évêque de Montréal, une autre M.

Denis Viger et fut la aère de l'honorable Denis Benjamin Vig-r, une troisième M. Joseph Papineau, et fut la mère de l'honorable Louis Joseph Papineau.

M. Joseph Marie Cherrier, le père de notre doyen avait épousé à Québec, une demoiselle Bellefleur ; il eut dix-sepe enfunte, qui tous parvinrent à la maturité de In vie; quatorze sont nés à Québec et trois à Repeutiguy. Côme Séraphin fut du nombre de ces derniers.

Cette famille remarquaple par les hommes distingués qu'elle a produits, l'est aussi par la longévité de ses membres. On trouve en effet rarmi leg ascendants et les collatéranx, 94 ars, 92 ans, 90 ans, 89 aus, 87 ans, 84 ans, 82 ans, 80 ans, 79 ans. Plusieurs de ces chiffres se répètent dans une liste que j'ai eue sous les yeux, jusqu'au chiffre 60 su dessous duquel il s'en trouve très peu.

Madame Lecavalier, une des quatre filles du notaire ruyal du Mans, souche de la fumille dans notre pays, vécut jusqu’à l'âge de 94 ans

Ceux qui ont connu M. Cherrier intimement se demandaient quelque fois, et non sans raison, comment il se faisait qui! fut libéral ? conservateur par tempéramment, malgré le sa.g qui coulait dans ses veines ; timide et réservé, il avait horreur de tout ce qui sentait la démogogie et n'hésitait jamais à défendre l'ordre

et l’autorité chaque fois qu'ils étaient

attaqués.

Il n’y a pourtant là rien qui doive surprendre un esprit réfléchi. C'était l'étude, et ne étude approfondie des hommes et des choses qui avait fait un libéral de M, Cherrier. Après avoir assisté, tout jeune encore, aux

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grandes luttes qui précédèrent les mauvais jours de 1837 ; après avoir vonstaté les abus intolérables du régime colonial que nous avons eu de 1820 à 1887; après avoir réchauffé va jeune âme, si tendre et si sensible au souffle du patriotisme des Viger et des Papineau ; édifié toute sa vie par la vonduite exemplaire de ceux qui l'entouraient et quile touchaient de si près ; et retrouvant dans M. Doriov, son associé et le chef du parti libéral, les traditions d'honneur qu’il avait admirées ches M. Viger, son protec.

teur, M. Cherrier fut satisfait que les grands principes d'ordre et d'autorité, dont il était un défenseur si convain-cu, ne seraient jamais en danger sous la garde du parti libéral canadien, til eut raison ; les démagogues, quand il y en eut cans ce pays, ne se trouvèrent pas dans nos rangs ; ou du moins n’y restèrent pas longtemps ; et l'histoire, celle qui sera juste, dira que les libéraux du Cunada, les vrais libéraux, surent joindre le respect aux autorités légitimement constituées, à l'amour du progrès et des libertés po litiques, * *

Nos libertés politiques ! M. Cher rier les défendit avee amour et succès.

1 fut, disait l’autre jour, l'honorable M. Chauveau, ‘ le dernier d'une génération qui a conquis nos libertés, à a préparé la voie aux destinées

e cette partie du continent ; en nous inclinant devant sa mémoire nous avons salué tout un passé glorieux de luttes politiques mêlées de succés et de revers, ”

M. Cherrier, comme presque tous les patriotes de son temps, eut l'honneur d'aller en Chambre et en prison. Elu en 1834 pour représenter l'ancien comté de Montréal, il fit les sessions de 1835 ct 1836 et prit part à quelques unes

des assemblées publiques de cette

que agitée. Il était avec M, part neau à St Laurent le ler mai 1837, lorsque le grand tribun conseilla au peuple de s'habiller avec de l'étoffe du pays et de ne plus faire usage: des

issons importées, Il était aussi à St Constant avec Toussaint Pelletier, le Vergniaud du Canada.

Il n’a jamais su pourquoi il fut envoyé en prison ; ni pourquoi, relaché le 21 mars 1838, il re-ta prisonnier sa maison jusqu'au mois de juil-

Sa gloire n'aurait pas été complète s’il n'eut pas donné sa part de sout:frances à son pays et à ses compatrio— tes, et payé ce tribut à nos libertés menacées. Que ses restes vénérés reposent en paix dans le grand cimetière de la montagne, près du monument qu'une pensée patriotique a consacré à la mémoire des nobles victimes de 1837 |

Monsieur Cherrier était un orateur élégant malgré un léger bégayment

ui rendait sa parole quelque peu dif-

cile, Il ne possédait pas cette éloquence entraînante que l’on admirait chez Papin, ni cette puissance passionnée qui faisait frémir ceux qui entendaient Papineau; mais sa pensée avait une touraure philosophique qui plaisait aux hommes instruits et sa parole avait une grande dignité et cette exactitude que le littérateur peut seul obtenir,

Le 16 février 1857, lors de la première inauguration du cabinet de lecture paroissial, œuvre au sucoès de laquelle il a tant travaillé, il a prononcé des paroles vraiment remarquables et qui ont naturellement leur place ii, Avec la perspicacité qui le distin-

guait, il prévoyait déjà cette grande

latte qui devait se faire pour ostraci-

ser tont un parti, et disait devant l’é-

ue de Montréal, dont il était l'ami, She plusieurs des meilleurs prétres de l'époque, dont il avait le res-

pect :

Le citoyen désintéressé, le es clairvoyaat sent l'importance qu'il y a d'éclairer le peuple sur ses obligations et de lui en remettre souvent le tableau so"1s les yeux. Et cet enseignement salutaire, où les citoyens vont-ils le puiser? Le prêtre qui, du haut de la chair proclame les dogmes religieux et Ja morale sublime du christianisme, craindrait d'abaisser la majesté de la parole divine, en y mélant des considérations d'intérêts humains, bien au-dessous de ces intérêts célestes, qui font les destinées futures de ses auditeurs.

L'orateur sacré se trouve dans une sphère trop élevée pour s'arrêter à des considérations de ce genre. Il ne peut qu'annoncer d'une manière générale ces grauds princips de justice et de morale qui obligent les sociétés comme les individus et assurent en même temps leur bonheur. Aux hommes politiques se trouve donc dévolu l'enseignement politique. Et où iront-ils asseoir leur tribune ? Sern-ce duns les assemblées populaires convoquées pour objets politiques et souvent dans un but spécial ?

L'on sent que l’actualiti des questions et des intérêts qui y sout discutés exclut l’idée d’un enseignement dégagé de tout esprit de parti, comne doit l'être celui dont je parle. Qui ne eait qu'au sein même des assemblées législatives, où se traitent des questions qui embrassent les intérêts de tous indistinctement, ceux qui les discutent, trop souvent animés de cet esprit de parti, ne savent pas toujours se garder d'exagération dans l'appui qu’ils donnent à une administration ou à une opposition.

Ils ce trouvent même quelque fois entrainés àleur insu, à caresser les préjugés populaires et à donner une fausse direction à l'opinion publique.

4 Le journalisme, ce besoin des sociétés modernes, le journalisme, autrefois objet de luxe, aajourd’hui objet de première nécessité,....telle est la source et presque l’unique source où le: peuple est conv.6 à puiser l’enseignement qui doit l’éclairer sur ses besoins, ses droits et ses obligations.

C'est lo moyen le plus efficace, le plus ra-

‘nité et du bon goût.

pide, pour répondre un enseignement politique qui ne peut exercer une influence heureuse sur les intelligences qu'à condition de demeurer tout à fait étranger à l'exagération, à l'égoïsme et aux préjug5s de ceux qui combattent dans l'arène politique +. Le champ des questions, laissées à la libre discussion d'après les principes d’une telle société, est-asses vaste pour que plusieurs de ces journaux en les discutant, offrent le modèle d'une polémique d’où le talent n'exclura pas les règles de l'urba, Ou y verra des questions du plus haut intérêt, et ayant rapport aux principes les plus essentiels de l'ordre social examinées et discutées par des publicistes et des écrivains de premier mérite. Ce sont de semblables lectures qui élèvent les idées d'un peuple et en épurent les sentiments.

J'étais présent à la grande séance du cabinet de lecture paroissial qui eut lieu trois ans plus tard, en janvier 1860. Je faisais alors ma rhétorique au collège Ste Marie, sous la direction vénérée du père Larcher, dont les anciens élèves bénissent toujours la mémoire, J'avais alors vingt ans et vous pouvez imaginer avec quelle émotion j'appris que le Recteur, le père Vignon, que nous aimions tous comme un bon père, consentait à nous laisser assister à cette séance, les rhétoriciens et les philosophes. Cette émotion était bien légitime, car on annonçait des discours de MM. Granet, supérieur du séminaire, Côme Séraphin Cherrier, le père Aubert, supérieur des Oblats, l'hon A. A. Dorion, Thomas Jean Jacques Loranger, le À sv Viguon, Mgr Bourget et Louis Joseph PapineaU,

J'allais entendre pour la première fois quelques-uns de ces prêtres vertueux qui faisaient l'honneur du cler.

canadien, et ces hommes d'état distingués qui faisaient la gloire du pays.

Tacite, Tite-Live, Virgile et même Ciceron et Demosthène étaient deve-

aus sans charme pour moi; et, franchement, je crois que cette séance me fit perdre quinze jours de classe et le prix d'application à la fin de l'année.

Aussi quelle séance et quelle fête littéraire | Papineau était déjà un vieillard, sa voix était brisée par le grand âge, mais on reconnaissait encore dans cette noble figure les traits caractéristiques de l'illustre tribun, sa parole agita et troubla profondéwent et longtemps ma pauvre âme d'étudiant. Mais vous le dirai-je ?

Que Dieu et mes auditeurs me le pardonnent | J’eus la témérité de juger ees géants de ln parole et le Lu 4 main je dis au bon père Larcher, qui me regarda avec cet air de je ne sais quoi, qui signifiait tant de choses, que celui que j'avais trouvé, non le plus éloquent, mais le plus exact duns son langage et le plus touchant dans ses .

expressions, c'était M. Cherrier. Pour le prouver à mon professeur j'appris par cœur et je déclamai souvent ces paroles que j'avais tant admirées :

L'histoire nous a conservé le nom de deux de nos hommes politiques dans l'enceinte parlementaire et qui devinrent éminents chacun dans le jeune oratoire qui lui était particulier. L'un se distingua surtout par une argumentation pressante et par cette dialectique serrée, considérée de tout temps comme le nerf de l’éloquence : c'était M. Bédard. Mais pour que son talent oratoire put acquérir tout le développement dont il était susceptible, il lui fallait la;chaleur du débat, l'excitation de la lutte, .... Un autre orateur, doué d'une stature a‘hlétique, d'une voix tonnante, entral nait ses auditeurs par une éloquence dont la véhémence égalait,si elle ne surpasssait pas la vigueur du raisonnement. Ses succès oratoires, dont ses contemporains parlaient avec orgueuil, l'avaient placé à la tête de “ette,phalange patriotique qui combattait alors pour faire jouir leurs compatriotes des avantages du régime constitutionnel, que les Fox, les Pitt et autres membres illustres du parlement anglais, avaient voulu leur assurer. Ües avantages, les

adversaires de nos institutions nous les disputaiont avec acbarnement, prévoyant que nous nous en servirions comme d'un bouclier, pour protéger ces mêmes institutions. Daos l’orateur dont je viens de parier vous avez recounu M. Papineau, l'ancien.

L'héritage d'éloquente et de patriotisme, qu'il a laissé, a êté soigneusement recueilli et religieusement conservé, par celui que la rovidence en a fait le dépositaire et qui a agrandi de toute la puissance de son talent oratoire, ...

Tout le monde sait que M. Cher-

rier fut un adversaire pur ue et ration

puissant du projet de confi ui nous fut im par la coalition 1864, et qui était destiné à livrer le Bas Canada à une majorité hostile.

J'eus le plaisir de l'entendre en février 1865, à l'Institut Canadien français, lorsqu'il prononça ce discours remarquable que tout Montréal a aoplaudi. Charles Laberge était là; Charles Laberge que l'injustice avait fait sortir du Doi de justice et qui revenait dans l'arène politique défendre le pays en danger. La parole de M. Cherrier avait alors cette autorité qui commande le respect :

Je dé-ire terminer ma carrière, disait ce vénérable vieillard, comme je l'ai commen cée; en protestant contre toute mesure qui me paraît fatale au bonheur de mes concitoyens.

Je le fais en cette occasion comme toujours, indépendamment de tout esprit de parti ei de toutes considérations personnelles. Des mesures qui, comme celle-ci, peuvent avoir Ges suites si graves sur la destinés d'un peuple, doivent être considérées d’après leur mérite qui seul doit les faire approuver ou réprouver.

L'aistoire politique du pays nous apprend que daas tous les temps, ceux qui vat voulu diminuer la légitime prépondérance que doivent avoir sur le sul qui les a vus naître, les habitants du Bis-Canada, et leur ravir les droitsque leur assurait une constitution votée par des hommes aussi éclairés, par des hommes d'Etat aussi

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