‹ Feuilles d'herbeChapitre 20 sur 89 · UNE HEURE A LA FOLIE ET LA JOIE · texte numérisé non relu

UNE HEURE A LA FOLIE ET LA JOIE

Une heure à la folie et la joie ! O furieuse ! Oh ! ne me retenez pas !

(Qu’y a-t-il qui me dégage ainsi dans les tempêtes ?

Que signifient mes cris au milieu des éclairs et vents déchaînés ?)

Oh ! boire le mystique délire plus à fond que nul autre homme !

O douleurs sauvages et tendres ! (je vous les lègue, mes enfants,

Je vous les dis, pour des raisons, ô marié et mariée.)

Oh ! s’abandonner à toi, qui que tu sois, et toi t’abandonner à moi au mépris du monde !

Oh ! retourner en Paradis ! 0 timide et féminine !

Oh ! t’attirer contre moi et planter sur toi pour la première fois les lèvres d’un homme résolu.

Oh ! l’énigme, le triple nœud, l’étang profond et noir, tout qui se dénoue et s’illumine !

Oh ! s’élancer où il y a assez d’espace et assez d’air enfin !

Etre dégagé des nœuds et conventions d’avant, moi des miens et toi des tiens !

Trouver une neuve insouciance, inimaginée, avec le plus fort de la Nature !

Avoir le bâillon ôté de sa bouche !

Avoir le sentiment aujourd’hui ou tel jour que je suis suffisant comme je suis.

Oh ! quelque chose d’inéprouvé ! Quelque chose en extase !

Echapper totalement aux ancres et grappins des autres !

Voguer libre ! Aimer libre ! S’élancer téméraire et dangereux !

Rechercher la destruction en l’invectivant, l’invitant !

Monter, bondir aux cieux de l’amour à moi désignés !

M’y élever avec mon âme soûle !

Me perdre s’il faut !

Nourrir le reste de ma vie avec une seule heure de plénitude et liberté !

Avec une heure brève de folie et joie.

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