‹ Feuilles d'herbeChapitre 29 sur 89 · QUICONQUE SOIS-TU QUI ME TIENS EN CE MOMENT · texte numérisé non relu

QUICONQUE SOIS-TU QUI ME TIENS EN CE MOMENT

Quiconque sois-tu qui me tiens en ce moment à la main,

Tout sera inutile sans une chose,

Je t’avertis loyalement avant que tu me tâtes davantage.

Je ne suis pas ce que tu supposais, mais bien différent.

Quel est celui qui voudrait marcher à ma suite ?

Qui voudrait s’inscrire comme candidat à mes affections ?

La route est suspecte, le résultat incertain, peut-être funeste,

Il té faudrait quitter tout le reste, je compterais être moi seul ton unique et exclusif modèle,

Même alors ton noviciat serait long et épuisant,

Tous les principes passés de ta vie et toute conformité avec les vies qui t’entourent devraient être abandonnés,

CALAMUS

Lâche-moi donc sur l’heure avant de te tourmenter davantage, laisse tomber ta main de mon épaule, Pose-moi là et suis ton chemin.

Ou bien alors à la dérobée comme essai en un bois,

Ou derrière une roche en plein air,

(Car dans une pièce sous le toit d’une maison point ne me montre, ni en société,

Et dans les bibliothèques je reste comme un muet, un benêt ou un à naître ou mort),

Mais, rien d’impossible, avec toi sur un haut mont, guettant d’abord si personne à des lieues à la ronde n’approche à ton insu.

Ou, chose possible, avec toi naviguant en mer, ou sur la grève de la mer ou quelque île sans bruit,

Ici je te permets de poser tes lèvres sur les miennes,

Pour le long baiser du camarade ou le baiser du nouvel époux,

Car je suis le nouvel époux et je suis le camarade.

Ou si tu veux, me glissant sous tes vêtements,

Où je sente les battements de ton cœur ou m’appuie sur ta hanche,

Emporte-moi quand tu t’en iras courir terre' ou mer ;

Car rien que de te toucher ainsi est assez, c’est le meilleur, Et te touchant ainsi je voudrais dormir en silence et être emporté éternellement.

Mais en creusant ces feuilles tu les creuses à tes risques,

Car tu ne comprendras ni ces feuilles ni moi,

Elles t’échapperont tout d’abord et plus encore par la suite, je t’échapperai certainement,

FEUILTÆS D'HERBE

Au moment même où tu penserais m’avoir saisi indubitablement, tiens donc I

Déjà tu t’aperçois quejemesuis dérobéà toi.

Car ce n’est pas pour ce que j’y ai mis que j’ai écrit ee livre,

Ni ce n’est en le lisant que tu le posséderas.

Ni ne me connaissent le mieux eeux qui m’admirent et me couvrent d’éloges,

Ni les candidats à mon affection (hormis un très petit nombre tout au plus) ne se trouveront victorieux,

Ni mes poèmes ne feront que du bien, ils feront tout autant de mal, peut-être davantage,

Car tout est inutile sans cela que tu peux essayer maintes fois de deviner sans trouver, cela que j’ai suggéré ;

Lâche-moi donc et suis ton chemin.

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