CHANT DE L'UNIVERSEL
Ecoute, dit la Muse,
Chante-moi un chant que nul poète encore n’a chanté, Chante-moi 1* universel.
En cette large terre nôtre,
Parmi la grossièreté sans bornes et les scories,
Enfermée à l’abri dans son cœur central,
Se niche la graine perfection.
Par devers chaque existence une part, ou plus ou moins, Nul ne naît sans qu’elle ne naisse, recouverte ou à découvert la graine attend.
Voyez ! la science altière aux yeux perçants,
Comme du sommet de hauts pics dominant l’âge moderne, Promulguant une suite de décrets absolus.
Pourtant voyez encore ! l’âme, au-dessus de toute science, Pour elle l’histoire s’est accumulée comme pellicules autour du globe,
Pour elle la totalité des astres myriadaires roulent à travers le firmament.
Par des routes en spirales et longs détours,
(Comme sur mer un navire louvoyant beaucoup),
Pour elle, le partiel au permanent s’écoule,
Pour elle le réel vers l’idéal tend.
Pour elle la mystique évolution,
Point le bien seul justifié, ce que nous nommons le mal également justifié.
De derrière leurs masques, n’importe quoi,
De l’énorme tronc pourrissant, de ruse, et artifices et larmes,
Santé de surgir et joie, joie universelle^
D’entre la masse, le morbide et l’étroit,
D’entre la majorité mauvaise, les impostures variées innombrables des hommes et des Etats,
Electrique, antiseptique néanmoins, traversant, baignant tout,
Seul le bien est universel.
Au-dessus des excroissances en montagnes, maladie et dou- , leur,
Voltige, voltige sans cesse un oiseau par nul capturé,
Haut dans l’air plus pur, plus heureux.
Du plus noir nuage de l’imperfection,
Toujours perce un rayon de lumière absolue,
OISEAUX DE PASSAGE
Un éclair de la gloire céleste.
Contre les dissonances de la mode, coutume,
Contre le furieux tumulte babélien, l’assourdissante orgie, Adoucissant chaque accalmie, un chant s’entend, s’entend à peine,
De quelque rive lointaine, qui fait sonner le chœur final.
Oh ! bienheureux les yeux, fortunés les cœurs,
Qui voient, qui connaissent le fil si ténu guidant A travers l’énorme labyrinthe.
Et toi, Amérique,
C’est pour le couronnement du plan, sa pensée et sa réalité, C’est pour cela (non pour toi-même) que tu es venue.
Toi aussi, tu enveloppes tout,
Embrassant, emportant, accueillant tout, toi aussi par des routes larges et nouvelles,
Vers l’idéal tends.
La foi mesurée des autres pays, les grandeurs d’antan,
Ne sont pour toi, mais des grandeurs qui te sont propres, Foi et ampleur divines, absorbant, comprenant tout,
Tous admissibles à tout.
Tout pour l’immortalité, tout,
L’amour enveloppant tout en silence, comme la lumière,
La force de la Nature pour le mieux, versant à tous ses bienfaits,
Les fleurs, fruits des âges, vergers divins et sûrs,
FEUILLES D’HEEBE
Formes, objets, tout ce qui croît, humanités, mûrissant en images spirituelles.
Accorde-moi, ô Dieu, de chanter cette pensée,
Accorde-moi, accorde à celui ou celle que j’aime cette foi inextinguible,
En Ton ensemble, quelque autre chose qui nous soit retirée, ne retire pas de nous
La croyance en ce plan de Toi enfermé dans le Temps et l’Espace,
Santé, paix, salut universel.
Est-ce un rêve ?
Non, et bien plus, faute de cela c’est le rêve,
Et faute de cela, savoir et richesse de la vie, un rêve,
Et le monde entier un rêve.
PIONNIERS î O PIONNIERS !
Allons, mes enfants halés,
Suivez bien en ordre, apprêtez vos armes,
Avez-vous vos pistolets ? Avez-vous vos haches affilées ? Pionniers ! ô pionniers !
Car nous ne pouvons traîner ici,
Il nous faut marcher, mes chéris, il nous faut soutenir le choc des périls,
Nous, les jeunes races musclées, tous les autres comptent sur nous,
Pionniers ! ô pionniers !
OISEAUX DE PASSAGE
0 vous, les jeunes, les gars de l’Ouest,
Si impatients, avides d’agir, débordants de fierté mâle et d’amitié,
Nettement je vous vois, gars de l’Ouest, vous vois cheminer à l’avant-garde,
Pionniers ! ô pionniers 1
Les aînées races font la pause ?
Elles s’affaissent et terminent leur leçon, lassées là-bas outre mer ?
Nous reprenons la tâche éternelle et Le fardeau et la leçon, Pionniers ! ô pionniers !
Tout le passé nous le laissons derrière,
Nous débouchons dans un monde neuf plus rude, monde divers,
Frais et forts le monde nous l’empoignons, monde de labeur et marche,
Pionniers ! ô pionniers !
Nous qui lançons d’incessants détachements,
Au versant des bords, par les passes, aux flancs ardus des monts,
Conquérant, gardant, osant, risquant à mesure que nous foulons les routes inconnues,
Pionniers ! ô pionniers I
Nous qui abattons les forêts primitives,
Nous qui refoulons des fleuves, tourmentons et creusons les mines à fond,
Nous qui arpentons la vaste surface, retournons le sol vierge,
Pionniers ! ô pionniers !
Nous sommes gens de Colorado,
Des pics gigantesques, des grandes sierras et hauts plateaux, Des mines et des ravines, de la piste de chasse nous venons* Pionniers 1 ô pionniers !
De Nebraska, d'Arkansas,
La race du centre sommes-nous, de Missouri, le sang du continent mêlé dans nos veines,
Nous qui serrons toutes les mains des camarades, tous ceux du Midi, tous ceux du Nord,
Pionniers ! ô pionniers !
O race irrésistible, remuante !
O race en tous chérie ! oh ! mon sein a mal d’amour tendre pour tous !
Oh! je me lamente et néanmoins exulte, je suis transporté d’amour pour tous,
Pionniers ! ô pionniers !
Elevez haut la rude mère, la souveraine,
Faites onduler haut la délicate souveraine, au-dessus de tous la souveraine étoilée, (courbez le front, tous), Elevez la souveraine griffue et guerrière, la souveraine austère, impassible, armée,
Pionniers ! ô pionniers !
Voyez, mes enfants, hardis enfants,
Avec ces multitudes talonnantes, il ne nous faut jamais céder ni hésiter,
Les millions fantômes des âges là-bas derrière nous regardent d’un œil sévère, poussent,
Pionniers ! ô pionniers !
OISEAUX DE PASSAGE
Et vont et vont les rangs compacts,
Avec des renforts toujours en attente, avec les places des morts vivement comblées,
A travers bataille, à travers défaite, avançant toujours sans pauser jamais,
Pionniers I ô pionniers !
Oh ! mourir en allant de l’avant!
En est-il parmi nous près de s’affaisser pour mourir? L’heure est venue ?
Alors nous trouverons en marche la mort la mieux séante, sûrement le vide sera tôt rempli,
Pionniers ! ô pionniers !
Toutes les pulsations du monde,
D’accord elles battent pour nous, battent avec le mouvement d’Ouest,
Isolées, groupées, s’avançantférme au front, toutespournous, Pionniers ! ô pionniers !
Les splendeurs diverses et mêlées de la vie,
Toutes les figures et tous les spectacles, tous les ouvriers à leur ouvrage,
Tous lès marins et tous les terriens, tous les maîtres avec leurs esclaves,
Pionniers ! ô pionniers !
Tous les infortunés qui aiment en silence,
Tous les prisonniers dans les prisons, tous les justes et tous les méchants,
Tous les joyeux, tous les douloureux, tous les vivants, tous les mourants,
Pionniers ! ô pionniers !
Moi aussi avec mon âme et mon corps,
Nous, curieux trio, qui cueillons, vaguons sur notre route, Parcourant ces rivages parmi les ombres, avec les apparitions pressons,
Pionniers ! ô pionniers I
Voyez, l’orbe roulant qui fend l’espace !
Voyez, autour les orbes frères, groupés tous les soleils et les planètes,
Tous les jours éblouissants, toutes les nuits mystiques avec les songes,
Pionniers ! ô pionniers !
Ceux-là sont des nôtres, ils sont avec nous,
Tous à la besogne primaire nécessaire, tandis que les suivants là-bas en germe attendent par derrière,
Nous conduisons le cortège d’aujourd’hui, nous frayons la route pour le voyage,
Pionniers 1 ô pionniers !
O vous, filles de l’Ouest !
O vous, les jeunes et les aînées ! O vous, mères et épouses !
Il ne faut jamais vous diviser, dans nos rangs vous marcherez unies,
Pionniers ! ô pionniers !
Rhapsodes latents sur les prairies !
(Bardes enlinceulés des pays autres, vous pouvez reposer, votre œuvre est accompîie),
Je vous entends bientôt venir en chantant, bientôt vous vous lèverez pour marcher parmi nous,
Pionniers ! ô pionniers !
OISEAUX DE PASSAGE
Point douceurs délectables.
Point les coussins, point les mules, point la paix studieuse,
Point la richesse à l’abri, affadissante, point les joies ternes pour nous ,
Pionniers ! ô pionniers !
Les festoyeurs goulus festoient ?
Les dormeurs obèses dorment ? Ils ont fermé et verrouillé les portes ?
Pour nous cependant la dure pitance et la couverture par terre,
Pionniers I ô pionniers !
La nuit est descendue ?
Si pénible fut la dernière étape ? Nous nous arrêtâmes en chemin, découragés, laissant tomber la tête ?
Alors, je vous accorde une heure brève sur votre route pour faire la pause, heure d’oubli.
Pionniers ! ô pionniers !
Jusqu’à ce qu’avec un éclat de trompette,
Loin, loin, vibre l’appel de l’aube — écoutez ! comme haut et clair je l’entends sonner.
Vite ! en tête de l’armée ! — vite ! d’un bond regagnez vos places,
Pionniers ! ô pionniers !